Combler les lacunes en matière de littératie financière des Autochtones 

16 novembre 2018

Par Simon Brascoupé, coprésident, Groupe de travail sur la littératie financière pour les Autochtones

(Cet article (en anglais seulement) a d’abord été publié en anglais dans le Report on Business du Globe and Mail le 23 octobre 2018.)

Un récent rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a indiqué qu’à titre de groupe, les Autochtones doivent faire face à de nombreux obstacles en ce qui a trait à l’emploi et à la formation professionnelle réussie. Ce même rapport indique aussi que les résultats sont grandement améliorés lorsque les personnes ont accès à des programmes dirigés par des Autochtones.

En réalité, le Canada a atteint un moment crucial en ce qui a trait à l’importance de programmes adaptés sur le plan culturel par et pour les Autochtones. Les jeunes représentent maintenant près de la moitié de la population autochtone. Mme Simona Bignami, Ph. D., de l’Université de Montréal, affirme que cette expansion représente le potentiel d’un énorme « dividende démographique », mais uniquement si nous saisissons l’occasion. Simplement dit, si nous investissons maintenant dans l’éducation et la formation par et pour les jeunes autochtones – et les aidons à trouver des emplois – l’ensemble de notre économie en bénéficiera. Sinon, nous raterons cette occasion.

De quelle ampleur sera le dividende? Une recherche récente du Conseil national de développement économique des Autochtones indique que si l’effectif comprenait tous les Autochtones en âge de travailler au Canada, les bénéfices pour l’économie canadienne pourraient atteindre 27,7 milliards de dollars. C’est seulement une mesure. Les dividendes potentiels pour le développement économique de la communauté et l’édification de la nation sont aussi importants.

Toutefois, nous n’emploierons pas davantage d’Autochtones, d’Inuits et de Métis si nous n’abordons pas la pièce manquante du casse-tête éducatif. Lorsque nous examinons les programmes de formation destinés aux adultes autochtones, il y a un écart quant à l’éducation concernant les compétences financières de base, et la littératie financière et le bien-être financier dans un sens plus large. Si nous ne régularisons pas les conditions, beaucoup d’Autochtones demeureront non employables ou, s’ils sont employés, ils pourraient devoir faire face à des défis financiers qu’ils auront de la difficulté à surmonter.

C’est pourquoi nous avons récemment convenu d’agir à titre de coprésidents du nouveau Groupe de travail sur la littératie financière pour les Autochtones. Ma coprésidente est Jane Rooney, chef du développement de la littératie financière du Canada à l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC). L’objectif du Groupe de travail est de collaborer de façon à trouver des façons d’améliorer la littératie financière des Autochtones.

Des travaux sont déjà en cours et un projet pilote clé concernant la littératie financière des adultes, annoncé le 1er octobre, sera mis en place dans le nord-ouest de l’Ontario au début de l’année 2019. Trois membres du Groupe de travail ont collaboré à cet important projet : l’ACFC, l’Initiative de la Famille Martin dirigée par le très honorable Paul Martin, et le Seven Generations Education Institute (SGEI). Le programme a élaboré des documents pertinents sur le plan culturel pour répondre aux besoins des étudiants du SGEI, et comprendra 20 heures d’apprentissage. Ces heures seront intégrées de façon transparente à un programme de formation préalable à l’emploi et aux compétences essentielles déjà dispensés par les instructeurs du SGEI. L’accent sera mis sur les compétences de base comme la  budgétisation, les opérations bancaires et la gestion du crédit et de la dette. 

Il est facile de sous-estimer l’importance de ces compétences, mais pour amener l’éducation et les occasions professionnelles des Autochtones au même niveau que celles des Canadiens non autochtones, nous devons tenir compte de certaines réalités. Comme l’a fait remarquer Brent Tookenay, le PDG de Seven Generations, un fait aussi simple que de ne pas avoir de compte bancaire qui permet le dépôt automatique peut être un important obstacle à l’emploi. Et lorsqu’une personne n’a jamais reçu de revenu régulier auparavant, les connaissances, les compétences et la confiance de gérer ce revenu peuvent ne pas être en place.

Au-delà de cela, mon travail avec AFOA Canada (anciennement appelé l’Association des agents financiers autochtones) a démontré que la demande de gestionnaires financiers dans les communautés autochtones continue d’augmenter. Notre récente conférence à Ottawa a accueilli 1 000 participants, et à mesure que les jeunes vieillissent, nous aurons besoin encore de plus de professionnels pour pourvoir ces postes. L’éducation en matière de finances, de gestion et de leadership est essentielle pour préparer la prochaine génération.

La création et la mise en place de ce projet pilote constituent une petite étape, mais cette étape est importante. Sa réussite dépendra de notre capacité d’écouter la rétroaction des élèves et des enseignants, d’évaluer nos résultats et d’élaborer conjointement des programmes avec les Autochtones. Les partenaires espèrent appliquer ce qu’ils apprennent pour créer un programme souple qui peut être adapté à différents besoins par et pour les communautés autochtones. 

À l'heure actuelle, le renforcement de la littératie financière à tous les âges et à tous les groupes démographiques du Canada jouit d'un élan formidable. Par exemple, les élèves du secondaire dans chaque province et territoire reçoivent maintenant une forme d'éducation financière dans le cadre de leur programme d'études standard. Alors que le monde financier devient de plus en plus complexe et que les services bancaires numériques et d'autres produits et services en ligne s'accélèrent, les peuples autochtones risquent d'être laissés pour compte. Si nous voulons continuer à amener les peuples autochtones de la pauvreté à la prospérité, nous devons nous attaquer à cet élément clé du casse-tête de l'éducation.

 

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