L’ampleur et la nature de l’itinérance chez les vétérans au Canada

Aaron Segaert
Alana Bauer
Direction des partenariats de développement communautaire et de lutte contre l’itinérance
Emploi et Développement social Canada
Mars 2015

L’itinérance chez les vétérans au Canada

En un coup d’œil

  • Première étude d’envergure nationale portant sur l’itinérance chez les vétérans
  • Utilise les données du Système d'information sur les personnes et les familles sans abri (SISA) collectées auprès de 60 refuges d’urgence à la grandeur du Canada entre le 1er janvier et le 31 décembre 2014
  • On estime que 2 250 vétérans ont recours à des refuges pour sans-abri chaque année au Canada
  • Annuellement, environ 2,7 % des utilisateurs de refuges se sont identifiés comme des vétérans
  • Le taux d’itinérance épisodique est plus élevé chez les sans-abri vétérans, comparativement aux non-vétérans
  • En moyenne, les sans-abri vétérans sont plus âgés que les non-vétérans

Introduction

Comme on le sait, l’itinérance est un problème important chez les vétérans, surtout aux États-Unis. D’après le 2014 Annual Homelessness Assessment Report  (AHAR) présenté au Congrès des États-Unis, les vétérans représentent 11,3 % des sans-abri adultes aux États-Unis, mais leur nombre a diminué de 33 % depuis 2009 (AHAR, 2014). Le contexte canadien est différent de celui des États-Unis et il ressemble peut-être davantage à celui du Royaume-Uni ou de l’Australie. Au Royaume-Uni, les vétérans représentent environ 6 % de la population itinérante. En Australie, il y a environ 3 000 sans-abri vétérans, soit environ 3 % de la population itinérante (Ray & Forchuk, 2011).

La présente étude utilise des données collectées par des refuges d’urgence au moyen du Système d'information sur les personnes et les familles sans abri (SISA) pour fournir des renseignements sur l’itinérance chez les vétérans au Canada. Les données disponibles permettent de cerner les caractéristiques démographiques des sans-abri vétérans, de comparer ces derniers avec les autres sans-abri et d’établir une estimation de base de la proportion de la population itinérante dans les refuges au Canada qui est composée de vétérans.

Selon Anciens Combattants Canada (ACC), il y a environ 697 400 vétérans au Canada (Anciens Combattants Canada, 2014). Parmi les vétérans des Forces armées canadiennes (FAC) âgés de 20 à 84 ans vivant au Canada, la majorité (87 %) sont des hommes, tandis qu’ils comptent pour environ 4 % de la population masculine du Canada (MacLean et al., 2013). On en sait peu sur l’itinérance chez les vétérans au Canada, mais on craint que ces derniers soient surreprésentés au sein de la population itinérante. Dans le cadre d’un dénombrement ponctuel réalisé en 2014 dans la région métropolitaine de Vancouver, une question portait sur le service militaire et 7 % des répondants ont dit avoir servi dans les Forces canadiennes (Greater Vancouver Regional Steering Committee on Homelessness, 2014). Un autre dénombrement récent de l’itinérance dans la région de Waterloo a révélé que 5 % des répondants ont déclaré avoir servi dans les forces armées (région de Waterloo, 2014). De même, un dénombrement ponctuel coordonné réalisé dans sept villes de l’Alberta (Calgary, Edmonton, Red Deer, Grande Prairie, Medicine Hat, Wood Buffalo et Lethbridge) a révélé que 6 % des répondants ont dit être des ex-militaires (Turner, 2015), tandis que cette proportion était de 7 % selon le dénombrement réalisé à Toronto en 2013, intitulé Street Needs Assessment (Ville de Toronto, 2013). Les données de base du projet At Home/Chez Soi font état d’un taux de 4,3 % des participants s’identifiant comme des vétérans (Bourque, 2014). Le nombre de vétérans considérés comme des sans-abri dans la base de données électronique d’ACC, le Réseau de prestation de services aux clients (RPSC), a augmenté au cours des dernières années, de 131 en 2011 à 500 en 2015 (Anciens Combattants Canada, 2015).

En ce qui concerne les caractéristiques des sans-abri vétérans, Forchuk et Richardson (2014) ont suivi un groupe de 78 vétérans ayant vécu l’itinérance à London, Toronto, Victoria et Calgary et elles ont constaté que les participants étaient dans une très grande majorité des hommes (92,1 %) d’un âge moyen de 52,8 ans. C’est beaucoup plus que ce qu’a constaté l’Étude nationale sur les refuges (Segaert, 2012), qui fait état d’un âge moyen chez les utilisateurs adultes de refuges de 37 ans. Un long intervalle entre le départ des forces armées et le début de l’itinérance a été constaté chez les participants. En moyenne, les participants étaient sans abri depuis environ huit ans et ils avaient quitté les forces armées depuis 28,4 ans. L’alcoolisme, la toxicomanie et les troubles mentaux étaient cités parmi les principaux facteurs de leur itinérance. Le projet At Home/Chez Soi a constaté que les vétérans et les autres sans-abri avaient des problèmes similaires de toxicomanie et de santé mentale (Bourque, 2014).

Méthodes

Les données utilisées aux fins de la présente étude proviennent d’une base de données nationale renfermant des renseignements anonymes sur l’utilisation de refuges pour sans-abri collectés au moyen du SISA. Le SISA est un logiciel créé par le gouvernement du Canada que les refuges pour sans-abri utilisent pour enregistrer l’entrée et la sortie de clients du refuge. Un bassin plus large de fournisseurs de services l’utilise à des fins de gestion plus détaillée des cas et de placement en logement. Les refuges qui utilisent le SISA sont désormais tenus de saisir le statut de vétéran, entre autres caractéristiques de base, pour les clients qui utilisent leurs services. Le logiciel fournit les options « Vétéran », « Non-vétéran » ou « Inconnu ». Les refuges ont reçu la consigne d’encourager leur personnel à classer quiconque a fait partie des Forces armées comme un vétéran, peu importe son statut de vétéran officiel, puisque celui-ci peut parfois être difficile à établir. La collecte du statut de vétéran est un ajout récent au SISA puisque cette fonctionnalité n’a été intégralement mise en œuvre qu’au cours de la dernière année. En conséquence, l’information relative au statut de vétéran n’est pas disponible pour de nombreux cas avant 2014, tandis que seul un nombre relativement petit de cas en 2014 ne fournit pas cette information. La présente étude se concentrera donc sur la période s’étendant du 1er janvier au 31 décembre 2014 et ne permet pas encore de se prononcer sur des tendances en matière d’itinérance chez les sans-abri vétérans.

Aux fins de l’étude, nous avons retenu les 60 refuges d’urgence qui détenaient les données du SISA les plus complètes sur le statut de vétéran pour la période de référence d’un an. Les refuges sélectionnés sont répartis à la grandeur du pays, y compris dans le Grand-Nord, et dans des collectivités allant de petites municipalités à grandes villes. L’échantillon de 60 refuges et 2 254 lits représente 15 % des refuges d’urgence au Canada et 15 % des lits disponibles. Dans le souci d’assurer la représentativité des résultats selon l’âge et le sexe, nous avons fait en sorte que le nombre de lits destinés aux familles, aux jeunes, aux hommes, aux femmes et à la population mixte générale dans les refuges inclus dans l’échantillon soit proportionnel à celui de l’ensemble du réseau de refuges au Canada. En 2014, 16 096 personnes ont utilisé ces refuges (veuillez vous reporter à l’annexe A pour consulter un sommaire de l’échantillon).

Les caractéristiques démographiques de l’échantillon sont très proches des résultats de l’étude dont nous avons parlé, l’Étude nationale sur les refuges (Segaert, 2012), et d’autres études connues sur la population itinérante, soit 73,8 % d’hommes, 26 % de femmes et 0,2 % de la catégorie « Autres ». Quant aux tranches d’âge, 3,1 % des clients sont des enfants de moins de 16 ans, 21,9 % sont des jeunes âgés de 16 à 24 ans, 71,8 % sont des adultes âgés de 25 à 64 ans et 3,2 % sont des personnes âgées de plus de 65 ans. Comparativement à l’Étude nationale sur les refuges, qui était fondée sur des données de 2005 à 2009, il y a légèrement plus de personnes âgées et légèrement moins d’enfants dans les refuges, comme cela était à prévoir compte tenu des tendances démographiques les plus récentes.

Résultats

Dans l’échantillon, 2,1 % des utilisateurs de refuges sont classés comme des « vétérans » et 74,7 % comme des « non-vétérans », et le statut était « inconnu » pour 12,2 % et manquant pour 11,1 % des utilisateurs (tableau 2). Vu l’importante quantité de données inconnues ou manquantes, l’estimation du nombre total de vétérans utilisant des refuges annuellement au Canada devrait être interprétée avec prudence. En chiffres absolus, 338 personnes ont été identifiées comme des vétérans. Une extrapolation de cet échantillon de 15 % des refuges à l’ensemble des refuges suggère que 2 250 vétérans pourraient utiliser annuellement des refuges d’urgence pour sans-abri au Canada.

Tableau 2 : Ventilation brute des sans-abri selon le statut de vétéran (SISA 2014)
N %
Vétéran 338 2,1 %
Non-vétéran 12 017 74,7 %
Inconnu 1 956 12,2 %
Données manquantes 1 785 11,1 %
Total 16 096 100 %

Si nous limitons l’échantillon aux cas pour lesquels il y a des données valides (c.-à-d. si nous excluons les données manquantes et inconnues), 2,7 % des utilisateurs de refuges ont été identifiés comme des vétérans (proportion légèrement plus élevée). C’est nettement plus faible que les proportions de 5 à 7 % révélées dans les dénombrements ponctuels réalisés récemment dans plusieurs collectivités canadiennes.

Le pourcentage de vétérans selon le SISA était relativement stable dans les nombreux refuges et dans les nombreuses collectivités. Sur le plan de la fiabilité, il n’y avait pas de différence significative du pourcentage des vétérans identifiés dans les refuges détenant des données complètes ou presque complètes sur le statut de vétéran comparativement aux refuges pour lesquels le nombre de cas au statut inconnu ou manquant était plus élevé. Cela semble indiquer que ces derniers cas ne comportent pas forcément une plus forte proportion de vétérans que les cas pour lesquels il y a des données valides. Une certaine variation du pourcentage des vétérans dans les différentes collectivités a été constatée (voir le tableau 3), mais sans jamais dépasser les proportions de 5 à 7 % révélées dans les dénombrements ponctuels. Ce tableau ne renferme que les villes pour lesquelles des données du SISA représentatives et assez complètes étaient disponibles. Les proportions les plus élevées ont été observées à Thompson, au Manitoba, et à Thunder Bay, soit 4,8 % et 4,7 % respectivement, tandis que la région de Waterloo et Windsor affichait la proportion la plus faible, soit 0,5 %.

La région de Waterloo et la région métropolitaine de Vancouver sont les deux seules collectivités qui ont réalisé des dénombrements récents des sans-abri et dont les données du SISA étaient suffisantes pour établir des comparaisons. En particulier, les données du SISA pour Waterloo révèlent une proportion beaucoup plus faible d’itinérance chez les vétérans que le dénombrement ponctuel (0,5 % contre 5 %). Dans le dénombrement ponctuel réalisé à Vancouver, 6 % des utilisateurs de refuges ont dit avoir servi dans les forces armées, contre 2,4 % selon les données du SISA.

Tableau 3 : Pourcentage de vétérans parmi les utilisateurs de refuges
Collectivité désignée aux fins de la Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI) %
Thompson 4,8%
Thunder Bay 4,7%
Winnipeg 3,6%
Victoria 3,5%
Halifax 3,3%
Regina 3,0%
Région de Peel 2,4%
Vancouver 2,4%
Yellowknife 1,4%
Région de York 1,1%
Région de Waterloo 0,5%
Windsor 0,5%
Wellington-Guelph 0,2%

Malgré le nombre de cas pour lesquels les données sont inconnues ou manquantes, cet échantillon fournit une excellente occasion d’examiner les caractéristiques des sans-abri vétérans par rapport aux autres sans-abri. Aux fins de l’analyse ci-dessous, nous avons exclu les clients pour lesquels le statut de vétéran était manquant ou inconnu, ce qui laisse un échantillon volumineux et représentatif de 12 345 clients avec une réponse valide concernant le statut de vétéran.

Caractéristiques démographiques

Chez les utilisateurs de refuges âgés de 16 ans et plus, les vétérans étaient en moyenne plus âgés (41,6 ans) que les non-vétérans (37 ans). La proportion de personnes âgées était beaucoup plus élevée chez les vétérans (9,5 %) que chez les non-vétérans (3 %), tandis que la proportion de jeunes était beaucoup plus faible chez les vétérans (18,6 %) que chez les non-vétérans (25,4 %, voir le tableau 4). Même si la population de vétérans canadiens est en très grande majorité masculine, il n’y avait pas de différence dans la ventilation des vétérans et des non-vétérans selon le sexe chez les utilisateurs de refuges âgés de plus de 15 ans (voir le tableau 4).

Tableau 4 : Comparaison des tranches d’âge et du sexe pour les vétérans et les non-vétérans
Tranche d’âge De 16 à 24 ans De 25 à 64 ans 65 ans et plus
Vétérans 18,6 % 71,9 % 9,5 %
Non-vétérans 25,4 % 71,6 % 3,0 %
Sexe Hommes Femmes Autres
Vétérans 71,8 % 28,2 % 0,0 %
Non-vétérans 73,0 % 26,7 % 0,2 %

Si nous examinons de plus près les caractéristiques démographiques des vétéranes, nous constatons que 34,7 % ont moins de 25 ans (voir le tableau 5). La moitié des vétérans de moins de 25 ans sont des femmes, tandis que c’est le cas de moins du quart des vétérans de 25 ans ou plus. Le nombre total de jeunes vétéranes étant relativement petit (33 cas seulement), nous devons interpréter cette constatation avec prudence. Cependant, la fiabilité de ce résultat réside dans le fait qu’on trouve des jeunes vétéranes dans onze villes réparties dans cinq provinces.

Tableau 5 : Tableau croisé des tranches d’âge et du sexe pour les vétérans
Jeunes
(de 16 à 24 ans)
Adultes
(de 25 à 64 ans)
Personnes âgées
(65 ans et plus)
Total
Hommes
- Dénombrement 30 186 26 242
- Pourcentage dans la tranche d’âge 47,6 % 76,9 % 81,3 % 71,8 %
- Répartition entre les tranches d’âge 12,4 % 76,9 % 10,7 % 100 %
Femmes
- Dénombrement 33 56 6 95
- Pourcentage dans la tranche d’âge 52,4 % 23,1 % 18,8 % 28,2 %
- Répartition entre les tranches d’âge 34,7 % 58,9 % 6,3 % 100 %
Total
- Dénombrement 63 242 32 337
- Pourcentage dans la tranche d’âge 100 % 100 % 100 % 100 %
- Répartition entre les tranches d’âge 18,7 % 71,8 % 9,5 % 100 %

Itinérance chronique et épisodique

Les clients ayant trois épisodes ou plus d’itinérance dans la même année sont considérés comme des sans-abri épisodiques. Les clients qui passent 180 nuits ou plus dans un refuge sont considérés comme des sans-abri chroniques. Dans la grande majorité des cas, les séjours multiples en refuge d’une même personne surviennent tous dans la même collectivité. Bien que l’échantillon ne comprenne que 15 % des refuges, les historiques des séjours sont fondés sur des données relativement complètes pour plusieurs villes. Toutefois, des historiques des séjours incomplets peuvent engendrer une sous-estimation de l’itinérance chronique et épisodique.

La plupart des clients (73,2 %) n’ont eu qu’un seul épisode d’itinérance durant la période de référence, ce qui concorde avec la documentation attestée sur les tendances relatives à l’utilisation de refuges pour sans-abri (Aubry, Farrell, Hwang et Calhoun, 2013; Kuhn et Culhane, 1998). Parmi les clients ayant eu un ou deux épisodes d’itinérance, 1,9 % étaient des vétérans, tandis que 3,9 % des sans-abri épisodiques étaient des vétérans.

Tableau 6 : Taux d’itinérance chronique et épisodique
Chronique Épisodique
Vétérans 0,6 % 15,7 %
Non-vétérans 0,7 % 8,6 %

Le taux d’itinérance chronique chez les vétérans ressemble à celui des non-vétérans, alors que les deux se situent à moins de 1 % (voir tableau 6). Il s’agit d’un taux très faible, mais pas inhabituel pour de nombreuses collectivités, qui pourrait être partiellement expliqué par un historique de logement incomplet. On a constaté un taux d’itinérance épisodique beaucoup plus élevé chez les vétérans par rapport aux non-vétérans. Parmi les non-vétérans, le taux d’itinérance épisodique s’élève à 8,6 %, soit un taux d’itinérance épisodique ordinaire dans la plupart des collectivités. Le taux d’itinérance épisodique s’élève à 15,7 % chez les vétérans, ce qui est presque le double de celui des non-vétérans.

Un examen plus approfondi des caractéristiques démographiques des vétérans ayant connu des épisodes d’itinérance montre que 69,2 % d’entre eux étaient des hommes et 30,8 % des femmes, soit des taux qui ressemblent à la population de l’ensemble des vétérans. L’âge moyen des vétérans vivant des épisodes d’itinérance est de 40,2 ans et ne diffère pas considérablement de la moyenne de 41,6 ans pour l’ensemble des vétérans. Cependant, si l’on compare les taux d’itinérance épisodiques entre les vétérans et les non-vétérans (tableau 7) pour chaque sexe et chaque groupe d’âge, on constate que le taux d’itinérance épisodique est particulièrement élevé parmi les vétéranes, à 16,8 %, comparativement à seulement 6 % chez les femmes dans l’ensemble. Parmi les catégories d’âge, le taux d’itinérance épisodique des vétérans jeunes et âgés est similaire à celui des non-vétérans, mais il est beaucoup plus élevé chez les vétérans âgés de 25 à 54 ans que chez les non-vétérans dans ce groupe d’âge.

Tableau 7 : Taux d’itinérance épisodique par sexe et par groupe d’âge
Vétérans Non-vétérans
Hommes 14,9 % 9,5 %
Femmes 16,8 % 6,0 %
Jeunes 10,9 % 8,3 %
Adultes 18,2 % 9,1 %
Personnes âgées 6,3 % 6,2 %

En regardant d’autres variables liées au séjour, la durée moyenne des séjours dans les refuges était pratiquement la même pour les vétérans et les non-vétérans, et se situe à 19,5 et 20,6 nuits respectivement. La distribution des séjours courts, moyens et longs était également presque identique, où les vétérans sont un peu plus susceptibles de compter plus de séjours courts.

Enfin, le SISA consigne le motif du service pour chaque séjour en refuge. Le tableau 8 illustre les dix principaux motifs de séjour pour les vétérans et les non-vétérans. Les listes se ressemblent grandement.

Tableau 8 : Dix principaux motifs de service
Motif du service (vétérans) Pourcentage des séjours Motif du service (non-vétérans) Pourcentage des séjours
Manque de logement 17,0 % Manque de logement 17,8 %
Éclatement de la famille ou d’une relation 10,0 % Éclatement de la famille ou d’une relation 13,5 %
Mode de vie transitoire 9,6 % Mode de vie transitoire 7,9 %
Crise financière 7,4 % Expulsion par le propriétaire 6,8 %
Expulsion par le propriétaire 5,8 % Crise financière 4,8 %
Libération d’un établissement correctionnel/d’une prison 5,1 % Libération d’un établissement correctionnel/d’une prison 4,7 %
Nouvellement arrivé dans une région 2,1 % Nouvellement arrivé dans une région 3,4 %
Immobilisé dans la région 1,9 % Expulsion par une personne autre que le propriétaire 2,8 %
Expulsion par une personne autre que le propriétaire 1,7 % Logement non sécuritaire 2,5 %
Logement non sécuritaire 1,7 % Immobilisé dans la région 2,0 %

Analyse

Dans la présente étude, la proportion des utilisateurs de refuges qui sont des vétérans est sensiblement inférieure à ce qui a été constaté lors des récents dénombrements ponctuels à Toronto, à Vancouver, à Waterloo et dans sept villes de l’Alberta. Plusieurs raisons pourraient expliquer les différences. Par exemple les méthodes utilisées, à savoir un dénombrement ponctuel par rapport aux données annuelles des refuges. Les différences pourraient être attribuables à un dénombrement incomplet des vétérans dans les données du SISA, compte tenu du taux élevé de données incomplètes et inconnues. Il se pourrait également qu’on surestime le statut de vétérans durant les dénombrements ponctuels.

Durant les dénombrements ponctuels, on compte la population d’itinérants un jour donné et on inclut à la fois les itinérants en refuge et hors des refuges. Les dénombrements ponctuels sont donc utiles pour compter les personnes qui n’utilisent pas les services de refuge. Par exemple, un dénombrement ponctuel effectué dans le Grand Vancouver a fait état de 2 777 itinérants, ce qui est inférieur à 20 % du nombre d’utilisateurs uniques de refuges au cours d’une année à Vancouver. Par conséquent, les dénombrements ponctuels auront tendance à inclure une proportion plus élevée d’itinérants chroniques, car ils sont plus susceptibles d’être sans abri à ce moment précis.

À l’inverse, les dénombrements utilisant les données annuelles des refuges incluent une plus grande part d’itinérants temporaires. Les dénombrements annuels dans les refuges, comme la présente étude, comptent uniquement les personnes qui ont recours aux refuges, mais, en raison de la période prolongée de l’étude, incluent une part beaucoup plus importante de la population des itinérants. Les recherches aux États-Unis et au Canada montrent clairement que la majorité des itinérants qui utilisent les refuges traversent un seul épisode d’itinérance de courte durée (Aubry, Farrell, Hwang et Calhoun, 2013; Kuhn et Culhane, 1998). Dans la présente étude, les trois quarts des clients comptent un seul séjour en refuge. Le taux d’itinérance chez les vétérans est faible parmi ces itinérants temporaires et contribue à une proportion plus faible de vétérans figurant dans les données annuelles des refuges par rapport aux dénombrements ponctuels.

Concernant les itinérants ayant séjourné ou non dans un refuge, il y a quelques considérations importantes qui peuvent avoir un effet sur le nombre de vétérans dénombrés selon les différentes méthodes. Il est bien connu qu’il existe des itinérants qui préfèrent éviter les refuges, mais on estime qu’un petit nombre d’entre eux ne se présentent pas dans un refuge au moins une fois au cours d’une année. En outre, nombre de villes ont déployé des efforts concertés afin de réduire l’itinérance de rue, ce qui augmente la probabilité que les itinérants se présentent dans un refuge au moins une fois au cours d’une année. En ce qui a trait aux vétérans, certaines données laissent présager qu’ils seraient plus susceptibles que d’autres de dormir dehors. Par exemple, le dénombrement de Toronto a révélé une proportion plus élevée de vétérans parmi les itinérants hors des refuges (11 %) par rapport à ceux dans les refuges (7 %). Les chiffres correspondants pour Vancouver sont de 7 % et 6 % respectivement.

Par conséquent, le taux d’itinérance plus élevé chez les vétérans dans le dénombrement ponctuel pourrait suggérer que les vétérans sont plus susceptibles de se trouver à l’extérieur des refuges. Cette conclusion est conforme avec les données du SISA qui montrent un taux d’itinérance épisodique plus élevé chez les vétérans.

Conclusion

Les caractéristiques démographiques et les tendances relatives aux séjours des vétérans dans les refuges correspondent généralement aux attentes fondées sur la recherche existante. La plupart des itinérants vétérans étaient des hommes adultes et, dans l’ensemble, ont tendance à être plus âgés que les itinérants non-vétérans. Les vétérans étaient trois fois plus susceptibles d’être âgés de plus de 65 ans que les non-vétérans. La proportion des vétéranes utilisant les refuges diminue dans les groupes d’âge supérieurs, comme c’est le cas pour les autres Canadiennes (Segaert, 2012).

Une conclusion importante de cette étude est qu’il y a un taux élevé d’itinérance épisodique chez les vétérans. Cette dernière est conforme au dénombrement ponctuel qui suggère qu’il y aurait davantage de vétérans qui dorment à l’extérieur. Fait intéressant, il y a un taux particulièrement élevé d’itinérance épisodique parmi les vétéranes. Encore une fois, les nombres étant très petits, les pourcentages peuvent fluctuer facilement, mais la conclusion soulève des questions importantes et ouvre la voie à de nouvelles pistes de recherche potentielles.

Les résultats montrent qu’environ 2,7 % des utilisateurs de refuges sont des vétérans. Cette proportion est inférieure aux résultats des dénombrements ponctuels. À titre d’estimation de base, 2 250 vétérans utilisent des refuges d’urgence pour itinérants chaque année au Canada. Ce nombre pourrait être sous-estimé en raison de données manquantes ou inconnues dans la base de données du SISA, mais les refuges ayant beaucoup de données manquantes ont eu des pourcentages similaires à ceux ayant très peu de données manquantes. La forte fiabilité du statut de vétéran dans les données de SISA entre les refuges signifie qu’il doit être considéré comme une estimation de base solide du nombre de vétérans itinérants. En outre, la base de données du SISA a permis de dégager d’importantes informations sur les caractéristiques des vétérans itinérants. La quantité de données inconnues et manquantes devrait diminuer considérablement au fil du temps, et permettre aux analyses futures d’examiner les tendances en matière d’itinérance chez les vétérans au fil du temps.

Annexe A

Sommaire des refuges compris dans l’échantillon par collectivité
Collectivité Provinces Lits Refuges
St. John’s T.-N.-L. 29 3
Halifax N.-É. 100 2
Montréal Québec 169 1
Brantford Ontario 10 1
Région du Grand Toronto Ontario 382 10
Guelph Ontario 48 3
Hamilton Ontario 220 3
Kenora Ontario 25 1
Région de Niagara Ontario 20 1
Ottawa Ontario 163 4
Peterborough Ontario 15 1
Sault Ste. Marie Ontario 10 1
Sudbury Ontario 52 2
Thunder Bay Ontario 59 2
Région de Waterloo Ontario 169 6
Windsor Ontario 67 2
Thompson Manitoba 24 1
Winnipeg Manitoba 198 3
Régina Saskatchewan 153 4
Saskatoon Saskatchewan 8 1
Vancouver C.-B. 166 4
Victoria C.-B. 109 2
Yellowknife T.N.-O. 58 2
Totaux 2 254 60

Références

Aubry, T., Farrell, S., Hwang, S. W., & Calhoun, M. (2013). Identifying the Patterns of Emergency Shelter Stays of Single Individuals in Canadian Cities of Different Sizes. Housing Studies, 28(6), 910-927.

Bourque J., VanTil L., LeBlanc S. R., Kopp B., Daigle S., LeBlanc J., Sareen J., Darte K., Landry L. A., More F. Correlates of Veteran Status in a Canadian Sample of Homeless People with Mental Illness. Revue canadienne de santé mentale communautaire, juillet 2014, volume 1 supplément à At Home/Chez Soi. http://www.cjcmh.com/doi/pdf/10.7870/cjcmh-2014-031.

City of Toronto (2013). Street Needs Assessment Results 2013.

Forchuk, C. & Richardson, J. (2014). National Veterans Project: Addressing Homelessness Among Canadian Forces Veterans.

Greater Vancouver Regional Steering Committee on Homelessness. (2014). Results of the 2014 Homeless Count in the Metro Vancouver Region.

Kuhn, R. & Culhane, D. P. (1998). Applying Cluster Analysis to Test a Typology of Homelessness by Pattern of Shelter Utilization: Results from the Analysis of Administrative Data. American Journal of Community Psychology, 26(2), 207-232.

Maclean, M.B., VanTil, L., Kriger, D., Sweet, J., Poirier, A., & Pedlar, D. (2013). Bien-être des vétérans des Forces canadiennes : Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, 2003.  Charlottetown : Anciens Combattants Canada, Direction de la recherche.

Ray, S.L. &  Forchuk, C. (2011). L'expérience de l'itinérance chez les militaires des Forces canadiennes et les anciens combattants alliés (Rapport de recherche présenté à Ressources humaines et Développement des compétences Canada).

Segaert, A. (2012). Étude nationale sur les refuges 2005-2009 : l'utilisation des refuges d'urgence au Canada.  Ottawa : Secrétariat des partenariats de lutte contre l'itinérance, Ressources humaines et Développement des compétences Canada.

The U.S. Department of Housing and Urban Development. (2014). The 2013 Annual Homeless Assessment Report (AHAR) to Congres - Part 1: Point-in-Time Estimates of Homelessness.

Turner, A. (2015). 2014 Alberta Point-in-Time Homeless Count: Provincial Report. (Préparé pour 7 Cities on Housing & Homelessness).

Region of Waterloo (2014). Waterloo Region Registry Week Community Debrief [diapositives Power Point]. (Cette présentation n'est plus disponible en ligne).

Anciens Combattants Canada (31 décembre 2014). Service Delivery Management Report, Clients with Homeless Indicator Populated by District Offices and Areas.

Anciens combattants Canada, Direction de la statistique (2014). Registre des faits et des chiffres, septembre 2014.

Signaler un problème ou une erreur sur cette page
Veuillez sélectionner toutes les cases qui s'appliquent :

Merci de votre aide!

Vous ne recevrez pas de réponse. Pour toute question, contactez-nous.

Date de modification :