Guide relatif à l'évaluation des personnes handicapées - Comment établir et mettre en place des mesures d'adaptation en matière d'évaluation - Déficience visuelle

Que devez-vous savoir à propos de cette déficience?

Les problèmes liés à la perte de vision diffèrent énormément d'une personne à l'autre. Les personnes ayant une déficience visuelle pouvant demander des mesures d'adaptation lors de l'évaluation comptent :

  1. Les personnes ayant une cécité totale et qui sont incapables de lire la documentation imprimée même avec un dispositif de grossissement. Bien que certaines de ces personnes aient une faible perception ou une vision réduite, elles doivent néanmoins recevoir toute l'information écrite verbalement ou au toucher. Puisque les personnes ayant une cécité totale effectuent leur travail à l'aide de divers types de technologies d'adaptation, il y a une grande variation, d'un individu à l'autre, dans les types de formats utilisés lorsqu'ils ou elles subissent des évaluations.
  2. Les personnes ayant une vision partielle, ou en d'autres termes, ayant une « basse vision ». Ces personnes ont une certaine vision utilisable qui leur permet de lire les caractères imprimés standard au moyen d'un dispositif d'adaptation. Ces personnes peuvent lire les documents d'évaluations écrits en gros caractères, à l'aide d'un dispositif de grossissement ou encore à l'aide d'autres aides techniques. Leur vision leur permet également de voir le dessin ou le tracé de graphiques, de tableaux ou de diagrammes. Les personnes ayant une vision partielle peuvent être ou ne pas être aveugles au sens de la loi7.

    Les personnes ayant une vision partielle peuvent présenter différents problèmes oculaires entraînant des limitations qui varient énormément d'une personne à l'autre. En voici une liste à titre d'exemple :
    • Une faible acuité visuelle dans l'ensemble du champ visuel (manque de netteté ou de perception des détails) ne pouvant pas être améliorée par des verres correcteurs.
    • La dégénérescence maculaire entraînant une perte de la vision centrale et une vision périphérique utilisable à divers degrés.
    • Une perte partielle de la vision provoquée par des cataractes, un glaucome ou d'autres maladies de l'oeil.
    • Le rétrécissement concentrique du champ visuel avec une étroite bande de vision centrale que l'on appelle souvent la « vision tubulaire ».
    • Des difficultés de vision variables ou des périodes soudaines de perte de vision souvent associées à une maladie chronique (par exemple : diabète, sclérose en plaques).
  3. Les personnes ayant une surdi-cécité sont celles qui présentent une déficience importante de la vue et de l'ouïe. Ceci comprend :
    • Les personnes qui ont une cécité totale et qui ont perdu l'ouïe, de façon soudaine ou graduelle.
    • Les personnes sourdes qui ont perdu la vue.
    • Les personnes qui sont aveugles et sourdes ou qui ont à la fois une grave perte de la vue et de l'ouïe depuis la naissance ou depuis la petite enfance.
  4. Les personnes ayant certains autres problèmes de vision comme le daltonisme, la vision monoculaire ou une difficulté à s'adapter aux changements de luminosité.

De quelle information ou documentation professionnelle a-t-on besoin et de qui?

Les postulants et les postulantes ayant une déficience visuelle dont les limitations sont permanentes, stables et évidentes n'ont habituellement pas à fournir de documentation d'une professionnelle ou d'un professionnel. Dans la plupart des cas, ceux en charge d'établir les mesures d'adaptation lors de l'évaluation peuvent obtenir toute l'information requise sur la nature et la portée des limitations fonctionnelles en consultant directement le postulant ou la postulante.

À noter que si la déficience visuelle est associée à une maladie chronique, une documentation de la professionnelle ou du professionnel traitant peut être requise. Pour plus de détails, vous référer à la section sur les maladies chroniques.

Quels sont les éléments clés à considérer?

Lorsqu'on détermine les mesures d'adaptation à être utilisées lors de l'évaluation pour les personnes ayant des limitations visuelles, les trois éléments suivants devraient être considérés :

1. La nature et la portée des limitations fonctionnelles de la personne doivent être bien comprises. Les questions qui suivent peuvent vous aider à obtenir de l'information pertinente.

  • Comment la personne accède-t-elle habituellement à de l'information textuelle (par exemple : format électronique, braille, gros caractère, caractère régulier, caractère régulier avec magnification)?
  • Est-ce que la déficience visuelle de la personne est progressive? Quel est le stade actuel de la déficience?
  • Est-ce que la déficience visuelle fluctue en raison d'une maladie chronique comme le diabète ou la sclérose en plaque, ou si elle est affectée par des facteurs extérieurs tels que le moment de la journée ou le type d'éclairage?
  • Est-ce que la provenance ou l'intensité de la lumière, l'éblouissement, l'espacement des caractères, ou la couleur de l'encre affectent la vision?
  • Si la personne lie le braille, quel type (abrégé ou non-abrégé)?
  • Quel moyen la personne utilise-t-elle habituellement pour consigner des réponses et pour rédiger des documents?
  • Si la personne a une surdi-cécité, quels moyens utilise-t-elle pour communiquer oralement, notamment dans des entrevues ou des exercices interactifs?
  • Est-ce que le postulant ou la postulante éprouve une fatigue oculaire ou à besoin de pauses fréquentes selon la méthode utilisée pour lire le matériel?

Il est important de mentionner à nouveau que la personne handicapée est la première source d'information sur la façon dont ses limitations fonctionnelles l'affectent et sur les mesures d'adaptations appropriées à ses besoins spécifiques. En conséquent, cette information est habituellement recueillie auprès de la personne. Pour vous aider à recueillir l'information nécessaire, vous pouvez vous référer au questionnaire disponible à l'appendice 2.

2. La connaissance de l'outil d'évaluation qui sera utilisé est requise. En fonction des caractéristiques de l'outil d'évaluation, les mesures d'adaptation nécessaires pour un outil particulier peuvent ne pas être nécessaires pour un autre outil. Voici certaines considérations pour vous aider à identifier les caractéristiques de l'outil d'évaluation.

Pour une entrevue :

  • Est-ce que de la documentation écrite est fournie avant ou pendant l'entrevue? Si oui, y a-t-il beaucoup de lecture?
  • Est-ce qu'il y a une période allouée avant l'entrevue pour préparer les réponses?
  • Quelle est la durée prévue des réponses données oralement?
  • Est-ce qu'il y a une composante écrite? Si oui, y a-t-il beaucoup d'écriture?
  • Quel est le temps alloué?

Pour un test écrit :

  • Est-ce des questions à développement, à réponses brèves ou à choix multiples?
  • Est-ce une étude de cas, un exercice de panier de gestion, un examen à livre ouvert?
  • Combien y a-t-il de questions?
  • Y a-t-il beaucoup de lecture ou d'écriture?
  • Quel est le temps alloué?
  • Est-ce que les instructions sont transmises oralement ou par écrit?

Pour une situation interactive :

  • Est-ce que c'est une situation de groupe? Si oui, combien y a-t-il de participants? Est-il indiqué d'informer les autres participants et participantes des limitations fonctionnelles de la personne? Si oui, qui les informera, le postulant ou la postulante ou encore la personne chargée d'administrer la session interactive?
  • Est-ce que des documents écrits sont donnés avant ou pendant la situation? Si oui, y a-t-il beaucoup de lecture?
  • Quelle est la durée prévue de l'exercice au niveau des interactions orales?
  • Est-ce qu'il y a une composante écrite? Si oui, y a-t-il beaucoup d'écriture?
  • Quel est le temps alloué?

3. La connaissance de la qualification évaluée est essentielle. Cette information vous aidera à vous assurer que les mesures d'adaptation ne modifieront pas la nature et le niveau de la qualification évaluée. Voici des éléments de questionnement :

  • Quelle(s) qualification(s) sera (seront) évaluée(s) par l'outil d'évaluation? S'agit de connaissances, de capacités/compétences, d'aptitudes ou de qualités personnelles?
  • Est-ce qu'il y a une exigence au niveau de la rapidité d'exécution?
  • Est-ce que le niveau de la qualification évaluée reflète les exigences du poste?

Déterminer les mesures d'adaptation qui seront utilisées lors de l'évaluation demande nécessairement une recherche et une analyse des trois éléments mentionnés ci-haut; au niveau de l'incidence qu'ils ont les uns sur les autres, et l'application des Principes des mesures d'adaptation en matière d'évaluation. Cette analyse est la justification qui sous-tend les mesures d'adaptation proposées. Cette justification doit expliquer en quoi les mesures d'adaptation permettent à la personne de démontrer pleinement ses qualifications, tout en empêchant ses limitations fonctionnelles de la désavantager. Elle explique également comment la personne ne bénéficie pas d'un avantage comparativement aux autres dans le processus de nomination, et ainsi, que le mérite est préservé.

Exemples de mesures d'adaptation lors de l'évaluation et considérations

Voici des exemples et des considérations qui peuvent être utiles lors de la détermination des mesures d'adaptation à être utilisées lors de l'évaluation. Vous trouverez également des exemples spécifiques de mesures d'adaptation en fonction des limites fonctionnelles possibles.

En regardant ces exemples, gardez à l'esprit que les mesures d'adaptation doivent être déterminées en fonction de chaque cas. Ainsi, leur pertinence dépendra donc de la nature et la portée des limites fonctionnelles de la personne, de l'outil d'évaluation utilisé et de la qualification mesurée. Les mesures d'adaptation doivent, si possible, ressembler à la manière dont la personne exécuterait habituellement la tâche si elle était au travail, et ne doivent pas altérer la nature et le niveau de la qualification évaluée. Pour plus de détails, référez à la section Établir et mettre en place des mesures d'adaptation en matière d'évaluation.

Technologie d'adaptation : Règle générale, il faudrait fournir aux personnes les dispositifs ou les logiciels dont ils se servent habituellement pour lire ou pour écrire. Les personnes peuvent apporter leur propre équipement dans la pièce où l'évaluation est faite, sinon ils ou elles peuvent subir l'évaluation dans leur bureau lors d'une séance supervisée. L'utilisation de l'équipement des personnes a un avantage : cet équipement est déjà adapté aux besoins de la personne et elle en connaît bien les réglages, la position des touches, etc. Pour une brève description des technologies d'adaptation fréquemment utilisée, voir le glossaire à l'appendice 4.

Séance individuelle : Il est nécessaire en général d'offrir une séance d'évaluation individuelle quand les procédures d'administration diffèrent des procédures habituelles (par exemple : lorsqu'une technologie d'adaptation ou d'autres formats sont nécessaires, lorsque plus de temps ou des pauses sont accordés ou lorsqu'on a recours aux services d'intervenants pour les personnes ayant une cecité-surdité).

Temps additionnel : Il faut habituellement accorder plus de temps aux postulants et aux postulantes ayant une perte de vision; ce temps peut s'avérer assez long, en fonction du mode d'accès au matériel d'évaluation. On détermine le temps supplémentaire requis en fonction de chaque cas, car non seulement l'étendue et la nature des limitations varient beaucoup d'une personne à l'autre, mais le type de technologie d'adaptation qu'utilise un postulant ou une postulante influera également sur le temps supplémentaire requis. Lorsqu'il faut prévoir du temps supplémentaire, tenez compte d'une part du temps de lecture requise et d'autre part du temps pour répondre aux questions. En cas de doute, on recommande de consulter un expert ou une experte en la matière.

Pauses : Une prolongation de la durée de l'évaluation suppose généralement que des pauses seront nécessaires, lesquelles ne sont pas incluses dans le temps prévu pour l'administration de l'évaluation. Des pauses seront également nécessaires si le postulant ou la postulante utilise une méthode de lecture qui est très fatigante, comme l'usage d'une loupe. Si la perte de vision est le résultat d'une autre maladie, des pauses pourraient également être nécessaires pour en tenir compte. Un chronomètre doit être utilisé pour compter le temps exacte passé pour l'évaluation et le temps des pauses.

Choix des formats de test et préparation du matériel: Les postulants ou les postulantes ayant une perte de vision doivent avoir accès au matériel d'évaluation et au matériel de préparation dans un format qu'ils ou elles peuvent utiliser efficacement. Il est essentiel de déterminer le format le plus approprié pour chaque postulant et chaque postulante, y compris le niveau de braille ou la taille des gros caractères requis, car ce dont une personne a besoin peut ne pas être approprié pour une autre. Pour les personnes qui ne sont pas en mesure d'accéder au matériel imprimé, même avec magnification, une évaluation orale au lieu d'une évaluation écrite peut être considéré si la communication écrite n'est pas la capacité évaluée.

Les formats les plus souvent utilisés, autres que les imprimés standard, sont les suivants :

  • Gros caractères, on entend généralement ceux qui ont plus de 14 points. On considère souvent que des caractères de 16 ou 18 points constituent la norme, mais certains postulants ou certaines postulantes ont besoin de caractères de taille supérieure.
  • Format électronique à utiliser avec un grand écran et/ou un programme de grossissement à l'écran;
  • Format électronique à utiliser avec un synthétiseur de parole et/ou un affichage régénéré en braille;
  • Format audio, y compris les audio cassettes et les disques compacts.
  • Braille : type 1(forme non-abrégée) ou type 2 (forme abrégée);

Pour répondre aux questions: C'est une bonne pratique de permettre à la personne d'utiliser la technologie d'adaptation qu'elle utilise habituellement pour faire des tâches similaires au travail. Par exemple :

  • Un ordinateur avec lecteur sonore d'écran.
  • Un ordinateur avec une grosse police.
  • Un dictaphone, les réponses enregistrées sont ensuite transcrites sur la feuille de réponses par le surveillant ou la surveillante de l'examen.
  • Un lecteur ou un scribe qui inscrit les réponses directement sur la feuille de réponses pour les questions à choix multiples corrigées par lecteur optique.
  • Une machine à écrire braille manuelle, les réponses peuvent ensuite être dictées au surveillant ou à la surveillante d'examens ou enregistrées dans un magnétophone.
  • Pour des tests à choix multiples, les feuilles réponses peuvent être adaptées pour les personnes ayant une vision partielle (feuille avec des grands carrés pour y inscrire la réponse, plutôt que les feuilles avec les petits cercles à noircir) ou encore on peut leur permettre d'encercler la bonne réponse directement dans le cahier d'examen.

Pour la prise de notes lors des entrevues, les simulations ou les exercices interactifs ainsi que pour la rédaction de longs textes : C'est une bonne pratique de permettre au postulant ou à la postulante d'apporter l'équipement qu'il ou elle utilise normalement pour prendre des notes ou se préparer, selon le contexte. Voici deux exemples d'équipements :

  • Les appareils électroniques portables de prise de notes sont très utiles pour prendre des notes pendant les entrevues ou les simulations ou pour se préparer.
  • Une machine à écrire braille manuelle (« dactylo - braille de Perkins ») sert souvent au postulant ou à la postulante pour se préparer.

Considérations spécifiques aux personnes ayant une surdi-cecité

Les mesures d'adaptation doivent être prises en fonction des modes de communication et de lecture auxquels la personne a recours dans le cadre de ses activités quotidiennes. Une stratégie de communication importante est le recours aux services d'intervenants pour les personnes ayant une surdi-cecité. En effet, les intervenants fournissent de l'information auditive et visuelle en choisissant parmi toute une gamme de méthodes celle qui est le plus efficace pour la personne concernée. Parmi ces méthodes, on note le langage gestuel visuel, le langage gestuel tactile, l'épellation digitale, le braille et des notes en gros caractères.


7 Pour être considérée « aveugle » une personne doit avoir une acuité visuelle de l'oeil le plus performant de 20/200 ou moins après la meilleure correction. Cela signifie voir à 20 pieds ce qu'une personne ayant une vision normale est capable de voir à 200 pieds. De plus, les personnes qui ont un champ de vision gravement limité (dont le champ de vision est d'au plus 20 degrés) peuvent également être considérées comme aveugles au sens de la loi.

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