Notes pour une allocution de l'honorable Patty Hajdu, C. P., députée, ministre de la Condition féminine

Discours

Le 18 juillet 2016, Toronto

La version prononcée fait foi

Avant de commencer, permettez-moi de souligner que nous sommes sur le territoire traditionnel de la Première nation des Mississaugas de la New Credit.

Je suis honorée de me trouver parmi vous aujourd’hui avec mes collègues Julie Dubrasin et Adam Vaughn pour discuter des moyens à prendre pour faire progresser le dossier de l’égalité des sexes et accélérer l’avancement des Canadiennes.Nous célébrerons l’an prochain le 150e anniversaire de la fondation de notre nation. Durant ce siècle et demi, nous avons fait d’importants progrès, mais l’égalité des sexes n’est pas encore une réalité; notre lutte pour l’égalité reste à finir.

Oui, il y a eu des changements. Par exemple, en 1916, les femmes ont franchi une étape importante en obtenant le droit de vote au Manitoba. La première députée a été élue en 1921. En 1957, une femme a siégé pour la première fois au Cabinet fédéral. En 1977, le gouvernement a promulgué la Loi canadienne sur les droits de la personne, rendant illégale la discrimination fondée sur le sexe.

L’article 28 de la Charte canadienne des droits et des libertés a été adopté en 1982 et une première juge a été nommée à la Cour suprême la même année. Et puis, plus près de nous, en 2015, notre premier ministre a formé le premier Cabinet fédéral paritaire et a nommé pour la première fois une ministre qui se consacre entièrement et exclusivement à la question de l’égalité entre les sexes — moi.

Nous pouvons donc nous féliciter des remarquables avancées réalisées par les Canadiennes, mais nous ne devons pas oublier qu’elles ne sont pas le fruit d’une progression naturelle.

Nous ne devons jamais prendre à la légère ces progrès durement acquis pour les femmes du pays. Le Canada, tel que nous le connaissons aujourd’hui, doit son existence aux efforts de personnes comme vous. Alors, je vous en remercie.

Avant de me lancer en politique, j’étais la directrice générale du plus grand refuge de Thunder Bay pour les sans-abris. J’ai lutté pour les droits fondamentaux à l’alimentation et au logement des personnes les plus marginalisées de notre société, souvent privées des plus simples nécessités de la vie.

Dans le cadre de cette lutte, on m’a souvent demandé d’expliquer pourquoi ces gens méritaient qu’on les aide — et la question venait souvent des décideuses et décideurs. Lorsque je leur expliquais, parfois patiemment et parfois avec une exaspération à peine voilée, on me renvoyait souvent un regard vide.

Mon travail consistait à rayer les préjugés et les idées préconçues qui influençaient leur façon de penser et à les forcer à voir la réalité telle qu’elle était.

C’est là le but de la « revendication ». On peut aussi appeler ça du « militantisme ». Il s’agit de forcer le pouvoir à voir les faits en face. La revendication, dans sa forme la plus pure, persuade par l’insistance et la persistance afin d’obtenir le respect du droit à l’égalité.

Certaines de nos plus grandes avancées sociales, nous les devons au courage de personnes qui ont forcé le pouvoir à voir les faits en face.

Aujourd’hui, les femmes ont le droit de vote parce que les suffragettes ont lutté pour l’obtenir. Le mariage entre personnes de même sexe est légal aujourd’hui parce que des militantes et militants l’ont revendiqué. La protection des droits des Autochtones a été améliorée parce que les Premières nations se sont levées et ont vigoureusement exigé un changement.

Et malgré ces progrès, dont nous pouvons être fiers, nous savons qu’il y a encore du chemin à faire, particulièrement lorsqu’il est question d’égalité des sexes.

Nous ne pouvons pas nous endormir sur nos lauriers. Un des périls les plus insidieux qui nous guette, c’est la croyance selon laquelle l’égalité des sexes serait déjà acquise et le féminisme, devenu inutile. C’est tout simplement faux.

Voilà pourquoi je suis si heureuse que nous ayons ce dialogue sur l’égalité des sexes au pays, car il s’agit d’une valeur canadienne importante et d’une préoccupation de premier plan pour notre premier ministre, Justin Trudeau.

L’égalité des sexes est maintenant une question prioritaire pour le gouvernement du Canada, qui entend d’ailleurs l’intégrer à toutes les facettes de son travail. En tant que ministre — la première affectée exclusivement aux questions de genre — j’ai pour tâche de diriger Condition féminine Canada, un organisme qui catalyse le changement en collaborant avec des groupes et organismes comme les vôtres et qui joue au sein du gouvernement le rôle de centre d’excellence en matière de genre.

Je vous confirme en outre que, le 1er juillet, nous avons rétabli l’admissibilité des activités de revendication dans le cadre des projets financés par le Programme de promotion de la femme. Nous avons apporté ce changement parce que nous croyons que le dialogue entre les parties intéressées et les décisionnaires conduit à des décisions plus judicieuses.

Comme vous le savez, à la consternation de bien des gens dans le mouvement, le gouvernement précédent avait rendu ces activités inadmissibles en 2007. Ce temps est révolu.

La population canadienne a opté pour la « voie ensoleillée » et le présent gouvernement veut exercer son pouvoir différemment, en appuyant le mouvement plutôt qu’en l’étouffant.

Dorénavant, les organismes qui veulent promouvoir l’égalité des sexes — qui travaillent à contrer la violence fondée sur le sexe, à améliorer la sécurité et la prospérité économiques des femmes ou, encore, à augmenter leur représentation aux postes de responsabilité et de décision — pourront inclure dans leurs projets des activités de revendication auprès des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, de même qu’auprès des municipalités.

Ce changement permettra aux groupes de faire progresser plus rapidement l’égalité des femmes et des filles dans toutes les régions du Canada.

Dans le cadre de notre dialogue sur l’égalité, j’aimerais que nous discutions des moyens d’accélérer le changement et de créer une société où les femmes et les filles ne se buteront plus aux obstacles systémiques qui, encore en 2016, continuent de les freiner.

Le gouvernement du Canada n’est qu’un morceau dans ce grand casse-tête. Néanmoins, nous travaillons sur plusieurs fronts pour bâtir une société saine et inclusive, où femmes et filles pourront s’épanouir pleinement dans tous les aspects de la vie.

Nous avons recentré nos énergies sur la promotion et l’utilisation de l’analyse comparative entre les sexes à l’échelle des organismes fédéraux. C’est une initiative importante, puisque cette méthode d’analyse fait en sorte qu’on tienne compte des réalités variées des Canadiennes et Canadiens dans nos politiques et programmes.

De plus, notre nouvelle approche de dotation ouverte, transparente et fondée sur le mérite garantira le choix de candidates et candidats de qualité pour les quelque 4 000 postes pourvus par décret ou par les ministres, tout en assurant que les titulaires soient plus représentatifs de la diversité canadienne.

Mais il existe toujours une entrave majeure à l’égalité des femmes et des filles — celle de la violence fondée sur le sexe.

Nous savons que la violence fondée sur le sexe a des effets dévastateurs sur les personnes, les familles et les collectivités. Nous savons aussi que ces effets sont souvent décuplés chez les personnes de milieux marginalisés, notamment les personnes allosexuelles ou bispirituelles, de même que les femmes et les filles autochtones ou en situation de handicap.

J’ai vu de mes propres yeux les ravages causés par la violence dans la vie des femmes. Lorsque je dirigeais Shelter House à Thunder Bay, j’ai pu constater à quel point la violence et le manque de mesures de soutien pour les victimes pouvaient empirer d’autres problèmes, comme la pauvreté et l’insalubrité ou l’exiguïté des logements. Trop souvent, un cycle perpétuel de pauvreté et de violence s’installait — un cycle qui, bien souvent, devient intergénérationnel.

Pour toutes ces raisons, le gouvernement du Canada s’engage à trouver des solutions et à éliminer la violence fondée sur le sexe. C’est aussi pour ces raisons que j’ai reçu le mandat de créer une stratégie fédérale contre la violence fondée sur le sexe.

Pour bien préparer cette stratégie, nous voulons non seulement entendre des expertes et experts, mais aussi des militantes et militants, ainsi que des personnes ayant survécu à la violence. Cela, afin d’assurer que la stratégie tienne bien compte des besoins diversifiés de la population canadienne, surtout celles et ceux de ses membres courant le plus grand risque d’être victimes de violence.

Nous voulons connaître le point de vue des personnes qui œuvrent tous les jours pour régler ce problème. Je vous dis aujourd’hui que nous voulons travailler avec vous et que nous sommes prêts à écouter.

J’annonce donc fièrement le début de nos consultations publiques en vue de l’élaboration de cette stratégie.

Au cours des prochaines semaines, je rencontrerai des universitaires, des membres de la société civile, des prestataires de services de première ligne ainsi que des survivantes et survivants aux quatre coins du pays pour recueillir leurs idées et des pratiques exemplaires en matière de prévention et de lutte contre la violence fondée sur le sexe.

Les travaux du Conseil consultatif que j’ai récemment mis sur pied font partie de ce processus de consultation du public visant à éclairer l’élaboration et la mise en œuvre de la stratégie fédérale.

Les mesures décrites aujourd’hui témoignent de l’engagement du gouvernement d’écouter l’ensemble de la population et de collaborer avec les parties intéressées, car nous adoptons une approche factuelle de conception des politiques et des programmes. C’est le type de gouvernement que nous voulons offrir aux Canadiennes et Canadiens, et le type de partenariat que nous voulons établir avec vous dans la lutte pour le changement et pour ce qui revient de droit aux Canadiennes.

Nous avons la chance d’avoir réuni aujourd’hui un grand nombre de militantes remarquables. J’ai hâte d’entamer la discussion et d’entendre la table ronde qui suivra sous peu, car je suis certaine qu’elles seront stimulantes. Je crois que nous avons une belle occasion de réaffirmer la relation entre le gouvernement et vous, militantes et militants; de nous réengager à travailler ensemble au profit de la population canadienne.

Les organismes non gouvernementaux jouent un rôle essentiel dans la gouvernance de notre pays. Vous aidez à définir les politiques et les programmes qu’adopte le gouvernement pour servir les Canadiennes et Canadiens, et vous contribuez à nous responsabiliser en nous demandant de répondre de nos engagements. Enfin — et c’est peut-être le plus important — vous faites valoir la nécessité du changement en faisant appel à la générosité et au bon sens des Canadiennes et Canadiens. C’est de cette façon qu’un pays progresse.

En travaillant ensemble, je sais que nous pourrons faire progresser l’égalité entre les sexes d’un océan à l’autre et bâtir une société saine et inclusive qui répondra aux besoins de tous ses citoyens et citoyennes pour les 150 années à venir.

Je vous remercie.


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