Notes pour une allocution de l'honorable Patty Hajdu, C.P., députée, ministre de la Condition féminine à l'occasion de la table ronde de la Fédération canadienne des municipalités intitulée « Parce qu'on est en 2016 : abattre les obstacles pour les femmes en politique municipale »

Discours

Winnipeg (Manitoba)
Le 3 juin 2016

La version prononcée fait foi. Ce discours a été traduit en conformité avec la Politique sur les langues officielles et révisé aux fins d’affichage et de distribution conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada.

Bonjour. C’est un grand plaisir pour moi d’être parmi vous aujourd’hui à l’occasion de cet atelier pour discuter de certaines des difficultés que doivent surmonter les femmes qui veulent se lancer dans la vie publique. Avant de plonger dans le vif du sujet, j’aimerais reconnaître que nous nous trouvons sur le territoire visé par le Traité no 1.

J’ai une grande admiration pour le travail que vous faites. En effet, la gouvernance municipale peut présenter de grands défis, surtout dans le contexte actuel, où on exige de plus en plus des municipalités — souvent sans que cela ne se traduise par une augmentation équivalente de leurs revenus. J’ai peut-être une conscience plus aiguë de ces difficultés que la moyenne gens, parce que je me suis souvent retrouvée devant le conseil municipal de ma propre ville afin de demander plus de financement pour le refuge que je dirigeais alors pour les personnes sans abri.

En fait, je pense que c’est l’expérience acquise devant le conseil municipal, à faire valoir les besoins de mon organisme à but non lucratif, qui m’a appris ce qu’il fallait pour débattre à la Chambre des communes! Et aujourd’hui, en tant que ministre de la Condition féminine, je reviens sur cette expérience et je constate que ma communauté de Thunder Bay a eu de nombreuses conseillères et même quelques mairesses, notamment Dusty Miller et Lynne Peterson. Néanmoins, les femmes restent sous représentées à son conseil municipal avec 27 % des sièges, ou 3 sur 11.

Le 150e anniversaire de notre pays approche à grands pas. Les femmes ont réalisé des progrès dans presque toutes les sphères de la vie au Canada — sociale, culturelle, économique et politique. De nos jours, il y a dans toutes les régions des mairesses et des conseillères municipales. Plusieurs provinces sont même dirigées par une première ministre et le Cabinet fédéral, pour la première fois de l’histoire, compte autant de femmes que d’hommes.

Et pourtant, malgré ces progrès, la parité demeure difficile à atteindre dans nos institutions démocratiques. Dans les conseils municipaux, 26 % des sièges sont détenus par des conseillères, et seulement 16 % des municipalités sont dirigées par une mairesse1. De plus, bien qu’à la dernière élection fédérale la population canadienne ait élu 88 députées — un nombre record — cela ne représente que 26 % des sièges à la Chambre des communes1. Il est clair qu’il nous reste encore du travail à faire dans tous les ordres de gouvernement.

L’objectif doit être de s’assurer que les femmes ont la même voix au chapitre que les hommes dans nos gouvernements. Il nous faut, à tous les paliers, atteindre la parité hommes-femmes dans les fonctions électives si nous voulons bâtir la société inclusive que nous désirons laisser à nos enfants et à nos petits-enfants.

Hélas! Aujourd’hui le parcours des femmes qui entrent en politique est semé d’embûches. Dans bien des aspects de notre société et dans un grand nombre d’institutions, les façons de faire continuent d’avoir pour fondement le patriarcat. L’égalité continuera de nous échapper si nous ne reconnaissons pas véritablement l’ubiquité du patriarcat et la force qu’il conserve.

<pC’est pourquoi nous devons faire preuve d’audace lorsque nous examinons le fonctionnement de nos institutions démocratiques ─ car elles sont le reflet du regard que notre société porte sur les femmes en général. Parmi les questions que nous devons collectivement nous poser, certaines ne sont pas nouvelles, par exemple : Comment améliorer l’équilibre entre le travail et la vie de famille? On continue aussi de se demander si les femmes rencontrent effectivement plus d’obstacles que les hommes outre le temps et l’argent. Mais nous devons aussi examiner des questions que l’on pose moins souvent, des questions qui nous mettent mal à l’aise, par exemple : Quel est le discours dominant en milieu de travail? « Pouvoir » est un mot masculin, mais notre conception du pouvoir en tant que fonction a-t-elle aussi un genre? Bien entendu, ce sont des questions qu’il faut poser ─ continuellement, à mesure que notre société et nos structures politiques évoluent. Nous devons nous les poser à nous-mêmes, de même qu’aux autres.

Non seulement on parle d’égalité des sexes au Canada, mais la discussion a gagné en substance à cause des gestes concrets et déterminants qu’ont posés le premier ministre et le gouvernement. Et comme bien des valeurs qui sous-tendent les lettres de mandat remises aux ministres à l’automne, l’égalité entre les sexes fait partie intégrante du travail que nous voulons accomplir — dans les subtilités autant que dans les généralités.

Un grand nombre des mesures que nous avons entrepris de mettre en œuvre amélioreront la capacité de notre pays d’assurer l’égalité entre les sexes pour des générations à venir. Un bon exemple de ces mesures, c’est notre nouvelle approche ─ fondée sur le mérite, ouverte et transparente ─ pour la sélection des candidates et candidats de haut niveau pour les quelque 4 000 nominations par décrets et affectations ministérielles visant à combler des postes aux commissions, conseils et tribunaux, aux sociétés d’État et à divers organismes au pays. J’y vois un legs : quelque chose qui va changer notre façon de faire et permettre d’assurer que la diversité de notre pays est prise en compte pour des générations à venir.

Et qu’en est-il de la conciliation travail et famille en milieu de travail? Comme d’autres postes qui exigent beaucoup de déplacements et de longues heures de travail, celui de députée n’est pas favorable à cette conciliation. Si vous avez de jeunes enfants ou des parents âgés, il ne vous est probablement pas possible de faire le travail de parlementaire sans ressentir un brin de culpabilité. Nous devons trouver des moyens d’accroître notre capacité à maintenir une étroite relation avec notre famille tout en facilitant la participation à la vie publique, particulièrement celle des femmes, qui dispensent une majorité des soins

Ma collègue Maryam Monsef, ministre des Institutions démocratiques, travaille à refondre nos processus démocratiques, je collaborerai d’ailleurs avec elle pour m’assurer que l’égalité des sexes est un élément clé pris en considération.

Enfin, parlons de la question de l’argent. L’un des éléments de diversité qui me semble le plus précieux au sein du Cabinet est la diversité socioéconomique. Lorsque nous pouvons comprendre l’incidence de nos décisions à la fois sur les personnes qui ont beaucoup d’argent et celles qui ont grandi dans la pauvreté, nous renforçons nos politiques et en augmentons l’efficacité. Et puisque ce sont les femmes qui se retrouvent le plus souvent à élever des enfants seules et à recevoir de bas salaires, nous devons veiller à réfléchir à ce qui doit être fait pour que les femmes aient la capacité financière de prendre une part active à la vie politique.

Les gouvernements et les organisations non gouvernementales peuvent aussi contribuer à promouvoir une participation accrue des femmes à la vie politique du Canada. La Fédération canadienne des municipalités contribue à cet effort à l’échelle des municipalités. Vous avez programmé plusieurs initiatives d’importance au cours des années pour augmenter la participation politique des femmes.

Permettez-moi aussi de mentionner À voix égales, un organisme qui a pour mission d’augmenter la participation politique des femmes à tous les niveaux et qui travaille plus spécifiquement à assurer la parité entre les sexes au Parlement du Canada, dans les assemblées législatives des provinces et des territoires, de même qu’au sein des conseils municipaux et des conseils de bandes. Condition féminine Canada a en outre lancé récemment un appel de propositions pour des projets qui aideront à réduire les obstacles systémiques qui empêchent les femmes de briguer les suffrages.

En me fondant sur mon expérience, je peux facilement vous nommer plusieurs des défis que doivent affronter les femmes qui entrent en politique, dont celui de surmonter leurs doutes. En ce qui me concerne, si j’ai persévéré, c’est parce que je voulais accéder à un poste qui me permettrait de faire davantage pour améliorer la vie des gens dans ma circonscription — et même dans tout le pays. Je peux d’ailleurs affirmer que mes espoirs les plus vifs ont déjà été largement dépassés.

Et voilà comment je me retrouve devant vous aujourd’hui — une mère chef de famille, une femme qui, grâce au soutien qu’elle a reçu, a pu déjouer les probabilités et réaliser de grands rêves. Je vous encourage toutes et tous à soutenir les femmes autour de vous qui excelleraient dans ces fonctions. Demandez-leur de se porter candidates. Donnez-leur les outils que vous avez et mentorez-les pour qu’elles croient dans leur capacité de gagner une élection et de façonner notre pays.

Nous devons avoir une plus grande diversité de voix pour la prise de décisions si nous voulons bâtir une société saine et inclusive qui répondra aux besoins de l’ensemble des Canadiennes et Canadiens pour les 150 années à venir.

Je vous remercie.


1FCM, « Femmes dans les gouvernements locaux »
2À voix égales [en anglais]


Recherche d'information connexe par mot-clés

L'hon. Patricia A. Hajdu Condition féminine Canada Société et culture

Signaler un problème ou une erreur sur cette page
Veuillez cocher toutes les réponses pertinentes :

Déclaration de confidentialité

Merci de votre aide!

Vous ne recevrez pas de réponse. Pour toute question, contactez-nous.

Date de modification :