Billet d'un blogueur invité : Littératie financière pour athlètes amateurs

Le 10 novembre 2017

Par Alexandre Bilodeau, double médaillé d’or olympique canadien

La littératie financière est une compétence de vie qu’il faut maîtriser pour connaître du succès et personne ne le sait mieux que les aspirants athlètes amateurs.

La carrière sportive d’un athlète se découpe en trois phases et chacune d’elles s’accompagne d’une réalité financière distincte et exige des compétences financières différentes. 

La formation élémentaire est la première et la plus longue étape. C’est la seule phase que 99 % des athlètes connaîtront. Pendant cette phase, le coût des activités sportives dépasse les revenus que l’athlète génère. Ça coûte cher!

Bien sûr, certains sports exigent plus de dépenses que d’autres. Par exemple, le plongeon est moins cher à pratiquer que le tennis, le golf ou le ski, car ces sports exigent que les athlètes voyagent pendant toute l’année pour s’entraîner et avoir accès aux meilleures installations. Cela commence souvent alors que l’athlète est très jeune. Par exemple, j’ai commencé à me rendre à Whistler l’été quand je n’avais que huit ans. 

Quand un jeune athlète devient membre d’équipes provinciales et nationales, il est fréquent que ces dépenses explosent. Comment faire face à tous ces coûts?

La bonne nouvelle est qu’au Canada, nous avons mis en place beaucoup de programmes locaux et nationaux pour aider nos jeunes à devenir les athlètes canadiens de demain à l’aide de subventions et de bourses d’études. La capacité d’obtenir sa part de l’argent offert est une importante compétence! Cette tâche exige recherches, détermination et suivi.

De plus, les athlètes ne doivent pas négliger les athlètes amateurs offertes par diverses fondations. Au Québec, il y en a un nombre impressionnant, notamment la Fondation de l’athlète d’excellence du Québec. Les fondations appuient les jeunes athlètes en les mettant en relation avec le milieu des affaires, ce qui leur donne accès à des subventions annuelles à la condition qu’ils poursuivent leurs études en parallèle avec leur entraînement.  

Comprenons-nous bien. Des améliorations sont toujours possibles dans toutes les provinces canadiennes quand il est question du perfectionnement de nos athlètes. 

Ce modèle fonctionne très bien, non seulement pour fournir des ressources permettant aux athlètes de s’entraîner, mais aussi pour préparer les jeunes athlètes en vue des deux phases suivantes de leur carrière. Il le fait en les aidant à se créer un réseau avec les membres du milieu des affaires et en leur rappelant que l’éducation est essentielle à leur réussite à long terme une fois que leur carrière d’athlète sera terminée. 

La réalité est que très peu d’athlètes se rendent à la deuxième phase, que j’aime appeler la phase du « roi du monde ». Dans cette phase, un athlète se hisse parmi l’élite mondiale et peut vivre de ses compétitions. 

Pendant cette phase, la majeure partie des dépenses de l’athlète sont payées par les organisations sportives nationales du Canada. À cette étape de leur carrière, les athlètes peuvent également trouver des commanditaires privés avec plus de facilité qu’avant.

Cela ne signifie toutefois pas qu’il est facile de trouver des commanditaires. Très peu d’entreprises recherchent activement des athlètes susceptibles de promouvoir l’image de leurs produits. Voici les quatre facteurs qui déterminent si vous pouvez dénicher un commanditaire : 

  • le type de sport; 
  • la capacité de l’athlète de maintenir une performance de haut niveau à long terme; 
  • les personnes que vous connaissez (relations); 
  • l’image que vous projetez en tant qu’athlète.

Au Canada, nous nous comparons souvent aux athlètes des États-Unis et nous pensons que tous leurs champions olympiques sont des vedettes et des multimillionnaires, un peu comme le nageur Michael Phelps. Toutefois, la vérité est que les Américains ont beaucoup plus de champions olympiques que nous et que seule une poignée d’entre eux deviennent des vedettes. Aux États-Unis, beaucoup de champions olympiques éprouvent des difficultés financières. 

Pendant cette deuxième phase de leur carrière, les athlètes canadiens peuvent se servir d’un outil financier appelé une « fiducie au profit d’un athlète amateur ». Il s’agit d’un compte exempt d’impôt à l’intention des athlètes amateurs. Cet outil ressemble au REER. Les revenus peuvent être accumulés dans le compte admissible et ainsi être exemptés d’impôt et ils peuvent y rester jusqu’à sept ans après la retraite de l’athlète. De plus, des dépenses peuvent être déduites de ces revenus. 

Cette phase recèle de nombreux inconnus. La plupart des athlètes se demandent combien d’argent ils doivent économiser et combien ils doivent en investir dans leur carrière. Par exemple, ils peuvent être tentés de s’offrir de l’aide professionnelle supplémentaire et davantage de temps pour s’entraîner. Le problème réside dans le fait que personne ne connaît la durée de cette phase. Malheureusement, une blessure peut mettre fin abruptement à une carrière. 

La troisième phase de la carrière d’un athlète est celle de la retraite, qui arrive chez les athlètes bien plus rapidement que dans la population en général. La plupart des athlètes craignent cette étape pourtant inévitable. Il est difficile pour un athlète de se réinventer et de laisser derrière lui un sport auquel il a excellé et qu’il a adoré. De plus, tout aussi incertain soit le sport amateur, l’inconnu reste une grande source de crainte. Il est certain que la transition vers la retraite s’accompagne d’obstacles financiers bien réels. 

Tout cela met en lumière l’importance de planifier sa retraite de nombreuses années avant d’y arriver afin de s’outiller correctement pour surmonter des obstacles comme un retour à l’école, la recherche d’emploi ou le démarrage d’une entreprise. Le recours à des outils comme une fiducie sera d’une grande aide à tout athlète. En ce qui me concerne, je savais que je voulais être comptable, donc, pendant les trois années d’études qui m’ont mené au titre professionnel de CPA, je me suis déniché un stage chez KPMG. J’ai également pu me lancer en affaires en tant que conférencier, ce qui m’a permis d’obtenir des revenus pendant que j’étudiais. Je vous prie de me croire si je vous dis qu’il n’a jamais été naturel pour moi de divertir des centaines de personnes pendant une heure! Je suis intimement convaincu du fait qu’une planification précoce, c’est à dire des années à l’avance, est la clé d’une transition professionnelle réussie. 

Si je n’avais qu’un conseil à donner, ce serait que les athlètes doivent poursuivre leurs études pendant leur entraînement sportif afin qu’ils soient en mesure de réaliser leurs rêves une fois que leur carrière d’athlètes sera derrière eux. Après tout, il y a fort à parier que votre deuxième carrière sera bien plus longue que votre carrière d’athlète.

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