Communiqué du Comité directeur national sur la littératie financière du Canada à propos de la mise en œuvre du Plan national de recherche sur la littératie financière 2016-2018

De : Agence de la consommation en matière financière du Canada

Le Comité directeur national sur la littératie financière (ci-après le « Comité directeur »), présidé par la chef du développement de la littératie financière, a reçu le rapport final de son sous-comité de recherche sur la mise en œuvre du Plan national de recherche sur la littératie financière 2016-2018. Ce rapport constitue le produit livrable final du sous-comité de recherche. Le mandat de deux ans du comité s’est terminé en février 2018.

1. Merci

Le Comité directeur souhaite exprimer sa sincère gratitude à chacun des membres du sous-comité de recherche. Collectivement, les membres se sont unis pour déterminer l’orientation du programme de recherche sur la littératie financière pour les intervenants partout au pays. En même temps, chaque membre a contribué à générer des données qui s’appuient directement sur la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour la littératie financière.

2. Principales constatations

Connaissances financières par rapport à confiance financière

2.1 Les connaissances financières sont importantes; toutefois, seules, elles ne suffisent pas pour que les gens adoptent des comportements souhaitables sur le plan financier.

2.2 La confiance financière est un meilleur indicateur des résultats de la gestion quotidienne de l’argent et des dettes que les connaissances financières.

2.3 Des résultats plus positifs sont observés pour la planification à long terme et les comportements d’épargne (p. ex., investissement, achat d’assurances), pour les personnes ayant des niveaux élevés de connaissances financières et de confiance financière.

2.4 Une confiance financière élevée n’immunise pas les personnes ayant de faibles connaissances contre de piètres résultats en planification et en épargne. Les personnes qui ont de faibles connaissances financières, mais une confiance financière élevée présentent aussi un risque plus élevé d’avoir des résultats financiers négatifs liés à la planification à long terme et aux comportements d’épargne. Cela est particulièrement évident chez chez les aînés et les personnes qui approchent de l’âge de la retraite.

2.5 La confiance est associée à un comportement persistent d’établissement de budget – ceux qui se sont fait un budget et qui ont maintenu ce comportement manifeste une confiance accrue dans leur capacité à établir et à respecter un budget. Ceux qui ont cessé de faire un budget avaient tendance à être ceux qui étaient moins confiants dans leur capacité à en faire un.

Bien-être à la retraite

2.6 Quand on examine les contributions des connaissances, les aptitudes et la confiance par rapport au bien-être à la retraite au Canada, les deux éléments les plus importants de la littératie financière sont : (1) la confiance financière; et (2) l’utilisation des conseils sur les produits financiers. Ces variables étaient liées de façon positive aux indicateurs de bien-être financier.

Joindre les deux bouts

2.7 Certains Canadiens ont de la difficulté à joindre les deux bouts, et il n’est pas rare que plusieurs contractent des dettes pour y arriver.

2.8 Les ménages à faible revenu sont plus susceptibles d’avoir des résultats financiers négatifs quand ils sont confrontés à un choc financier comme une perte de revenu pendant six mois. Dans ce cas, les ménages à faible revenu sont plus à risque de contracter d’autres dettes ou de changer de résidence principale.

2.9 Trop peu de Canadiens font un budget.

2.10 Près de la moitié des personnes qui n’avaient pas de budget ne savaient pas par où commencer.

Introspection comportementale

2.11 Comprendre le comportement et les motivations des consommateurs est essentiel pour favoriser la prise de meilleures décisions financières.

2.12 Une architecture des choix et d’autres techniques comportementales peuvent permettre aux gens d’épargner leur remboursement d’impôt pour des urgences et pour rembourser leur dette.

2.13 L’information simplifiée et disponible au bon moment réduit l’écart entre les connaissances et la prise de décisions.

2.14 L’environnement en ligne est idéal pour l’établissement de normes sociales et les techniques d’ancrage (p. ex., prise de décisions avec l’aide d’un avatar).

2.15 Les outils d’information, les applications mobiles et les interventions incitatives semblent être efficaces pour régler des problèmes bien connus comme les biais comportementaux et peuvent être perçus comme étant des compléments importants aux interventions existantes en littératie financière.

Autochtones du Canada

2.16 Les Autochtones font face à des obstacles uniques à leur bien-être financier. Ceux-ci devraient être pris en considération dans la conception et la mise en œuvre d’interventions en littératie financière de même que d’outils de mesure pour bien comprendre les comportements financiers des Autochtones.

Jeunes

2.17 Le Canada est l’un des pays où les jeunes obtiennent les meilleurs résultats en matière de littératie financière. Les résultats montrent aussi qu’il y a un sous-ensemble d’étudiants au Canada qui n’obtiennent pas d’aussi bons résultats.

2.18 Il est important pour les étudiants d’apprendre à gérer leur argent tôt dans la vie. Ouvrir un compte en banque et avoir des conversations régulières avec les parents à propos de l’argent semblent être des façons de les soutenir dans ce sens. Par exemple, les étudiants qui avaient un compte en banque et ceux qui parlaient des questions d’argent avec leurs parents une ou deux fois par semaine obtenaient de meilleurs résultats que leurs pairs qui ne le faisaient pas.

Stress financier

2.19 L’argent est la principale source de stress pour un grand nombre de Canadiens – plus que le travail, la santé ou les obligations familiales. Plus de la moitié des Canadiens s’intéressent aux programmes d’éducation financière en milieu de travail. Plus spécialement, les Canadiens s’intéressent surtout à l’éducation financière concernant l’épargne et la planification.

2.20 Le stress financier et l’insatisfaction par rapport à sa vie sont étroitement liés. Plus particulièrement, les personnes qui disent que les finances sont leur principale source de stress sont moins susceptibles de se dire très satisfaites de leur vie.

Prêts sur salaire

2.21 La plupart des utilisateurs de prêts sur salaire empruntent pour payer des dépenses essentielles. De plus, nombre d’utilisateurs de prêts sur salaire ne sont pas au courant du coût élevé des prêts sur salaire par rapport aux solutions de rechange possibles. Il est également important de mentionner que les prêts sur salaire ne sont pas utilisés seulement par les Canadiens à faible revenu.

3. Applications concrètes

Le Comité directeur souhaite souligner les applications concrètes que ces constatations peuvent avoir quand vient le temps d’orienter l’élaboration d’interventions en littératie financière de même que le travail des spécialistes et chercheurs dans ce domaine. Un certain nombre de ces applications sont présentées ci-dessous.

Confiance financière, apprentissage par l’expérience et importance de l’évaluation

3.1 Il y a plusieurs façons dont la confiance et les connaissances peuvent être liées à la prise de décisions financières. La recherche porte à croire que les approches d’interventions destinées à tous sont peu susceptibles de porter leurs fruits. Les interventions doivent plutôt s’appuyer sur une meilleure compréhension des mécanismes qui font en sorte que des lacunes dans la confiance et les connaissances entraînent de faibles résultats. Les interventions doivent être adaptées aux besoins précis des personnes présentant différents types de lacunes. En outre, les interventions d’apprentissage par l’expérience sont essentielles pour accroître la confiance et les connaissances financières. Une approche d’apprentissage par la pratique permet aux personnes d’apprendre de leurs propres expériences à mettre en œuvre des stratégies fructueuses de gestion de l’argent.

3.2 Les interventions en littératie financière dans le domaine de la planification et de l’épargne doivent tenir compte des effets négatifs potentiels d’une trop grande confiance sur les résultats en matière de finances. 

3.3 Des interventions en littératie financière conçues en collaboration avec des experts en évaluation pour s’assurer que les répercussions puissent être évaluées à l’aide de méthodes appropriées peuvent donner un point de vue utile sur ce qui fonctionne et pour qui.

Technologie et introspection comportementale

3.4 Les programmes et les outils de littératie financière peuvent être bonifiés de façon importante par l’application de l’introspection comportementale.

3.4.1 Par exemple, les participants au programme pourraient bénéficier d’un courriel ou d’un message texte de suivi en temps opportun (p. ex. pendant la saison des impôts ou des RÉER) leur rappelant les principaux points à retenir d’un atelier donné.

3.4.2 Les ressources en ligne peuvent être améliorées au moyen d’aides visuelles et d’autres dispositifs qui s’appuient sur les normes sociales et l’ancrage, afin de permettre aux consommateurs de choisir rapidement la bonne solution pour eux.

3.5 L’utilisation de la technologie (p. ex., applications mobiles) et d’incitatifs (p. ex., récompenses) devrait être optimisée, dans la mesure du possible, pour rendre l’éducation financière plus attrayante pour les Canadiens. 

Femmes

3.6 Au moment de mettre en œuvre et de donner de l’éducation financière aux femmes et aux filles, il est recommandé que les éducateurs financiers :

3.6.1 Cernent des périodes propices à l’apprentissage et des contextes d’apprentissage, notamment des écoles, le milieu de travail, les réseaux de femmes, les communautés et les groupes d’autoassistance.

3.6.2 Adaptent les méthodes de prestation aux besoins des femmes, en misant sur l’influence des modèles d’identification féminins, l’apprentissage en groupe avec les pairs et le partage de même que l’utilisation d’outils novateurs.

3.6.3 Combinent l’éducation financière avec un accès à des produits financiers officiels et avec l’éducation entrepreneuriale pour améliorer l’accès global des femmes à des possibilités économiques et financières.

3.6.4 Surveillent et évaluent systématiquement tous les programmes d’éducation financière, afin de cerner toute divergence, entre les participants hommes et femmes, en ce qui concerne les attentes, les préférences liées à l’apprentissage et les résultats des programmes.

Peuples autochtones

3.7 Les constatations des projets pilotes menés dans le cadre du projet de mieux-être financier des Premières Nations devraient être prises en considération dans l’élaboration et la mise en œuvre d’interventions financières auprès des Autochtones.

Jeunes

3.8 Contrairement aux méthodes traditionnelles d’éducation financière, une approche par expérience simulée pourrait être plus efficace pour mobiliser les étudiants à l’égard du sujet de la littératie financière et améliorer leurs connaissances financières, leur confiance et leurs comportements.

Littératie financière en milieu de travail

3.9 Même s’il y a d’importants avantages éventuels au fait d’avoir une main-d’œuvre ayant un niveau plus élevé de littératie financière, les besoins variables d’un travailleur à l’autre devraient être pris en considération au moment de concevoir et d’offrir de l’éducation financière en milieu de travail.

Bien-être financier

3.10 Il n’y a pas de solution unique au bien-être financier qui convienne à tous. La perception du bien-être financier diffère d’une personne à l’autre. Par conséquent, élaborer des outils pour aider les Canadiens à mieux comprendre et exprimer leur propre bien-être financier constitue une étape importante de l’amélioration de tous les aspects de leur vie financière.

4. Recherche futures

Reconnaître que le travail doit se poursuivre pour mieux orienter les efforts des intervenants qui contribuent à la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour la littératie financière. Nous invitons tous les membres de la communauté de recherche du Canada à tirer parti des résultats du travail de notre sous-comité de recherche et à explorer des possibilités de recherche futures dont un certain nombre sont présentées ci-dessous.

Femmes

4.1 Des études plus poussées sont requises pour trouver et éliminer les obstacles qui peuvent empêcher les femmes d’avoir accès à l’éducation financière et d’améliorer leur littératie financière, y compris les normes culturelles, sociales et juridiques qui limitent les possibilités pour les femmes de s’informer sur les questions financières et d’acquérir des aptitudes financières.

Jeunes

4.2 Une étude plus poussée des caractéristiques des étudiants qui ont des difficultés financières pourrait faciliter la détermination des meilleures façons de les aider à obtenir les connaissances et les aptitudes nécessaires à la prise des bonnes décisions financières.

4.3 Il serait utile de mener des recherches plus approfondies auprès des parents et des enseignants pour apprendre comment mieux les préparer à enseigner les questions d’argent aux enfants et pour qu’ils aient confiance dans leur capacité à le faire.

Comprendre les facteurs psychosociaux qui influencent la littératie financière

4.4 Des interventions en littératie financière conçues pour améliorer le bien-être financier des Canadiens peuvent être mieux orientées par une meilleure compréhension des facteurs psychosociaux à l’origine de nos choix financiers (p. ex., confiance financière, perceptions des aptitudes et des connaissances financières). Davantage de recherches sur les moyens de renforcer la confiance financière faciliteraient l’amélioration de la conception et à la mise en œuvre de ces interventions.

4.5 Actuellement, la recherche portant sur le rôle des facteurs psychosociaux dans la prise de décisions financières est limitée par les données transversales, ce qui signifie que les causes et les effets ne peuvent pas être clairement établis. Des données longitudinales portant sur la prise de décisions financières et les facteurs qui y contribuent au fil du temps seraient utiles à des études plus poussées dans ce domaine.

Introspection comportementale

4.6 Il a été démontré que l’introspection comportementale (p. ex., architecture de choix, normes d’ancrage et sociales) est efficace pour aider les personnes à analyser toute l’information disponible et à prendre des décisions. Comme les situations financières sont souvent propres à chaque personne, la littératie financière est importante pour comprendre les solutions possibles et évaluer les choix. En conséquence, la recherche en littératie financière pourrait bénéficier d’une étude plus approfondie de l’incidence des interventions fondées sur les comportements sur la confiance et les connaissances financières.

Expériences sur le terrain, pauvreté par manque d’actifs et stress financier

4.7 Il y a une variation importante dans le comportement des ménages qui est beaucoup plus complexe que ce que les mesures des revenus et des dettes seules nous permettent de comprendre. D’autres facteurs, comme la pauvreté par manque d’actifs et le stress financier, devraient être examinés plus en profondeur.

4.8 D’autres expériences sur le terrain sont requises pour mieux cibler les interventions en littératie financière et évaluer ce qui fonctionne et pour qui.

4.9 Une étude plus poussée est nécessaire pour mieux comprendre la pauvreté par manque de revenus et la pauvreté par manque d’actifs au Canada et pour orienter l’élaboration des politiques sociales connexes.

4.10 Des études supplémentaires sont requises pour examiner la relation entre les soins donnés dans la famille, le stress financier et les résultats financiers découlant des niveaux de littératie.

4.11 Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour examiner la relation entre le stress financier subjectif et les indicateurs du stress financier objectif comme le niveau d’endettement et les comportements financiers.

Évaluation des programmes

4.12 L’éducation financière au Canada bénéficierait d’une approche systémique de mesure et d’évaluation. D’autres efforts sont requis pour renforcer la capacité dans ce domaine, pour permettre aux fournisseurs de services d’évaluer leurs programmes et de partager les résultats de leurs évaluations.

Bien-être financier

4.13 Il y a un mouvement croissant vers la mesure du bien-être financier en tant qu’indicateur de la réussite des programmes et des interventions en littératie financière. D’autres études sont requises pour définir le bien-être financier au Canada et mettre au point un outil de mesure normalisé.

5. Prochaines étapes: Sous-comité de recherche

Donner au président du sous-comité de recherche l’ordre de travailler au renouvellement d’un sous-comité de recherche, pour un mandat de deux ans (2018-2020), afin de fournir de l’aide en vue :

5.1 de poursuivre la mise en œuvre du Plan national de recherche sur la littératie financière du Canada

5.2 d’étudier la possibilité de transférer les connaissances tirées de la recherche aux spécialistes de la littératie financière et de leur permettre de partager leurs apprentissages

5.3 d’élaborer et de mettre en œuvre une stratégie pour obtenir du financement pour la recherche sur la littératie financière

À propos de la Stratégie nationale pour la littératie financière

La Stratégie nationale pour la littératie financière – Compte sur moi, Canada a été élaborée pour mobiliser les secteurs public, privé et sans but lucratif afin de renforcer la littératie financière des Canadiens et de leur permettre de gérer intelligemment l’argent et les dettes en plus de planifier et d’épargner pour l’avenir et de prévenir la fraude et l’exploitation financière et protéger les gens contre celles-ci.

À propos du Plan national de recherche sur la littératie financière 2016‑2018

Le Plan national de recherche sur la littératie financière 2016-2018 a été élaboré par le sous-comité de recherche afin d’orienter la recherche, l’évaluation, la pratique et l’élaboration des politiques dans le domaine de la littératie financière. Le Plan s’appuyait sur des données clés et cherchait à combler les lacunes essentielles en matière de recherche afin d’orienter la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour la littératie financière – Compte sur moi, Canada.

Des chercheurs du Canada et des collaborateurs internationaux ont mené des études sur les sujets suivants :

  • rembourser progressivement la dette du ménage
  • faire un budget
  • épargner
  • comprendre les produits et services financiers sur un marché de plus en plus complexe

Les données empiriques qui ont été générées par le travail des personnes qui ont contribué au Plan national de recherche sur la littératie financière 2016-2018 orientent le travail de la communauté de recherche et des spécialistes de la littératie financière.

À propos du sous-comité de recherche

Le sous-comité de recherche a été créé en février 2016 avec un mandat de deux ans. Il était composé de représentants des secteurs public, privé et sans but lucratif. Comme le montre la liste suivante, les membres représentaient un ensemble varié et complémentaire d’aptitudes et d’expertise.

Les membres du sous-comité de recherche étaient :

  • Bruno Lévesque, président, Agence de la consommation en matière financière du Canada
  • Cairine Wilson, coprésidente, Comptables professionnels agréés Canada (à la retraite)
  • Simon Brascoupé, AFOA Canada
  • Derek Dedman, Financial Planning Foundation
  • Karen Duncan, Université du Manitoba
  • Jan Dymond, Institut des fonds d’investissement du Canada
  • Noah Gitterman, Protection du consommateur de l’Ontario
  • Jodi Letkiewicz, Université York
  • Pierre-Carl Michaud, HEC Montréal
  • Jennifer Robson, Université Carleton
  • David Rothwell, Université d’État de l’Oregon
  • Shishir Shahnawaz, Société canadienne d’hypothèques et de logement
  • Dilip Soman, Université de Toronto
  • Brenda Spotton Visano, Université York
  • Evren Damar, Banque du Canada
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