Aider les personnes âgées 2ELGBTQI+ à vieillir à domicile
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- Format substitut
- Remerciements
- Sommaire
- Définitions et abréviations
- Contexte et objectifs
- Ce que nous avons entendu - principaux points à retenir
- Dans leurs mots
- Conclusion
- Annexe A : Questionnaire du sondage en ligne
- Annexe B : Thèmes de l'entretien
- Références
Formats substituts

Aider les personnes âgées 2ELGBTQI+ à vieillir à domicile : Rapport « Ce que nous avons entendu » [PDF - 3 584 KB]
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Remerciements
Nous tenons à remercier les personnes interrogées dans le cadre du sondage en ligne, les personnes participantes aux entretiens ainsi que les représentants d'organismes pour leurs généreuses contributions de temps et d'efforts à l'étude. Nous vous exprimons toute notre gratitude pour votre implication. Nous espérons que vous trouverez les résultats intéressants et significatifs.
Nous tenons à souligner tous les travaux qu'ont effectués et que continuent d'effectuer les organismes communautaires 2ELGBTQI+, les groupes de défense des droits et les chercheurs qui consacrent leur temps et leurs ressources à améliorer la vie des personnes 2ELGBTQI+.
Nous remercions les organismes suivants pour leur précieuse contribution au succès de la présente étude :
- Le Conseil national des aînés
- Le Réseau de la fierté des employés d'EDSC
- Le Réseau de la Fierté à la fonction publique
- Femmes et Égalité des genres Canada
- Le Secrétariat 2ELGBTQI+ de Femmes et Égalité des genres Canada
- Statistique Canada
- La Direction générale des affaires publiques et des relations avec les intervenants d'EDSC
Sommaire
Contexte
Emploi et Développement social Canada (EDSC) a mené une étude reposant sur des méthodes mixtes dans le cadre du premier Plan d'action fédéral 2ELGBTQI+ du gouvernement du Canada. Le présent rapport résume les résultats de l'étude, qui ont été obtenus au terme de consultations menées auprès de personnes âgées bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers, intersexuées et d'autres personnes de diverses identités sexuelles et de genre (2ELGBTQI+) et d'organismes offrant des services aux populations 2ELGBTQI+ et âgées partout au Canada. Il souligne l'engagement du gouvernement du Canada à protéger les droits des personnes 2ELGBTQI+ et appuie l'élaboration de politiques sur le vieillissement chez soi.
Considérations clés pour soutenir le vieillissement à domicile
Souhait de vieillir chez soi
Parce qu'elles voient les soins en établissement et de longue durée d'un œil défavorable, la plupart des personnes âgées 2ELGBTQI+ consultées dans le cadre de cette étude ont dit souhaiter vivement vieillir chez elles. En revanche, rares sont celles parmi elles qui avaient élaboré des plans concrets et qui avaient notamment pris des dispositions financières pour obtenir des soins et des services à domicile.
Facteurs courants de vieillissement à domicile
La capacité des personnes âgées 2ELGBTQI+ de vieillir à domicile est associée à des facteurs que l'on observe également au sein de la population générale, notamment :
- le logement et la sécurité financière
- l'accès à des services de santé et de soins abordables et de qualité
- la capacité d'adapter et de modifier leur habitation à mesure qu'elles vieillissent
- l'existence et le maintien de liens sociaux
Expériences particulières des personnes âgées 2ELGBTQI+
La présente étude révèle que les expériences des personnes 2ELGBTQI+ qui vieillissent à domicile reposent sur 4 piliers interreliés : la sécurité, la stabilité, le soutien social et la société. Ces piliers mettent en lumière les conditions, les obstacles et les réussites qui devraient être pris en compte dans l'élaboration des politiques et des programmes.
Sécurité
Les personnes âgées 2ELGBTQI+ ont vécu à une époque où les normes hétérosexuelles et cisgenres rigides prévalaient et ont été confrontées à de la discrimination, à de l'intimidation et à du harcèlement. Des personnes participantes ont dû apprendre à chercher des espaces et des personnes qui leur procuraient un sentiment de sécurité. La plupart d'entre elles se sentaient en sécurité chez elles et dans leur quartier, qu'elles qualifiaient de « sanctuaires ». Ce sentiment de sécurité a été renforcé par l'accès à des services de santé et de soins inclusifs et respectueux.
Stabilité
La stabilité consiste à maintenir des ressources, des relations et un soutien fiables dans des domaines comme l'emploi, les finances, le logement, la collectivité, les soins de santé et les services. Certaines personnes qui ont participé à l'étude, en particulier des personnes transgenres, ont été victimes de discrimination en milieu de travail, ce qui a mené à leur instabilité financière et à leur incapacité à épargner suffisamment en vue de leur retraite.
Soutien social
Pour vieillir à domicile, les personnes âgées ont besoin d'un soutien émotionnel et physique afin de prévenir l'isolement social, de maintenir un sentiment d'appartenance, de rester actives et de recevoir des soins. Les personnes âgées 2ELGBTQI+, en particulier celles qui sont célibataires, qui vivent seules ou qui n'entretiennent aucun lien avec leur famille, courent un risque plus élevé d'isolement social. Par conséquent, les conjoints, les conjointes ou partenaires, la famille choisie et la communauté jouent un rôle central dans la prestation d'un soutien.
Société inclusive et protection des droits
Bien que la résilience et les stratégies individuelles aident les personnes âgées 2ELGBTQI+ à se sentir en sécurité, ce sentiment de sécurité repose également sur une inclusion sociétale et sur une reconnaissance des droits des personnes 2ELGBTQI+. Malgré les protections juridiques et les progrès sociaux, certaines personnes participantes ont dit être encore victimes de discrimination et ont dit être préoccupées par la montée de la haine. Beaucoup ont dit craindre que leur orientation sexuelle ou leur identité de genre puisse avoir une incidence sur la qualité des soins de longue durée, d'où leur anxiété quant aux soins qu'elles recevront à l'avenir et leur souhait de vieillir chez elles.
Stratégies proposées pour aider les personnes âgées 2ELGBTQI+ à vieillir à domicile
Améliorer les services en matière de santé et de soins
Accroître l'accès, la disponibilité et l'abordabilité, notamment grâce à un plus grand nombre de services de télésanté et à domicile, une réduction des temps d'attente et un soutien pour les proches aidants 2ELGBTQI+.
Établir des normes professionnelles et exiger une formation
Exiger que les fournisseurs de services suivent une formation obligatoire continue de sensibilisation à la communauté 2ELGBTQI+ et créer des formulaires administratifs inclusifs.
Soutenir des organismes et des services inclusifs
Hausser le financement de base des organismes communautaires 2ELGBTQI+, embaucher plus de personnel 2ELGBTQI+ et afficher des signes d'un environnement accueillant.
Soutenir d'autres modèles de vieillissement et de logement
Promouvoir les résidences qui accueillent les personnes 2ELGBTQI+ et les projets de cohabitation intergénérationnels et utiliser des communautés de retraités formées naturellement pour aider à organiser les services et les mesures de soutien.
Améliorer les données, la sensibilisation et la visibilité
Recueillir des données détaillées sur la population 2ELGBTQI+, accroître la sensibilisation et l'éducation et répondre aux besoins particuliers des personnes 2ELGBTQI+ dans les régions rurales.
Améliorer la sécurité financière et du logement
Tenir compte des expériences de la population 2ELGBTQI+ au cours de toute leur vie et de leurs répercussions sur la sécurité financière à la retraite.
Définitions et abréviations
- 2ELGBTQI+
-
Abréviation utilisée par le gouvernement du Canada pour désigner la communauté canadienne de diverses identités sexuelles et de genre.
Cette abréviation signifie : bispirituel, lesbienne, gai, bisexuel, transgenre, queer et intersexe. Le plus (+) englobe les personnes qui s'identifient comme membres de communautés sexuelles et de diverses identités de genre et qui utilisent d'autres termes.
Le terme « bispirituel » rend compte de tous les membres des communautés autochtones de diverses identités de genre et de diverses identités sexuelles, étant entendu que ce terme n'englobe pas toutes les langues et communautés autochtones ni n'est utilisé dans toutes ces langues et communautés.
La terminologie 2ELGBTQI+ est en constante évolution. Bien que certains termes faisant référence à la diversité sexuelle ou de genre n'aient plus la cote ou ne soient plus couramment utilisés, de nouveaux termes ont été créés ou même repris pour être plus inclusifs et refléter la communauté 2ELGBTQI+ d'aujourd'hui. Apprenez-en davantage sur les termes et abréviations couramment utilisés par le gouvernement du Canada.
- Âgisme
- Préjugé et discrimination fondés sur l'âge d'une personne.
- Vieillir à domicile
- Capacité de vieillir chez soi et dans sa communauté. De nombreux décideurs, chercheurs et défenseurs des droits utilisent les termes « vieillir chez soi » ou « vieillir au bon endroit ».
- RPC ou RRQ
-
Consultez le Régime de pensions du Canada
Consultez le Régime de rentes du Québec
- SRG
-
Consultez le Supplément de revenu garanti
- Santé et soins
- Les services en matière de santé et de soins sont fournis par des professionnels de la santé, des préposés aux soins personnels (travailleurs non réglementés, aussi appelés préposés aux services de soutien à la personne), des bénévoles, des amis et des proches aidants. Ils peuvent comprendre des services médicaux pour l'état de santé physique ou mentale et des soins personnels. Il peut s'agir de services médicaux et de soins reçus en établissement (comme un hôpital ou une clinique) ou de soins à domicile.
- Homophobie, biphobie et transphobie
- Attitudes négatives qui peuvent mener au rejet des personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres, ou des personnes perçues comme telles, ou de toute personne qui ne se conforme pas aux normes et conventions sexuelles générales, et qui peuvent mener à une discrimination directe ou indirecte à leur égard. Elles peuvent mener à des actes de violence, y compris de l'hostilité et de l'intimidation, et donc causer des préjudices psychologiques, physiques ou sexuels.
- Hétéronormativité
- Croyance ou hypothèse selon lesquelles les relations hétérosexuelles sont normales ou sont la seule forme acceptable ou naturelle de relations, et selon lesquelles les hommes et les femmes ont des rôles distincts et inhérents en fonction de leur sexe.
- Soins à domicile
- Selon le Conseil national des aînés, les soins à domicile comprennent les services offerts par des professionnels qualifiés (personnel infirmier, physiothérapeutes, médecins, etc.). Ils peuvent également comprendre une aide pour l'équipement et les fournitures médicales (comme des fauteuils roulants), la réadaptation et les soins palliatifs.
- Centre de soins de longue durée
- Établissement qui offre des soins et des services aux personnes âgées qui ne peuvent pas vivre de façon autonome ou qui ont besoin d'aide pour accomplir leurs tâches quotidiennes.
- Communauté de retraités formée naturellement
- Secteur ou lieu géographique où une grande partie de la population est âgée de 55 ans et plus.
- SV
- Consultez la page de la Sécurité de la vieillesse
- Personnes âgées
- Le présent rapport utilise le terme « personnes âgées » plutôt qu'« aînés ». Le terme « personnes âgées » contribue à contrer les stéréotypes entourant le vieillissement et à éviter les représentations âgistes. Ce sont les organismes et les défenseurs des droits des personnes âgées qui font la promotion de ces termes.
- Services et soutien
- Services et soutien qui aident à répondre aux besoins quotidiens, notamment au chapitre du transport, de la nourriture et de l'épicerie, de l'entretien et de la réparation de la maison, du nettoyage de la maison, du jardinage et de l'entretien de la cour, ainsi que de l'aide technique et financière.
Contexte et objectifs
Emploi et Développement social Canada (EDSC) a mené ce projet de recherche dans le cadre du premier Plan d'action fédéral 2ELGBTQI+ du gouvernement du Canada. Il vise à renforcer les données sur les personnes bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers, intersexuées et d'autres personnes de diverses identités sexuelles et de genre (2ELGBTQI+) et à contribuer à l'élaboration de politiques fondées sur des données probantes. Pour en savoir plus, consultez : Plan d'action fédéral 2ELGBTQI+. Bien que cette étude contribue aux objectifs du Plan d'action, il est important de reconnaître tout le travail de recherche, de défense des intérêts et communautaire effectué par la communauté 2ELGBTQI+, pour la communauté 2ELGBTQI+.
D'ici 2030, toutes les personnes de la génération née entre 1946 et 1965 auront atteint l'âge de 65 ans. Le nombre de personnes âgées de 85 ans et plus devrait passer de 911 900 en 2024 à entre 3,2 et 4,1 millions d'ici 2074 (Statistique Canada, 2025). Cette hausse exercera une pression graduelle sur les établissements de santé, les fournisseurs de soins et les régimes de retraite.
Le rapport de 2024 du National Institute on Ageing révèle que la plupart des personnes âgées (80 %) souhaitent vieillir chez elles et que seulement 3 % d'entre elles aimeraient vivre dans un foyer de soins de longue durée. La capacité de vieillir chez soi, dans son quartier et dans sa collectivité, aide les gens à maintenir :
- leur indépendance
- leurs réseaux et leurs liens sociaux
- leur santé et leur sécurité
- leur confort
Les politiques et les programmes sur le vieillissement chez soi visent à permettre que les personnes âgées aient la possibilité de vieillir à domicile et au sein de leur collectivité et à veiller à ce que les services et les mesures de soutien dont elles ont besoin soient mis à leur disposition, accessibles et abordables. Il est également important de reconnaître que vieillir chez soi signifie pour une personne qu'elle peut choisir de vieillir dans un endroit où ses besoins sont satisfaits plutôt que de devoir rester « coincée » dans un endroit pour diverses raisons, notamment en raison de l'abordabilité et de la disponibilité du logement, des ressources ou des contraintes en matière de santé (Jakobi, 2022).
Pour répondre aux besoins des personnes âgées 2ELGBTQI+, qui dans de nombreux cas ont été victimes toute leur vie de discrimination et d'exclusion, il faut adopter à l'égard de la recherche et des politiques sur le vieillissement une approche inclusive qui tient compte de leurs besoins et de leurs réalités. Ainsi, il est important de tenir compte des effets de l'épidémie de VIH et du sida et d'autres défis auxquels doivent faire face certaines personnes âgées 2ELGBTQI+. On estime que la population 2ELGBTQI+ actuelle du Canada a atteint environ 4,4 % ou 1,3 million de personnes (Statistique Canada, 2023). Or, étant donné que les données démographiques sur les personnes 2ELGBTQI+ sont limitées, ces estimations pourraient grimper jusqu'à 10 % ou même plus (EDSC, 2018). En raison du manque de données et de la possibilité que les personnes ne s'identifient pas par crainte de stigmatisation, les estimations de la population 2ELGBTQI+ sont inexactes.
Bien que de nombreuses recherches sur la population 2ELGBTQI+ tendent à mettre l'accent sur les défis et les obstacles, l'objectif de la présente étude était de souligner également les réussites de cette communauté, y compris la participation très active de cette génération de personnes 2ELGBTQI+ à la promotion des droits et à la lutte contre la discrimination et la stigmatisation.
Les personnes âgées 2ELGBTQI+ ont des expériences de vie particulières qui peuvent avoir une incidence sur leur capacité de vieillir à domicile de façon sécuritaire et confortable. Il est également important de reconnaître la diversité des expériences au sein de la communauté 2ELGBTQI+ elle‑même.
Contexte des politiques
En octobre 2022, le Conseil national des aînés (CNA) s'est vu confier par le gouvernement du Canada le mandat d'agir à titre de groupe d'experts chargé d'examiner des mesures visant à soutenir les Canadiennes et les Canadiens qui souhaitent vieillir à domicile. En 2024, le CNA a publié son rapport final intitulé Appuyer le vieillissement à domicile au Canada : Garantir la qualité de vie lorsqu'on vieillit au Canada, dans lequel il a formulé 20 recommandations et conseils qu'il a soumis à l'examen du gouvernement fédéral. Ces recommandations sont conformes au Cadre de la qualité de vie pour le Canada. L'un des principaux facteurs qui ont été pris en considération aux fins de leur rédaction a été de s'assurer qu'ils correspondent aux besoins des groupes en quête d'équité et qu'ils y répondent.
À propos de la consultation
Cette consultation visait à recueillir de l'information pour mieux comprendre les expériences vécues par des personnes âgées 2ELGBTQI+ qui vieillissent à domicile.
En 2024, le gouvernement du Canada a mobilisé des personnes 2ELGBTQI+ âgées de 55 ans et plus, vivant à domicile à travers le Canada (à l'exclusion des personnes vivant dans des foyers de soins de longue durée ou de soins actifs).
La consultation visait à recueillir des idées et des commentaires sur 5 thèmes clés :
- logement;
- santé et soins;
- services et soutien;
- questions financières et juridiques;
- réseaux sociaux.
Méthodes
Un sondage national en ligne
536 personnes 2ELGBTQI+ de partout au Canada ont répondu au questionnaire national en ligne. Le questionnaire était ouvert de mai à juillet 2024 et comprenait 70 questions. Il a permis aux personnes âgées 2ELGBTQI+ d'avoir leur mot à dire et de demeurer anonyme.
Voir l'annexe A pour les questions du sondage en ligne.
Entretiens individuels avec des personnes âgées 2ELGBTQI+
67 personnes participantes de partout au Canada ont été interviewés. Les personnes participantes ont raconté leurs histoires et ont formulé leurs opinions et leurs points de vue sur le vieillissement à domicile.
Voir l'annexe B pour les thèmes de l'entretien.
Activité « Photovoice »
41 personnes participantes ont réalisé une activité « Photovoice ». La méthode « Photovoice » est fondée sur les arts visuels et est souvent utilisée dans la recherche qualitative et la mobilisation communautaire. Grâce à cette méthode, les personnes participantes ont bénéficié d'une plateforme efficace qui leur a permis de présenter leurs expériences de vieillissement à domicile.
Entretiens de type « parcours commenté »
5 personnes participantes ont parcouru leur quartier et leur collectivité en compagnie d'une chercheuse. Cette méthode a permis à la chercheuse d'acquérir une nouvelle compréhension de la relation de la personne participante avec son environnement physique et social. La chercheuse a eu l'occasion d'observer :
- certains des obstacles physiques dans l'environnement bâti pour les personnes âgées;
- leurs interactions avec le voisinage et les membres de la collectivité tout au long de la promenade;
- les réactions et les attitudes immédiates des personnes participantes à l'égard de leur environnement.
Groupes de discussion avec des organismes au service des personnes 2ELGBTQI+ et des personnes âgées
5 séances de groupes de discussion ont eu lieu avec 25 représentants d'organismes et de groupes de recherche et de défense des intérêts. Sandra Hassan, sous‑ministre du Travail et sous‑ministre déléguée d'EDSC, a assisté à une séance. Cela a permis la tenue d'une discussion sur les défis et les réussites des personnes âgées 2ELGBTQI+ qui vieillissent à domicile.
Limites
Les résultats de cette étude fournissent des renseignements importants grâce à une méthode diversifiée et complémentaire qui a permis de contre‑vérifier les données provenant de sources multiples. En raison de la petite taille de l'échantillon et de l'objectif exploratoire de l'étude, les résultats ne peuvent pas être utilisés pour rendre compte des expériences générales de la population 2ELGBTQI+ au Canada.
Les personnes participantes ont été recrutées grâce à une combinaison de publicités diffusées sur les comptes de médias sociaux gouvernementaux, au bulletin de la ministre, à des organismes communautaires et à un échantillonnage en « boule de neige ». Bien que des efforts aient été déployés pour obtenir un échantillon diversifié, le recrutement et les contraintes de temps ont réduit la variabilité et la diversité maximales des personnes participantes âgées 2ELGBTQI+.
Des tendances nettes se sont dessinées dans l'échantillon des personnes interrogées dans le cadre du sondage et des personnes qui ont participé aux entretiens. La plupart étaient propriétaires de leur logement. Elles avaient généralement un niveau de scolarité plus élevé et elles vivaient généralement en milieu urbain. Il s'agissait principalement d'hommes gais et de femmes lesbiennes, et majoritairement cisgenres. Peu d'entre elles recevaient des soins à domicile. Bon nombre d'entre elles participaient à des organismes communautaires, à des activités de bénévolat et à des activités de défense des intérêts. Peu d'entre elles étaient racisées ou s'identifiaient à d'autres identités de genre et orientations sexuelles diverses ou utilisaient des termes s'y rapportant.
Les recherches futures pourraient tenter d'éliminer ces limites en mettant l'accent sur certains sous‑groupes de la population 2ELGBTQI+ au Canada, par exemple les personnes transgenres âgées, les personnes âgées racisées 2ELGBTQI+, les personnes âgées 2ELGBTQI+ vivant en milieu rural et les personnes âgées 2ELGBTQI+ ayant une incapacité ou une maladie chronique ou potentiellement mortelle.
Aperçu sociodémographique - Personnes interrogées dans le cadre du sondage en ligne
Version textuelle de la figure 1.
Les résultats ont été arrondis au pourcentage le plus près à des fins de lisibilité.
| Catégorie | Sous-catégorie | Pourcentage/Nombre |
|---|---|---|
| Répondants | Total | 536 |
| Vivaient en milieu urbain | 98% | |
| Région | Colombie-Britannique (CB) | 25% |
| Alberta, Saskatchewan, Manitoba (AB, SK, MB) | 12% | |
| Ontario (ON) | 22% | |
| Québec (QC) | 36% | |
| Canada atlantique (Î.-P.-É., N.-B., N.-É., T.-N.-L.) | 6% | |
| Yukon (YK) | Moins de 1% | |
| Groupe d'âge | 55-64 ans | 48% |
| 65-74 ans | 36% | |
| 75 ans et plus | 16% | |
| Niveau de scolarité | Diplôme d'études secondaires ou moins | 12% |
| Collège ou CÉGEP | 27% | |
| Université | 61% | |
| Langue parlée à la maison | Anglais | 77% |
| Français | 16% | |
| Plusieurs langues | 7% | |
| Autre | 1% |
Version textuelle de la figure 2.
Les résultats ont été arrondis au pourcentage le plus près à des fins de lisibilité. Les pourcentages pourraient ne pas totaliser 100%, car certains répondants se sont identifiés comme appartenant à plus d'une catégorie.
Sous la catégorie Identité de genre : La catégorie « Homme » comprend les hommes cisgenres et transgenres. La catégorie « Femme » comprend les femmes cisgenres et transgenres.
| Catégorie | Sous-catégorie | Pourcentage |
|---|---|---|
| Identité de genre | Homme | 58% |
| Femme | 37% | |
| Transgenre | 5% | |
| Diversité de genre (non-binaire, fluide, queer) | 5% | |
| Orientation sexuelle | Gai | 55% |
| Lesbienne | 30% | |
| Bisexuel/pansexuel | 8% | |
| Hétérosexuel | 2% | |
| Autres facteurs | Intersexe | Moins de 2% |
| Asexuel | Moins de 2% | |
| Bispirituel | Moins de 2% | |
| Premières Nations, Métis et/ou Inuk | 3% | |
| Ont un handicap | 40% | |
| Communautés racisées | 10% | |
| Né(e) à l'extérieur du Canada | 16% |
Version textuelle de la figure 3.
Les résultats ont été arrondis au pourcentage le plus près à des fins de lisibilité.
| Catégorie | Sous-catégorie | Pourcentage |
|---|---|---|
| Revenu individuel | Moins de 39 999 $ | 32% |
| De 40 000 $ à 59 999 $ | 19% | |
| De 60 000 $ à 79 999 $ | 18% | |
| De 80 000 $ à 99 999 $ | 13% | |
| 100 000 $ et plus | 18% | |
| Situation de logement | Propriétaires | 68% |
| Locataires | 30% | |
| Autre (par exemple, vivant avec la famille sans payer de loyer) | 2% | |
| Arrangement de vie | Vivant seul(e) | 37% |
| Vivant uniquement avec conjoint(e)/partenaire | 38% | |
| Vivant avec la famille | 15% | |
| Vivant avec des non-parents (par exemple, ami ou colocataire) | 10% |
Ce que nous avons entendu - principales constatations
Introduction
L'objectif de la présente étude était d'examiner et de comprendre les expériences de vieillissement à domicile et les besoins particuliers des personnes âgées 2ELGBTQI+. La capacité de vieillir à domicile confortablement, en toute sécurité et de façon autonome nécessite une approche holistique. Les personnes âgées 2ELGBTQI+ nous ont dit qu'elles ont généralement les mêmes besoins que tout le monde et qu'elles s'intéressent surtout aux enjeux liés au logement, à la santé et aux soins, aux services et soutien, à leur réseau social et aux questions financières et juridiques.
Ces domaines nécessitent chacun les 4 piliers clés de politiques définis par le Conseil national des aînés : disponibilité, accessibilité, abordabilité et responsabilité.
Toutefois, les personnes âgées 2ELGBTQI+ doivent faire face à d'autres obstacles et expériences qui peuvent avoir une incidence sur leur capacité de vieillir à domicile. L'équipe de recherche a analysé les données et a cerné 4 thèmes clés (les 4 S) à prendre en compte dans la conception des politiques et des programmes pour aider les personnes âgées 2ELGBTQI+ à vieillir à domicile :
- sécurité;
- stabilité;
- soutien social;
- société.
Chaque section couvre des données provenant de toutes les sources afin de brosser un tableau des expériences, des besoins et des perspectives liés au vieillissement à domicile. Chaque source de données est représentée par l'une des icônes qui figurent dans la liste qui suit.
| Icône | Source de données |
|---|---|
![]() |
Sondage en ligne : Données de 536 personnes interrogées reçues dans le cadre du sondage en ligne. |
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Expériences vécues : Données tirées d'entretiens menés auprès de 67 personnes participantes. |
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Activité « Photovoice » : Données provenant de photos envoyées par 41 personnes participantes. |
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Entretiens de type « parcours commenté » : Données recueillies lors des 5 entretiens menés pendant la promenade à pied, y compris des photos et des citations tirées des discussions qui ont eu lieu pendant les entretiens. |
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Groupes de discussion : Données de 25 représentants d'organismes offrant des services aux personnes 2ELGBTQI+ et aux personnes âgées. |
Le présent rapport présente des citations de personnes interrogées dans le cadre du sondage et de personnes qui ont participé aux entretiens dont le langage pourrait être offensant ou la terminologie, désuète. Ces citations ont été maintenues afin de refléter fidèlement ce qu'elles ont dit dans leurs propres mots.
Vieillir à domicile
L'expérience du vieillissement est différente pour tout le monde. Les points de vue personnels, les expériences de vie et les décisions d'une personne façonnent ses résultats plus tard dans sa vie. Les croyances culturelles de sa société au sujet des personnes âgées et la façon dont les institutions et les politiques sont organisées pour soutenir cette population sont tout aussi percutantes.
Sondage en ligne
81 % des personnes interrogées dans le cadre du sondage aimeraient vieillir dans leur domicile actuel.
Moins de 2 % des personnes interrogées prévoyaient de vieillir dans une maison de retraite.
Pour les personnes interrogées qui n'avaient pas prévu de vieillir dans leur maison actuelle :
- 28 % ne savaient pas où elles allaient vieillir ou elles n'étaient pas certaines de l'endroit où elles allaient vieillir;
- 26 % préféraient une maison plus adaptée;
- 20 % préféraient une maison plus petite;
- 18 % préféraient des logements communautaires.
Logement
Pour vieillir à domicile, il faut un logement abordable, accessible et disponible. Voici des stratégies de logement que des personnes qui ont participé à l'étude ont utilisées ou pourraient utiliser à l'avenir et qui pourraient les aider à vieillir à domicile :
- accéder à la propriété pour assurer leur stabilité financière et le contrôle de leurs finances;
- modifier leur maison et l'adapter à leurs besoins changeants;
- déménager dans un logement plus abordable ou plus accessible (par exemple une maison sans escalier ou située au rez‑de‑chaussée);
- emménager avec des amis ou des membres de la famille ou plus près de ceux‑ci.
Toutefois, ces stratégies ne sont possibles qu'aux conditions suivantes :
- la personne a la capacité de trouver un logement sûr et abordable;
- elle a les moyens financiers et les ressources pour adapter ou modifier sa maison;
- elle obtient la permission d'un propriétaire d'adapter son chez-soi;
- elle a un réseau social solide à proximité ou avec qui vivre.
Sondage en ligne
76 % des personnes interrogées dans le cadre du sondage avaient quelque peu ou très confiance en leur capacité de vieillir chez elles.
Les personnes interrogées qui n'avaient pas confiance en leur capacité de vieillir à domicile ou de couvrir les coûts liés au vieillissement à domicile étaient plus susceptibles :
- de louer un logement;
- d'avoir un faible revenu;
- de vivre seules;
- d'être âgées de 55 à 64 ans.
Activité « Photovoice »
« Ayant récemment reçu un diagnostic de maladie de Parkinson, nous avons commencé à réfléchir à ce que cela signifiera pour ma capacité de vieillir chez moi. Lorsque nous avons rénové il y a plusieurs années, nous avons installé une porte d'entrée plus large que d'habitude, qui sera pratique si jamais je suis en fauteuil roulant. La terrasse avant dispose de l'espace nécessaire pour ajouter une rampe au besoin. D'autres changements seront nécessaires, mais nous sommes convaincus que nous pourrons rester dans cette maison dans un avenir prévisible. » (Traduit de l'anglais)
Santé et soins
Le vieillissement à domicile fait appel à des stratégies de santé et de soins de 3 ordres : dans la collectivité, à la maison et par la personne. Les problèmes de santé physique et mentale, ainsi que les obstacles à l'accès à des soins de santé de qualité, peuvent avoir une incidence sur la capacité de vieillir à domicile.
Les obstacles aux soins communautaires comprenaient : de longs temps d'attente, ne pas avoir de médecin de famille ou de spécialiste et vivre loin ou avoir de la difficulté à se déplacer pour se rendre chez des fournisseurs de soins de santé.
Les obstacles aux soins à domicile comprenaient : une couverture d'assurance coûteuse et limitée, une déconnexion fréquente d'avec les établissements de santé publique ou manque de coordination avec ceux‑ci et aucune possibilité de choisir le fournisseur ou aucune constante à cet égard, ce qui pourrait compromettre la qualité des soins.
Lorsque des soins à domicile étaient utilisés, c'était souvent en raison de circonstances particulières, comme pour des besoins postopératoires ou de réadaptation. Les personnes participantes devaient souvent trouver, organiser et payer elles‑mêmes les services à domicile et lorsqu'il y avait des lacunes dans la qualité et la coordination des soins à domicile et hors domicile, certaines personnes participantes risquaient de recevoir des soins en établissement.
Sondage en ligne
40 % des personnes interrogées dans le cadre du sondage ont déclaré être en situation de handicap. 38 % ont déclaré que leur incapacité pourrait avoir une incidence sur leur capacité de vieillir à domicile. 46 % ont dit que des gens pouvaient les aider dans leurs tâches quotidiennes au besoin.
7 % des personnes interrogées recevaient des services à domicile. Cela était plus probable chez celles qui étaient en situation de handicap, étaient âgées de 75 ans et plus et vivaient seules.
L'état de santé physique de 27 % des personnes interrogées était passable, mauvais ou très mauvais.
L'état de santé mentale de 22 % des personnes interrogées était passable, mauvais ou très mauvais.
23 % des personnes interrogées prodiguaient des soins à une ou plusieurs personnes :
- 32 % prenaient soin de leurs parents;
- 29 % prenaient soin de leurs amis ou amies;
- 28 % prenaient soin de conjoints ou de partenaires;
- 15 % prenaient soin de voisins ou de voisines, ou de membres de la collectivité;
- 11 % prenaient soin d'autres parents (comme des frères et sœurs);
- 10 % prenaient soin d'enfants ou de petits-enfants;
- 2 % prenaient soin d'autres personnes non catégorisées.
Groupes de discussion
Des représentants des groupes de discussion ont expliqué que le manque de qualité des soins à domicile est en grande partie attribuable au financement des modèles de soins institutionnels par tous les ordres de gouvernement.
Services et soutien
Le vieillissement à domicile est facilité par l'accessibilité, la disponibilité et l'abordabilité des services et des mesures de soutien offerts dans la collectivité. Les services et les mesures de soutien sont notamment les suivants :
- transport;
- aliments, épicerie et préparation des repas;
- entretien et réparations domiciliaires;
- nettoyage de la maison;
- jardinage et entretien de la cour;
- services et soutiens technologiques (par exemple dispositifs d'alerte aux chutes, Internet);
- soutien et services financiers (par exemple conseillers financiers, comptabilité).
La plupart des personnes qui ont participé à cette étude estimaient avoir accès au soutien et à tous les services essentiels dans leur collectivité. Toutefois, certains obstacles ont été mentionnés, notamment :
- un manque d'infrastructures publiques adaptées et accessibles;
- des services éloignés ou difficiles d'accès (par exemple non accessibles par les transports en commun);
- un mauvais entretien hivernal (par exemple absence de déneigement des trottoirs);
- des services non offerts dans la langue officielle préférée des personnes participantes.
Sondage en ligne
52 % des personnes interrogées dans le cadre du sondage n'avaient pas beaucoup ou pas du tout confiance en leur capacité de couvrir les coûts des services à mesure qu'elles vieillissent. Les facteurs associés à un niveau de confiance plus faible tenaient notamment au fait d'avoir un revenu plus faible et d'être âgée de 55 à 64 ans.
48 % des personnes interrogées n'avaient pas beaucoup ou pas du tout confiance en leur capacité d'accéder à des services suffisants à mesure qu'elles vieillissent.
Les 3 principaux facteurs définissant le service de qualité étaient les suivants :
- bonne qualité (67 %);
- abordabilité (67 %);
- inclusivité (64 %).
Réseaux sociaux
Pour vieillir à domicile, les personnes âgées doivent disposer de réseaux sociaux solides qui leur offrent un soutien de même qu'un sentiment d'appartenance à leur collectivité élargie. L'absence de réseaux sociaux pourrait compliquer l'expérience du vieillissement à domicile ou y nuire. Des personnes participantes ont dit être d'avis que les relations intergénérationnelles étaient d'importantes sources de soutien social plus tard dans la vie, mais qu'elles étaient difficiles à créer et à maintenir, à moins qu'elles ne trouvent leur source dans la famille.
La faiblesse des réseaux sociaux pose certains risques pour les personnes âgées, notamment l'isolement social et le manque de soutien à domicile. Lorsqu'on examine le lien entre l'isolement social et le vieillissement à domicile, il est important de reconnaître la différence entre les réseaux sociaux qui offrent 2 formes distinctes de mesures de soutien :
- Un soutien social et émotionnel, par exemple :
- faire des activités de loisir avec la personne,
- prendre des nouvelles et lui offrir un soutien moral.
- Un soutien pratique et physique, ce qui inclut :
- une aide pour les tâches quotidiennes;
- des soins ou un soutien personnel;
- des réparations ou l'entretien de la maison;
- l'épicerie ou l'achat de nourriture;
- l'offre d'un transport.
Cette distinction entre le soutien social et émotionnel et le soutien pratique et physique pourrait contribuer à expliquer le rôle important que jouent les conjoints, conjointes ou partenaires et les voisins ou voisines pour aider les gens à vieillir à domicile, étant donné leur présence physique constante et leur proximité.
Sondage en ligne
23 % des personnes interrogées dans le cadre du sondage ont déclaré être plutôt insatisfaites ou assez insatisfaites de leurs interactions sociales. Le fait d'avoir une incapacité ou d'avoir un mauvais état de santé physique ou mentale augmentait la probabilité d'insatisfaction.
En ce qui concerne les groupes sociaux, les activités ou les événements, des personnes interrogées ont dit préférer qu'ils soient :
- ouverts ou inclusifs à l'égard de toutes les orientations sexuelles (70 %);
- destinés à tout le monde (63 %);
- ouverts ou inclusifs à l'égard de toutes les identités et expressions de genre (62 %);
- offerts en ligne (60 %);
- destinés à toute personne de la communauté 2ELGBTQI+ (49 %);
- adaptés à leur orientation sexuelle (48 %);
- offerts en personne (30 %).
Questions financières et juridiques
Pour vieillir à domicile, il faut disposer des ressources financières nécessaires. Les obstacles économiques au cours d'une vie peuvent empêcher des personnes âgées de se préparer financièrement à leur retraite, tandis que d'autres pourraient profiter de la stabilité des régimes de retraite et d'épargne des employeurs. Les questions juridiques (comme les testaments) et la planification de la fin de vie entrent également en compte dans le vieillissement à domicile.
Des personnes interrogées dans le cadre du sondage et des personnes qui ont participé aux entretiens se sont dit préoccupées par leur sécurité financière et ont dit qu'il pourrait s'agir d'un obstacle important au vieillissement à domicile. Ces préoccupations étaient notamment les suivantes :
- hausse du coût de la vie (par exemple l'épicerie);
- manque de logements abordables et sécuritaires (surtout pour les locataires);
- maintien de la dette et des prêts hypothécaires à la retraite;
- incidence de la réduction du revenu après la retraite ou crainte de manquer d'argent.
Sondage en ligne
67 % des personnes interrogées dans le cadre du sondage n'avaient pas de plan financier qui leur permettrait de couvrir les coûts du vieillissement à domicile. Les personnes interrogées étaient moins susceptibles d'avoir un plan dans les conditions suivantes :
- si elles louaient un logement;
- si elles avaient un faible revenu;
- si elles étaient âgées de 75 ans et plus.
41 % des personnes interrogées éprouvaient de la difficulté à acquitter certaines dépenses mensuelles. Voici les dépenses les plus difficiles à acquitter :
- loisirs (27 %);
- frais médicaux (18 %);
- logement (16 %);
- aliments et épicerie (14 %);
- vêtements et articles personnels (11 %);
- transport (10 %);
- services publics (9 %);
- autre (3 %).
Entretiens de type « parcours commenté »
Une communauté de retraités formée naturellement a construit une bibliothèque communautaire dans son immeuble. Cela aide les personnes résidentes qui ont des limitations financières au chapitre des loisirs.
La plupart des personnes qui ont participé aux entretiens avaient un revenu suffisant et stable provenant d'un régime de retraite de l'employeur et de pensions publiques. Parmi les autres sources de revenus, mentionnons un héritage, des placements et des revenus de location. Les personnes dont l'employeur n'offrait pas de régime de pension ou qui avaient une pension réduite couraient un risque plus élevé de vivre une insécurité financière.
La connaissance des crédits d'impôt et des prestations et la sensibilisation à ceux‑ci variaient d'une personne participante à l'autre. Un petit nombre de personnes participantes avaient eu accès aux crédits d'impôt mis à leur disposition pour les aider à vieillir à domicile, comme les crédits d'impôt pour la rénovation domiciliaire et les crédits d'impôt pour personnes handicapées, ou en connaissaient l'existence. Certaines personnes participantes ont décrit des obstacles aux crédits d'impôt et aux prestations, notamment :
- des critères d'admissibilité trop restrictifs;
- des crédits ou des prestations dont le montant est insuffisant;
- un processus de demande complexe;
- de la difficulté à trouver l'information.
Personnes âgées 2ELGBTQI+ : les 4 S
L'objectif de la présente étude était de voir et de comprendre comment les personnes âgées 2ELGBTQI+ vieillissent chez elles. L'équipe de recherche a soigneusement analysé les données pour déterminer ce que signifie vieillir à domicile pour les personnes 2ELGBTQI+ : leurs réalités, leurs défis et leurs besoins. À partir des constatations, 4 piliers interreliés ont été cernés : Sécurité, Stabilité, Soutien social et Société.
Bien que de nombreuses personnes participantes aient dit que, sur la plupart des points, elles sont comme tout le monde et elles aimeraient être traitées équitablement, ces 4 piliers témoignent des éléments précis qui sont nécessaires pour aider les personnes âgées 2ELGBTQI+ à vieillir à domicile.
Sécurité
Après avoir été contraintes de vivre toute leur vie suivant des normes hétérosexuelles et cisgenres, les personnes 2ELGBTQI+ peuvent éprouver des difficultés à être elles‑mêmes et se sentir en sécurité. La sécurité est une grande préoccupation dans diverses sphères de la vie, surtout lorsqu'il s'agit de la façon dont des personnes qui ont participé aux entretiens ont composé avec des situations, des personnes et des lieux dangereux. Dans leurs réponses, elles ont souvent cité des facteurs externes et des stratégies personnelles qui les aident à se sentir en sécurité.
Bien que la sécurité soit importante pour tous en vieillissant, les personnes âgées 2ELGBTQI+ font face à des défis supplémentaires liés à la discrimination et à la stigmatisation. Ces défis supplémentaires influent sur la façon dont elles veulent vieillir, notamment sur leur choix de vieillir à domicile. La sécurité a une incidence sur leur vie quotidienne et sur leurs décisions; elle est durement gagnée et peut être fragile.
« C'est une caractéristique déterminante de ma vie : la crainte, la gestion des risques. »
Sondage en ligne
La plupart des personnes interrogées dans le cadre du sondage se sentaient en sécurité chez elles :
- 59 % ont dit se sentir très en sécurité;
- 36 % ont dit se sentir relativement en sécurité.
Les personnes interrogées qui ne se sentaient pas en sécurité étaient plus susceptibles :
- de vivre seules ou avec des personnes non apparentées (par exemple colocataires);
- d'être en situation de handicap ou en mauvais état de santé physique ou mentale;
- d'avoir un revenu plus faible.
25 % des personnes interrogées ont dit avoir été maltraitées par un fournisseur de services.
36 % des personnes interrogées ont ressenti le besoin de cacher leur orientation sexuelle aux fournisseurs de services.
23 % des personnes interrogées ont ressenti le besoin de cacher leur identité de genre aux fournisseurs de services.
Sécurité pour vivre de façon authentique
Des personnes participantes 2ELGBTQI+ ont dit préférer vieillir à domicile afin de pouvoir continuer de vivre leur vie de façon authentique. Beaucoup ont grandi à une époque où il était difficile d'être elles‑mêmes, car la diversité sexuelle et de genre était alors non acceptée, voire illégale. Les relations entre personnes de même sexe étaient considérées comme un crime jusqu'en 1969, et le fait d'être transgenre ou gai était perçu comme une maladie mentale. Les propos et les blagues homophobes, transphobes et biphobes, de même que l'intimidation, étaient alors fréquents. La plupart des personnes qui ont participé aux entretiens ont eu de la difficulté à être ouvertes quant à leur identité. Elles ont été victimes de discrimination, de harcèlement, d'intimidation et même de violence, ce qui a menacé leur bien‑être physique et émotionnel.
Le manque de modèles 2ELGBTQI+ et de visibilité lorsqu'elles étaient plus jeunes a eu une incidence sur l'acceptation de soi des personnes participantes et a souvent retardé leur « sortie du placard ». Certaines personnes participantes se sont installées dans des villes abritant de plus grandes communautés 2ELGBTQI+ et offrant plus d'acceptation. D'autres ont pris leurs distances avec les familles qui ne les acceptaient pas ou ont tenté de s'intégrer en cachant leur identité, en entretenant des relations hétérosexuelles ou en incarnant un genre qui ne leur convenait pas. Cela a eu des conséquences néfastes sur leur santé physique et mentale, engendrant à la fois honte, homophobie ou transphobie intériorisée et détresse mentale.
« Pendant mon adolescence, j'avais parlé avec ma mère, mais elle était complètement réticente. Très fermée. Pour elle, tout ce qui concernait l'homosexualité ou l'identité trans, ou… pour elle, ils étaient des malades mentaux, c'était une maladie mentale qui pouvait être traitée. Puis, à 17 ans, j'ai rencontré mon partenaire. Très tôt, je lui ai parlé de ma dysphorie de genre. Mais, à ce moment‑là, on avait très peu d'information. C'est à l'âge de 21 ans que j'ai enfin appris l'existence de l'identité trans et de la transsexualité et que j'ai appris qu'il y avait des mots pour les définir. Je ne connaissais pas les mots. Puis, quand j'ai eu 25 ans, j'ai fait la transition pour la première fois. À ce moment‑là, c'était compliqué. » (Traduit de l'anglais)
Pour certaines personnes participantes, le vieillissement en résidence ou en établissements de soins de longue durée peut signifier devoir faire face aux personnes mêmes qui ont fait preuve de discrimination à leur égard ou qui leur ont fait du mal lorsqu'elles étaient jeunes.
Sécurité à la maison et dans la collectivité
La capacité et le désir de vieillir à domicile dépendent de la mesure dans laquelle la maison offre un sentiment de sécurité, surtout pour les personnes âgées. La plupart des personnes qui ont participé aux entretiens et des personnes interrogées dans le cadre du sondage se sentaient en sécurité à la maison. Des personnes participantes ont expliqué pourquoi elles se sentaient en sécurité chez elles, soulignant l'importance de la maison pour les personnes âgées 2ELGBTQI+. Pour elles, la maison est un endroit où elles peuvent être complètement elles-mêmes, qui assure l'intimité et protège contre les réactions sociales défavorables et est l'endroit où elles peuvent profiter de leur vie quotidienne et de leurs passe‑temps, comme jardiner, lire et recevoir des invités.
Toutefois, certaines personnes participantes vivant seules ont dit qu'elles pouvaient se sentir socialement isolées chez elles ou dépassées par l'entretien et le maintien.
Activité « Photovoice »
« Ma maison, un endroit paradoxal. C'est confortable, fonctionnel, tranquille, sécuritaire. Un sanctuaire où je me sens en sécurité, protégé et anonyme. De l'autre côté, je suis seul. Dans un espace beaucoup plus grand que ce dont j'ai besoin. Si j'adore la solitude tranquille, j'aspire aussi à des contacts en personne plus accessibles et plus fréquents avec les autres. » (Traduit de l'anglais)
La plupart des personnes qui ont participé aux entretiens aimaient leur quartier et leur collectivité. Elles s'y sentaient en sécurité et éprouvaient un sentiment d'appartenance, notamment pour les raisons suivantes :
- familiarité et attachement (par exemple vivre au même endroit pendant longtemps);
- interactions quotidiennes amicales et positives avec des voisins ou voisines et des commerces de l'endroit;
- échanges ou petites offres d'aide (par exemple collecte de courrier ou de colis).
Activité « Photovoice »
« On nous a demandé pourquoi nous sommes restés dans notre collectivité alors qu'il y a eu des moments où mon identité queer et mes activités de défense de nos droits ont déplu, et je me suis senti très isolé ici. En 2022, j'ai participé à l'organisation du premier événement de la Fierté organisé dans la ville où nous vivons. Le maire a dit qu'il s'agissait de ma ville natale. J'ai l'impression que ma présence permet de changer les choses ici. Ce drapeau flotte sur notre maison chaque été et suscite des commentaires positifs de la part du voisinage. » (Traduit de l'anglais)
« Pour ce qui est de la gestion de la maison, il y a un responsable local de soins à domicile, donc je n'ai plus à peinturer mes murs et à accrocher mes lumières. Il y a quelques années, nous avons décidé de payer quelqu'un en qui nous avons confiance pour effectuer ce genre d'entretien. Cette personne est aussi un voisin et un ami, alors on sait qu'on peut lui faire confiance pour le faire. Donc, si j'ai quelque chose comme, je ne sais pas, si ma toilette déborde ou quelque chose comme ça, il va venir la réparer. »
Les personnes participantes ne ressentaient pas toutes un sentiment d'appartenance à leur collectivité. Quelques‑unes ont décrit des expériences d'hostilité et d'homophobie de la part de voisins et des voisines, certaines soulignant que ces incidents étaient en hausse. Certaines personnes participantes avaient donc déménagé ou souhaitaient donc déménager dans des régions connues pour être plus accueillantes à l'égard des personnes 2ELGBTQI+, souvent plus près des centres urbains.
« Être gai n'a pas été facile pour nous. Même maintenant, nous sommes victimes d'homophobie dans notre collectivité. Certains voisins ne nous parlent pas. Ce n'est que récent. Je n'avais jamais vécu ça auparavant. Ce qui se passe maintenant, ça me semble nouveau, et ils sont presque impolis avec nous par moments. C'est donc blessant, et c'est bouleversant. » (Traduit de l'anglais)
Sécurité auprès des fournisseurs de services
Pour qu'elles se sentent en sécurité, les personnes âgées 2ELGBTQI+ doivent plus particulièrement se sentir en sécurité auprès des fournisseurs de services, notamment les fournisseurs de soins de santé. L'accès à des services inclusifs a aidé des personnes qui ont participé aux entretiens à se sentir à l'aise et confiantes pour ce qui est de vieillir à domicile. Des personnes interrogées dans le cadre du sondage et des personnes qui ont participé aux entretiens ont décrit des éléments de soins de qualité pour les personnes âgées 2ELGBTQI+ :
- sentiment de pouvoir être ouvertes avec les fournisseurs de services;
- respect envers la personne qui offre des soins primaires (par exemple un conjoint ou une conjointe, un ou une partenaire ou un ami ou une amie);
- inclusivité active (par exemple utilisation d'un langage inclusif);
- personnel formé et compétent en matière de diversité sexuelle et de genre;
- cliniques spécialisées pour les personnes 2ELGBTQI+ ou cliniques comptant un personnel 2ELGBTQI+.
Les cliniques qui étaient au service des populations 2ELGBTQI+ ou qui avaient un personnel de la communauté étaient perçues comme étant les endroits les plus sécuritaires pour obtenir des soins. Si les fournisseurs étaient bien informés et formés, des personnes participantes ont dit être d'avis qu'elles ont reçu de meilleurs soins, qu'elles n'ont pas été victimes de mauvais traitements et qu'elles n'avaient pas à sensibiliser les fournisseurs à leurs besoins.
Malheureusement, certaines personnes participantes ont été victimes de mauvais traitements, de stigmatisation et de discrimination de la part de fournisseurs de services. Parmi ces expériences de mauvais traitements, mentionnons notamment :
- des groupes religieux, qui fournissent souvent de l'aide aux personnes âgées et qui ont refusé de fournir des services à des personnes âgées 2ELGBTQI+;
- des travailleurs de la santé ou préposés aux soins nouvellement immigrés qui ont refusé de prodiguer des soins aux personnes âgées 2ELGBTQI+. Cela pourrait s'expliquer par le fait qu'ils proviennent d'endroits où l'acceptation des personnes 2ELGBTQI+ ou la sensibilisation à ces dernières est faible ou nulle;
- des travailleurs de la santé et préposés aux soins qui n'ont reçu aucune formation officielle concernant la communauté 2ELGBTQI+, d'où les mauvais traitements ou les refus de fournir des soins en raison d'une homophobie ou d'une transphobie.
« Je n'ai jamais soulevé la question avec lui [médecin]. Il m'a envoyé faire un test sanguin il y a quelque temps, et c'était pour certaines raisons, notamment pour un test de syphilis. Et je ne savais pas pourquoi. Je pense qu'il croit peut-être en ce stéréotype et qu'il pense que les hommes gais sont vraiment, vous savez, vraiment actifs sexuellement et irresponsables à cet égard. » (Traduit de l'anglais)
Des personnes participantes atteintes du VIH ou du sida ont vécu des expériences particulièrement difficiles lorsqu'elles recevaient des soins, et de nombreux membres du personnel ne connaissaient pas leurs besoins particuliers. Ces personnes participantes ont également remarqué une différence dans le traitement lorsque le personnel a été informé de leur état.
Activité « Photovoice »
Photo modifiée pour supprimer les renseignements d'identification.
(Admission à l'hôpital : que sont les TAR?)
« Je crains également la diminution de l'accès aux soins de santé en tant que personne atteinte de maladies chroniques et un manque de compréhension, un manque de traitement proactif, surtout pour les personnes 2ELGBTQI+ qui sont aussi atteintes du VIH (nous vieillissons plus rapidement). J'ai souvent l'impression d'être mon seul intervenant dans la recherche de praticiens pour moi‑même — qu'une pharmacie d'hôpital ne comprenne pas les TAR (thérapies antirétrovirales) est étrange. » (Traduit de l'anglais)
Sécurité et résilience
Des personnes qui ont participé aux entretiens ont fait preuve de résilience dans la façon dont elles en sont arrivées à se sentir en sécurité sur le plan physique, émotionnel et psychologique. Comprendre comment les personnes âgées 2ELGBTQI+ gèrent les obstacles à la sécurité peut aider à façonner les services et les mesures de soutien nécessaires pour les aider à vieillir à domicile. Voici quelques-unes de ces stratégies :
- créer un sentiment de vigilance (par exemple rechercher des indices dans les réactions et les comportements des gens);
- effectuer un travail émotionnel (par exemple renseigner les gens sur les enjeux 2ELGBTQI+);
- créer et maintenir des réseaux solides et solidaires de personnes et de lieux sûrs (par exemple famille choisie);
- prendre ses distances ou se cacher des personnes et des endroits non sécuritaires;
- participer à l'activisme, à la défense des intérêts et au bénévolat.
« Nous sommes des aînés queers plus âgés et nous avons cerné le besoin de créer des services pour nous‑mêmes […]. Je pense que c'est ce dont nous faisons partie, et c'est ce que nous créons, nous discutons avec les autorités sanitaires de la façon de créer des services de santé et un accès aux soins de longue durée et à des services d'assistance, nous discutons avec des établissements et des services de soins palliatifs et nous essayons de les amener à comprendre les nuances de nos populations. » (Traduit de l'anglais)
Stabilité
La stabilité est la capacité de maintenir des ressources, des relations et des sources de soutien fiables qui aident les personnes âgées à vieillir à domicile. La stabilité procure également un environnement sécuritaire, ce qui contribue au bien‑être général. Le processus d'établissement et de maintien de la stabilité prend du temps et de l'énergie. Dans les groupes de discussion et au cours des entretiens, nous avons appris que la stabilité chez les personnes âgées 2ELGBTQI+ signifie souvent devoir composer avec une discrimination éventuelle et utiliser des stratégies comme la dissimulation, la compartimentation de différents aspects de leur vie ou la divulgation sélective de leur orientation sexuelle ou identité de genre.
La stabilité est essentielle dans de nombreux domaines, y compris l'emploi et les finances, la planification de la retraite, à la maison et dans la collectivité et dans les services en matière de santé et de soins.
Sondage en ligne
64 % des personnes interrogées dans le cadre du sondage avaient un revenu qui était supérieur à leurs besoins de base.
72 % avaient quelque peu ou extrêmement confiance en leur capacité d'acquitter les coûts du logement à mesure qu'elles vieillissent.
Expériences vécues
Stabilité liée à l'emploi et aux finances
La stabilité liée à l'emploi et aux finances est essentielle à la sécurité et à la résilience. La stabilité tout au long de leur vie permet aux personnes âgées d'obtenir un logement sécuritaire ainsi que des services et des mesures de soutien qui facilitent le vieillissement à domicile. Toutefois, des études montrent que les personnes 2ELGBTQI+ sont plus susceptibles de gagner un revenu plus faible (Statistique Canada, 2024a) et de vivre une instabilité financière tout au long de leur vie, en raison de la discrimination (Egale, 2024; Femmes et Égalité des genres Canada, 2024). Cette insécurité se poursuit à la retraite (Egale, 2023). L'instabilité financière crée de l'incertitude et de la détresse et limite les options à la retraite.
Les personnes qui ont participé aux entretiens étaient généralement stables sur le plan financier, bien qu'elles aient été victimes d'une certaine discrimination financière et professionnelle, en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Certaines personnes participantes ont divulgué sélectivement leur orientation sexuelle ou sont restées dans le placard afin d'accroître leur stabilité dans l'emploi et leur sentiment de sécurité au travail. Plusieurs personnes participantes avaient perdu des emplois par suite d'une discrimination fondée sur leur orientation sexuelle, même après avoir bénéficié d'une protection juridique. Quelques personnes participantes ont raconté avoir dû se battre pour faire reconnaître leur relation aux fins d'obtenir une protection au titre des prestations de santé, du partage équitable des actifs lors d'une séparation, de la demande de prestations de survivant et de la production conjointe de déclarations de revenus.
Les femmes, y compris celles qui se sont identifiées comme cisgenres, transgenres ou lesbiennes, ont parlé du sexisme et des attentes sexospécifiques et de l'incidence négative que cela a eue sur leur vie professionnelle et leur stabilité financière. Des personnes participantes transgenres ont fait part d'expériences difficiles au travail après la transition, notamment :
- un congédiement;
- la nécessité de trouver un nouvel emploi où elles sentent qu'elles peuvent être elles‑mêmes en toute sécurité;
- une perte de crédibilité professionnelle;
- de la difficulté à faire reconnaître des références et une expérience de travail.
Groupes de discussion
Des représentants des groupes de discussion ont affirmé que les personnes 2ELGBTQI+, en particulier les personnes transgenres, sont généralement moins bien payées au cours de leur vie. Cela se poursuit jusqu'à la retraite, et les personnes âgées 2ELGBTQI+ sont alors plus susceptibles de vivre une instabilité financière. Certaines personnes participantes ont dit estimer que la stigmatisation et la discrimination ont engendré un « retard » dans leur vie parce qu'on leur a refusé une promotion ou qu'elles ont été pénalisées et qu'elles ont commencé leurs études ou leur carrière et ont accédé à la propriété à un âge plus avancé qu'à l'habitude.
« Je suis prudent et lorsque je me retrouve dans certaines situations, je suis même très prudent. J'ai travaillé dans [le domaine des soins de santé spécialisés] pendant de nombreuses années et, un jour, le directeur m'a pris à part et m'a essentiellement dit que je devais faire attention. Que personne ne veut connaître ce volet de ma vie. Je connais des gens comme vous, mais vous savez, a‑t‑il dit, ces gens-là, ils ne voudraient pas que vous parliez de leur [maladie]. C'est vrai. Ce serait bien trop bizarre pour eux. J'en ai donc tenu compte et je suis resté fermement enfermé dans le placard pendant de nombreuses années dans mon travail. » (Traduit de l'anglais)
Stabilité et retraite
L'(in)stabilité à la retraite était également profondément liée à la permanence du logement et à l'(in)stabilité financière pendant les années de travail. La stabilité de l'emploi et des finances favorise la stabilité à la retraite, tandis que l'emploi précaire et les cas d'instabilité financière au cours de la vie d'une personne compromettent la préparation financière et la planification de la retraite et se traduisent par une moins grande sécurité financière à la retraite.
Certaines personnes qui ont participé aux entretiens détenaient des prêts hypothécaires et ont continué de travailler après leur retraite, ce qu'elles ont attribué à une instabilité liée à l'emploi et aux finances pendant leur carrière.
Groupes de discussion
Des représentants des groupes de discussion ont souligné que les personnes 2ELGBTQI+ jouissent généralement à la retraite d'une moins bonne sécurité financière. Ils ont également dit qu'ils constatent que de nombreuses personnes âgées 2ELGBTQI+ n'ont d'autre choix que de retourner sur le marché du travail parce qu'elles n'ont pas suffisamment d'épargne-retraite et qu'elles n'ont pas de pensions en milieu de travail et parce qu'elles sont incapables de répondre à leurs besoins de base au moyen uniquement des régimes de pensions publics.
« Beaucoup de personnes âgées LGBT occupaient des emplois précaires, comme dans le secteur de la restauration et des arts et ce genre de choses. Elles n'ont pas de pension et elles constatent maintenant qu'il est absolument impossible d'essayer de vivre du RPC et de la SV; elles travaillent encore dans la soixante‑dizaine. » (Traduit de l'anglais)
« Lorsqu'on est dans la trentaine, la quarantaine et même la cinquantaine, vous savez, la survie n'inclut pas [de] plan de retraite. » (Traduit de l'anglais)
Certaines des personnes participantes ont pris une retraite anticipée ou ont quitté le marché du travail en raison de la discrimination, d'un handicap ou d'une maladie. De nombreux hommes homosexuels plus âgés ont dit qu'ils ne s'attendaient pas à vivre jusqu'à l'âge de la retraite en raison de la crise du VIH et du sida dans les années 1980 et 1990, de sorte qu'ils n'avaient pas planifié une telle retraite.
« Ceux d'entre nous qui ont vécu à l'époque du sida n'ont jamais pensé qu'ils allaient dépasser 30 ou 35 ans, ce n'était donc jamais une préoccupation pour nous à l'époque. Si j'avais su à l'époque que je serais encore en vie aujourd'hui, j'aurais probablement pris différentes mesures pour assurer mon avenir. » (Traduit de l'anglais)
Stabilité du logement et dans la collectivité
Des personnes participantes ont mentionné qu'elles devaient évaluer si elles pouvaient être elles‑mêmes en toute sécurité dans certains endroits et certaines situations et avec certaines personnes. Se sentir en sécurité à la maison signifiait souvent créer, au fil du temps, de solides liens avec le voisinage, un sentiment de sécurité lorsqu'elles se promenaient dans leur collectivité et un soutien à proximité. Un déménagement signifiait qu'elles devaient recommencer ce processus d'évaluation et recommencer à établir un sentiment de sécurité. Certaines personnes participantes se sont immergées dans la communauté 2ELGBTQI+, où elles pouvaient supposer qu'elles seraient acceptées et qu'elles seraient en mesure de vivre leur vie dans l'authenticité.
En plus de la stabilité financière, l'accession à la propriété donne aux gens le sentiment qu'ils déterminent eux‑mêmes leurs conditions de vie et leur procure un espace sécuritaire qui leur appartient. Certains locataires ont raconté avoir été victimes de discrimination pendant le processus de demande de location, en raison de leur orientation sexuelle, tandis que d'autres ont dit avoir dû obtenir une approbation avant d'apporter des modifications et d'effectuer des adaptations afin d'améliorer l'accessibilité d'un logement.
Certaines personnes participantes 2ELGBTQI+ ont dû choisir de s'éloigner de leur ville natale pour pouvoir vivre de façon authentique. Elles ont aussi souvent été forcées de choisir entre un logement abordable et la proximité avec leur communauté préférée, où elles se sentaient en sécurité et incluses. Les communautés 2ELGBTQI+ sont les plus dynamiques à Toronto, à Vancouver et à Montréal, toutes des régions où le coût de la vie est élevé. Si des personnes 2ELGBTQI+ gagnent moins au cours de leur vie et qu'elles résident dans des régions où le coût de la vie est élevé, ce sont leur bien‑être financier, leur préparation à la retraite et leur capacité de vieillir à domicile qui sont compromis.
« Il n'y avait aucun guide pour les gens comme moi. Vous deviez quitter votre ville natale si vous vouliez sortir de placard et que vous vouliez vivre de façon authentique et au sein de la collectivité. Alors, y avait-il à quelque moment que ce soit une occasion de cotiser à des REER? Non. » (Traduit de l'anglais)
Activité « Photovoice »
« Même si nous avons un festival de la Fierté bien fréquenté, je ne tiendrais pas la main de mon mari en public ici au jour le jour. Nous prévoyons déménager pour la quatrième fois en 8 ans dans une municipalité voisine plus progressiste. » (Traduit de l'anglais)
Le déménagement peut être plus risqué pour les personnes âgées 2ELGBTQI+. Quand elles changent de collectivité et de quartier, il leur faut du temps et des efforts pour déterminer s'il est sécuritaire d'être authentiques. Cela implique aussi que les personnes des communautés 2ELGBTQI+ doivent établir de nouvelles relations et trouver de nouvelles formes de soutien informel et des services inclusifs. Les changements dans la collectivité et le quartier, comme l'embourgeoisement ou le simple fait que des personnes s'y installent ou partent, peuvent également rendre les personnes âgées 2ELGBTQI+ vulnérables. Leurs sources de soutien peuvent partir et les nouveaux voisins ou voisines peuvent ne pas les accepter.
« Il faut rester actif, il faut garder ses réseaux sociaux, c'est important d'avoir soit une famille, soit des amis, c'est important de bâtir des relations sociales dans le quartier parce que ce sont les gens autour de soi qui peuvent améliorer les choses. »
Les personnes qui ont participé aux entretiens avaient des réflexions diverses sur l'embourgeoisement. L'insécurité en matière de logement, les expulsions et les déplacements peuvent empêcher les personnes âgées 2ELGBTQI+ de vieillir à domicile. Quelques personnes participantes ont été expulsées de leur domicile en raison du développement urbain ou ont exprimé des préoccupations au sujet d'expulsions futures. Certaines personnes participantes n'avaient plus les moyens de rester dans leurs quartiers de prédilection. De nombreuses personnes participantes ont dit croire que, si elles étaient forcées de déménager, elles finiraient probablement par payer plus cher pour moins.
Des personnes participantes se sont également dit préoccupées par le déclin économique des collectivités. Par exemple, la fermeture de commerces et de services a eu pour effet de réduire l'accès à des services essentiels. Pour ces raisons, certaines personnes participantes ont dit voir d'un bon œil les investissements financiers dans leur quartier.
Les personnes participantes avaient des points de vue divers sur les jeunes, les familles et les immigrants qui s'installent dans leur quartier. Certaines personnes participantes ont dit que cela avait créé un plus grand sentiment de sécurité, tandis que d'autres ont dit qu'elles ne savaient pas si elles pouvaient être elles‑mêmes en toute sécurité.
« Comme plusieurs des vieilles maisons de mon quartier, dans quelques mois, elles seront démolies puis réaménagées. Ce genre de réaménagement a pour effet d'éliminer du marché des logements locatifs abordables. Dans ce cas‑ci, ça me force à devoir me trouver un nouvel endroit où vivre. C'est la deuxième fois en 3 ans que ça m'arrive. » (Traduit de l'anglais)
« C'est assez difficile de vieillir chez soi quand on doit vendre sa maison pour survivre. » (Traduit de l'anglais)
Entretien de type « parcours commenté »
Lors d'un arrêt spontané au cours d'un entretien de type « parcours commenté », le participant a montré à la chercheuse un endroit où son mari et lui vont souvent; un salon de coiffure. Ils s'y sentent en sécurité et y trouvent un sentiment d'appartenance. La propriétaire a récemment été expulsée de son salon et a déménagé dans un nouvel endroit. C'était un environnement accueillant et invitant.
« Ma coiffeuse était auparavant juste ici, mais elle a été forcée de partir. Ses voisins des deux côtés souhaitaient s'agrandir, et le propriétaire voulait se débarrasser d'elle. Elle est là depuis des dizaines et des dizaines d'années, et c'est une bonne personne de la communauté. » (Traduit de l'anglais)
Stabilité des services en matière de santé et de soins
Des personnes participantes ont dit être heureuses de recevoir de façon continue et stable des services de fournisseurs de services en matière de santé et de soins sécuritaires, inclusifs et compétents. La continuité des soins a permis de réduire le temps et l'énergie consacrés par les personnes participantes 2ELGBTQI+ à un accès à des services inclusifs. La retraite d'un médecin de famille ou l'obligation de devoir embaucher un nouveau fournisseur de services signifiait qu'il fallait tout recommencer.
Des personnes participantes devaient parfois renseigner les fournisseurs sur la façon de répondre à leurs besoins. Certaines personnes qui ont participé aux entretiens ont décrit les répercussions d'un changement de fournisseur, notamment leur découragement de devoir alors recommencer à zéro.
« Eh bien, comme beaucoup d'entre nous le disent, vous sortez continuellement du placard, ça ne finit jamais. Chaque nouvelle situation que vous pouvez imaginer, et certaines personnes se fondent sur des stéréotypes, alors elles pensent qu'elles le savent tout de suite sans que je dise quoi que ce soit, alors que d'autres personnes ne s'en aperçoivent jamais; il y en a de toutes les sortes. » (Traduit de l'anglais)
Groupes de discussion
Des représentants des groupes de discussion ont souligné les risques accrus pour la santé des personnes 2ELGBTQI+. Selon eux, ces risques sont liés à la méfiance envers le système de santé en raison des mauvais traitements infligés par ces établissements par le passé. Cela fait en sorte que de nombreuses personnes 2ELGBTQI+ attendent avant de se faire soigner ou ne se font pas soigner du tout. Des représentants ont également souligné que les gens craignent de divulguer leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, en raison de préoccupations concernant la discrimination ou les mauvais traitements de la part des fournisseurs de soins de santé. Les résultats en matière de santé des personnes âgées 2ELGBTQI+ et la capacité de vieillir à domicile bénéficieraient d'une continuité des soins offerts par des fournisseurs de soins de santé fiables, compétents et inclusifs.
« [C'est] le même système qui les a amenés à subir des "thérapies de conversion", il faut donc rétablir un lien de confiance. Il faut rebâtir la confiance ici. » (Traduit de l'anglais)
« […] dans ces milieux de soins, de nombreuses personnes 2ELGBTQI+, notamment celles qui sont racisées ou qui vivent une précarité en raison de la migration ou de leur statut au Canada, risquent d'être continuellement victimes d'homophobie, d'hétérosexisme, de transphobie et de sexisme et d'éprouver des problèmes dont [un autre représentant] a parlé pour ce qui est du degré d'affirmation de l'identité sexuelle et de couches croisées d'oppression. Je crois qu'il est vraiment important de souligner que ces personnes sont les moins susceptibles de pouvoir accéder aux mesures de soutien et aux services qui sont supposément mis à la disposition des membres de la communauté, mais qui sont encore moins accessibles aux personnes qui doivent faire face à des niveaux accrus de stigmatisation. » (Traduit de l'anglais)
Activité « Photovoice »
Les personnes participantes atteintes du VIH ou du sida avaient besoin de routines constantes et devaient porter une attention particulière à leur santé, à leur nutrition et à leur niveau de stress.
« Les gens me demandent souvent ce que je fais chaque jour. J'ai l'impression que je devrais avoir une réponse excitante à leur donner, mais la stigmatisation met en frein à toute ma vérité, même après plus de 20 ans. La vérité, c'est que les activités quotidiennes sont axées sur le maintien : une adhésion stricte à la médication — que mes médecins m'ont inculquée, une prise de conscience de ce qui se passe dans le monde (près d'ici ou loin), la recherche et la préparation de repas sains, et avoir envie de plus. » (Traduit de l'anglais)
Soutien social
Le soutien social joue un rôle essentiel pour aider les personnes âgées 2ELGBTQI+ à vieillir à domicile. La qualité de leurs réseaux sociaux contribue à augmenter leur bien‑être physique et mental. Pour vieillir chez elles, les personnes 2ELGBTQI+ doivent disposer de soutien émotionnel et physique dont elles ont besoin afin de prévenir l'isolement social, de ressentir un sentiment d'appartenance, d'être actives et d'obtenir des soins. Les personnes âgées 2ELGBTQI+, en particulier celles qui sont sans lien ou qui vivent seules, courent un risque plus élevé d'isolement social en raison de l'exclusion systémique et de la stigmatisation vécues au cours de leur vie (Boggs et coll., 2017). De nombreuses personnes 2ELGBTQI+ sont éloignées de leur famille, n'entretiennent aucun lien avec elle ou n'ont pas d'enfants, alors que ce sont la famille et les enfants qui fournissent des soins et un soutien à de nombreuses personnes vieillissantes. Par conséquent, les conjoints, conjointes ou partenaires, la famille choisie et la collectivité pourraient jouer un rôle central pour les personnes âgées 2ELGBTQI+. La présente étude a révélé comment les personnes âgées 2ELGBTQI+ se sont servies du soutien social pour arriver à vieillir à domicile. Ce soutien social comprend notamment :
- la famille choisie et la collectivité (par exemple avec qui ces personnes pourraient se sentir en sécurité et sur qui elles pourraient compter);
- un bon voisinage;
- des groupes sociaux et des espaces 2ELGBTQI+;
- des proches aidants au sein de la communauté 2ELGBTQI+.
La majorité des personnes participantes ont eu de la difficulté à parvenir à l'authenticité parce qu'elles avaient honte ou peur de faire honte, qu'elles ont reçu des réactions négatives ou qu'elles ont été exclues socialement. Au fil du temps, la plupart des personnes interrogées ont rencontré des personnes qui les acceptent, les soutiennent et les aiment.
Sondage en ligne
30 % des personnes interrogées dans le cadre du sondage n'avaient personne qui pouvait les aider à accomplir leurs tâches quotidiennes.
Des personnes interrogées qui jouissaient d'un soutien ont dit que les personnes suivantes pouvaient les aider :
- 73 %, conjoints, conjointes ou partenaires;
- 65 %, amis et amies;
- 33 %, voisins et voisines;
- 22 %, enfants.
41 % des personnes interrogées ne croyaient pas pouvoir obtenir le soutien social nécessaire pour pouvoir vieillir à domicile.
23 % des personnes interrogées s'occupaient de quelqu'un. Parmi ces personnes interrogées, 43 % s'occupaient d'une personne qui était elle aussi une personne 2ELGBTQI+.
Expériences vécues
Famille choisie
Parce qu'elles avaient des liens sociaux solides et significatifs, des personnes participantes ont pu obtenir divers types de soutien, notamment un soutien :
- émotionnel (par exemple quelqu'un qu'elles pouvaient appeler si elles avaient une mauvaise journée);
- physique (par exemple quelqu'un qui pouvait les aider si elles avaient un handicap physique);
- pratique (par exemple quelqu'un qui leur offrait de passer prendre des médicaments);
- financier (par exemple quelqu'un qui pouvait les aider à respecter un budget).
La famille choisie et la communauté intentionnelle (un groupe de personnes qui vivent ensemble parce qu'elles ont en commun 1 ou plusieurs intérêts ou caractéristiques) étaient importantes pour certaines personnes participantes. Bon nombre d'entre elles comptaient davantage sur leurs amis ou amies, leurs partenaires ou conjoints ou conjointes, et leurs voisins ou voisines que sur leur famille (par exemple enfants, frères et sœurs et parents) pour obtenir un soutien émotionnel et physique à mesure qu'elles avancent en âge. Les animaux de compagnie contribuent aussi à briser l'isolement des personnes participantes.
« Depuis la vingtaine; c'était donc dans les années 70. Nous n'utilisions pas ce langage exactement, mais le concept de famille choisie est si répandu. C'est ça qui a façonné ma vie, 50 ans de ma vie avec le concept de création d'une famille. » (Traduit de l'anglais)
Activité « Photovoice »
« On est encore capables de faire des choses ensemble. Il fait une chose; j'en fais une autre. On se complète. Je ne peux pas beaucoup me pencher, donc si j'ai quelque chose à sortir du four, je lui demande de s'en occuper. Si je n'avais pas son aide pour ça, ce serait difficile. Quand j'ai eu le cancer il y a environ 5 ans, ça a été dur pour moi, mais ça a été dur pour lui parce qu'il a dû faire face à un avenir où […] parce que j'ai failli mourir […] il était clair qu'il aurait de la difficulté à s'adapter, alors nous avons essayé de trouver des moyens de nous soutenir et de prendre soin l'un de l'autre. » (Traduit de l'anglais)
Groupes de discussion
Des représentants des groupes de discussion ont soulevé la question du risque accru d'isolement social auquel doivent faire face les personnes âgées 2ELGBTQI+, en particulier les hommes gais. Les personnes âgées 2ELGBTQI+ sont moins susceptibles d'avoir des enfants ou plus susceptibles d'avoir perdu des amis proches et des membres de leur famille en raison du sida.
Souvent, les personnes participantes qui se sentaient plus isolées socialement avaient perdu leur famille ou leurs amis ou elles en étaient éloignées. Certaines se sont aussi éloignées des gens et des lieux qu'elles fréquentaient pour éviter les réactions négatives à l'égard de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
Chercheuse : « Vous avez une enfant. La voyez-vous souvent? »
Personne participante : « Elle est mariée, elle a 2 jeunes enfants, puis son conjoint … c'est une personne dont la religion n'accepte pas l'identité trans, qui ne la comprend pas. Elle se retrouve dans une situation de conflit avec son partenaire. Donc, c'est toujours un peu difficile quand on se voit, parce qu'on sait d'une certaine façon qu'il va y avoir un conflit. Elle est avec cet homme, et c'est comme ça, il y a de l'amour, mais il y a aussi cette réalité, donc je ne la vois pas beaucoup. »
Un bon voisinage
La présente étude a révélé l'existence d'un lien entre le vieillissement à domicile et les relations des personnes participantes avec le voisinage.
Le voisinage représente une source de soutien pratique, comme une aide pour les tâches quotidiennes et les petites réparations à domicile. Ce soutien est considéré comme essentiel pour répondre aux besoins du vieillissement à domicile. Le fait d'entretenir une bonne relation avec le voisinage contribue considérablement aussi au sentiment de sécurité, de communauté et d'appartenance des personnes participantes.
Les micro‑interactions quotidiennes avec le voisinage procurent aux personnes participantes des signes de sécurité. Le fait de dire bonjour, de bavarder ou d'offrir de l'entraide aide les personnes participantes à se sentir acceptées. Quelques personnes participantes se sont également dit très attentives aux voisins ou voisines 2ELGBTQI+ et ont ressenti un sentiment d'alliance et de solidarité en sachant qu'elles n'étaient pas seules dans leur immeuble ou leur quartier. Elles pouvaient plus facilement supposer qu'elles étaient en sécurité. Comme l'a expliqué une participante transgenre, lorsqu'elle a emménagé dans un nouvel appartement pendant sa transition, elle craignait la façon dont le voisinage la traiterait. Or, il se trouve que les voisines à l'étage étaient un couple de lesbiennes, ce qu'elle a qualifié de chance.
Le fait d'avoir de nouveaux voisins ou voisines, ou de déménager dans un nouveau quartier a souvent amené des personnes participantes à s'inquiéter de leur capacité à se sentir en sécurité et de leur qualité de vie. Certaines personnes participantes ont tardé à déménager dans un logement plus accessible ou plus abordable en raison de l'importance qu'elles accordaient au maintien de relations solides avec leur voisinage.
« Sans nos merveilleux voisins, je pense que nous aurions vendu cette maison il y a longtemps et emménagé dans un endroit plus petit. D'une certaine façon, je pense qu'il serait logique de vendre cet endroit et de déménager dans un endroit plus pratique, mais je refuse de le faire parce que j'aime mes voisins. » (Traduit de l'anglais)
Groupes sociaux et espaces 2ELGBTQI+
La plupart des personnes qui ont participé à cette étude appartenaient à des groupes sociaux pour les personnes 2ELGBTQI+. Des personnes participantes ont dit avoir établi des liens positifs avec d'autres personnes dans un espace sécuritaire. Les expériences communes ont créé un sentiment de confort et des occasions d'obtenir de l'information et des ressources des réseaux des membres.
La participation à des groupes sociaux était variée, des personnes participantes ayant trouvé des groupes ou des activités qui correspondent à leur propre histoire, à leurs valeurs et à leurs opinions politiques. La plupart des personnes participantes faisaient partie de groupes sociaux de personnes âgées 2ELGBTQI+, car ces groupes étaient les mieux adaptés à leurs besoins et à leurs intérêts.
Les espaces 2ELGBTQI+ avaient joué un rôle central dans la vie des personnes âgées à une époque de grande surveillance et de persécution. Des personnes participantes ont raconté comment ces espaces leur avaient permis de vivre avec authenticité. Les bars et boîtes de nuit gais avaient été particulièrement populaires. Toutefois, à mesure que les personnes 2ELGBTQI+ vieillissent, ces espaces peuvent ne pas répondre à leurs besoins actuels. De nombreuses personnes participantes ont trouvé difficile de rencontrer des membres de leur communauté sans devoir fréquenter ces lieux.
Certaines personnes participantes ont exprimé le besoin d'un plus grand nombre d'espaces physiques 2ELGBTQI+, comme des centres ou des bâtiments communautaires. Il pourrait être difficile également de trouver un groupe pour une personne qui vit à l'extérieur des centres‑villes. La rareté ou la non‑existence des espaces 2ELGBTQI+ a forcé certaines personnes participantes à quitter leur ville pour socialiser ou trouver un soutien.
« J'aimerais qu'il y ait plus de ligues communautaires gaies. Qu'il ne faille pas aller creuser comme des fous pour savoir où elles sont… pour essayer de trouver n'importe quelle sorte de communauté, j'ai trouvé que je devais creuser un peu. Tu sais, tu vas à l'association de la fierté. Chaque ville semble en avoir une, mais c'est difficile à trouver et c'est comme, en fait, je ne suis pas nécessairement à l'aise de devoir passer un coup de fil pour en savoir plus. » (Traduit de l'anglais)
« Je suis le plus vieux d'habitude, vous comprenez? Donc, je ne suis pas à ma place dans les activités sociales qui y sont associées. Parfois, ils veulent aller dans les bars le soir et genre, j'y vais… les gens ont la moitié de mon âge ou le quart de mon âge. Et c'est ce qu'on prétend être de la musique, une musique qui ne me convient pas et tout. Je ne suis vraiment pas à place. » (Traduit de l'anglais)
L'embourgeoisement entraîne une hausse des coûts du logement et une perte potentielle des réseaux sociaux et des espaces et services 2ELGBTQI+. Les changements dans les quartiers peuvent rendre les personnes âgées 2ELGBTQI+ vulnérables à l'exclusion de leur collectivité en raison des prix, et les nouveaux arrivants pourraient ne pas les accepter.
Entretien de type « parcours commenté »
Personne participante : « Regardez ça [pointe vers un immeuble]. Il y avait des immeubles ici, il y avait un sentier, il y avait des magasins, puis les incendies, la COVID, le renouvellement… Peut‑être, d'après ce que je peux voir, que ça va devenir un condo. Il y en a quelques‑uns. Ensuite, vous réalisez à mesure que le temps passe… J'avais l'habitude de dire bonjour à quelqu'un à tous les 10 pas. Maintenant, les visages que j'avais l'habitude de voir, ils disparaissent tout simplement! »
Chercheuse : « Pourquoi? »
Personne participante : « Ils partent, ils meurent ». (Traduit de l'anglais)
Prestation de soins
Quelques personnes qui ont participé aux entretiens ont discuté de l'incidence de leur identité 2ELGBTQI+ sur leur expérience de proche aidant. Un participant a décrit les défis, notamment le fait d'avoir dû quitter son emploi pour fournir des soins à temps plein à son partenaire. Ils ont compté sur la pension de la fonction publique de son partenaire et ont vendu certaines de leurs propriétés. Ils ont finalement dû faire appel aux services d'un foyer de soins de longue durée. En raison de toutes ces dépenses, ils se sont retrouvés dans une situation financière difficile. Lorsque son partenaire est décédé, le participant a immédiatement perdu la pension de son partenaire et il a dû prouver l'existence de leur relation conjugale pour recevoir la prestation de survivant. Le processus a été fastidieux alors que les choses étaient déjà difficiles.
Un autre participant s'était occupé de son partenaire atteint du VIH à une époque où il n'y avait pas de traitement médical. Il a expliqué à quel point il avait été difficile de recevoir de l'aide et de laisser le personnel soignant entrer chez eux. Il ressentait de la honte face à l'inconfort du personnel soignant, et préférait s'occuper seul des soins de son conjoint plutôt que de subir cette situation.
L'expérience de prestation de soins des personnes 2ELGBTQI+ peut donc être influencée par :
- des interactions antérieures et actuelles avec les services de soins de santé;
- une insécurité financière;
- une non‑reconnaissance de leur relation conjugale;
- une non‑reconnaissance en tant que proche aidant désigné;
- une absence de services et de soutien en raison de la peur ou des préjugés;
- un isolement social.
Société
La présente section explore différents points de vue sur le changement social et d'autres sujets abordés par les personnes qui ont participé à cette étude. Bien que la résilience individuelle et l'utilisation de stratégies aident les personnes âgées 2ELGBTQI+ à se sentir en sécurité à la maison et dans leur collectivité, ce sentiment de sécurité dépend également de la mesure dans laquelle la société inclut et accepte les personnes 2ELGBTQI+.
Les personnes âgées 2ELGBTQI+ ont vécu des événements historiques clés. Pour créer des politiques et des programmes qui les aident à vieillir chez elles, nous devons comprendre ce qu'elles ont vécu. La figure 4 ci‑dessous montre les principaux jalons franchis au Canada, ainsi que l'âge des personnes âgées d'aujourd'hui lorsque ces jalons ont été franchis (colonnes du milieu) et des extraits de propos tenus par des personnes qui ont participé à la présente étude.
Version textuelle de la figure 4.
| Année | Étape importante | Âge (né en 1940) | Âge (né en 1950) | Âge (né en 1960) |
|---|---|---|---|---|
| 1969 | Décriminalisation de l'homosexualité | 29 | 19 | 9 |
| 1973 | Retrait de l'homosexualité du DSM | 33 | 23 | 13 |
| 1996 | Orientation sexuelle ajoutée à la Loi canadienne sur les droits de la personne | 56 | 46 | 36 |
| 2005 | Légalisation du mariage entre personnes de même sexe au niveau fédéral | 65 | 55 | 45 |
| 2017 | Identité/expression de genre ajoutée à la Loi canadienne sur les droits de la personne | 77 | 67 | 57 |
| 2022 | Lancement du premier Plan d'action fédéral 2ELGBTQI+ du Canada | 82 | 72 | 62 |
| Citations de participants | Être queer était illégal en 1965, et c'était considéré comme une maladie mentale. C'était un péché aux yeux de l'église et une abomination envers Dieu et la nature. C'est ainsi que j'en suis venu à comprendre ce que ma sexualité signifiait pour le monde dans lequel j'ai été élevé. |
| Nous sommes façonnés par le fait que nous n'étions pas légaux. Nous avons été pathologisés et criminalisés. Et j'arrive à la fin de cette histoire. Cela a donc été facile pour moi comparativement à mon ami de 82 ans. | |
| On s'est finalement mariés notamment parce qu'on s'est dit : si l'un d'entre nous était malade et inconscient à l'hôpital et qu'il fallait prendre des décisions, est-ce que l'autre pourrait juste se présenter à l'hôpital et affirmer être le conjoint de fait de l'autre? Il nous faudrait quand même produire un certificat de mariage. Je ne sais pas. Ils ne demandent pas ça [aux] gens hétéros. Mais ils pourraient nous demander ça. |
Groupes de discussion
Des organismes communautaires qui travaillent auprès de la population 2ELGBTQI+ ont souligné que, même si les expériences d'une personne âgée peuvent être façonnées par son orientation sexuelle ou son identité de genre, ces expériences sont également largement fondées sur la façon dont la société y réagit et les traite. D'où l'importance du Plan d'action fédéral 2ELGBTQI+, puisqu'il vise à promouvoir les droits et l'égalité des personnes 2ELGBTQI+.
Malgré les protections juridiques et les progrès sociaux, certaines personnes ayant participé à l'étude étaient encore victimes de discrimination et craignaient une montée de la haine. Cette préoccupation est étayée par des données récentes. Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a prévenu que « l'extrémisme violent à motivation idéologique » qui vise l'identité de genre et les personnes 2ELGBTQIA+ devrait se maintenir au cours de la prochaine année (SCRS, 2023). En juillet 2024, Statistique Canada a publié les statistiques sur les crimes déclarés par la police pour 2023, qui font état d'une forte hausse des crimes haineux pour la troisième fois en 4 ans. Les crimes haineux fondés sur l'orientation sexuelle avaient augmenté de 69 % depuis l'année précédente (Statistique Canada, 2024b).
Sondage en ligne
80 % des personnes interrogées dans le cadre du sondage avaient subi une forme ou une autre de discrimination :
- 58 % ont subi de la discrimination en raison de leur orientation sexuelle;
- 44 % sur le fondement de leur âge;
- 26 % sur le fondement de leur identité de genre ou de leur expression de genre.
Expériences vécues
Âgisme
L'âgisme demeure une expérience et une préoccupation courantes chez les personnes âgées. Les stéréotypes négatifs au sujet des personnes âgées peuvent avoir une incidence sur leur bien‑être physique, émotionnel et mental. Les initiatives qui aident les personnes âgées à vieillir chez elles doivent tenir compte des hypothèses et des préjugés âgistes.
Dans l'étude, certaines personnes participantes ont dit avoir été victimes d'âgisme, phénomène qui peut toucher toutes les personnes âgées. L'âgisme inclut des réponses et des solutions inappropriées des fournisseurs de soins de santé, des interactions sociales qui amènent les gens à se sentir invisibles ou dévalorisés, et une discrimination en milieu de travail fondée sur l'âge.
Dans la communauté 2ELGBTQI+, l'âgisme peut également prendre la forme de pratiques d'exclusion, même involontaires. Comme il a été mentionné précédemment, les espaces et les groupes 2ELGBTQI+ pourraient ne pas être adaptés aux besoins ou aux intérêts de leurs membres plus âgés. Cela peut amener certaines personnes participantes à se joindre à des groupes d'aînés à la place. Toutefois, des efforts ont été déployés pour promouvoir et maintenir des réseaux intergénérationnels en faisant en sorte que des personnes âgées 2ELGBTQI+ agissent à titre de mentors ou racontent leurs histoires aux plus jeunes. D'autres personnes âgées 2ELGBTQI+ trouvent un soutien et une connexion au sein de groupes sociaux ouverts aux personnes de tous âges. Dans l'ensemble, de nombreuses personnes participantes ont constaté les avantages d'échanges entre les générations, que ce soit au sein de la famille, dans la collectivité ou dans le cadre d'activités ou d'initiatives en lien avec le logement.
« La chorale, c'est une grosse affaire. Et j'adore [le fait que] ce soit multigénérationnel et, donc, ça a été vraiment utile. Avoir des liens pour les personnes queers qui n'entretiennent pas nécessairement les meilleures relations avec leurs familles biologiques. Avoir des occasions de connaître des gens de plusieurs générations. Ça n'a pas de prix. » (Traduit de l'anglais)
« L'une des choses que nous essayons d'instaurer [groupe pour les personnes gaies âgées], c'est un genre de mentorat, qui nous permet de transmettre l'histoire gaie ou lesbienne parce qu'il n'y a pas moyen de faire ça dans les écoles. Et […] si nous ne le faisons pas, la communauté perdra et j'ai peur que des gens comme moi, qui ont beaucoup de connaissances et de vécu et ainsi de suite, ne [les] transmettent pas assez, et alors [elles] seront perdues. » (Traduit de l'anglais)
Expériences 2ELGBTQI+ en milieu rural
Les défis particuliers que pose la vie dans les régions rurales ont été soulignés par certaines personnes qui ont participé aux entretiens et les personnes interrogées dans le cadre des questions ouvertes du sondage en ligne. La plupart des commentaires portaient sur les défis de la vie en milieu rural ou dans une petite ville. Certaines personnes participantes ont dit que le progrès social était moins visible dans les régions rurales que dans les régions urbaines. Toutefois, de nombreux aspects positifs ont aussi été évoqués, comme l'existence d'un plus grand soutien mutuel des membres de la collectivité.
« Les gens allaient sur des groupes Facebook et disaient : "Allô, je vais chez Costco. Je vais acheter des choses pour vous. De quoi avez‑vous besoin?" Parce qu'à cette époque, les files d'attente […] comptaient 200 personnes, c'est bien ça? Et je pense que c'est la beauté d'une petite ville. Ce n'est pas juste de l'amitié. Je me sens très bien soutenue. » (Traduit de l'anglais)
Les principaux défis associés à la vie en milieu rural ou loin des centres urbains étaient les suivants :
- un risque plus élevé d'isolement social;
- un accès limité à des soins de santé, à des services et à un soutien;
- un accès limité à des services inclusifs, y compris des organismes 2ELGBTQI+;
- un conservatisme et une forte présence d'églises dans certaines villes rurales, de sorte que certaines personnes participantes ne se sentaient pas en sécurité en tant que personnes 2ELGBTQI+.
Plus précisément, certaines personnes participantes ont dit se sentir isolées de leurs voisins ou voisines, ou de leurs réseaux sociaux en raison de la distance géographique. Elles devaient pour cette raison parcourir de longues distances pour participer à des activités sociales, ou encore les occasions de rencontrer d'autres personnes 2ELGBTQI+ étaient limitées.
« Je n'établis pas beaucoup de liens. Nous vivons à une heure de distance d'une plus grande ville, alors, où nous sommes maintenant, c'est extrêmement isolé. C'est une très petite collectivité, mais ça isole beaucoup. Il peut arriver que, pendant plusieurs jours, mon partenaire soit la seule personne que je vois. C'est à peu près tout. Parce qu'il faut conduire partout et pour se rendre à certains endroits. » (Traduit de l'anglais)
Activité « Photovoice »
Des personnes participantes des régions rurales ont décrit certains problèmes de mobilité et certaines préoccupations concernant l'incapacité de se déplacer en raison de la dépendance à l'égard d'une voiture et de la vie dans un endroit éloigné.
« C'est une grosse colline à gravir en hiver. Heureusement que j'ai un chasse‑neige. »
Groupes de discussion
Selon des représentants des groupes de discussion, desservir les grandes zones de services et les régions rurales représente un défi. Les difficultés à répondre à la demande de services tenaient également au fait qu'il n'y avait aucun service de transport, aucun espace physique pour les activités ni de ressource pour les communautés francophones. Certains organismes ont des listes d'attente, mais ce n'est pas tout le monde qui peut accéder aux services dont il a besoin. L'ensemble disparate de services offerts a également une incidence défavorable sur la sensibilisation aux programmes et aux services offerts. Ces répercussions sont particulièrement préoccupantes parce que la régularité et l'inclusion favorisent la confiance et un sentiment de sécurité, qui sont particulièrement importants pour les personnes âgées 2ELGBTQI+, dont les préoccupations en matière de sécurité sont accrues.
« Il [groupe de soutien par les pairs pour les hommes gais, bisexuels et transgenres] est actif depuis plus d'un an, mais il faut presque tout ce temps aux gens pour avoir confiance. Ils se demandent si c'est un programme fiable. Par exemple, des gens se sont joints à nous il y a seulement quelques mois et ont dit : "Oui, je le connaissais, mais je voulais voir si vous preniez cela au sérieux". » (Traduit de l'anglais)
Soins de longue durée
En dépit de l'existence de protections juridiques, de nombreuses personnes qui ont participé aux entretiens craignaient que leur orientation sexuelle ou leur identité de genre ait une incidence sur la qualité des soins qu'elles recevraient, d'où leur anxiété à l'égard des soins futurs et une préférence pour vieillir à domicile. Des personnes participantes ont fait part de leurs préoccupations, particulièrement dans la discussion sur les soins de longue durée; elles ont dit croire qu'elles seraient plus vulnérables et moins en sécurité. De même, certaines personnes qui ont participé aux entretiens ont dit craindre que le fait d'être dans un foyer de soins de longue durée puisse les obliger à côtoyer des pairs qui les avaient intimidés lorsqu'elles étaient plus jeunes.
Les craintes de mauvais traitements étaient particulièrement aiguës chez les personnes participantes transgenres, qui pourraient faire face à d'autres défis liés à leur identité de genre. Une participante transgenre a exprimé sa crainte que le déclin cognitif, comme la démence, puisse un jour l'empêcher d'affirmer son identité.
« Voir les autres personnes vieillir, vous savez, vous permet de voir ce qu'elles vivent. Et ma mère était dans [un foyer] de soins de longue durée, donc je suis au courant de tous les enjeux. Et puis j'ai vu ce qui s'est passé dans les foyers de soins de longue durée pendant la pandémie; tant de personnes sont décédées. » (Traduit de l'anglais)
« Les craintes que suscite en moi le fait de ne pas vieillir à la maison : devoir me cacher et ne pas être moi‑même à cause de l'homophobie. Ne pas décider moi‑même de mon temps et de mes soins, m'ennuyer, être maltraité et mal compris. C'est ce que j'ai vécu à l'hôpital et au service de réadaptation lié à une maison de santé. J'ai vu d'autres résidents être négligés et ne pas être soutenus. Mon autonomie se résumait à avoir un bouton d'appel et à la volonté des gens d'y répondre. » (Traduit de l'anglais)
Les préoccupations les plus fréquemment soulevées par les personnes participantes au sujet des soins de longue durée étaient les suivantes :
- devoir se cacher et retourner dans le placard;
- être séparées de leurs partenaires;
- subir les attitudes négatives et les comportements discriminatoires de la part de membres du personnel ou d'autres résidents;
- être victime de mauvais traitements et de négligence en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre;
- avoir des besoins non satisfaits, en particulier les personnes participantes transgenres, qui peuvent avoir besoin d'hormones ou avoir des problèmes de santé particuliers.
« Lorsque vous êtes avec vos pairs, ce sont encore, vous savez, des gens qui, à l'époque, pensaient que ce n'était pas correct d'être gai. Certains d'entre eux n'ont pas changé et nous ne savons même pas combien de personnes sont queers dans nos établissements de soins de longue durée parce que personne ne les compte. » (Traduit de l'anglais)
Groupes de discussion
Des représentants des groupes de discussion ont réitéré les préoccupations de certaines personnes âgées 2ELGBTQI+ qui craignent d'être victimes de discrimination dans les foyers de soins de longue durée. Selon ces représentants, le modèle dominant de prestation de soins est institutionnel. Ils ont réclamé un financement accru pour des services de qualité et publics pour les gens chez eux.
Aide médicale à mourir
Dans la présente étude, 6 personnes qui ont participé aux entretiens et 2 personnes interrogées dans le cadre du sondage ont dit qu'elles choisiraient l'aide médicale à mourir (AMM) plutôt que de devoir déménager dans un foyer de soins de longue durée ou un établissement avec services d'assistance, ou si elles estimaient que leur vie « ne valait pas la peine d'être vécue ». Cette perspective inattendue révèle à quel point il est important de veiller à ce que les personnes âgées 2ELGBTQI+ aient le choix de l'endroit où elles vieillissent et de la façon dont elles le font.
Certaines personnes participantes se sont dit soulagées de simplement savoir que l'AMM était une option. L'une d'entre elles a parlé de l'AMM pendant la crise du sida, alors que ce n'était pas légal et qu'il n'y avait pas de traitement contre le sida. Le participant a dit que la communauté gaie s'était organisée pour aider les gens à mourir lorsque leur état de santé s'aggravait en raison du sida.
« […] vivre avec le VIH depuis 36 ans et passer aux soins de longue durée me fait peur. J'ai hâte que l'AMM change et que ma demande de mourir plutôt que de souffrir dans un foyer de soins soit acceptée. » (Traduit de l'anglais)
« Je suis dans la cinquantaine et je suis déjà malade et handicapé. Lorsque je me regarde vieillir et que je pense au fait que je ne pourrai probablement pas rester chez moi à l'avenir, je pense à l'AMM. Je ne pense pas que le gouvernement du Canada va m'aider. » (Traduit de l'anglais)
L'orientation sexuelle, l'identité de genre et d'autres marqueurs sociodémographiques, comme le revenu, ne sont pas consignés dans les demandes d'AMM et les résultats. En 2021, la collecte de données sur l'AMM a été élargie pour permettre de « déterminer la présence d'une inégalité ou d'un désavantage individuel ou systémique dans le contexte de l'administration de l'AMM » (Santé Canada, 2024). À l'heure actuelle, l'âge, le sexe, la race, l'identité autochtone et le handicap sont consignés.
Il n'y a aucun moyen de connaître le taux de recours à l'AMM chez les personnes 2ELGBTQI+. Toutefois, la présente étude et d'autres données nous montrent que les personnes 2ELGBTQI+ appartiennent de façon disproportionnée à des groupes à propos desquels les intervenants soulèvent des préoccupations. Par exemple, les personnes 2ELGBTQI+ présentent des taux plus élevés de maladie mentale (Fehling, 2024; Statistique Canada, 2024) et sont plus susceptibles de vivre dans des tranches de revenu plus faible (Waite, 2020; Burczycka, 2021). Des intervenants qui font la promotion de mesures de protection en ce qui concerne l'AMM et qui ainsi s'assurent de l'équité et préviennent l'abus de pouvoir ont exprimé leurs préoccupations au sujet des personnes qui subissent des souffrances systémiques, y compris les personnes en situation de handicap, les personnes victimes de discrimination lorsqu'elles demandent de l'aide médicale et les personnes vivant dans la pauvreté (Tang, 2024; mémoire du projet de loi C7, 2020; Inclusion Canada, 2020). Certains fournisseurs de services sociaux ont remarqué qu'il y a une demande de services aux intersections de l'AMM et des identités 2ELGBTQI+ (Mourir dans la dignité Canada, 2023).
Progrès social
De manière générale, les personnes qui ont participé aux entretiens ont dit estimer que le Canada avait fait beaucoup de progrès en ce qui concerne l'adoption de lois et de politiques inclusives pour les personnes 2ELGBTQI+. Elles ont, par exemple, souligné l'importance des protections juridiques, comme la décriminalisation de l'homosexualité en 1969 et la légalisation nationale du mariage homosexuel en 2005. Toutefois, il a également été noté que les opinions et les préjugés du public ont été plus lents à évoluer. À eux seuls, les changements juridiques ont été perçus comme étant insuffisants pour influencer positivement les croyances et les comportements envers les personnes 2ELGBTQI+.
Malgré les progrès sociaux réalisés au cours des dernières années, certaines personnes participantes étaient encore victimes de discrimination, notamment en raison de divisions au sein de la communauté 2ELGBTQI+. La discrimination, les désaccords internes et les préférences compliquent la prise de décisions sur la meilleure façon de servir les personnes âgées 2ELGBTQI+. Quelques personnes interrogées dans le cadre du sondage ne sont pas affiliées à des orientations sexuelles et des identités de genre en particulier et elles n'appuient pas ces orientations ni ne les défendent. Cela peut entraîner des conflits sur l'affectation des ressources, le financement et un sentiment de sécurité au sein de la collectivité. D'autres formes de discrimination, comme le racisme, l'âgisme et le capacitisme, peuvent également avoir une incidence négative sur l'expérience globale du vieillissement de personnes participantes 2ELGBTQI+ au cours de leur vie.
« J'ai peur des activités récentes au Canada qui rabaissent ou diminuent les droits civils des personnes 2ELGBTQI+. » (Traduit de l'anglais)
Groupes de discussion
Des représentants des groupes de discussion s'inquiètent du sous‑financement des programmes et services 2ELGBTQI+. Ils attribuent cela au fait que la population 2ELGBTQI+ est sous‑estimée en raison de lacunes dans la collecte de données sur les personnes 2ELGBTQI+.
« La méfiance envers le gouvernement se reflète dans les données du recensement. Recensement Canada dit que nous représentons 4 %, peut‑être 4,4 % de la population, ce qui est tout simplement ridicule, et cela se reflète aussi dans le financement et la prestation des services. » (Traduit de l'anglais)
Des représentants ont également affirmé que les modèles de financement par projet les empêchent de retenir le personnel et les obligent à présenter continuellement une demande de financement, ce qui accroît la précarité des organismes 2ELBGTQI+ et compromet leur capacité à soutenir les personnes qui reçoivent leurs services.
Certaines personnes participantes se sont prononcées également sur les progrès générationnels réalisés au fil du temps au chapitre de l'acceptation et de la compréhension des enjeux 2ELGBTQI+. Elles ont exprimé l'espoir que les jeunes générations progressent vers une inclusivité et une acceptation accrues des personnes 2ELGBTQI+.
Des personnes participantes ont énoncé les facteurs qui témoignent d'un progrès social et qui contribuent à accroître leur sentiment d'appartenance et de sécurité, notamment :
- des lois et des politiques de protection (par exemple options inclusives liées au genre dans les documents du recensement et juridiques);
- la promotion et une mobilisation à l'égard d'événements de la Fierté et la défense des intérêts par les gouvernements de tous les ordres;
- une représentation positive des personnes 2ELGBTQI+ dans les médias;
- plus de mobilisation et d'ouverture chez les jeunes générations;
- des marqueurs visuels (par exemple drapeaux de la fierté, publicité inclusive, épinglettes).
Entretien de type « parcours commenté »
Le passage devant une banque où étaient affichés des drapeaux de la fierté a inspiré une discussion sur la valeur des marqueurs visuels inclusifs.
« Je pense que ça comptait plus pour moi auparavant. Ça compte beaucoup moins maintenant. Je pense juste qu'être gai est devenu si commun et si accepté. Nous n'avons pas besoin de tout ce traitement spécial dont nous avions besoin par le passé. Je veux dire, j'aime bien que les entreprises montrent leur soutien, mais ce n'est pas quelque chose qui m'amènera à dire, comme : "Oh, c'est un endroit allié des gais, je vais aller là plutôt que quelque part où il n'y a pas de drapeau." » (Traduit de l'anglais)
Activité « Photovoice »
D'autres personnes participantes avaient remarqué une montée de la haine envers les personnes 2ELGBTQI+ au cours des dernières années et craignaient que le progrès social puisse régresser, même au sein des jeunes générations.
« J'ai vécu toute ma vie dans l'anxiété, la peur et l'hypervigilance à l'idée d'être queer dans une ville du nord de l'Ontario, et des événements comme celui illustré dans cette image déclenchent une fois de plus le trouble de stress post-traumatique. À l'été de cette année (2024), le nouveau passage piétonnier du drapeau progressiste a été vandalisé et recouvert d'une peinture blanche (je pense que la couleur était intentionnelle). Est-ce à quoi ressemblera le fait de vieillir dans ma ville à l'avenir? Vais-je devoir vivre jusqu'à la fin de mes jours dans l'angoisse constante de devoir contrer le vigilantisme anti-queer? Dans quelle mesure suis-je en sécurité à mesure que je vieillis et que je deviens plus fragile? Ce sont des questions qui minent les pensées anxieuses et les nuits blanches de la plupart des personnes queers, je suppose, mais surtout les miennes. » (Traduit de l'anglais)
Une culture d'inclusivité se traduit souvent par des programmes et des politiques qui tiennent compte des personnes qui y ont recours et qui les respectent. Elle ferait en sorte également de mieux outiller les institutions publiques, comme les établissements de soins de santé, d'éducation et de soins de longue durée, pour servir cette population, ce qui réduirait le risque de stigmatisation liée à la discrimination et les mauvais traitements.
Groupes de discussion
Des représentants des groupes de discussion ont relevé des progrès chez certains organismes qui reconnaissent la diversité des utilisateurs de leurs services et le besoin d'une formation en ce qui concerne les personnes 2ELGBTQI+. Ils ont toutefois réitéré la nécessité d'accroître l'éducation et la sensibilisation.
Des représentants ont également souligné l'importance de tenir compte des divers besoins des utilisateurs des services. Ils ont parlé de reconnaître différents jours fériés, d'offrir des services dans plusieurs langues et de prendre en compte les besoins des Noirs et des personnes racisées, des personnes qui ne font pas leur sortie du placard auprès de leur famille, des personnes en situation de handicap et des personnes issues de la neurodiversité.
Dans leurs mots
Des personnes interrogées dans le cadre du sondage en ligne et des personnes qui ont participé aux entretiens ont fait part de priorités et de stratégies pour aider les personnes âgées 2ELGBTQI+ à vieillir chez elles. Les réponses sont fondées sur les données suivantes : les réponses des personnes interrogées dans le cadre du sondage en ligne à une question ouverte, les récits des personnes participantes et les représentants d'organismes et de groupes communautaires au service des populations 2ELGBTQI+ et des personnes âgées.
Les stratégies dont on nous a fait part sont classées en fonction de la fréquence des mentions, les stratégies les plus fréquemment mentionnées figurant en premier. Certaines stratégies bénéficieraient à la population vieillissante en général, tandis que d'autres sont plus adaptées aux personnes 2ELGBTQI+.
Améliorer l'accès, la disponibilité et l'abordabilité des services en matière de santé et de soins
- Financer des programmes qui favorisent la télésanté et les services à domicile.
- Réduire le temps d'attente.
- Offrir des services dans la langue officielle de choix des utilisateurs.
- Répondre aux préoccupations concernant la privatisation des services de santé et de soins.
- Offrir un meilleur soutien aux proches aidants 2ELGBTQI+.
Établir des normes professionnelles et exiger une formation de sensibilisation à l'égard des personnes 2ELGBTQI+
- Exiger une formation complète, obligatoire et continue sur la sensibilisation aux personnes 2ELGBTQI+ et leurs besoins.
- Créer des lignes directrices professionnelles normalisées pour le travail avec diverses personnes âgées.
- Exiger des fournisseurs et des établissements de soins de santé qu'ils offrent des formulaires administratifs inclusifs.
Soutenir et financer davantage de services et d'organismes 2ELGBTQI+ inclusifs
- Accroître le soutien et le financement de base des organismes communautaires qui fournissent des services aux populations 2ELGBTQI+.
- Créer une ressource documentaire centrale (pour les personnes âgées et des services inclusifs).
- Embaucher plus d'employés 2ELGBTQI+.
- Installer des affiches accueillant les personnes 2ELGBTQI+.
Soutenir d'autres modèles de vieillissement et de logement
Soutenir des modèles de vieillissement autres que les logements, les foyers de soins de longue durée et les résidences pour personnes âgées traditionnels :
- Résidences ou foyers de soins de longue durée amis des personnes 2ELGBTQI+ ou propres aux personnes 2ELGBTQI+.
- Cohabitation, coopératives et maisons intergénérationnelles et autres initiatives.
- Projets ou initiatives de cohabitation.
- Recours à des collectivités de retraite formées naturellement pour aider à organiser les services et les mesures de soutien.
Améliorer les données, la sensibilisation et la visibilité
- Améliorer les données sur les personnes 2ELGBTQI+ et des données désagrégées et intersectionnelles pour une meilleure représentation de la population 2ELGBTQI+.
- Élargir et poursuivre les initiatives de sensibilisation, de visibilité et d'éducation touchant la population 2ELGBTQI+. Par exemple, promouvoir des ateliers sur la diversité et les compétences culturelles dans les écoles.
- Répondre aux besoins uniques des personnes résidentes 2ELGBTQI+ en milieu rural:
- Améliorer les transports en commun et l'accès aux services.
- Soutenir les initiatives rurales et la sensibilisation des groupes et organismes sociaux 2ELGBTQI+.
Améliorer la sécurité financière et du logement
- Assurer un logement sûr, surtout pour les locataires plus âgés.
- Accroître les soutiens au revenu pour les personnes âgées.
- Réévaluer les programmes d'aide sociale et de pension en fonction des taux d'inflation actuels et du coût de la vie dans chaque province.
- Tenir compte des expériences de la population 2ELGBTQI+ au cours de toute la vie et de leurs répercussions sur la sécurité financière à la retraite (par exemple retraite anticipée en raison de harcèlement ou de stress en milieu de travail, perte d'emploi).
- Fournir des renseignements accessibles sur les crédits d'impôt et les critères d'admissibilité. Certaines personnes n'ont pas accès à Internet, ont un faible niveau de littératie informatique ou vivent dans des régions ayant peu d'accès aux services.
Conclusion
En 2024, EDSC a lancé un projet de recherche à méthodes mixtes pour mieux comprendre les expériences des personnes âgées 2ELGBTQI+ vivant à domicile. Au total, 536 personnes ont répondu au sondage en ligne, et 67 personnes ont participé à des entretiens individuels et à d'autres activités de recherche (activité « Photovoice » et entretiens de type « parcours commenté »). Au total, 25 représentants d'organismes au service de la population 2ELGBTQI+ et des personnes âgées ont également participé à des groupes de discussion.
Les résultats de la recherche ont révélé que la plupart des expériences associées au vieillissement à domicile chevauchent celles de la population générale. Toutefois, les personnes âgées 2ELGBTQI+ ont des expériences de vie particulières qui peuvent avoir une incidence sur leur capacité de vieillir chez elles de façon sécuritaire et confortable. Les résultats de ce projet montrent qu'une expérience réussie du vieillissement à domicile des personnes âgées 2ELGBTQI+ repose sur 4 piliers : la sécurité, la stabilité, le soutien social et une société inclusive.
L'étude s'inscrit dans le cadre de l'engagement d'EDSC à l'égard du premier Plan d'action fédéral 2ELGBTQI+. Elle souligne la nécessité cruciale d'élaborer des politiques et des programmes adaptés afin d'aider les personnes âgées 2ELGBTQI+ à vieillir à domicile. Les données contribueront à guider les politiques et les programmes sur le vieillissement à domicile. Pour répondre aux besoins des personnes âgées 2ELGBTQI+, des personnes qui ont participé à l'étude et des représentants des groupes de discussion ont discuté de plusieurs stratégies, comme l'amélioration des services en matière de santé et de soins, l'établissement de normes professionnelles et de formation, le soutien de services et d'organismes inclusifs, la promotion d'autres modèles de vieillissement et de logement, l'amélioration de la collecte des données, la sensibilisation et la visibilité et l'amélioration de la sécurité financière et du logement. En mettant ces stratégies en œuvre, le gouvernement du Canada peut s'assurer que les personnes âgées 2ELGBTQI+ disposent des ressources et du soutien dont elles ont besoin pour vieillir dans la dignité, la sécurité et la stabilité dans les environnements qu'elles ont choisis. Cet engagement envers l'inclusivité et la protection des droits est essentiel pour favoriser une société où toutes les personnes, peu importe leur identité de genre ou leur orientation sexuelle, peuvent s'épanouir à mesure qu'elles vieillissent.
Annexe A : Questionnaire du sondage en ligne
Questions de sélection
Question 01 : Êtes-vous une personne lesbienne, gaie, bisexuelle, transgenre, queer, intersexuée ou bispirituelle, ou appartenez-vous à un autre groupe de genre ou de sexe minoritaire?
Question 02 : Avez-vous 55 ans ou plus?
Question 03 : Vivez-vous au Canada présentement?
Question 04 : Vivez-vous à votre domicile présentement?
Section 1 : Logement
Question 05 : Quelle est votre situation de logement actuelle?
Question 06 : Prévoyez-vous rester à votre domicile actuel le plus longtemps possible?
Question 07 : Globalement, dans quelle mesure avez-vous confiance que votre domicile répondra à vos besoins relatifs à votre bien-être physique et mental, au fur et à mesure que vous vieillirez?
Question 08 : Si vous ne prévoyez pas rester à votre domicile actuel, où comptez-vous aller? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 09 : Globalement, dans quelle mesure avez-vous confiance que vous pourrez vieillir dans une habitation qui répond à vos besoins relatifs à votre bien-être physique et mental?
Question 10 : Globalement, dans quelle mesure avez-vous confiance que vous serez capable de payer vos coûts mensuels ou annuels de logement à mesure que vous vieillirez (p. ex. loyer, paiements hypothécaires, impôts fonciers)?
Question 11 : Globalement, dans quelle mesure avez-vous confiance que vous serez capable de payer les coûts d'entretien de votre domicile au fur et à mesure que vous vieillirez (p. ex. rénovations et réparations)?
Question 12 : Globalement, dans quelle mesure avez-vous confiance que vous serez capable de payer les coûts des travaux d'adaptation de votre domicile à mesure que vous vieillirez (p. ex. installation de rampes, de barres d'appui, de toilettes adaptées aux personnes à mobilité réduite, de technologies intelligentes)?
Question 13 : Globalement, dans quelle mesure vous sentez-vous en sécurité (physique et mentale) dans votre domicile actuel?
Section 2 : Santé et soins
Question 14 : Globalement, comment décririez-vous votre état de santé physique actuel?
Question 15 : Globalement, comment décririez-vous votre état de santé mentale actuel?
Question 16 : Avez-vous une incapacité?
Question 17 : Votre incapacité pourrait-elle vous empêcher de rester chez vous au fur et à mesure que vous vieillirez?
Question 18 : Si vous aviez besoin d'aide pour accomplir vos tâches quotidiennes, y a-t-il des personnes dans votre entourage qui pourraient vous aider (p. ex. épouse ou époux, conjointe ou conjoint, partenaire, ami ou amie ou personne de la communauté)?
Question 19 : Lesquelles des personnes suivantes pourraient vous aider? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 20 : Fournissez-vous actuellement des soins à une personne de votre entourage (p. ex. en l'aidant à accomplir des tâches quotidiennes ou à se déplacer ou en lui donnant des soins personnels)?
Question 21 : À qui fournissez-vous des soins? Si vous prenez soin de plus d'une personne, sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 22 : Fournissez-vous des soins à une ou plusieurs personnes de la communauté 2ELGBTQI+?
Section 3 : Services et soutien
Question 23 : Recevez-vous actuellement des services et du soutien qui vous permettent de rester chez vous au fur et à mesure que vous vieillissez, p. ex. des soins infirmiers à domicile, des soins personnels, des services de livraison d'épicerie ou de repas ou des services de transport?
Question 24 : Parmi les services et types de soutien suivants, lesquels recevez-vous? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 25 : Est-ce qu'une personne de votre entourage (p. ex. épouse ou époux, conjointe ou conjoint, partenaire, enfant, amie ou ami ou membre de la communauté) vous fournit gratuitement l'un ou l'autre de ces services et types de soutien?
Question 26 : En moyenne, combien dépensez-vous par mois pour ces services et ce soutien?
Question 27 : Globalement, dans quelle mesure avez-vous confiance que vous pourrez accéder à des services et à du soutien qui seront suffisants pour répondre à vos besoins au fur et à mesure que vous vieillirez?
Question 28 : Globalement, dans quelle mesure avez-vous confiance que vous serez capable de payer les coûts des services et du soutien dont vous avez ou pourriez avoir besoin pour rester à votre domicile au fur et à mesure que vous vieillirez?
Question 29 : Auxquels des facteurs suivants accordez-vous le plus d'importance lorsque vous accédez à des services et à du soutien? Sélectionnez jusqu'à cinq facteurs.
Question 30 : Lesquels des outils, appareils ou systèmes technologiques suivants utilisez-vous ou avez-vous l'intention d'utiliser pour pouvoir rester chez vous le plus longtemps possible au fur et à mesure que vous vieillirez? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 31 : Comment les fournisseurs de services peuvent-ils mieux soutenir les personnes âgées 2ELGBTQI+ et être plus inclusifs à leur égard? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 32 : Avez-vous parfois le sentiment que vous devez cacher votre orientation sexuelle à vos fournisseurs de services et de soutien?
Question 33 : Avez-vous parfois le sentiment que vous devez cacher votre identité ou expression de genre à vos fournisseurs de services et de soutien?
Question 34 : Un fournisseur de services ou de soutien vous a-t-il déjà maltraité ou maltraitée (p. ex. violence ou négligence physique ou psychologique ou exploitation financière)?
Section 4 : Réseaux sociaux
Question 35 : Quelles sont vos conditions de logement actuelles? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 36 : À quel genre d'activités et groupes sociaux préférez-vous participer? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 37 : Au cours de la dernière année, à quelle fréquence avez-vous socialisé avec des personnes qui n'habitent pas avec vous?
Question 38 : Globalement, dans quelle mesure êtes-vous satisfaite ou satisfait de vos interactions sociales (p. ex. leur qualité ou leur fréquence)?
Question 39 : Dans quelle mesure avez-vous confiance que vous recevrez le soutien social dont vous aurez besoin au fur et à mesure que vous vieillirez?
Question 40 : Avez-vous déjà subi de la discrimination pour les raisons suivantes? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Section 5 : Finances et services juridiques
Question 41 : Comment décririez-vous la capacité de votre ménage à payer les dépenses de base (p. ex. logement, factures de services publics, aliments, transport)?
Question 42 : Au cours des 12 derniers mois, lesquelles des dépenses suivantes avez-vous eu de la difficulté à payer? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 43 : Avez-vous un plan financier pour faire face aux coûts associés au vieillissement chez vous (p. ex. coût des services et du soutien, coût des modifications au logement)?
Question 44 : Bénéficiez-vous d'une assurance-maladie ou d'une assurance-médicaments (offerte par un employeur ou une entreprise privée) qui vous aide à payer vos frais médicaux ou vos médicaments?
Question 45 : Lesquelles des dispositions suivantes avez-vous prises? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 46 : Si vous ne pouviez plus prendre de décisions juridiques, financières et relatives à la santé, avez-vous une personne de confiance qui prendrait ces décisions pour vous?
Question 47 : Dans quelle mesure avez-vous confiance que cette personne respectera vos souhaits?
Question 48 : Parmi les crédits d'impôt fédéraux suivants, lesquels avez-vous utilisés? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 49 : Avez-vous déjà utilisé des crédits d'impôt provinciaux qui visaient à vous aider à rester chez vous?
Question 50 : Avez-vous déjà utilisé des crédits d'impôt municipaux qui visaient à vous aider à rester chez vous?
Section 6 : Questions sociodémographiques
Question 51 : Quel est votre groupe d'âge?
Question 52 : Quels sont les trois premiers caractères de votre code postal?
Question 53 : Quel est votre genre?
Question 54 : Quelle était la classification de votre sexe à la naissance?
Question 55 : Quelle est votre orientation sexuelle?
Question 56 : À la naissance, aviez-vous une variation des caractéristiques sexuelles (aussi appelée variation intersexe)?
Question 57 : Quel est le niveau de scolarité le plus élevé que vous avez atteint?
Question 58 : Quelle langue parlez-vous le plus souvent à la maison? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question 59 : Quel est votre état matrimonial?
Question 60 : Lequel des énoncés suivants décrit le mieux votre revenu individuel total de l'an dernier, avant impôts, provenant de toutes sources?
Question 61 : Lequel des énoncés suivants décrit le mieux le revenu total de votre ménage de l'an dernier, avant impôts, provenant de toutes sources, pour tous les membres du ménage?
Question 62 : Quelle est votre situation d'emploi actuelle?
Question 63 : Êtes-vous une personne née au Canada?
Question 64 : En quelle année avez-vous immigré au Canada pour la première fois?
Question 65 : Quel est votre statut d'immigration actuel au Canada?
Question 66 : Êtes-vous membre des Premières Nations ou de la Nation métisse, ou êtes-vous Inuit ou Inuite? Remarque : Les membres des Premières Nations (Indiennes et Indiens de l'Amérique du Nord) comprennent les Indiennes et Indiens inscrits et non inscrits.
Question 67 : Si la réponse est oui, sélectionnez toutes les réponses pertinentes (Premières Nations, Métis, Inuits).
Question 68 : Êtes-vous une personne bispirituelle?
Question 69 : Quelle est votre origine ethnique? Sélectionnez toutes les réponses pertinentes.
Question ouverte
Question 70 : Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez que le gouvernement du Canada sache pour mieux comprendre les besoins des personnes âgées 2ELGBTQI+ et les manières de les aider à vieillir chez elles en toute sécurité et dans le confort? Si la réponse est non, veuillez laisser le champ vide.
Annexe B : Thèmes des entretiens
Des entretiens semi-structurés approfondis ont été menés en ligne sur Microsoft Teams ou en personne. Les entretiens ont duré jusqu'à 2 heures et ont été enregistrés sur support vidéo ou audio à des fins d'analyse. Le guide d'entretien comptait 42 questions et portait sur les thèmes suivants :
- Apprendre à connaître le participant
- Maison et quartier
- Vieillir chez soi
- Services et soutien à domicile
- Santé et soins médicaux
- Situation financière
- Dernières questions : réflexion et conseils
Références
Burczycka, M. (2021), Expériences de comportements sexualisés inappropriés, d'agressions sexuelles et de discrimination fondée sur le genre vécues par les travailleurs dans les provinces canadiennes, 2020, Juristat, Statistique Canada, catalogue no 85-002-X202100100015.
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Egale. (2023), Bien vieillir et bien vivre pour les aîné.es LGBTQI au Canada : conclusions de l'enquête nationale, https://egale.ca/fr/awareness/bvbv/.
Egale. (2024), Travailler pour le changement : comprendre les expériences en matière d'emploi des personnes 2Spirit, trans et non binaires au Canada, https://egale.ca/fr/awareness/tpc/.
Emploi et Développement social Canada. (2018), Isolement social des aînés - Supplément à la trousse sur l'isolement social et l'innovation sociale : un regard sur les aînés LGBTQ au Canada, https://www.canada.ca/fr/emploi-developpement-social/ministere/forum-federal-provincial-territorial-aines/isolement-social-lgbtq.html.
Femmes et Égalité des genres Canada. (2024), Faits, statistiques et impact : Communautés 2ELGBTQI, https://www.canada.ca/fr/femmes-egalite-genres/sois-toi-meme/action-federale-communautes-2elgbtqi/faits-statistiques.html.
Jakobi, J. (2022), Aging in place survey and focus group summary report, https://aginginplace.ok.ubc.ca/wp-content/uploads/Aging-in-Place-reflections-from-Canadians.-STAKEHOLDERREPORT_final.pdf.
National Institute on Ageing. (2023), Perspectives on growing older in Canada: The 2023 NIA ageing in Canada survey, https://www.niageing.ca/2023-annual-survey.
Norme sur la protection des personnes vulnérables. (2020), L'absence de considération des personnes handicapées aux prises avec des souffrances d'origine systémique : Les lacunes relevées dans le système de surveillance de l'aide médicale à mourir Mémoire au Comité sénatorial permanent des affaires juridiques et constitutionnelles ̶ Étude préalable du projet de loi C-7, https://sencanada.ca/Content/Sen/Committee/432/LCJC/briefs/VulnerablePersonsStandard_f.pdf.
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Service canadien du renseignement de sécurité. (2023), Axé sur la mission : Faire face au contexte de la menace, https://www.canada.ca/fr/service-renseignement-securite/organisation/publications/rapport-public-du-scrs-2023/axe-sur-la-mission.html#toc24.
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