Laimargue atlantique (Somniosus microcephalus) : évaluation et rapport de situation du COSEPAC 2025

Titre officiel : Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur la Laimargue atlantique (Somniosus microcephalus) au Canada

Préoccupante

2025

Dessin au trait d’une laimargue atlantique (Somniosus microcephalus), en vue latérale.
Laimargue atlantique
Information sur le document

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2025. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la laimargue atlantique (Somniosus microcephalus) au Canada, Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, Ottawa, xv + 57 p. (Registre public des espèces en péril).

Note de production :

Le COSEPAC remercie Brynn Devine d’avoir rédigé le rapport de situation sur la laimargue atlantique (Somniosus microcephalus) au Canada, aux termes d’un marché conclu avec Environnement et Changement climatique Canada. La supervision et la révision du rapport ont été assurées par Bruce Leaman, coprésident du Sous‑comité de spécialistes des poissons marins du COSEPAC.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement et Changement climatique Canada
Ottawa ON K1A 0H3

Courriel : cosewic-cosepac@ec.gc.ca

Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC)

Also available in English under the title:
“COSEWIC Assessment and Status Report on the Greenland Shark Somniosus microcephalus in Canada”.

Illustration/photo de la couverture :

Illustration de la laimargue atlantique (Somniosus microcephalus) par Brynn Devine.

© Sa Majesté le Roi du Chef du Canada, 2025.
No de catalogue CW69-14/850-2025F-PDF
ISBN 978-0-660-78453-3

COSEPAC sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – mai 2025

Nom commun : laimargue atlantique

Nom scientifique : Somniosus microcephalus

Statut : Préoccupante

Justification de la désignation : Ce grand requin très mobile est principalement présent dans les eaux septentrionales des océans Atlantique et Arctique. Il est capturé accidentellement dans des activités de pêche au chalut, à la palangre benthique et au filet maillant. On estime qu’au moins 1 700 requins font partie des prises accessoires chaque année au Canada. La croissance remarquablement lente, la maturité tardive (environ 150 ans) et la longévité rendent l’espèce vulnérable à la surpêche. Cette espèce vit dans des régions soumises à des changements climatiques accélérés, ce qui pourrait avoir des répercussions sur sa répartition, sa valeur adaptative et la dynamique de ses populations.

Répartition : Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador, Nunavut, océan Arctique, océan Atlantique

Historique du statut : Espèce désignée « préoccupante » en mai 2025.

COSEPAC résumé

Laimargue atlantique

Somniosus microcephalus

Description et importance de l’espèce sauvage

La laimargue atlantique (Somniosus microcephalus) est un requin de grande taille de la famille des Somniosidae qui vit dans les eaux polaires. Elle se distingue des autres requins par la présence de deux petites nageoires dorsales sans épines, de taille relativement égale, la première nageoire dorsale prenant naissance près du milieu du corps, et par l’absence de nageoire anale. La laimargue atlantique est le plus grand poisson des eaux arctiques, et l’on croit qu’il est l’un des vertébrés les plus longévifs.

Connaissances autochtones

Les connaissances traditionnelles autochtones (CTA) sont fondées sur les relations. Il s’agit de renseignements sur les rapports écologiques entre les humains et leur environnement, ce qui comprend les caractéristiques de l’espèce, des habitats et des localités. Les lois et les protocoles relatifs aux rapports entre les humains et l’environnement sont transmis par des enseignements et des récits ainsi que par les langues autochtones, et peuvent être fondés sur des observations à long terme. Les noms de lieux fournissent des renseignements sur les zones de récolte, les processus écologiques, l’importance spirituelle ou les produits de la récolte. Les CTA peuvent aider à déterminer les caractéristiques du cycle vital d’une espèce ou les différences entre des espèces semblables. Toutes les espèces sont importantes, interreliées et interdépendantes. Les CTA ont été incluses dans les sections pertinentes du rapport.

Répartition

La laimargue atlantique se rencontre principalement dans l’océan Atlantique Nord et dans les eaux arctiques adjacentes. On l’observe dans les eaux profondes du golfe du Mexique et des Caraïbes, puis vers le nord, le long de l’est des États‑Unis, dans tout l’Atlantique canadien et l’est de l’Arctique canadien, et dans toutes les eaux du Groenland et de l’Islande. Plus à l’est, l’espèce se rencontre depuis la France jusqu’au Svalbard, en passant par l’Atlantique Nord‑Est, et à l’extrême-est, sa répartition s’étend jusqu’au nord de la Russie. Au Canada, on note une abondance saisonnière plus élevée de laimargues atlantiques dans les fjords côtiers du Nunavut durant les mois d’été.

Habitat

La laimargue atlantique habite une variété de milieux côtiers et extracôtiers, depuis les fjords côtiers et les eaux estuariennes saumâtres jusqu’aux régions océaniques le long des plateaux et des pentes continentales. L’aire de répartition bathymétrique s’étend des eaux de surface jusqu’à une profondeur d’au moins 2 900 m, mais l’espèce passe beaucoup de temps au large des fonds marins, à des profondeurs mésopélagiques. La laimargue atlantique peut tolérer une large gamme de températures allant de ‑1,8 à 17,2 °C, mais semble préférer les températures plus basses, soit de 0 à 5 °C. Dans l’Arctique canadien, au moins certains requins semblent occuper plus fréquemment les eaux côtières froides pendant les mois d’été et les eaux plus chaudes au large pendant l’hiver et le printemps. Il n’est pas certain qu’il y ait des changements ontogéniques dans l’utilisation de l’habitat, car des requins de toutes tailles ont été observés à la fois sur les côtes et au large dans l’ensemble de l’aire de répartition.

Biologie

Bien que les estimations actuelles de l’âge soient très incertaines, la laimargue atlantique pourrait être l’une des espèces de vertébrés les plus longévives. En effet, selon une étude, la durée de vie du plus grand individu est de 392 ans (± 120 ans selon l’étendue de la plage de probabilité de 95,4 %) et l’âge de la maturité sexuelle serait de 156 ans (± 22 ans selon l’étendue de la plage de probabilité de 95,4 %). Ces estimations doivent encore être validées, car il n’existe actuellement aucune autre méthode viable, et l’incertitude entourant la dynamique du radiocarbone dans l’océan profond avant et après les essais d’armes nucléaires se traduit par une grande incertitude quant aux dates de naissance. Le potentiel de reproduction, la taille de portée, la période de gestation et la durée du cycle de reproduction sont incertains, tout comme les sites d’accouplement et les aires de mise bas. La longueur totale du corps à maturité (LL50) est estimée à 284 ± 6 cm pour les mâles, et à 419 ± 4 cm, pour les femelles. La durée d’une génération est, selon les estimations, de 63 à plus de 200 ans, probablement de 150 à 200 ans si l’on se fie aux estimations actuelles de l’âge à maturité et de la longévité, avec des taux de croissance intrinsèques maximaux de la population variant entre 0,024 et 0,064, et une valeur médiane de 0,032.

Taille et tendances des populations

Il n’existe actuellement aucune estimation de la taille de la population de laimargues atlantiques dans les eaux canadiennes. Une tentative récente d’estimation de l’abondance mondiale basée sur des modèles de reconstruction de la population à partir des données antérieures sur les débarquements et des données actuelles sur les captures et des estimations des prises accessoires laisse croire à un déclin potentiel au cours des trois dernières générations. Toutefois, les déclins estimés varient considérablement, de 1 à 100 %, à cause de la grande incertitude des paramètres du cycle vital (par exemple âge, fécondité, taux de gestation) et des estimations de la mortalité, ce qui entraîne d’importants doutes dans les calculs de la durée d’une génération et des taux de croissance de la population. Par conséquent, la taille de la population et les tendances en matière d’abondance sont considérées comme inconnues.

Menaces

Les activités anthropiques constituent la plus grande menace pesant sur la laimargue atlantique. L’espèce est signalée comme prise accessoire dans une grande variété de pêches démersales au chalut, à la palangre et au filet maillant dans toute son aire de répartition, avec des estimations mondiales d’au moins 3 500 requins pêchés chaque année. L’espèce est également la cible de pêches artisanales à petite échelle en Islande et au Groenland. Les prises accessoires dans les pêches canadiennes sont estimées à de 1 688 à 2 208 requins par année. Les valeurs extrêmes des caractéristiques du cycle vital de l’espèce, notamment sa croissance remarquablement lente, sa maturité tardive et sa longévité, la rendent particulièrement vulnérable à la surpêche. La laimargue atlantique habite principalement des régions qui subissent les effets des changements climatiques à un rythme accéléré (deux à quatre fois plus rapide dans l’Arctique par rapport à la moyenne mondiale). L’espèce peut donc subir des changements dans son habitat (par exemple étendue de la couverture de glace de mer) qui pourraient avoir des répercussions sur sa répartition, sa valeur adaptative (« fitness ») et la dynamique de sa population au Canada.

Protection, statuts et activités de rétablissement

En 2020, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a désigné la laimargue atlantique comme vulnérable selon les critères A2bd. Il s’agit d’un passage à une catégorie de risque plus élevé, car l’espèce avait été évaluée comme étant quasi menacée en 2006. Au Canada, le Règlement de pêche (dispositions générales) et les conditions de délivrance des permis de pêche aux poissons de fond interdisent la garde des laimargues atlantiques. Les individus doivent être remis à l’eau vivants avec le moins de blessures possible. En 2022, l’Organisation des pêches de l’Atlantique Nord (OPANO) a interdit la garde de la laimargue atlantique dans toutes les pêches situées dans les zones de réglementation de l’OPANO. Bien que la plupart des requins soient remis à l’eau, la survie après la remise à l’eau des laimargues atlantiques est largement inconnue.

Résumé technique

Somniosus microcephalus

Laimarque atlantiqueNote de bas de page 1 (préféré), laimargue de l’AtlantiqueNote de bas de page 2, requin du Groenland, Iqalukjuaq

Greenland Shark

Répartition au Canada : Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador, Nunavut, océan Arctique, océan Atlantique

Données démographiques

Durée d’une génération (généralement, âge moyen des parents dans la population)

Incertaine

Selon Kulka et al. (2020), la durée d’une génération peut varier de 63 à > 200 ans en raison de la grande incertitude entourant les estimations de l’âge et de la mortalité, mais on utilise 150 ans comme valeur la plus probable pour la reconstruction de la population.

Y a-t-il un déclin continu [observé, estimé, inféré ou prévu] du nombre total d’individus matures?

Probablement

Kulka et al. (2020) infèrent des déclins de 11 à 72 % selon les trajectoires de reconstruction de la population sur 3 générations, mais l’incertitude des paramètres relatifs au cycle vital et à la mortalité a entraîné une fourchette d’estimations de déclin de 1 à 100 %.

Pourcentage [observé, estimé ou prévu] de déclin continu du nombre total d’individus matures sur 3 ans [ou 1 génération, selon la période la plus longue, jusqu’à un maximum de 100 ans].

Incertain

Kulka et al. (2020) proposent une augmentation potentielle de 3 % au cours des 100 dernières années d’après les reconstructions démographiques. Toutefois, l’incertitude élevée et les hypothèses concernant les paramètres ont donné lieu à des estimations allant d’une augmentation de 57 % à un déclin de 100 %.

Pourcentage [observé, estimé ou prévu] de déclin continu du nombre total d’individus matures sur 5 ans [ou 2 générations, selon la période la plus longue, jusqu’à un maximum de 100 ans].

Incertain

Kulka et al. (2020) proposent une augmentation potentielle de 3 % au cours des 100 dernières années d’après les reconstructions démographiques. Toutefois, l’incertitude élevée et les hypothèses concernant les paramètres ont donné lieu à des estimations allant d’une augmentation de 57 % à un déclin de 100 %.

Pourcentage [observé, estimé, inféré ou présumé] [de réduction ou d’augmentation] du nombre total d’individus matures au cours des 10 dernières années [ou 3 dernières générations, selon la période la plus longue]

Incertain

Kulka et al. (2020) infèrent des déclins globaux de 59 %, allant de 11 à 72 %, d’après les trajectoires de reconstruction de la population sur 3 générations, mais l’incertitude entourant les paramètres du cycle vital et de mortalité a conduit à des estimations de déclin allant de 9 à 100 % en fonction de la durée présumée d’une génération.

Pourcentage [prévu, inféré ou présumé] [de réduction ou d’augmentation] du nombre total d’individus matures au cours des 10 prochaines années [ou 3 prochaines générations, jusqu’à un maximum de 100 ans]

Inconnu

Impact global des menaces inconnu

Pourcentage [observé, estimé, inféré, prévu ou présumé] [de réduction ou d’augmentation] du nombre total d’individus matures sur une période de 10 ans [ou 3 générations, selon la période la plus longue, jusqu’à un maximum de 100 ans], commençant dans le passé et se terminant dans le futur (jusqu’à un maximum de 100 ans dans le futur)

Inconnu

Inconnu

Est-ce que les causes du déclin sont clairement réversibles?

Inconnu

Les mortalités liées aux pêches semblent constituer la plus grande menace pour la laimargue atlantique. La réduction des taux de prises accessoires et de la mortalité par pêche pourrait potentiellement inverser tout déclin de la population. On ne connaît pas le potentiel de déclin d’autres sources, telles que les changements des conditions climatiques de l’océan.

Est‑ce que les causes du déclin sont clairement comprises?

Non

Les déclins présumés à ce jour, qu’ils soient de 1 ou de 100 %, sont attribués à la surpêche, qui avait lieu par le passé dans le cadre des pêches dirigées pour obtenir de l’huile de foie. Depuis les années 1960, cette espèce est également capturée accidentellement dans une grande variété de pêches. Certains renseignements sur la survie des prises accessoires relâchées sont disponibles, mais les estimations dépendent des pratiques de pêche et de manipulation. On ne comprend pas le potentiel de déclin d’autres sources, telles que les changements dans les conditions climatiques de l’océan.

Est-ce que les causes du déclin ont effectivement cessé?

Inconnu, potentiellement pas

Réduction notable du nombre de requins capturés par le passé lors de pêches ciblées. Les taux actuels de prises accessoires sont mal estimés à cause du manque d’observateurs, de la mauvaise déclaration des prises accessoires et de la mauvaise connaissance des pratiques de pêche et de manutention.

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures?

Non

Information sur la répartition

Superficie estimée de la zone d’occurrence

La zone d’occurrence est de 6 998 103 km2

Valeur calculée selon la méthode du plus petit polygone convexe qui inclut toutes les occurrences connues de 1983 à 2023.

Indice de zone d’occupation (IZO), valeur établie à partir d’une grille à carrés de 2 × 2 km

Indice de zone d’occupation (IZO)

L’IZO discontinu calculé à partir de tous les relevés de recherche indépendants des pêches, y compris les relevés visuels (de 2005 à 2023), et à partir des relevés d’occurrences effectués par les pêcheurs autochtones.

La population est-elle gravement fragmentée, c’est-à-dire que plus de 50 % de sa zone d’occupation totale (comme indicateur du nombre d’individus) se trouvent dans des parcelles d’habitat qui sont a) plus petites que la superficie nécessaire au maintien d’une sous‑population viable et b) séparées d’autres parcelles d’habitat par une distance supérieure à la distance de dispersion maximale présumée pour l’espèce?

Non

Non

La laimargue atlantique possède une vaste aire de répartition géographique et occupe un large éventail de milieux connexes. Elle peut se déplacer sur de longues distances et se disperser entre les régions ne faisant l’objet d’aucun risque connu de fragmentation.

Nombre de « localités » (utilisez une fourchette plausible pour refléter l’incertitude, le cas échéant)

Une

Ce nombre est fondé sur la menace omniprésente de mortalité liée aux pêches dans l’ensemble de l’aire de répartition et de la grande mobilité de l’espèce.

Y a-t-il un déclin continu [observé, inféré ou prévu] de la zone d’occurrence?

Inconnu

Inconnue, augmentation potentielle due au réchauffement des eaux arctiques et à la diminution de la glace de mer.

Y a-t-il un déclin continu [observé, inféré ou prévu] de la zone d’occurrence?

Non

Y a-t-il un déclin continu [observé, inféré ou prévu] du nombre de sous‑populations?

Sans objet

Y a‑t‑il un déclin continu [observé, inféré ou prévu] du nombre de « localités »?

Non

Une seule localité

Y a-t-il un déclin continu [observé, inféré ou prévu] de [la superficie, l’étendue et/ou la qualité] de l’habitat?

Inconnue

Une étude sur les déplacements réalisée par Edwards et al. (2022) donne à penser que certains requins pourraient coordonner leurs déplacements en fonction de l’étendue de la glace de mer; par conséquent, les effets climatiques inférés sur la répartition de la glace de mer et le moment où elle se forme peuvent avoir une incidence sur l’alimentation ou le comportement migratoire.

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de sous‑populations?

Sans objet

Y a‑t‑il des fluctuations extrêmes du nombre de « localités »?

Non

Y a‑t‑il des fluctuations extrêmes de la zone d’occurrence?

Improbable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes de l’indice de zone d’occupation?

Improbable

Nombre d’individus matures (dans chaque sous‑population)

Total

Inconnu

Il n’y a actuellement aucune estimation du nombre total d’individus matures

Analyse quantitative

La probabilité de disparition de l’espèce à l’état sauvage est d’au moins 20 % sur 20 ans [ou 5 générations] ou 10 % sur 100 ans.

Inconnue

Analyse non effectuée

Menaces

Un calculateur des menaces a‑t‑il été rempli pour l’espèce?

Oui, le 14 janvier 2025 (voir l’annexe 1)

Impact global des menaces attribué : inconnu (plusieurs menaces reconnues dont l’impact est inconnu)

Principales menacées relevées :

5.4 Pêche et récolte de ressources aquatiques – inconnu, potentiellement élevé

Prises accessoires dans les pêches (UICN 5.4.4) – inconnu (généralisé/inconnu/élevé)

11.0 Changements climatiques et phénomènes météorologiques violents – inconnu (généralisé/inconnu/élevé)

11.1 (déplacement et altération de l’habitat), 11.3 (températures extrêmes) – les deux sont généralisés/inconnus/élevés

Quels sont les facteurs limitatifs pertinents?

Taux de croissance intrinsèque lent de la population

Immigration de source externe (immigration de l’extérieur du Canada)

Situation des populations de l’extérieur les plus susceptibles de fournir des individus immigrants au Canada

Inconnue

L’abondance de la laimargue atlantique à l’intérieur et à l’extérieur des eaux canadiennes est inconnue, mais on suppose actuellement qu’il s’agit d’une population unique et qu’il y a connectivité entre les régions situées à l’extérieur des eaux canadiennes.

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

Oui

Les études de marquage indiquent que la laimargue atlantique se déplace fréquemment sur de longues distances et qu’il y a connectivité entre les régions plus vastes en dehors des eaux canadiennes.

Des individus immigrants seraient‑ils adaptés pour survivre au Canada?

Oui

Le Canada représente une portion de l’habitat disponible pour la laimargue atlantique et offre des conditions similaires à celles des zones situées en dehors du pays. En outre, l’espèce présente une forte tolérance à une large gamme de profondeurs et de températures.

Y a‑t‑il suffisamment d’habitat disponible au Canada pour les individus immigrants?

Oui

Les conditions se détériorent-elles au Canada?

Inconnu

Une grande partie de l’aire de répartition de la laimargue atlantique se trouve dans l’Arctique, où les effets des changements climatiques mondiaux se font sentir à un rythme rapide; cependant, on ne sait pas quelles répercussions ces changements peuvent avoir sur l’espèce.

Les conditions de la population source se détériorent-elles?

Inconnu

Une grande partie de l’aire de répartition de la laimargue atlantique se trouve dans l’Arctique, où les effets des changements climatiques mondiaux se font sentir à un rythme rapide; cependant, on ne sait pas quelles répercussions ces changements peuvent avoir sur l’espèce.

La population canadienne est‑elle considérée comme un puits?

Inconnu

On ne sait pas si la reproduction a lieu dans les eaux canadiennes : de nombreuses laimargues atlantiques observées dans l’Arctique canadien semblent être des juvéniles immatures (Hussey et al., 2014; Devine et al., 2018); des individus plus grands et possiblement matures ont toutefois été observés dans l’Atlantique canadien. Aucun petit ou nouveau-né n’a été signalé dans les eaux canadiennes.

La possibilité d’une immigration depuis des populations externes susceptible d’entraîner un changement de statut existe‑t‑elle?

Non, selon la compréhension actuelle de l’UD

Selon les connaissances actuelles, la laimargue atlantique au Canada compte une seule et même UD de l’Atlantique Nord, de sorte que les requins provenant de l’étranger ne peuvent pas fournir d’individus immigrants au Canada. De plus, étant donné que les reconstructions de la population mondiale donnent à penser que l’abondance de l’espèce est en déclin dans une certaine mesure et que les individus à l’extérieur du Canada sont soumis à des menaces similaires, voire plus graves, il n’est pas certain que l’immigration serait suffisante pour compenser la disparition de l’espèce au Canada.

Espèce sauvage dont les données sur l’occurrence sont de nature délicate (mise en garde à considérer)

La publication de certaines données sur l’occurrence pourrait‑elle nuire davantage à l’espèce sauvage ou à son habitat?

Non

Statut actuel

Statut selon le COSEPAC : Sans objet

Année de l’évaluation précédente: Pas d’évaluation précédente

Historique du statut selon le COSEPAC : Sans objet

Critère : Sans objet

Justification de la désignation : Sans objet

Statut et justification de la désignation

Statut  : Préoccupante (b, c)

Codes alphanumériques : Sans objet

Justification du changement de statut : Sans objet

Justification de la désignation : Ce grand requin très mobile est principalement présent dans les eaux septentrionales des océans Atlantique et Arctique. Il est capturé accidentellement dans des activités de pêche au chalut, à la palangre benthique et au filet maillant. On estime qu’au moins 1 700 requins font partie des prises accessoires chaque année au Canada. La croissance remarquablement lente, la maturité tardive (environ 150 ans) et la longévité rendent l’espèce vulnérable à la surpêche. Cette espèce vit dans des régions soumises à des changements climatiques accélérés, ce qui pourrait avoir des répercussions sur sa répartition, sa valeur adaptative et la dynamique de ses populations.

Applicabilité des critères

A : Déclin du nombre total d’individus matures

Énoncé sur l’applicabilité

Sans objet. Pourrait correspondre au critère de la catégorie « en voie de disparition » ou « menacée » C1. Diminution présumée de 9,8 à 100 % du nombre d’individus matures au cours des 3 dernières générations, mais basée sur une reconstruction très incertaine de la population.

B : Aire de répartition peu étendue et déclin ou fluctuation

Énoncé sur l’applicabilité

Sans objet. L’IZO (1 806 km2) est inférieur au seuil de la catégorie « menacée », mais la population n’est pas gravement fragmentée; il n’y a pas de données probantes indiquant un déclin continu et la population ne subit pas de fluctuations extrêmes.

C : Nombre d’individus matures peu élevé et en déclin

Énoncé sur l’applicabilité

Sans objet. Le nombre d’individus matures est inconnu, mais on pense qu’il dépasse les seuils.

D : Très petite population totale ou répartition restreinte

Énoncé sur l’applicabilité

Sans objet. Le nombre d’individus matures est inconnu, mais on pense qu’il dépasse les seuils.

E : Analyse quantitative

Énoncé sur l’applicabilité

Sans objet; aucune analyse n’a été effectuée.

Préoccupante :

(b) L’espèce peut devenir « menacée » si les facteurs dont on craint l’influence négative sur sa longévité ne sont ni renversés ni gérés de façon efficace, et

(c) L’espèce sauvage répond presque à l’un ou à l’autre des critères de la catégorie « menacée ».

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsables des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

(2025)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’un autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.
Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.
Disparue du pays (DP)*
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.
En voie de disparition (VD)**
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.
Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.
Préoccupante (P)***
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.
Non en péril (NEP)****
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.
Données insuffisantes (DI)*****
Une catégorie qui s’applique lorsque l’information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l’admissibilité d’une espèce à l’évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l’espèce.
*
Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.
**
Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000
***
Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
****
Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
*****
Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999. Définition de la catégorie (DI) révisée en 2006.

Description et importance de l’espèce sauvage

Nom et classification

Classification actuelle

Classe : Elasmobranchii

Ordre : Squaliformes

Famille : Somniosidae

Genre : Somniosus

Espèce : Somniosus microcephalus

Sous‑espèces au Canada : aucune

Noms communs

Français : laimargue atlantique, requin du Groenland, requin dormeur, requin de fond, requin de glace, requin du nord (Fishbase; MPO; Observatoire des requins du Saint‑Laurent)

Anglais : Greenland Shark, ground shark, grey shark, sleeper shark, gurry shark (Fishbase)

Autochtone (précisez la langue) : Iqalukjuaq; Ekalugssuak; Ekalugssup piara; Eqalugssuaq; Eqaluksuaq; Eqalukuak; Eqalusuaq; Iqalugjuaq; Iqalujjuaq; Iqalukuak (Inuktitut/Nunavut); Iqalutjuaq (Inuktitut/Nunavik); Iqalugyuaq (Inuinnaqtun) (Nunavut Coastal Resource Inventory)

La laimargue atlantique (Somniosus microcephalus) est l’une des 17 espèces de laimargues appartenant à la famille des Somniosidae (ordre des Squaliformes). Étymologie : Somniosus (Lesueur, 1818), qui signifie « endormi » en latin, en raison de son comportement lent et léthargique; microcephalus (Bloch et Schneider, 1801), de mik‑ros (petit) et cephalus (tête), allusion inconnue mais peut‑être due au museau relativement court et arrondi par rapport aux autres requins. Les synonymes de cette espèce provenant du Catalog of Fishes (California Academy of Sciences) sont les suivants : Squalus borealis (Scoresby 1820), Somniosus brevipinna (Lesueur, 1818), Leiodon echinatum (Wood, 1846), Scymnus glacialis (Faber, 1829), Scymnus gunneri (Thienemann, 1828), Squalus microcephalus (Bloch et Schneider, 1801), Scymnus micropterus (Valenciennes, 1832) et Squalus norvegianus (Blainville, 1825). On considère que le genre Somniosus comprend six espèces et qu’il est divisé en deux sous-genres : Rhinoscymnus et Somniosus (Yano et al., 2004). La laimargue atlantique est l’une des trois espèces actuellement classées dans le genre Somniosus (Somniosus), qui comprend les plus grands représentants de la famille (> 200 cm) et diffère en outre de Somniosus (Rhinoscymnus) par un plus grand nombre de rangées de dents sur la mâchoire inférieure et des denticules dermiques en forme de crochet (Yano et al., 2004).

Description de l’espèce sauvage

La laimargue atlantique se distingue des autres requins par la présence de deux petites nageoires dorsales sans épines, de taille relativement égale, la première nageoire dorsale prenant naissance près du milieu du corps, et par l’absence de nageoire anale (figure 1). La bouche est relativement petite, munie de dents minces en forme d’épines sur la mâchoire supérieure et de dents larges et fortement obliques sur la mâchoire inférieure (figure 2). Le corps est lourd et cylindrique, avec un museau arrondi. Les yeux sont relativement petits et obstrués à cause du copépode ectoparasite Ommatokoita elongata. La première nageoire dorsale est bien postérieure à la base des nageoires pectorales, et la deuxième nageoire dorsale se trouve près de l’insertion des nageoires pelviennes. Les nageoires pectorales, petites et arrondies, prennent naissance immédiatement derrière la dernière fente branchiale. La nageoire caudale est asymétrique avec un lobe dorsal court, présentant une encoche subterminale petite, mais perceptible. Des carènes latérales sont présentes dans la zone caudale. La couleur est variable, allant du brun grisâtre au noirâtre, avec des taches sombres ou pâles (Mecklenburg et al., 2002; Coad et Reist, 2018).

Figure 1. Dessin au trait d’une laimargue atlantique (Somniosus microcephalus), en vue latérale. Veuillez lire la description longue.

Figure 1. Laimargue atlantique (Somniosus microcephalus) (dessin de Brynn Devine).

Figure 2. Image composée d’une photo des mâchoires supérieure et inférieure et de dessins au trait des dents. Veuillez lire la description longue.

Veuillez voir la traduction française ci-dessous :

Upper jaw = Mâchoire supérieure

Lower jaw = Mâchoire inférieure

Greenland shark dentition. = Dentition de la laimargue atlantique.

Image: Fishes of the North Western Atlantic = Image : Fishes of the North Western Atlantic

Figure 2. Dentition des mâchoires supérieure et inférieure de la laimargue atlantique.

Description longue

La photo montre que la mâchoire supérieure comporte au moins 30 dents pointues et minces, serrées les unes contre les autres. Les dents aux bords de la mâchoire sont petites et celles au milieu, plus grosses (il convient de souligner que la photo ne comporte pas d’échelle). Les dents sont présentées comme étant fixées à une large plaque basale. La mâchoire inférieure comporte également au moins 30 dents serrées, et une deuxième rangée de dents est visible sous la rangée supérieure. Les dents de la mâchoire inférieure sont larges et fortement obliques, pointues comme une lame, l’inclinaison étant dirigée de gauche à droite sur le côté gauche (en regardant la bouche ouverte), et de droite à gauche sur le côté droit de la bouche.

Le dessin au trait montre la forme d’épine des dents de la mâchoire supérieure et les dents larges et fortement obliques de la mâchoire inférieure. Les dents de la mâchoire inférieure sont environ deux fois plus longues et trois fois plus larges que les dents de la mâchoire supérieure. Les dents de la mâchoire inférieure ont des racines larges. Le dessin au trait est tiré du livre intitulé Fishes of North Western Atlantic

La laimargue atlantique est l’une des plus grandes espèces de requins au Canada et le plus grand poisson connu dans les eaux arctiques. On note un dimorphisme sexuel au niveau de la taille : les mâles sont plus petits et atteignent une longueur totale (LT) de 375 cm, alors que les femelles peuvent atteindre une LT de 550 cm (Nielsen et al., 2020). La LT se situe couramment entre 200 et 400 cm (Compagno, 1984). La taille peut varier d’une région à l’autre; en effet, des laimargues atlantiques observées dans l’Arctique canadien étaient plus petites que des spécimens se trouvant dans d’autres portions de l’aire de répartition (Hussey et al., 2015; Devine et al., 2018).

Le Somniosus microcephalus est morphologiquement similaire aux deux autres grands somniosides du sous‑genre Somniosus : le Somniosus pacificus, qui se trouve principalement dans l’océan Pacifique Nord, et le Somniosus antarcticus, présent dans les océans du sud et les eaux de l’Antarctique (figure 3). À ce jour, aucun caractère taxinomique ne peut distinguer sans équivoque les espèces de Somniosus (Somniosus). Yano et al. (2004) ont proposé plusieurs caractères morphométriques pour les distinguer, notamment l’espace interdorsal et la longueur prébranchiale; toutefois, ces caractères sont très variables et se chevauchent considérablement entre ces espèces. Benz et al. (2007) laissent entendre que les analyses de Yano et al. (2004) peuvent confondre la variation interspécifique et intraspécifique en regroupant les requins par région géographique. Ils sont également d’avis que des analyses génétiques peuvent être nécessaires pour l’identification des espèces. De récentes analyses génétiques ont remis en question les classifications du sous‑genre Somniosus basées sur la morphologie et la géographie, étant donné les preuves d’hybridation au sein du groupe (Hussey et al., 2015; Walter et al., 2017). Bien que les données génétiques soutiennent que le S. microcephalus et le S. pacificus sont des espèces sœurs distinctes, mais étroitement apparentées (Murray et al., 2008; Walter et al., 2017), plusieurs études laissent croire que la variation génétique est insuffisante pour distinguer le S. pacificus du S. antarcticus et ne soutiennent donc pas le S. antarcticus en tant qu’espèce distincte (Murray et al., 2008; Christensen, 2022; Timm et al., 2022).

Figure 3. Carte du monde montrant l’aire de répartition de la laimargue atlantique et les probabilités relatives d’occurrence. Veuillez lire la description longue.

Veuillez voir la traduction française ci-dessous :

Relative probabilities of occurrence = Probabilités relatives d’occurrence

Figure 3. Carte de la répartition mondiale de la laimargue atlantique. Sources : AquaMaps, FishBase.

Description longue

La carte montre que la laimargue atlantique se trouve dans une grande partie de l’Atlantique Nord et des mers septentrionales adjacentes. Plus précisément, l’aire de répartition longe la côte nord‑est de l’Amérique du Nord, à partir de la Nouvelle‑Angleterre au nord, s’étend dans l’Arctique canadien, aussi loin à l’ouest que toutes les rives de la baie d’Hudson et de la baie James, le long des côtes ouest, sud et est du Groenland, autour de l’Islande et de la Grande‑Bretagne, le long de la côte ouest de l’Europe, depuis le sud du Portugal jusqu’à la mer Baltique, et le long des côtes nord de la Scandinavie et de l’ouest de la Russie, jusqu’à l’extrémité est de la mer de Barents. La laimargue atlantique est présente dans la plupart des mers entourées de ces côtes, mais il y a quelques petites enclaves où l’espèce n’est pas présente. L’aire de répartition de la laimargue atlantique s’étend également dans le milieu de l’Atlantique Nord.   

La probabilité d’occurrence est indiquée dans la légende en cinq catégories : 0,01 à 0,19, 0,2 à 0,39, 0,4 à 0,59, 0,6 à 0,79 et 0,8 à 1. Les deux catégories les plus élevées sont difficiles à distinguer sur la carte. D’ouest en est, elles longent la côte est de l’Amérique du Nord, s’étendent en Arctique dans la partie sud de la baie de Baffin, puis vers la côte ouest du Groenland. Elles longent ensuite l’extrémité sud du Groenland et s’étendent jusqu’à la moitié de la côte est du Groenland, et une bande de probabilité d’occurrence élevée descend dans le milieu de l’Atlantique Nord. La probabilité d’occurrence élevée se poursuit autour de l’Islande, dans la mer de Norvège et jusqu’à l’extrémité supérieure de la mer du Nord. Elle s’étend également à l’ouest de l’Irlande, jusqu’à la pointe nord‑ouest de la France et dans une grande partie de la mer d’Irlande.  La probabilité d’occurrence élevée longe le littoral de la Norvège et s’étend jusqu’en Russie et dans la majeure partie de la mer de Barents. 

Unités désignables

La structure de la population de laimargues atlantiques n’est pas bien connue; cependant, il n’y a pas de sous‑espèces connues ni d’obstacles à la migration ou à la dispersion qui pourraient donner lieu à une unité distincte. Aucune unité désignable (UD) n’a été décrite pour la laimargue atlantique au Canada.

Les lignes directrices actuelles du COSEPAC tiennent compte de deux critères relatifs au caractère distinct et au caractère important sur le plan de l’évolution, et au moins un critère de chaque catégorie doit être rempli pour qu’une UD soit reconnue.

Caractère distinct

D1. Preuve de caractères ou de marqueurs héréditaires qui distinguent l’UD présumée des autres UD (par exemple marqueurs génétiques ou morphologie héréditaire, comportement, cycle vital, phénologie, voies migratoires, dialectes vocaux), indiquant une transmission limitée de l’information héréditaire à d’autres UD.

D2. Disjonction géographique naturelle (c.‑à‑d. qui ne résulte pas d’une perturbation humaine) entre les UD présumées qui limite la transmission d’information (par exemple individus, graines, gamètes) entre ces « parties de l’aire de répartition » depuis suffisamment longtemps pour que des unités distinctes soient apparues (par exemple par dérive génétique ou culturelle), selon la définition D1.

Caractère important dans l’évolution

S1. Preuve directe ou forte inférence que l’UD présumée a suivi une trajectoire évolutive suffisamment longue pour constituer une évolution que l’on ne trouve pas ailleurs au Canada. Exemple : données phylogénétiques indiquant une origine dans un refuge du Pléistocène propre à l’UD.

S2. Preuve directe ou forte inférence que l’UD présumée possède des caractères adaptatifs (héréditaires) que l’on ne trouve pas ailleurs au Canada. Exemple : persistance de l’UD présumée dans un contexte écologique où un régime sélectif est susceptible d’avoir donné lieu à des adaptations locales de l’UD que l’on ne trouve pas ailleurs.

Les critères concernant le caractère distinct et le caractère important dans l’évolution ne sont pas remplis. Par conséquent, aux fins du présent rapport, la population de laimargues atlantiques est considérée comme formant une seule UD au Canada.

Importance de l’espèce

Une grande partie de l’aire de répartition de la laimargue atlantique se situe dans les eaux canadiennes, y compris des aires d’alevinage possibles, comme en témoigne la présence de juvéniles (Hussey et al., 2015; Devine et al., 2018). La laimargue atlantique est le plus grand poisson des eaux arctiques et l’une des rares espèces de requins polaires. En tant que prédateur au sommet du réseau trophique et charognard, il pourrait jouer un rôle écologique important dans les écosystèmes marins de l’Arctique. Compte tenu des caractéristiques notables de son cycle vital, notamment sa croissance lente, sa maturation tardive et sa durée de vie potentiellement supérieure à 200 ans (Nielsen et al., 2016), la surpêche peut représenter un risque particulièrement élevé pour l’espèce.

Connaissances autochtones

Les connaissances traditionnelles autochtones (CTA) sont fondées sur les relations. Il s’agit de renseignements sur les rapports écologiques entre les humains et leur environnement, ce qui comprend les caractéristiques de l’espèce, des habitats et des localités. Les lois et les protocoles relatifs aux rapports entre les humains et l’environnement sont transmis par des enseignements et des récits ainsi que par les langues autochtones, et peuvent être fondés sur des observations à long terme. Les noms de lieux fournissent des renseignements sur les zones de récolte, les processus écologiques, l’importance spirituelle ou les produits de la récolte. Les CTA peuvent aider à déterminer les caractéristiques du cycle vital d’une espèce ou les différences entre des espèces semblables.

Importante culturelle pour les peuples autochtones

La laimargue atlantique est largement répandue dans une grande partie du nord‑est du Canada, ce qui coïncide avec la présence de populations autochtones dans cette région. Toutefois, les CTA sur cette espèce accessibles au public sont limitées. Les mentions figurant dans la littérature publiée, combinées aux 128 observations du Nunavut Coastal Resource Inventory (NCRI; inventaire des ressources côtières du Nunavut), indiquent la présence de requins dans les eaux adjacentes d’au moins 20 communautés (figure 4; NCRI, 2024; N. Cardinal, comm. pers.); des travaux supplémentaires pour mobiliser d’autres communautés permettraient sans aucun doute d’obtenir davantage d’observations de cette espèce très répandue. Les remarques sur le comportement dans les observations du NCRI indiquent souvent la présence de requins lors de la récolte de mammifères marins; ces requins se nourrissent de carcasses de bélugas ou sont des prises accessoires dans les filets maillants. Les renseignements les plus exhaustifs proviennent des régions du Nunavut où l’on pêche le flétan du Groenland (Reinhardtius hippoglossoides) en eaux profondes et où les requins sont des prises accessoires. Selon les données disponibles sur l’importance culturelle, il n’y a pas d’avantages sociaux ou économiques dérivés de la laimargue atlantique et, par conséquent, elle n’est pas réputée être d’une importance culturelle pour les peuples autochtones du Canada. Des entretiens avec les Inuits de Pangnirtung (région de Qikiqtaaluk) n’ont pas révélé d’histoires sur la laimargue atlantique; au contraire, comme dans d’autres régions, l’espèce est communément considérée comme une nuisance à cause de sa propension à s’empêtrer dans les engins de pêche ou à les endommager et du fait que les individus s’attaquent aux espèces pêchées ou chassées, comme le flétan du Groenland et les phoques (Idrobo, 2008; Idrobo et Berkes, 2012). Les CTA ont été incluses dans les sections pertinentes du rapport; les sources d’information sont indiquées.

Figure 4. Carte montrant l’emplacement des communautés dans le nord du Québec, au Nunavut et dans les Territoires du Nord Ouest. Veuillez lire la description longue.

Veuillez voir la traduction française ci-dessous :

Greenland = Groenland

Labrador Sea = Mer du Labrador

Smith Sound = Détroit de Smith

Baffin Bay = Baie de Baffin

Figure 4. Communautés signalant des observations de laimargues atlantiques dans les eaux locales de l’Arctique canadien. Observations rapportées lors d’entretiens dans la base de données du Nunavut Coastal Resource Inventory (NCRI, 2024).

Description longue

La carte montre le Canada et les frontières provinciales et territoriales. L’emplacement des communautés de l’Arctique est indiqué : 5 dans le nord du Québec, 14 au Nunavut et 1 dans les Territoires du Nord‑Ouest.

Répartition

Aire de répartition mondiale

La laimargue atlantique se trouve principalement dans l’océan Atlantique Nord et les eaux arctiques adjacentes (figure 3). Dans l’Atlantique Nord, elle est présente dans le nord‑est des États‑Unis, dans tout l’Atlantique canadien, au Groenland, en Islande, aux îles Féroé et en Norvège. On l’observe aussi occasionnellement dans des eaux plus au sud, notamment en France, en Espagne et jusqu’à 42 de latitude nord le long de la dorsale médio‑atlantique. Dans les eaux arctiques, l’espèce est présente dans tout l’est de l’Arctique canadien, au Groenland, au Svalbard, dans l’archipel François‑Joseph et dans les mers de Barents (Rusyaev et al., 2010), Blanche et de Kara (Borodavkina et al., 2019). On a également effectué d’autres observations de Somniosus sp. à partir de vidéos sous‑marines dans l’Atlantique Ouest, soit en Géorgie (États‑Unis; Herdendorf et Berra, 1995), à Cuba (Moreno et Pol, 1992), dans le golfe du Mexique (Benz et al., 2007) et dans la mer des Caraïbes (Acero et al., 2017). Cependant, le chevauchement considérable des caractéristiques d’identification des grands Somniosides empêche une identification sans équivoque du S. microcephalus. Étant donné les données probantes sur l’hybridation introgressive avec le S. pacificus à la fois dans le golfe du Mexique et dans l’Arctique canadien (Walter et al., 2017) ainsi que la présence confirmée du S. pacificus dans l’Atlantique Nord (Walter et al., 2017; Kim Præbel, comm. pers.), l’identification définitive des individus comme étant des S. microcephalus et non comme des hybrides ou des S. pacificus nécessite une confirmation génétique, en particulier pour les rares occurrences en dehors de l’aire de répartition principale. Les requins adultes se trouvent plus souvent au nord de 73 °N, et les petits requins, dans la région sud‑ouest de la mer de Barents (Rusyaev et al., 2010). Dans l’Atlantique Nord‑Ouest, les grandes femelles sont peu communes loin au nord, mais sont observées principalement dans la zone extracôtière près de 62 °N, à l’ouest du Groenland (Hedeholm et al., 2018).

Aire de répartition canadienne

La laimargue atlantique a été observée sur le plateau néo‑écossais, dans le golfe et l’estuaire du Saint‑Laurent (y compris la rivière Saguenay), de même que vers le nord, près des bancs de Terre‑Neuve et du Bonnet Flamand, dans la mer du Labrador, dans la baie de Baffin et plus au nord encore, au moins jusqu’au détroit de Smith, situé entre l’île d’Ellesmere et le nord‑ouest du Groenland (figure 4). On la trouve au‑delà de la limite est des eaux canadiennes et, vers l’ouest, dans le détroit d’Hudson. Des observations ont été signalées à Igloolik, dans le passage du Nord‑Ouest, dans la baie d’Hudson (à partir d’Ivujivik) et à Kuujjuarapik, dans le nord du Québec. D’autres observations dans le nord‑ouest de l’archipel Arctique ont été faites jusqu’à Qausuittuq (Resolute) et à Iqaluktuuttiaq (Cambridge Bay), au Nunavut. Les grands requins présents à Paulatuk, dans les Territoires du Nord-Ouest, n’ont pas été confirmés comme étant des laimargues atlantiques (KAVIK‑AXYS, 2012); l’étendue vers l’est du S. pacificus dans ces zones est inconnue. Cette espèce est présente dans les zones biogéographiques 1 à 3 (COSEWIC O&P Appendix F5, 2023; figure 2).

La répartition de la laimargue atlantique, en particulier dans les eaux profondes et hauturières, a été largement déduite selon les prises accessoires dans les pêches canadiennes (figure 5), mais l’échantillonnage en eaux profondes étant relativement limité, la répartition réelle pourrait être plus vaste. D’autres observations en dehors des empreintes des pêches commerciales proviennent de la pêche scientifique, par exemple des observations et des échantillonnages lors de plongées (Harvey‑Clark et al., 2005; Gallant et al., 2016), de relevés par caméra‑appât (Devine et al., 2018), de la pêche exploratoire (Young, 2009, 2010; Wheeland et Devine, 2018), et selon les CTA sur les observations de requins par les communautés nordiques (voir par exemple NCRI, 2024; figure 4). Ces mentions ont permis d’obtenir un aperçu de la répartition de la laimargue atlantique dans les eaux côtières et du potentiel d’abondance plus élevée dans les fjords et les bras de mer du Nunavut pendant les mois d’été (Young, 2009, 2010; Devine et al., 2018). L’étendue de l’espèce dans les régions non habitées ou non exploitées, telles que les cours d’eau intérieurs isolés du Haut‑Arctique et de l’océan Arctique central, est inconnue.

Structure de la population

La structure de la population de laimargues atlantiques n’est pas bien connue. Des recherches récentes ont permis de caractériser treize nouveaux marqueurs microsatellites pour le S. microcephalus (Swintek et Walter, 2021). Un examen détaillé du génome mitochondrial de laimargues atlantiques échantillonnées dans l’Atlantique (Canada, Groenland, Svalbard et Norvège) a révélé une variation remarquablement élevée du mitogénome, la quasi-totalité des individus possédant des haplotypes uniques. L’espèce semble former trois clades mitochondriaux majeurs dans l’Atlantique, qui ne sont pas liés à la géographie (Kim Præbel, comm. pers., 2023).

Figure 5. Carte de l’est du Canada et de l’ouest du Groenland montrant les prises accessoires déclarées dans les divisions de l’Organisation des pêches de l’Atlantique Nord de 1983 à 2019. Veuillez lire la description longue.

Veuillez voir la traduction française ci-dessous :

Baffin Island = Île de Baffin = Île de Baffin

Greenland = Groenland

Figure 5. Prises accessoires de laimargues atlantiques déclarées par les observateurs en mer, dans les relevés du MPO et les journaux de bord du Groenland, combinées et couvrant la période 1983 à 2019; les lignes et les codes indiquent les divisions de l’Organisation des pêches de l’Atlantique Nord (OPANO) (Simpson et al., 2021).

Description longue

La carte montre le Québec, les provinces maritimes, l’île de Baffin et la côte sud‑ouest du Groenland. Les divisions de l’Organisation des pêches de l’Atlantique Nord (OPAN) sont indiquées dans les zones marines qui bordent les côtes. Tout au nord se trouvent les divisions 0A et 1A, et à l’extrémité sud de l’aire de répartition se trouvent les divisions 4X et 5Ze. Les emplacements des prises accessoires de laimargues atlantiques sont indiqués sur la carte, et la plupart d’entre eux se trouvent au large des côtes. Des prises accessoires sont répertoriées dans toutes les divisions de l’OPAN. Les emplacements sont plus nombreux et denses dans les divisions 0AB, 2GHJ et 3KLN, modérés dans les divisions 1AF et 3MNOP, et peu nombreux ou éparpillés dans les autres divisions sur la carte. 

Zone d’occurrence et zone d’occupation

Les données utilisées pour estimer la zone d’occurrence et l’indice de zone d’occupation (IZO) comprenaient les mentions de captures consignées par Pêches et Océans Canada (MPO) pour tous les secteurs de pêche (de 1983 à aujourd’hui) et tous les relevés de recherche indépendants des pêches, y compris les relevés visuels (de 2005 à aujourd’hui), ainsi que les mentions d’occurrence des pêcheurs autochtones (NCRI, 2024). Le Secrétariat du COSEPAC se charge de calculer la zone d’occurrence et l’IZO.

La méthode d’estimation de la zone d’occurrence et de l’IZO comprenait les zones terrestres, conformément aux lignes directrices du COSEPAC (COSEWIC, 2020) et de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) (IUCN Standards and Petitions Subcommittee, 2017) en matière de critères. La zone d’occurrence est mesurée par le tracé du plus petit polygone convexe (dont tous les angles internes sont inférieurs à 180 degrés) qui englobe toutes les occurrences. L’IZO est établi en superposant une grille à carrés de 2 km × 2 km à la zone d’occupation des occurrences consignées de la laimargue atlantique (c.‑à‑d. la zone d’occupation biologique). Il s’agit d’une mesure discontinue de l’IZO.

En utilisant ces approches, la zone d’occurrence de la laimargue atlantique était de 6 998 103 km2, et l’IZO, de 1 806 km2, d’après 452 cellules de grille (figure 6).

Figure 6. Carte du Canada montrant l’aire de répartition de la laimargue atlantique dans l’est et le nord de l’océan Atlantique et les baies connexes. Veuillez lire la description longue.

Figure 6. Zone d’occurrence estimée et indice de zone d’occupation (IZO) de la laimargue atlantique dans les eaux canadiennes de l’Atlantique.

Description longue

La carte de l’est et du nord du Canada montre des observations tirées de relevés de pêche et de recherches ainsi que des observations faites par les membres des communautés autochtones. Les observations tirées de la pêche et des relevés ont été faites dans les zones littorales et extracôtières de l’océan Arctique, entre les îles d’Ellesmere et Devon, le long de la côte est de l’île de Baffin et le long de la côte du Labrador, à l’est et au sud‑est de Terre‑Neuve. Des observations tirées de la pêche et des relevés sont également consignées dans plusieurs baies et bras de mer le long de cette longue zone côtière, y compris dans le détroit d’Hudson et la baie d’Ungava. Une observation a été faite dans le nord‑est de la baie d’Hudson et une autre, dans la baie James. Il y a également plusieurs observations tirées de la pêche et des relevés dans l’estuaire du fleuve Saint‑Laurent, une observation dans la baie de Fundy, et une au sud‑ouest de la Nouvelle‑Écosse.

Il y a 20 observations faites par les communautés et elles se trouvent toutes sur des côtes ou près du littoral. Elles vont des îles d’Ellesmere, de Cornwallis et de Baffin à l’extrémité nord jusqu’aux côtes de la baie d’Ungava et de la baie d’Hudson. L’observation faite par une communauté la plus à l’ouest est indiquée sur le continent des Territoires du Nord‑Ouest, au sud de l’île Banks.

Le polygone de la zone d’occurrence englobe tous ces lieux, tant les sites d’observations tirées de la pêche et des relevés que ceux des observations faites par les communautés. Le plus petit polygone convexe utilisé pour la zone d’occurrence est de 6 998 103 kilomètres carrés (km2). La distance entre les sites les plus au nord de l’île d’Ellesmere et le site le plus au sud de la Nouvelle‑Écosse est d’environ 3 850 kilomètres.

Toutes les observations sont incluses dans le calcul de l’indice de zone d’occupation (IZO). Le calcul comprend 452 grilles, chaque grille étant de 2 km2, pour un IZO de 1 808 km2.   

Fluctuations et tendances de la répartition

Comme la répartition de la laimargue atlantique est largement connue à partir de sources de données dépendantes des pêches, il existe peu d’information pour déceler les changements de la répartition au fil du temps. Des observations de baisses d’abondance localisées des prises accessoires suite à des périodes de mortalités élevées causées par les pêches ont été signalées (Hansen, 1963; Young, 2010). De plus amples recherches sur les déplacements des requins s’imposent afin de mieux comprendre les comportements migratoires annuels et les comportements migratoires interannuels potentiels entre les régions, et de déterminer si ces baisses locales observées découlent de changements de la répartition ou de l’abondance. Le seul possible changement observé relatif à la répartition ou à l’abondance provient de l’estuaire du Saint‑Laurent. L’espèce a été régulièrement observée par des plongeurs dans un site d’étude annuelle à Baie‑Comeau de 2003 à 2012; le nombre d’individus a toutefois commencé à diminuer vers 2008. Un seul requin a été observé en 2012, et il n’y a eu aucune observation depuis, et ce, malgré un effort et une période de plongée similaires dans la région et des observations occasionnelles de requins ailleurs dans l’estuaire du Saint‑Laurent (J. Gallant, comm. pers., 2023).

Biologie et utilisation de l’habitat

Cycle vital et reproduction

L’âge et la croissance de la laimargue atlantique ne sont pas bien connus, mais des données limitées indiquent une croissance remarquablement lente, une maturation tardive et une grande longévité. La croissance annuelle a été estimée à ≤ 1 cm d’après quelques individus marqués et recapturés dans l’ouest du Groenland (fourchette de tailles de 262 à 300 cm; Hansen, 1963). En raison de l’absence de colonne vertébrale et de la faible calcification des vertèbres, les méthodes traditionnelles d’évaluation de l’âge des élasmobranches ne peuvent pas être utilisées. Une seule étude sur le vieillissement a été réalisée à ce jour à l’aide des isotopes de radiocarbone prélevés dans les noyaux des lentilles oculaires pour estimer l’âge de 28 femelles d’une LT de 81 à 502 cm capturées dans les eaux du Groenland (Nielsen et al., 2016). Les résultats de cette étude donnent à penser que la durée de vie du plus grand individu est de 392 ans (± 120 ans selon l’étendue de la fourchette de probabilité de 95,4 %) et que l’âge de la maturité sexuelle est de 156 ans (± 22 ans selon l’étendue de la fourchette de probabilité de 95,4 %). Il convient de noter que ces estimations doivent encore être validées, car il n’existe actuellement aucune autre méthode viable, et l’incertitude de la dynamique du radiocarbone dans l’océan profond avant et après les essais d’armes nucléaires se traduit par une grande incertitude quant aux dates de naissance (Kulka et al., 2020). Yano et al. (2007) ont estimé pour la première fois que la taille à maturité de la laimargue atlantique était de 450 cm pour les femelles et de 300 cm pour les mâles, en se fondant sur l’examen de la morphologie des gonades par rapport à la LT de 49 spécimens (n = 34 femelles, n = 15 mâles). Une étude récente de Nielsen et al. (2020) fournit un examen reproductif plus complet de 312 spécimens échantillonnés au Groenland, au Svalbard et en Norvège; selon cet examen, la LT à maturité (LT50) est de 419 ± 4 cm pour les femelles et de 284 ± 6 cm pour les mâles (figure 7).

Figure 7. Graphique de la longueur totale à maturité des laimargues atlantiques mâles et femelles. Veuillez lire la description longue.

Veuillez voir la traduction française ci-dessous :

Males = Mâles

Females = Femelles

Proportion mature (%) = Proportion d’individus matures (%)

TL (m) = LT (m)

Figure 7. Courbes de maturité ajustées pour les requins mâles et femelles (Nielsenet al., 2020). « LT » renvoie à la longueur totale.

Description longue

Le graphique présente la longueur totale (LT) du corps en mètres (m) sur l’axe des x, qui varie de 0,5 à 5,5 m. La proportion d’individus matures se trouve sur l’axe des y, qui va de 0 à 100 %. Le graphique présente une dispersion de points et une courbe de maturité ajustée pour les mâles, et une pour les femelles. Les deux courbes comprennent des lignes indiquant les limites de confiance, mais le pourcentage de la limite n’est pas indiqué sur le graphique.

La taille de l’échantillon des mâles est de 55, et la courbe de maturité ajustée demeure à 0 % jusqu’à environ 2,0 m, lorsqu’elle se courbe brusquement vers le haut pour atteindre 100 % à environ 3,5 m. Selon cette courbe, la longueur totale à maturité, ou l’indice 50 de la LT, du corps des laimargues atlantiques mâles est estimée à 2,84 m, plus ou moins 0,06 m.

La taille de l’échantillon des femelles est de 257, et la courbe de maturité ajustée demeure à 0 % jusqu’à environ 2,8 m, lorsqu’elle se courbe brusquement vers le haut pour atteindre 100 % à environ 5,5 m. Selon cette courbe, la longueur totale à maturité, ou l’indice 50 de la LT, du corps des laimargues atlantiques femelles est estimée à 4,19 m, plus ou moins 0,04 m. 

La reproduction se fait par viviparité lécithotrophe. On a observé une fécondité ovarienne élevée (nombre d’ovules mûrs non fécondés) chez des femelles adultes de plus de 400 cm de long, qui portaient plus de 500 ovules d’environ 7 à 8 cm de diamètre à maturité (figure 8; Nielsen et al., 2014, 2020; et al.; Carter et Soma, 2020). Une mention anecdotique faisant état de la présence de gros œufs chez les femelles de février à juin, et de la présence d’œufs plus petits après cette période (Bjerkan, 1957), n’a pas encore été validée. La fécondité utérine (nombre d’ovules fécondés/de petits en développement dans l’utérus) et la taille de portée sont incertaines. Il n’existe que deux observations de femelles portant des petits : 1) une mention de laimargue atlantique capturée à la fin du mois d’août au large des îles Féroé avec 10 petits sans vitellus externe trouvés dans l’utérus droit, ce qui laisse croire que les embryons étaient presque à terme (environ 37 cm de long pour le seul petit examiné; Koefoed, 1957), et 2) une mention d’une femelle gravide avec un seul fœtus d’environ 98 cm de long, capturée en janvier en Norvège (Bjerkan, 1957). Il a été noté que l’identification de l’espèce n’a pas été vérifiée pour cette seconde mention; étant donné qu’il y avait un seul grand petit, il aurait pu s’agir d’un pèlerin (Cetorhinus maximus), espèce souvent confondue avec la laimargue atlantique et connue pour avoir des petits en moins grand nombre, mais de plus grande taille (Nielsen et al., 2020). Il existe également des observations limitées de femelles gravides chez d’autres somniosidés aux fins de comparaison, mais elles font état d’une large gamme de tailles de portée : 8 ou 9 petits chez le S. rostratus (Cigala Fulgosi et Gandolfi, 1983; Barrull et Mate, 2001), de 10 à 14 chez l’aiguillat portugais (Centroscymnus coelolepis) (Verissimo et al., 2003; Figueiredo et al., 2008), 33 chez le S. cheni (espèce nouvellement décrite d’après la morphologie, mais données génétiques manquantes; Hsu et al., 2020), et de 8 à 12 chez le S. pacificus (Matta et al., 2024).

Bien que Nielsen et al. (2020) soutiennent la taille à la naissance de 35-45 cm estimée par Koefoed (1957), ils présument une fécondité utérine potentielle de 200‑324 petits par gestation, en se fondant sur une méta‑analyse de la fécondité ovarienne par rapport à la fécondité utérine chez 23 autres espèces de squaliformes. Ils avancent également que la faible fécondité utérine reflétée par les tailles de portée de somniosidés indiquées ci-dessus pourrait s’expliquer par un avortement des fœtus presque à terme, qui serait induit par la capture des femelles gravides; ce comportement a été relevé chez des élasmobranches ovovipares (Adams et al., 2018). Selon une étude subséquente portant sur l’énergie comparative entre les espèces de chondrichtyens, il est probable qu’il y ait résorption de la plupart des œufs et que la taille de ponte moyenne, soit 250 œufs, correspondrait à une taille de portée maximale théorique d’environ 22 petits pour un requin de 5 m (Augustine et al., 2022). D’autres observations de laimargues atlantiques gravides sont nécessaires pour vérifier les estimations de fécondité, dont la limite inférieure pourrait actuellement être de 10 petits, et la limite supérieure, de 200 à 324 petits. La durée de gestation est inconnue, mais elle peut être de 1 à 2 ans chez d’autres squaliformes (Nielsen et al., 2020), et des estimations théoriques basées sur l’énergie laissent penser que la gestation pourrait être de plus de 4,7 ans (Augustine et al., 2022). Les sites d’accouplement et de mise bas sont également inconnus. Presque toutes les recherches sur la biologie de la reproduction ont été effectuées à partir d’échantillons prélevés au Groenland, et on ignore si les caractéristiques varient d’une région à l’autre.

Compte tenu de l’incertitude concernant l’âge, la fécondité et le taux de gestation, les calculs de la durée d’une génération, des taux de mortalité et des taux de croissance démographique sont très incertains. Dans la seule publication où l’on a tenté d’estimer ces paramètres, on a obtenu une fourchette de taux fondée sur différents scénarios de durée de génération (intervalle de 50 à 250 ans), ce qui a donné lieu à des estimations du taux de croissance démographique intrinsèque maximal variant de 0,024 à 0,064, avec une valeur médiane de 0,032 (Kulka et al., 2020). Cependant, cette étude supposait une reproduction biennale, une portée d’un à trois petits et une mortalité naturelle de 1/durée de génération, tous des paramètres très incertains qui ne concordent pas avec les estimations tirées de la littérature.

Figure 8. Image composée de deux photos montrant des points de vue différents d’ovules d’une laimargue atlantique. Veuillez lire la description longue.

Figure 8. Laimargue atlantique disséquée et de ses ovules mûrs (photo du haut) et gros plan des ovules (photo du bas) (Nielsen et al., 2020).

Description longue

Une photo montre des centaines d’ovules dans un grand sac ovigère transparent qui pend du corps disséqué d’une laimargue atlantique. D’autres œufs sont visibles sous une couche de peau le long du flanc de l’individu. Deux personnes sont partiellement visibles sur la photo, ce qui montre que le sac ovigère retiré du corps mesure au moins 1,5 mètre de long. Les œufs dans le sac sont d’un rouge rosâtre.

La deuxième photo montre un gros plan d’environ deux douzaines d’ovules dans un plateau en plastique. Il s’agit de sphères blanches luisantes recouvertes d’un liquide visqueux, rose sur certaines sphères et ambré sur d’autres. Chaque œuf est d’un diamètre d’environ 6 centimètres. Le code GS176 est inscrit sur un feuillet autoadhésif placé sur quelques œufs. 

Besoins en matière d’habitat

La laimargue atlantique fréquente aussi bien les eaux côtières que les eaux extracôtières, depuis les plateaux continentaux côtiers et insulaires jusqu’aux pentes profondes. Bien qu’elle soit généralement considérée comme une espèce d’eau profonde, la laimargue atlantique occupe une large gamme de profondeurs allant de 0 à au moins 2 900 m (Porteiro et al., 2017). Des individus ont été observés nageant à la surface, au‑dessus des eaux profondes (Borodavkina et al., 2019), et parfois dans des eaux côtières très peu profondes lorsqu’ils sont attirés vers le littoral par la présence de carcasses de baleine (Hansen, 1963; LeClerc et al., 2011). On trouve couramment l’espèce dans les fjords nordiques dans toute son aire de répartition, même dans les parties les plus intérieures des bassins de fjord (MacNeil et al., 2012). On sait également qu’elle habite les eaux saumâtres et tempérées de l’estuaire du Saint‑Laurent et de la rivière Saguenay (Stokesbury et al., 2005; Gallant et al., 2016).

Les recherches de suivi au moyen de transmetteurs acoustiques et d’étiquettes satellites d’archivage détachable (PSAT) ont révélé que la laimargue atlantique passe beaucoup de temps dans l’environnement pélagique, mais ne devrait pas être considérée comme une espèce purement benthique (Skomal et Benz, 2004; Stokesbury et al., 2005; Fisk et al., 2012; Campana et al., 2015). Il est difficile de deviner où se trouvent les individus dans la colonne d’eau et par rapport au fond marin à partir des données d’étiquettes satellites, car les données sur la luminosité et la géolocalisation entre les lieux de marquage et les lieux où les étiquettes se détachent sont largement indisponibles pour cette espèce vivant en eaux profondes. Cependant, les profondeurs relativement peu élevées (moins de 500 m) enregistrées par des étiquettes au-dessus d’eaux profondes et extracôtières ainsi que la vaste gamme de profondeurs parcourues chaque jour dans le cadre de fréquents épisodes de nage oscillatoire marqués par des excursions abruptes à des profondeurs de plus de 900 m fournissent des données probantes solides de la nage pélagique pratiquée par les requins munis d’une étiquette (figure 9; Fisk et al., 2012; Campana et al., 2015). L’utilisation de la profondeur peut varier en fonction de la latitude, les requins plus au nord se trouvant à des profondeurs moindres (Yano et al., 2007). Selon Campana et al. (2015), les laimargues atlantiques munies d’une étiquette se trouvant dans l’Arctique canadien occupent une zone de profondeur moins importante et plus limitée que celles fréquentant le large de Terre‑Neuve, dans l’Atlantique Nord‑Ouest. Des observations effectuées près des tropiques montrent que les requins se trouvent à des profondeurs supérieures à 2 000 m (Herdendorf et Berra, 1995; Benz et al., 2007).

La laimargue atlantique peut tolérer une large gamme de températures, soit de ‑1,8 à 17,2 °C (Campana et al., 2015), mais est plus fréquemment observée à des températures plus basses, la plupart des mentions provenant de sites où la température est inférieure à 5 °C (MacNeil et al., 2012). Dans la mer de Barents, la température de l’eau a été considérée comme un facteur important lié à l’abondance des requins; cette corrélation est démontrée par des effectifs plus élevés lors d’années froides (Rusyaev et al., 2010). Les données mensuelles sur la profondeur et la température tirées de requins munis d’une étiquette dans l’Arctique canadien laissent entrevoir de fortes différences saisonnières dans l’utilisation de l’habitat par certains individus, avec des profondeurs moyennes plus faibles (< 300 m) en hiver. Les eaux occupées par l’espèce sont nettement plus chaudes en hiver et au printemps qu’en automne et en été (Hussey et Devine, données inédites).

Figure 9. Graphique de la température d’une laimargue atlantique par rapport à sa profondeur, d’avril à août 2008. Veuillez lire la description longue.

Veuillez voir la traduction française ci-dessous :

PDTMax Meters = Mètres PPTMax

Degrees C = Degrés celsius

Figure 9. Profil de profondeur et température (PPT) d’une laimargue atlantique munie d’une étiquette PSAT (Mk-10, Wildlife Computers, Inc.) dans l’Arctique canadien (étiquette no 44404; Campana et al., 2015).

Description longue

L’axe des x du graphique indique les dates du 18 avril au 19 août 2008. L’axe des y, à gauche, indique les profondeurs en mètres et est étiqueté « PPTMax ». La profondeur varie entre 1 500 mètres et la surface de l’eau. L’axe des y, à droite, indique la température en degrés Celsius, dans une fourchette de 0 à 6 degrés.

Le profil de profondeur et température montre que la laimargue atlantique munie d’une étiquette a passé la dernière partie d’avril et le début de mai entre la surface et plus de 1 000 mètres de profondeur, dans une eau de 0 à 2 degrés Celsius. Pendant environ deux semaines en mai, l’individu a atteint des profondeurs de 150 à 650 mètres dans une eau de 4 à 6 degrés Celsius. Pendant le reste du mois de mai et tout le mois de juin, la laimargue atlantique se trouvait principalement entre 200 et 400 mètres de profondeur, à des températures de 3 à 4,5 degrés Celsius, mais elle a fait quelques courtes visites d’une journée ou moins dans des eaux moins profondes et plus profondes d’une température de 0 à 2 degrés Celsius. En juillet et en août, la laimargue atlantique était principalement à des profondeurs de 200 à 600 mètres, encore une fois avec de brèves incursions dans des endroits moins profonds et plus profonds, et toujours à des températures de 1 à 3 degrés Celsius.

Il n’est pas certain qu’il y ait des changements ontogénétiques dans l’utilisation de l’habitat, et l’importance relative des différents milieux pour chaque stade du cycle vital est mal comprise. Des requins de toutes tailles ont été observés dans des milieux tant côtiers qu’extracôtiers. Les seules femelles gravides qui ont été capturées l’ont été près des fjords des îles Féroé (Koefoed, 1957) et de Norvège (Bjerkan, 1957). Des requins juvéniles (définis comme des individus de moins de 200 cm par Hussey et al., 2015) ont été signalés dans les eaux extracôtières du Groenland et de l’Islande (Kondyurin et Myagkov, 1983; Nielsen et al., 2014), dans le sud de la mer de Barents (Rusyaev et Orlov, 2013) et dans les fjords de l’est de l’île de Baffin (Hussey et al., 2015; Devine et al., 2018). Yano et al. (2007) ont indiqué que la distribution des tailles varie en fonction de la profondeur dans l’ouest du Groenland, et mentionnent 2 petits requins de 400 cm se trouvant en eaux plus profondes. Ceci est confirmé par des mentions similaires de petits requins dans des eaux de plus de 900 m de profondeur dans la région de Baffin (Nielsen et al., 2014; Hussey et al., 2015; Hedeholm et al., 2018). Cependant, des juvéniles ont également été observés à des profondeurs allant jusqu’à 600 m le long de l’est de l’île de Baffin (Devine et al., 2018).

Déplacements, migration et dispersion

Des études de marquage confirment que la laimargue atlantique peut se déplacer sur de longues distances, si l’on se base sur la distance entre les sites de marquage des requins et les sites de récupération des étiquettes (1 615 km en 170 jours après le marquage dans la baie Cumberland, au Nunavut [Campana et al., 2015]; 980 km en 59 jours après le marquage au Svalbard, en Norvège [Fisk et al., 2012]; 1 495 km en 287 jours après le marquage à Grise Fiord, au Nunavut [Hussey et Devine, données inédites]). Certaines laimargues atlantiques marquées en eaux canadiennes ont été observées alors qu’elles migraient vers ou entre les eaux des pays voisins, soit le Groenland et les États‑Unis (Campana et al., 2015; Hussey et al., 2018).

De récentes études pluriannuelles portant sur plus de 100 individus de la région canadienne de Baffin et utilisant la télémétrie acoustique statique ont permis d’observer que la résidence des laimargues atlantiques dans les fjords côtiers et profonds de même que dans les bras de mer de l’ensemble du Nunavut se limitait aux périodes sans glace, de la fin juillet au début novembre. En effet, les détections en zone extracôtière dans le détroit de Davis sont principalement réalisées en décembre et janvier et en mai et juin (Edwards et al., 2022). Il est possible que les détections extracôtières durant ces mois coïncident avec le passage des requins dans le détroit de Davis alors qu’ils se dirigent vers des eaux plus chaudes plus au sud. Les données obtenues lors d’un déploiement à long terme d’étiquettes satellites (> 300 jours; n = 13) indiquent que les requins marqués ont passé environ la moitié de l’année à des températures comprises entre 5 à 7 °C; seules les eaux au sud du détroit de Davis se trouvent à de telles températures pendant cette période (Curry et al., 2014; Hussey et Devine, données inédites). Les étiquettes posées dans le cadre d’autres marquages à long terme (de 48 à 350 jours) de laimargues atlantiques capturées dans la baie Cumberland se sont détachées dans les eaux situées entre la mer du Labrador et l’extrémité nord de la baie de Baffin, ce qui vient soutenir encore plus l’hypothèse de la présence de voies migratoires entre ces régions (Campana et al., 2015). Il est possible que l’ampleur des déplacements annuels de l’espèce sur de longues distances soit sous-estimée si certains requins migrent de manière saisonnière entre le Haut‑Arctique et la région de la mer du Labrador (distance de migration aller‑retour d’au moins 2 000 km).

Edwards et al. (2022) ont constaté que certains individus munis d’une étiquette acoustique présentaient une fidélité aux eaux côtières où ils avaient été marqués ou ont détecté les mêmes individus dans le même réseau extracôtier au cours de plusieurs années. Les étiquettes satellites à long terme (> 300 jours) ont permis de noter que quelques requins dont les étiquettes se sont détachées se trouvaient dans un rayon d’environ 100 km des sites de marquage l’année suivante; cependant, les étiquettes de la plupart des requins ont été localisées dans d’autres milieux côtiers et/ou sur le plateau (Hussey et Devine, données inédites). Dans l’ensemble, les recherches par marquage au Canada donnent à penser que les laimargues atlantiques retournent dans les régions côtières (voire dans les mêmes sites) à la fin de l’été et au début de l’automne, visitant éventuellement plusieurs zones côtières et bras de mer pendant leur transit entre les eaux arctiques et l’habitat d’hivernage potentiel plus au sud. On ne sait pas si les déplacements sur de longues distances et les comportements potentiels de fidélité aux sites observés sont liés à la quête de nourriture ou à la reproduction.

Chez la laimargue atlantique, l’importance de la glace de mer et l’influence de sa présence saisonnière sur les déplacements sont largement inconnues. L’abondance de l’espèce sur les côtes pendant les mois d’été sans glace a fait l’objet de nombreuses descriptions (Fisk et al., 2012; Hussey et al., 2014; Campana et al., 2015; Devine et al., 2018), et le marquage acoustique à long terme a révélé que la plupart des requins se trouvant au Nunavut quittaient les fjords côtiers au début de la formation de la glace de mer (Edwards et al., 2022). Cependant, des mentions de prises accessoires de laimargues par la pêche sur glace en hiver au Nunavut (Bryk et al., 2018) et au Groenland (Jensen, 1914) ainsi que des activités de suivi acoustique actif sous la glace de mer (Skomal et Benz, 2004) indiquent qu’au moins certains requins fréquentent les eaux côtières couvertes de glace. Dans les années 1990, des pêcheurs de la communauté de Pangnirtung, au Nunavut, ont déclaré avoir vu davantage de prises accessoires de laimargues atlantiques au début de la période hivernale de la saison de pêche sur glace (NIRB, 2018). Cependant, les requins marqués en été n’ont pas été signalés sur les côtes pendant les périodes hivernales couvertes de glace, ce qui laisse croire à la possibilité de stratégies de déplacement disparates chez les individus de la région de Baffin (Edwards et al., 2022). Il est possible que certains requins résident toute l’année dans des milieux côtiers ou que leur période de résidence côtière soit prolongée ou inversée par rapport à celle des requins marqués en été. On ne sait pas comment les changements dans la phénologie et l’étendue de la glace de mer dus à l’accélération des changements climatiques dans l’Arctique (GIEC, 2023) auront des répercussions sur le comportement de la laimargue atlantique.

Relations interspécifiques

Régime alimentaire

La laimargue atlantique consomme une grande variété de proies, notamment des poissons, des crustacés, des mollusques et certains mammifères marins (Yano et al., 2007; McMeans et al., 2012;et al.). Des analyses d’isotopes stables (Fisk et al., 2002; Leclerc et al., 2012; Nielsen et al., 2014) confirment son rôle de prédateur au sommet du réseau trophique qui se nourrit à la fois de ressources benthiques et pélagiques (Fisk et al., 2002; McMeans et al., 2013). L’espèce pourrait donc jouer un rôle important dans les réseaux trophiques de l’Arctique.

Selon des analyses du régime alimentaire effectuées au Groenland, les poissons constituent les proies les plus importantes de la laimargue atlantique, mais des différences régionales ont été observées en ce qui concerne les principales espèces consommées. La morue franche (Gadus morhua) est la principale proie dans le sud‑ouest du Groenland, tandis que le loup tacheté (Anarhichas lupus) et le loup atlantique (A. minor) sont les proies prédominantes dans l’est du Groenland. Enfin, le contenu stomacal des laimargues atlantiques du nord‑ouest du Groenland est composé de morues franches, de loups ainsi que d’une grande proportion de tissus de mammifères (Nielsen et al., 2014). D’autres analyses de l’alimentation réalisées au large du Groenland ont révélé un changement ontogénétique du régime alimentaire, les requins de petite taille (< 200 cm) se nourrissant principalement de calmars et ceux de grande taille (> 200 cm) s’alimentant à des niveaux trophiques supérieurs, c’est-à-dire de poissons épibenthiques et benthiques, dont des gadidés, des raies, des poissons plats, des poules de mer, des loups, des sébastes (uniquement chez les requins de > 400 cm) et des phoques (Nielsen et al., 2019). Au Canada, le contenu stomacal de laimargues atlantiques (n = 14) capturées dans la baie Cumberland comptait principalement du flétan du Groenland, des gastéropodes et des amphipodes. La présence d’hameçons donne à penser que le flétan du Groenland a probablement été pris dans des palangres démersales déployées au moment de l’échantillonnage (Fisk et al., 2002). L’examen du contenu stomacal de quatre requins capturés près de Sainte‑Rose‑du‑Nord, le long de la rive nord de la rivière Saguenay, au Québec, a révélé des restes de poissons et de calmars, dont un flétan du Groenland presque entier dans l’un des estomacs. Deux estomacs contenaient des restes de mammifères marins, soit un phoque et un cétacé que l’on croit être un béluga en raison de sa couleur et de sa présence saisonnière dans le fjord du Saguenay (Marcil et al., 2002). Le contenu stomacal d’individus capturés au nord de l’île de Baffin comprenait des abats de phoque, de baleine et d’omble ainsi que divers organismes benthiques, notamment des gastéropodes, des amphipodes, des oursins, des laminaires et plusieurs capsules ovigères de raie (Beck et Mansfield, 1969).

La laimargue atlantique est également un charognard opportuniste. Cela est confirmé par la présence de mammifères terrestres et d’amphipodes nécrophages dans les analyses du contenu stomacal (Nielsen et al., 2014) et de nombreuses observations directes de requins se nourrissant de charognes (voir ci‑dessous). Certaines données probantes révèlent la capture de phoques vivants (Nielsen et al., 2014, 2019), mais cela n’a jamais été observé directement. Cependant, une grande partie des tissus de cétacés et de mammifères terrestres (par exemple caribou/renne [Rangifer tarandus], ours blanc [Ursus maritimus]) est présumée provenir de charognes (Nielsen et al., 2014). Le traçage génétique de tissus de petit rorqual (Balaenoptera acutorostrata) trouvés dans des estomacs de laimargues atlantiques du Svalbard a révélé que les requins avaient consommé des abats rejetés en mer lors de la chasse à la baleine (Leclerc et al., 2011). Un petit de marsouin commun (Phocoena phocoena), probablement mangé alors qu’il était mort‑né, a été trouvé dans l’estomac d’une laimargue atlantique capturée au large du talus nord‑est du Grand Banc de Terre‑Neuve (Williamson, 1963). Des chasseurs inuits ont signalé des blessures et des cicatrices sur des bélugas au Nunavut, mais ils les attribuent à des attaques infructueuses d’épaulards (Orcinus orca) et d’ours blancs, n’ayant trouvé aucune preuve de blessures causées par des requins. Il existe des mentions de laimargues atlantiques attaquant des carcasses de narval (Monodon monoceros) suite à des récoltes; d’autres observations de morsures de requin sur des narvals sont mentionnées, mais on ne sait pas si les narvals étaient vivants ou morts au moment d’être mordus (Stewart, 2001). On pensait autrefois que la laimargue atlantique s’attaquait aux phoques vivants au large de l’île de Sable, lui attribuant les blessures en « tire‑bouchon » présentes sur les carcasses de phoques échouées sur le rivage (Lucas et Natanson, 2010); toutefois, de nouvelles données probantes laissent croire que ces mortalités sont causées par des phoques gris (Halichoerus grypus) mâles adultes (Brownlow et al., 2016; van Neer et al., 2021).

Prédateurs et compétiteurs

Des restes de Somniosus spp. ont été trouvés dans le contenu stomacal de cachalots (Physeter macrocephalus) (Roe, 1969; Kawakami, 1980). On sait également que les épaulards du Pacifique se nourrissent de Somniosus pacificus (Ford et al., 2011). Puisque ces deux baleines se trouvent dans l’aire de répartition de la laimargue atlantique, elles peuvent en être des prédateurs possibles. En outre, les laimargues atlantiques cannibalisent leurs congénères capturés dans des engins de pêche fixes tels que les palangres et les filets maillants (Idrobo et Berkes, 2012; Grant et al., 2020).

Parasites

La plupart des laimargues atlantiques sont les hôtes du copépode Ommatokoita elongata, un parasite se fixant sur la cornée et souvent présent dans les deux yeux. Les taux d’infection sont élevés (> 90 %) dans l’est de l’Arctique canadien et dans les eaux du Groenland; cependant, une incidence plus faible de l’infection (< 10 %) a été observée dans l’estuaire du Saint‑Laurent et dans l’Atlantique Nord‑Ouest (Edwards et al., 2019). Les examens histologiques des yeux infectés ont révélé des lésions tissulaires et des traumatismes importants qui laissent présager de graves troubles de la vision et une cécité possible (Borucinska et al., 1998; Benz et al., 2002). Par conséquent, ces requins d’eau profonde ne dépendent probablement que très peu de la vision, ce qui peut être confirmé par la présence d’organes olfactifs bien développés (Ferrando et al., 2016). En outre, il existe une seule mention de l’Anelasma squalicola, une espèce de balane parasite, recueillie dans le cloaque d’une laimargue atlantique capturée près de Mittimatalik, au Nunavut. Il s’agit toutefois de la première et unique observation d’un parasite typiquement trouvé sur les requins hôtes des familles Etmopteridae et Scyliorhinidae; il pourrait donc s’agir d’un cas isolé ou rare (Ste Marie et al., 2024). Les répercussions des parasites sur la survie et la population sont inconnues.

Adaptations physiologiques, comportementales et autres

La laimargue atlantique semble préférer les températures plus basses, la plupart des observations étant faites à des températures inférieures à 5 °C (MacNeil et al., 2012). Les relevés par caméra‑appât qui ont été menés sur les côtes du Nunavut ont permis d’observer des requins à des températures de fond de -1,1 à 1,1 °C, avec une présence limitée d’individus dans les zones où la température est au-dessous de zéro (Devine et al., 2018). Dans les sites de pêche où la laimargue atlantique a été capturée dans le cadre des études du MPO à Terre‑Neuve, la température moyenne du fond de l’eau était de 3,6 °C (fourchette : 0,9-5,1 °C) et de 2,6 °C (fourchette : 0,1-3,9 °C) lors des relevés automnaux et printaniers, respectivement (Simpson et al., 2018). Les requins munis d’une étiquette qui sont présents dans l’estuaire du Saint‑Laurent ont occupé des eaux d’une température de -1,1 à 8,6 °C, et se trouvaient la plupart du temps dans des eaux de 4 à 6 °C (Stokesbury et al., 2005). Selon des étiquettes posées par Campana et al. (2015), les laimargues atlantiques de l’Arctique occupaient des eaux d’une température moyenne de 2,6 °C, comparativement à 7,9 °C pour les individus de l’Atlantique Nord-Ouest au large du sud des bancs de Terre‑Neuve et du plateau néo-écossais. Cette étude met en évidence la grande tolérance thermique de l’espèce, car les étiquettes ont révélé des températures variant de -1,8 à 17,2 °C.

D’autres aspects de la physiologie de la laimargue atlantique sont mal connus. Les analyses de l’hémoglobine ont révélé des effets possibles sur l’adaptation liés à l’affinité des isoformes Hb pour l’oxygène (Russo et al., 2017; di Prisco et al., 2020). On a en effet constaté, chez l’espèce, une forte affinité du sang pour l’oxygène et un faible effet Bohr, traits courants chez les élasmobranches lents; l’affinité du sang pour l’oxygène n’a que très peu réagi dans des conditions simulées de réchauffement de l’océan (Herbert et al., 2017). La réponse au stress induit par la capture a révélé une faible corrélation positive des valeurs de lactate sanguin avec la profondeur de pêche et la longueur du corps (Barkley et al., 2017), mais les corrélations entre la température de l’eau ou la survie après la remise à l’eau, d’une part, et la valeur adaptative globale des prises accessoires de laimargues atlantiques, d’autre part, sont inconnues.

Compte tenu de sa longévité, de sa position au sommet du réseau trophique et de sa vaste aire de répartition dans l’Arctique, la laimargue atlantique a fait l’objet de plusieurs études portant sur la bioaccumulation et la dispersion/distribution des contaminants dans les eaux arctiques. Tous les tissus de l’espèce étudiés à ce jour indiquaient une bioaccumulation de contaminants inorganiques et organiques (di Prisco et al., 2020), mais on ne connaît pas bien les mécanismes sous‑jacents des adaptations biochimiques et physiologiques nécessaires pour déterminer la vulnérabilité (di Prisco et al., 2020).

La fréquence d’alimentation de la laimargue atlantique est inconnue. Récemment, le taux métabolique moyen des individus sur une période de 1 an a été estimé à 25,48 ± 0,47 mg O2 h-1 kg-0,84, ce qui correspond à des taux de consommation de proies pour un requin de taille moyenne (224 kg) de 193 g de poisson ou 61 g de tissu de mammifère marin par jour (Ste Marie et al., 2022). Ste Marie et al. (2022) indiquent en outre que, selon la température et la capacité de l’espèce à stocker de l’énergie dans ses tissus, un seul phoque juvénile (approximativement 25 kg) pourrait fournir une valeur calorique suffisante pour soutenir un individu pendant plus de 365 jours sans qu’il ait à se nourrir. Cela peut être confirmé par l’observation d’un jeune phoque trouvé intact dans le contenu stomacal d’une laimargue atlantique capturée près de Pond Inlet, au Nunavut, bien après la période de mise bas, ce qui laisse croire que le petit avait été consommé environ 5 mois auparavant (NCRI, 2024). Ces faibles besoins énergétiques combinés à un comportement d’alimentation opportuniste et généraliste donnent à penser que la laimargue atlantique a probablement une vaste niche alimentaire et qu’elle peut être relativement résistante aux périodes de disponibilité alimentaire limitée.

Le séquençage récent du génome a révélé que l’espèce possède l’une des plus grande taille de génome chez les non-tétrapodes du règne animal, soit 6,45 Gb (Sahm et al., 2024). Cette analyse a également révélé que 70,6 % du génome était constitué de répétitions, soit le taux le plus élevé jamais observé chez des requins. Les gènes spécifiquement dupliqués dans le génome de la laimargue atlantique semblent former un réseau de gènes fonctionnellement liés et impliqués dans la réparation de l’ADN, ce qui pourrait favoriser la longévité observée chez cette espèce.

Facteurs limitatifs

Les principaux facteurs limitatifs pour la laimargue atlantique sont une croissance lente, une maturation tardive, une fécondité inconnue, mais potentiellement limitée, une périodicité de reproduction inconnue et une durée de génération remarquablement longue, autant de traits associés à un faible taux de croissance intrinsèque de la population, qui pourrait entraver le rétablissement (voir la section Biologie).

Taille et tendances des populations

Sources de données, méthodes et incertitudes

Aucune évaluation de la population n’a été réalisée pour estimer l’abondance de la laimargue atlantique et aucune donnée n’est actuellement disponible sur la taille de la population au Canada. Tous les renseignements disponibles sur l’abondance et les tendances sont dérivés de données dépendant des pêches, à l’exception d’une tentative d’estimation de l’abondance locale dans les zones côtières du Nunavut à l’aide de caméras appâtées.

Les données des pêches réunissent notamment les captures passées de la pêche dirigée visant à obtenir de l’huile de foie, les prises accessoires enregistrées dans les journaux de bord et les observations réalisées par des observateurs en mer lors d’activités halieutiques. Les chiffres des captures passées sont incertains, car les débarquements étaient souvent déclarés en « barils d’huile de foie », ce qui nécessite une estimation du nombre de requins nécessaires à la production d’un baril. Le nombre de prises accessoires contemporaines est également très incertain, car les prises de laimargues atlantiques sont toujours en grande partie déclarées en tant que poids total des prises et non en tant que nombre de requins, sauf dans les rapports à la région du l’Arctique du MPO rédigés par des observateurs en mer, qui sont tenus depuis 2016 d’indiquer la longueur des requins, paramètre requis pour calculer le nombre de prises. En outre, puisqu’il est possible que les pêcheurs sous-déclarent les prises dans leurs journaux de bord et que, selon les estimations, la plupart des pêches canadiennes ont une couverture des observateurs en mer de moins de 5 % (Bowlby et al., 2024), les valeurs des prises accessoires sous-estiment les prélèvements réels dans une mesure inconnue. Les données disponibles sur les prises accessoires de laimargues atlantiques ne sont pas accessibles au public, pas plus que les données relatives à l’effort de pêche des pêches commerciales et à la couverture réelle par les observateurs en mer, qui permettraient de mettre à l’échelle les valeurs observées pour estimer les prises accessoires de laimargues atlantiques à l’échelle de la flotte. Ces données n’ayant pas été fournies, ces estimations n’ont pas été produites. On a estimé les prises accessoires totales à l’échelle de la flotte dans le cas d’autres espèces de requins (par exemple requin‑taupe commun [Lamna nasus]; Bowlby et al., 2024); cet exercice est précieux pour évaluer la mortalité potentielle attribuable aux pêches. Il faut toutefois noter, étant donné la faible couverture des observateurs en mer (< 5 %) dans la plupart des pêches, que les taux totaux de prises accessoires seraient probablement encore sous-estimés.

Un relevé par caméra appâtée a eu lieu à la fin des étés 2015 et 2016 dans les eaux situées à l’intérieur et à proximité de l’aire marine nationale de conservation Tallurutiup Imanga, près d’Igloolik et d’Ikpiarjuk (figure 4). Lors du relevé, on a utilisé des modèles existants pour estimer les densités théoriques de requins entre les sites d’échantillonnage (Devine et al., 2018). Toutefois, ces estimations sont soumises à plusieurs hypothèses, ne s’appliquent qu’à la période estivale et ne concernent qu’une partie relativement petite de l’aire de répartition de l’espèce; elles ne peuvent donc être utilisées que pour générer des estimations de l’abondance locale.

Kulka et al. (2020), dans le cadre de leur évaluation pour la Liste rouge de l’UICN de la laimargue atlantique, présentent la première tentative de reconstruction de la population de l’espèce. Des estimations de la population par Kulka et al. (2020) ont été reconstituées à l’aide d’un modèle de croissance logistique de Schaeffer selon plusieurs scénarios de capacité de charge et de durée de génération. Cela a permis d’obtenir une gamme d’estimations de la taille de la population, mais il existe une grande incertitude encourant les paramètres du cycle vital requis pour les entrées du modèle (voir les documents supplémentaires de Kulka et al., 2020 pour de plus amples renseignements). Il est nécessaire d’obtenir plus d’information sur la reproduction, les taux de mortalité, l’âge à maturité et la durée de vie de l’espèce pour réduire l’incertitude entourant les estimations de la taille et des tendances actuelles de la population.

Abondance

Il n’existe actuellement aucune estimation du nombre de laimargues atlantiques dans les eaux canadiennes ou ailleurs dans le monde. Compte tenu de la vaste aire de répartition géographique, qui s’étend jusqu’aux eaux saisonnièrement couvertes de glace, de la faible résolution des déplacements entre les zones côtières et extracôtières et de la possibilité de migrations saisonnières du nord au sud, les méthodes de relevé traditionnelles permettant d’estimer l’abondance sont difficiles à mettre en œuvre et risquent de ne pas produire d’estimations complètes.

Dans le cadre de relevés par caméra appâtée, on a estimé que les densités locales sur le littoral à la fin de l’été peuvent être élevées (> 10 individus par km2) dans certaines régions de l’est de l’Arctique canadien et sont composées principalement de requins immatures d’une longueur moyenne d’environ 2,5 m (Devine et al., 2018). Cependant, les estimations de la densité sont spécifiques à un site et ne peuvent donc pas être utilisées pour déduire des estimations d’abondance plus larges. Hedeholm et al. (2018) estiment que l’abondance serait de 100 000 individus le long du plateau continental de l’ouest du Groenland, entre Upernavik et le sud du Groenland, d’après des études annuelles au chalut démersal. La capacité de capture de laimargues atlantiques dans les chaluts utilisés pour le relevé est incertaine, et on ne sait donc pas si les captures réalisées dans le cadre du relevé reflètent l’abondance réelle.

Fluctuations et tendances

L’incohérence et/ou le manque de fiabilité des données relatives aux prises accessoires empêchent d’évaluer les tendances ou les fluctuations des taux de prises accessoires de l’espèce au fil du temps. Les relevés annuels en plongée effectués sur le même site à Baie‑Comeau (estuaire du Saint‑Laurent, Québec) de 2003 à 2012 ont permis d’observer fréquemment la laimargue atlantique chaque année jusqu’à ce que les effectifs commencent à diminuer, vers 2008. Un seul individu a été observé en 2012 et il n’y a eu aucune observation depuis, malgré un effort et une période de plongée similaires dans la région et des observations occasionnelles de requins ailleurs dans l’estuaire du Saint‑Laurent (J. Gallant, comm. pers., 2003). Toutefois, on ne sait pas si ces changements résultent de modifications de l’aire de répartition ou d’une baisse de l’abondance.

Depuis des décennies, Pêches et Océans Canada effectue des relevés plurispécifiques annuels au chalut, et on y observe parfois la laimargue atlantique. Cependant, la variabilité de la couverture des strates profondes, dans certaines zones, est intermittente et sous‑déclarée lorsque de nombreux requins sont capturés ensemble. Cela entraîne alors un trait de chalut « non valide », où les captures ne peuvent pas être enregistrées, et des taux de capture globalement faibles ou variables avec des durées de trait de chalut relativement courtes qui empêchent l’utilisation de ces données pour l’examen des tendances au fil du temps.

Un relevé annuel à la palangre benthique a été effectué dans la baie Cumberland dans le cadre d’une évaluation des stocks de flétan du Groenland depuis 2011. Ce relevé permet d’observer régulièrement des laimargues atlantiques comme prises accessoires, mais les taux de capture sont très variables tout au long de la série chronologique et aucune tendance notable en matière d’abondance ne s’est dégagée (Hedges, pers. comm., 2024).

Des trajectoires de population produites dans l’évaluation des espèces de l’UICN par Kulka et al. (2020) représentent la seule tentative d’examen des changements et des tendances possibles de la population au fil du temps. Les populations ont été reconstituées à l’aide d’un modèle de croissance logistique de Schaeffer testant trois scénarios de capacité de charge potentielle de durée de génération, compte tenu de la grande incertitude entourant les paramètres du cycle vital. Ces trois scénarios ont donné lieu à un large éventail de résultats assortis d’une grande incertitude ainsi que des valeurs incertaines ou inconnues associées aux paramètres du cycle vital et aux prélèvements des pêches au fil du temps. Le scénario préféré des auteurs utilise une durée de génération modérée de 150 ans et estime que la population a diminué de 57 % au cours des 420 dernières années (avec une fourchette de 9 à 100 %); cependant, d’autres scénarios ont donné lieu à des déclins estimés de 1 à 100 %, ce qui n’a pas permis de clarifier les tendances de la population. Cette grande incertitude rend l’interprétation de ces résultats difficile, et il n’est pas certain que la population canadienne suive cette tendance mondiale.

Immigration de source externe

Les études de marquage indiquent une forte connectivité dans la baie de Baffin (entre le Canada et le Groenland) et des déplacements d’individus entre la baie de Baffin et les eaux situées au sud du détroit de Davis ainsi que plus au sud entre le Canada et les États‑Unis. En dehors de ces régions, l’étendue du mélange entre les parties ouest et est de l’aire de répartition est inconnue. Le Canada ne représente qu’une partie de l’habitat disponible pour la laimargue atlantique. On ne sait pas si la reproduction a lieu dans les eaux canadiennes : la plupart des laimargues atlantiques observées dans l’Arctique canadien semblent être des juvéniles immatures (Hussey et al., 2014; Devine et al., 2018), ce qui laisse entendre qu’il est peu probable que l’accouplement se produise à cet endroit; cependant, des individus plus grands et possiblement matures ont été observés dans les eaux canadiennes de l’Atlantique (Simpson et al., 2018), mais des données supplémentaires sur la maturité dans le sud du Canada sont requises. De grands individus matures et des nouveau‑nés de taille proche de celle à la naissance ont été observés en dehors du Canada, ce qui laisse supposer que l’accouplement et la mise bas pourraient avoir lieu ailleurs (Nielsen, comm. pers., 2024); on ne sait toutefois pas si cela pourrait atténuer les déclins dans les eaux canadiennes.

Menaces

Tendances passées, à long terme et actuelles en matière d’habitat

L’importance relative des divers milieux aux différents stades du cycle vital de la laimargue atlantique est inconnue, et l’écologie des déplacements est mal comprise. Par conséquent, il existe peu de données permettant d’évaluer les modifications de la quantité et de la qualité de l’habitat pour l’espèce. La laimargue atlantique possède une vaste aire de répartition géographique et est connue pour occuper une large gamme de profondeurs et de températures, mais avec une préférence notable pour les eaux plus froides. Comme l’espèce se trouve dans des régions où les changements climatiques se produisent à un rythme accéléré (GIEC, 2023), elle subit sans aucun doute des changements dans son habitat. En outre, les changements climatiques devraient permettre le prolongement des saisons de pêche et l’expansion des activités de pêche vers le nord, dans des eaux de plus en plus libres de glace. L’effort de pêche pourrait donc augmenter, après le déplacement des espèces boréales vers le nord (Tai et al., 2019), ce qui pourrait faire accroître les menaces découlant des pêches pour la laimargue atlantique (voir la section Menaces actuelles et futures ci‑dessous).

Menaces actuelles et futures

La laimargue atlantique est vulnérable aux effets cumulatifs de diverses menaces, en particulier la surpêche par capture accidentelle en tant que prises accessoires. La nature, la portée et la gravité de ces menaces sont décrites à l’annexe 1, selon le système unifié de classification des menaces de l’UICN-CMP (Union internationale pour la conservation de la nature – Partenariat pour les mesures de conservation; voir Salafsky et al. [2008] pour les définitions, et Master et al. [2012], pour les lignes directrices). Le processus d’évaluation des menaces consiste à évaluer l’impact de chacune des 11 grandes catégories de menaces et de leurs sous‑catégories, en fonction de la portée (proportion de la population exposée à la menace au cours des 10 prochaines années), de la gravité (déclin prévu de la population au cours des 10 prochaines années ou des 3 prochaines générations, selon la période la plus longue, jusqu’à environ 100 ans) et de l’immédiateté de chaque menace. Le calcul de l’impact global des menaces tient compte des impacts de chacune des catégories de menaces et peut être ajusté par les spécialistes des espèces qui participent à l’évaluation des menaces.

L’impact global des menaces pesant sur la laimargue atlantique est considéré comme « inconnu » selon une accumulation de menaces crédibles pour lesquelles la gravité est inconnue.

Menace 5 de l’UICN-CMP – utilisation des ressources biologiques

5.4 Pêche et récolte de ressources aquatiques

La laimargue atlantique est signalée comme une prise accessoire dans une grande variété de pêches démersales au chalut, à la palangre et au filet maillant dans l’ensemble de son aire de répartition. Selon une étude fondée sur des données publiées et des rapports d’observateurs en mer, au moins 3 500 individus seraient capturés chaque année dans le monde en tant que prises accessoires (voir Kulka et al., 2020). Cependant, ce nombre peut être considéré comme une sous‑estimation grossière du nombre réel pour plusieurs raisons : dans de nombreuses pêches où des laimargues sont capturées en tant que prises accessoires, la couverture des observateurs en mer est bien inférieure à 100 % (couverture réelle de 0 à 5 %), les mentions dans les journaux de bord et les taux de déclaration sont variables, et ce ne sont pas toutes les zones de pêche qui font l’objet de données (Wheeland et al., 2018). De plus, les prises n’étaient pas consignées par le passé et ne le sont toujours pas dans la plupart des pêches. Seules des données sur le poids total des prises estimé visuellement sont recueillies, et c’est à partir d’elles que les estimations du nombre de requins sont calculées en fonction du poids moyen présumé d’un requin adulte.

Au Canada, les données sur les prises accessoires de laimargues atlantiques proviennent essentiellement des observateurs en mer. Selon les données de ces derniers, les prises accessoires de laimargues atlantiques dans les eaux canadiennes à la fin des années 1980 étaient d’au moins 800 tonnes (environ 3 200 individus, uniquement selon des observations), mais ont considérablement diminué après l’introduction de la grille Nordmore dans les pêches à la crevette au chalut démersal et la réduction potentielle de la zone de chalutage au début des années 1990 (MacNeil et al., 2012; Kulka et al., 2020). Les prises accessoires actuelles au Canada proviennent en grande partie des pêches démersales au chalut, à la palangre et au filet maillant ciblant le flétan du Groenland ainsi que d’autres pêches en eaux profondes. Des prises accessoires de laimargues atlantiques ont été signalées dans les pêches des divisions suivantes de l’OPANO (données spécifiques aux pêches non accessibles au public ou fournies par le MPO) : 0AB, 2GHJ, 3KLNOPs, 4RST, 4VC, 4VN, 4W et 4X (figure 5). La laimargue atlantique fait également partie des prises accessoires de la pêche à la palangre côtière à petite échelle, comme dans la baie Cumberland, au Nunavut. Le nombre moyen de prises accessoires de requins dans les pêches hivernales à la palangre dans la baie Cumberland ont été estimées à 1,1 requin par 1 000 hameçons (1989 à 2006); par contre, le nombre de prises accessoires dans une pêche estivale en eaux libres, toujours dans la baie Cumberland, était considérablement plus élevé en 2009, avec une moyenne de 6,3 requins par 1 000 hameçons (Bryk et al., 2018).

Selon les modèles de répartition de l’espèce explorant la variabilité spatiotemporelle des prises accessoires de laimargues atlantiques dans l’Atlantique Nord‑Ouest, le nombre de prises accessoires était le plus élevé dans les eaux profondes des sous-zones 2 et 3 de l’OPANO; de plus, le taux de prises accessoires était élevé par rapport à l’effort de pêche pendant les périodes de décembre à mars et d’août à septembre (Simpson et al., 2021). Des modélisations semblables dans la région de la baie de Baffin ont révélé une probabilité élevée de prises accessoires dans les eaux côtières de la division 0A de l’OPANO, mais une probabilité plus élevée de prises accessoires de requins de grande taille dans le nord du détroit de Davis (division 0B), et les résultats globaux indiquent une augmentation des prises accessoires pendant les mois d’hiver par rapport aux mois d’été dans la baie de Baffin (Yan et al., 2022).

Les mentions des observateurs en mer en ce qui concerne le total des prises accessoires de laimargues atlantiques provenant de toutes les pêches indiquent que les prises accessoires annuelles de 2000 à 2021 variaient entre 51 et 198 tonnes (moyenne de 125,5 t par année; Simpson, comm. pers., 2023). En supposant que le poids moyen d’un requin est de 250 kg, cela correspond à une estimation de 204 à 792 individus (moyenne de 502,2 requins par an) capturés chaque année (tableau 1). Il convient de noter que ces valeurs ne concernent que les prises accessoires observées, qu’elles ne sont pas mises à l’échelle en fonction de la couverture des observateurs en mer et que de nombreuses pêches ne sont pas couvertes à 100 % par des observateurs en mer. Par exemple, de nombreuses pêches dans l’Atlantique canadien n’ont qu’une couverture annuelle de 0 à 5 % (DNV, 2024), bien que la couverture des pêches au chalut dans les divisions 0A et 0B de l’OPANO soit près de 100 %. La couverture des observateurs dans d’autres zones n’est pas uniforme et se situe à des niveaux inférieurs. Qui plus est, comme il existe des différences dans les rapports publiés sur les prises accessoires, il faut considérer toute estimation fondée sur des données d’observateurs comme une sous‑estimation (peut‑être substantielle) des véritables prises accessoires de laimargues atlantiques. Des données supplémentaires sont nécessaires pour dissiper l’incertitude concernant les estimations des prises accessoires. En effet, puisque les données sur les prises accessoires observées aux fins du présent rapport n’ont pas été fournies sous forme de séries chronologiques par pêche et que les données nécessaires pour calculer la couverture des observateurs parmi les flottes n’ont pas été rendues publiques, il n’a pas été possible d’apporter les ajustements d’échelle requis pour estimer les prises accessoires de laimargues atlantiques à l’échelle de la flotte au Canada.

Tableau 1. Données des observateurs en mer sur les prises accessoires annuelles de laimargues atlantiques dans les pêches canadiennes. Estimation du nombre d’individus générée en utilisant un poids moyen par individu de 250 kg (voir Kulka et al., 2020). Remarque : De nombreuses pêches représentées dans le tableau de données ne sont pas couvertes à 100 % par des observateurs; il faut donc considérer ces données comme étant des sous‑estimations des prises accessoires totales de laimargues atlantiques au Canada (Fisheries and Oceans, comm. pers.).
Année Tonnes Nombre estimé d’individus
2000 77 308
2001 162 648
2002 187 748
2003 183 732
2004 101 404
2005 160 640
2006 177 708
2007 198 792
2008 116 464
2009 73 292
2010 90 360
2011 160 640
2012 110 440
2013 175 700
2014 97 388
2015 129 516
2016 127 508
2017 120 480
2018 68 272
2019 112 448
2020 51 204
2021 89 356

Bien que toutes les prises accessoires de laimargues atlantiques soient remises à l’eau au Canada, les taux de mortalité à bord des navires (requins morts lors de la capture) et après la remise à l’eau (requins morts à la suite d’un stress lié à la capture ou d’une blessure dans les jours ou les semaines suivant la remise à l’eau) des requins rejetés ne sont pas bien connus et varient probablement en fonction du type d’engin utilisé. Pour les engins mobiles tels que les chaluts de fond, la proportion de requins morts au moment de la remise à l’eau était nettement plus élevée (approximativement 36 % contre approximativement 16 % pour les palangres; Bryk et al., 2018) et positivement corrélée avec la durée du trait de chalut et le poids total des prises dans le chalut. Si l’on examine les laimargues atlantiques capturées dans des chaluts, puis relâchées avec une étiquette satellite détachable destinée à estimer le taux de mortalité 30 jours après la remise à l’eau, on constate qu’environ 35 % des requins relâchés vivants ne survivent pas (n = 41 requins; Hussey et Devine, données inédites). Les méthodes de manipulation et de rejet varient probablement d’une pêche à l’autre et d’un navire à l’autre, mais elles pourraient grandement influer sur le taux de survie des individus remis à l’eau. D’autres recherches s’imposent pour déterminer comment certaines pratiques, comme le fait de hisser des requins par‑dessus bord par la queue, ont des répercussions sur la survie après la remise à l’eau. On pense que les taux de mortalité par rejet sont beaucoup plus faibles dans les pêches à la palangre, en particulier si les requins sont simplement accrochés par la bouche et manipulés avec soin au moment de la remise à l’eau (par exemple décrocher l’hameçon sans endommager la mâchoire, réduire au minimum le temps passé à la surface). Toutefois, les laimargues atlantiques capturées par des palangres sont susceptibles de s’empêtrer dans la ligne principale qui, si elle est trop serrée autour du corps, peut entraîner des taux de mortalité plus élevés (mortalité par strangulation ou mortalité découlant des blessures causées par les efforts déployés pour démêler les requins de l’engin). Les taux de mortalité liés à la pêche au filet maillant sont inconnus, mais on présume qu’ils sont élevés, étant donné que les laimargues respirent par « ventilation par poussée » (elles doivent nager sans cesse pour respirer) et qu’une mortalité par suffocation de 100 % a été observée dans les filets maillants fixes chez d’autres espèces respirant de cette façon (Bowlby et al., 2024). En outre, des appâts ont récemment été ajoutés aux filets maillants des pêches dans l’Arctique et l’Atlantique canadiens, augmentant ainsi les captures par unité d’effort de laimargues atlantiques par rapport aux filets maillants non appâtés (Bayse et Grant, 2020). Des analyses du contenu stomacal d’individus capturés dans la rivière Saguenay, au Québec, ont révélé la présence d’un morceau de filet maillant dans un estomac (Marcil et al., 2002) et d’un filet de pêche dans l’intestin d’une laimargue atlantique capturée près de Pond Inlet, au Nunavut (NCRI, 2024), ce qui laisse croire que les requins peuvent avaler accidentellement des engins de pêche, peut‑être lorsqu’ils tentent de se nourrir de poissons ou d’appâts enchevêtrés. De plus amples renseignements sur la mortalité après remise à l’eau pour tous les engins de pêche et des estimations justes des taux actuels de prises accessoires sont nécessaires pour établir des limites de mortalité causées par les pêches pour l’espèce.

Peu de mesures ont été mises en place pour réduire les prises accessoires de laimargues atlantiques après l’introduction de la grille d’exclusion Nordmore dans les pêches à la crevette au chalut de fond, et ces mesures ont porté exclusivement sur les pêches démersales à la palangre. Dans la baie Cumberland, des expériences de modification des palangres ont révélé que les avançons composés de monofilament capturaient moins de laimargues atlantiques que le matériel en nylon tressé actuellement utilisé (Grant et al., 2020). Une seule étude, réalisée par Edwards et al. (2018), a exploré de manière plus approfondie le potentiel des hameçons métalliques électropositifs en tant que moyens de dissuasion pour réduire les prises accessoires de laimargues atlantiques. Malheureusement, cette étude n’a pas permis de constater que ce matériel magnétique enroulé autour des hameçons dissuadait les laimargues de s’en approcher et n’a pas non plus réduit les taux globaux de prises accessoires.

Le réchauffement des eaux arctiques a allongé la saison des eaux libres et fait augmenter le potentiel d’expansion vers le nord des pêches commerciales visant des espèces se trouvant généralement plus au sud. Ce potentiel de développement de nouvelles pêches ainsi que l’expansion des pêches existantes dans des eaux précédemment non exploitées, plus au nord, pourrait accroître les taux de prises accessoires de laimargues atlantiques à l’avenir (Edwards et al., 2019).

L’espèce est souvent perçue comme une nuisance par les pêcheurs, ce qui explique la persécution qu’elle a subie dans le passé et qu’elle continue de subir ainsi que les tentatives de contrôle de l’abondance dans certaines régions. Des cas de laimargues capturées accidentellement et dont la queue a été coupée avant d’être relâchés ont été signalés au Canada, en Islande et au Groenland (Davis et al., 2013). Castro et al. (1999) notent que le gouvernement de la Norvège a subventionné le prélèvement de laimargues atlantiques afin de réduire les niveaux de population dans l’ouest du pays au cours des années 1970. De même, des municipalités de l’ouest du Groenland ont, par le passé, offert des primes aux pêcheurs en échange de museaux de requin afin de réduire l’abondance locale de l’espèce. Bien que les primes n’existent plus, la laimargue atlantique est toujours perçue comme un parasite qui cause la perte d’engins et de captures, et il arrive donc que des individus soient tués avant d’être rejetés à l’eau. On ne sait pas dans quelle mesure la persécution et le contrôle persistent, et aucune estimation de la mortalité des requins attribuée à cette menace n’existe.

Pendant des siècles, la laimargue atlantique a fait l’objet d’une pêche ciblée pour son huile de foie, principalement au Groenland, en Islande, en Norvège et en Russie (FAO, 2022). Les premières mentions remontent à 1624, avec la déclaration de 111 600 litres d’huile de foie exportés. Les exportations annuelles subséquentes variaient de 29 280 à 209 040 litres. Sachant qu’il faut 1,5 baril de foie brut pour produire 1 baril d’huile (approximativement 120 litres par baril) et qu’un requin du Groenland de 4,2 m ayant un foie d’environ 50 kg (MacNeil et al., 2012) produirait environ 33 litres d’huile, on peut estimer la récolte à 3 382 requins en 1624 et à de 887 à 6 334 requins par an les années suivantes. Les récoltes se sont poursuivies et la demande accrue en Europe a entraîné une expansion de la pêche au requin tout au long du 19e siècle, passant de 7 364 requins (2 025 barils d’huile) en 1819 à 47 273 requins (13 000 barils d’huile) en 1867 (MacNeil et al., 2012). Plus de 32 000 individus ont été déclarés lors de récoltes au Groenland en 1910 (Jensen, 1914), et les prises ont atteint leur maximum peu de temps après, la Norvège déclarant 2,8 millions de kilogrammes d’huile de foie (environ 58 000 individus) en 1948 (MacNeil et al., 2012). Dans les années 1960, la pêche a cessé à cause de la chute de la valeur marchande de l’huile de foie à la suite de l’arrivée des huiles synthétiques (FAO, 2022). Depuis la fin de cette pêche, les laimargues atlantiques continuent d’être ciblées par la pêche artisanale à petite échelle en Islande et au Groenland. Les requins sont principalement capturés à l’aide de palangres démersales ou d’engins à hameçons et à lignes et, occasionnellement, de filets maillants. Depuis 1980, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’aquaculture (FAO) fait état de captures annuelles allant de 6 à 163 tonnes, avec une moyenne d’environ 52 tonnes par an au cours de cette période. Ces dernières années, la FAO a signalé une augmentation des prises de laimargues atlantiques, soit une moyenne annuelle de 98 tonnes au cours des 5 dernières années (figure 10; FAO, 2022).

Figure 10. Diagramme à barres illustrant les captures annuelles de laimargues atlantiques de 1980 à 2020. Veuillez lire la description longue.

Veuillez voir la traduction française ci-dessous :

Tonnes – live weight = Tonnes - poids vif

Year = Année

Figure 10. Captures annuelles (en tonnes) de laimargues atlantiques déclarées par la FAO (FAO, 2022).

Description longue

Le diagramme à barres montre l’année sur l’axe des x et le poids vif sur l’axe des y, selon une fourchette de 0 à 180 tonnes. De 1980 à 2016, les captures ont varié entre 20 et 70 tonnes la plupart des années. De 2011 à 2013 et en 2015, les captures étaient inférieures à 20 tonnes. En 1998, 2017, 2018 et 2020, les captures étaient supérieures à 80 tonnes. En 2018, les captures étaient particulièrement élevées, soit d’un peu plus de 160 tonnes, et en 2017, elles étaient de 110 tonnes.

L’utilisation de subsistance que font depuis toujours les Inuits du Groenland comprend l’utilisation de la peau de laimargue atlantique pour la fabrication de bottes et de dents pour la création de couteaux (FAO, 2022). Le Groenland poursuit une pêche de subsistance individuelle à petite échelle de la laimargue atlantique dans le nord-ouest et l’est aux fins de consommation humaine et d’alimentation des chiens de traîneau (Hedeholm et al., 2018). La viande peut être considérée comme toxique lorsqu’elle est consommée fraîche et en grandes quantités, c’est pourquoi elle est le plus souvent préalablement traitée par lavage ou fermentation avant d’être consommée (MacNeil et al., 2012).

Menace 11 de l’UICN – Changements climatiques et phénomènes météorologiques violents

11.1 Déplacement et altération de l’habitat

La laimargue atlantique se trouve principalement dans les eaux arctiques et subarctiques, où les conséquences des changements climatiques d’origine humaine se manifestent de manière prononcée et accélérée (GIEC, 2023). Il est donc possible que l’espèce subisse des changements d’habitat susceptibles d’avoir des effets sur sa répartition, sa valeur adaptative et la dynamique de sa population au Canada. La hausse des températures a notamment entraîné une réduction de l’étendue moyenne annuelle de la glace de mer de 3,5 à 4,1 % par décennie, de 1979 à 2012, et selon des scénarios d’émissions élevées, l’Arctique canadien pourrait être libre de glace en été d’ici la fin du 21e siècle (GIEC, 2023). Les répercussions directes sur l’espèce ne sont pas évidentes. Certaines données laissent croire que la glace de mer saisonnière pourrait être une cause des déplacements des individus (Edwards et al., 2022) et que les changements dans la phénologie de la glace de mer pourraient avoir des effets négatifs sur la dynamique des proies dans la région (Edwards et al., 2019). On ne connaît ni la sensibilité ni la capacité d’adaptation de la laimargue atlantique à ces effets. Comme l’espèce tolère une vaste gamme de températures (voir la section Habitat), a une large aire de répartition comprenant des occurrences dans des eaux plus profondes bien au‑delà de son aire de répartition principale (voir la section Répartition), est en mesure de se déplacer sur de longues distances (voir la section Déplacements, migration et dispersion) et a un comportement d’alimentation opportuniste/généraliste avec des besoins énergétiques potentiellement faibles, il est possible qu’elle ait une capacité d’adaptation élevée et/ou la capacité de s’éloigner de ces effets.

Nombre de localités établies en fonctions des menaces

La laimargue atlantique est très mobile et capable de parcourir de longues distances. Les individus observés occupent un large éventail de milieux dans l’Atlantique Nord et l’Arctique. À l’heure actuelle, on estime que l’espèce ne compte qu’une seule population, et la principale menace découle des prises accessoires dans l’ensemble de son aire de répartition, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des eaux canadiennes. L’espèce est susceptible d’être capturée par divers engins de pêche et est très mobile; ainsi, en l’absence de toute modification des engins visant à réduire les captures, la menace que représentent les prises accessoires est réputée être présente partout où les pêches et l’aire de répartition de l’espèce se chevauchent, d’où l’utilisation d’une seule localité.

Protection, statuts et activités de rétablissement

Statuts et protection juridiques

La laimargue atlantique n’est pas inscrite à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril, et elle n’est pas non plus protégée ou réglementée au titre d’une loi provinciale ou territoriale, ou d’une autre loi fédérale canadienne. Au Canada, les requins capturés accidentellement dans les pêches commerciales doivent être remis à l’eau vivants s’ils ne sont pas débarqués, mais il n’existe pas de lignes directrices spécifiques concernant la manipulation et la remise à l’eau des laimargues atlantiques ni de limites de prises accessoires. L’espèce n’est pas non plus inscrite à l’Endangered Species Act des États‑Unis ni ne figure dans la législation des autres pays où elle est présente (par exemple Groenland [Danemark], Islande, Norvège, Russie).

L’OPANO prévoit des mesures de protection de la laimargue atlantique à l’article 12 de ses mesures de conservation et d’application, notamment l’interdiction pour les navires de pêche de l’OPANO de mener une pêche ciblée de l’espèce et l’obligation pour chaque navire de déployer tous les efforts raisonnables pour réduire au minimum les captures accidentelles et la mortalité et, dans les cas où les individus sont vivants, de les relâcher de manière à leur causer le moins de dommage possible (NAFO, 2022). Après la 44e réunion annuelle de l’OPANO, qui s’est tenue en septembre 2022, les parties membres ont convenu d’interdire la conservation des prises de laimargues atlantiques dans la zone de réglementation de l’OPANO.

Statuts et classements non juridiques

NatureServe n’a pas classé la laimargue atlantique au niveau mondial (GNR), mais a établi des statuts à l’échelle provinciale/territoriale pour le Nunavut (non classée) et le Québec (S4-apparemment en sécurité). En date de 2020, le classement national arrondi est considéré comme « apparemment en sécurité » (N4) et le statut infranational est « apparemment en sécurité » (S4) dans l’océan Atlantique et « non classée » (SU) dans l’océan Arctique Est (Canadian Endangered Species Conservation Council, 2022).

En 2020, l’UICN a réévalué la laimargue atlantique sur sa liste rouge et a modifié sa désignation, la faisant passer de « quasi menacée » à « vulnérable », d’après des estimations de reconstruction de la population qui ont mis en évidence des tendances des effectifs à la baisse ainsi que des risques persistants liés aux prises accessoires dans les pêches.

Protection et propriété de l’habitat

L’aire de répartition de la laimargue atlantique recoupe plusieurs aires marines protégées et de conservation dans les eaux de l’est du Canada, notamment les zones de conservation Disko Fan, du détroit de David et du bassin de Hatton. L’espèce bénéficie aussi de la fermeture du talus nord‑est de Terre-Neuve. Des zones fermées plus vastes situées plus au nord, telles que l’aire marine nationale de conservation de Tallurutiup Imanga, se chevauchent également, mais il n’est pas certain que des pêches (voir la section Menaces pour les répercussions possibles) s’y déroulent encore. Toutefois, ces aires protégées ne représentent qu’une petite partie de l’aire de répartition de la laimargue atlantique au Canada. La création d’autres aires protégées est prévue, le Canada s’efforçant d’atteindre ses objectifs de conservation, mais on ne sait pas comment elles profiteront à la population de laimargues atlantiques, le cas échéant.

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Collections examinées

Aucune collection n’a été examinée lors de la préparation du présent rapport.

Experts contactés

Remerciements

Le présent rapport a été financé par Environnement et Changement climatique Canada.

Sommaire biographique des rédacteurs du rapport

Brynn Devine a obtenu un baccalauréat ès sciences en biologie marine de l’Université Texas A and M (Galveston) et une maîtrise ès sciences en écologie marine tropicale de l’Université James Cook, dans le Queensland, en Australie. Elle a obtenu son doctorat à l’Université Memorial de Terre‑Neuve, où ses recherches ont porté sur les facteurs environnementaux de la répartition des poissons d’eau profonde dans les eaux canadiennes de l’Atlantique et dans l’Arctique Ouest, y compris la laimargue atlantique au Nunavut. En 2021, elle a obtenu une bourse postdoctorale Liber Ero de l’Université de Windsor, avec pour thème l’écologie des déplacements de la laimargue atlantique et les interactions avec les pêches en eaux profondes dans le Nord. Elle est actuellement scientifique spécialiste des pêches arctiques au sein de l’organisation à but non lucratif Oceans North, où elle continue d’étudier la laimargue atlantique et d’autres élasmobranches dans l’est du Canada.

Annexe 1. Calculateur des menaces

Nom scientifique de l’espèce : Somniosus microcephalus, laimargue atlantique

Date : 2025-01-14

Évaluateurs : Dwayne Lepitzki (facilitateur), Jena Edwards, Sabrina Crowley, Kevin Hedges, Matthew Webb, Heather Bowlby, Mark Simpson, Jennifer Diment, Hugues Benoit, Pasan Samarasin, Tommy Palliser, Monica Engel, David Keith et Nigel Hussey.

Références : Ébauche du calculateur fournie avec le rapport de six mois du COSEPAC; téléconférence du 8 janvier 2025

Guide pour le calcul de l’impact global des menaces
Impact des menaces Comptes des menaces de niveau 1 selon l’intensité de leur impact - maximum de la plage d’intensité Comptes des menaces de niveau 1 selon l’intensité de leur impact - minimum de la plage d’intensité
A (Très élevé) 0 0
B (Élevé) 0 0
C (Moyen) 0 0
D (Faible) 0 0
Impact global des menaces calculé Sans objet Sans objet

Impact global des menaces attribué :

I = inconnu

Ajustement de la valeur de l’impact global calculée – justifications :

Plusieurs menaces reconnues dont l’impact est inconnu

Impact global des menaces – commentaires :

Cette espèce de grande taille vit dans les eaux polaires. La laimargue atlantique est le plus grand poisson des eaux arctiques, et l’on pense actuellement qu’elle fait partie des vertébrés les plus longévifs. On l’observe depuis les eaux de surface jusqu’à au moins 2 900 m de profondeur dans tout l’océan Atlantique Nord et les eaux arctiques adjacentes, ce qui couvre tout l’Atlantique canadien, l’est de l’Arctique canadien et les eaux du Groenland et de l’Islande. Au Canada, on note une abondance saisonnière plus élevée de laimargues atlantiques dans les fjords côtiers du Nunavut durant les mois d’été. Les études de marquage confirment que l’espèce est capable de se déplacer sur de longues distances, et des requins marqués en eaux canadiennes ont été observés alors qu’ils migraient vers ou entre les eaux de pays voisins, dont le Groenland et les États‑Unis. Il n’existe actuellement aucune estimation de la taille de la population de l’espèce dans les eaux canadiennes; la taille de la population et les tendances en matière d’abondance sont donc considérées comme inconnues. Le potentiel de reproduction, la taille de portée, la période de gestation et la durée du cycle de reproduction sont incertains. La durée d’une génération est probablement de 150 à 200 ans, selon les estimations actuelles de l’âge à maturité et de la longévité. Les activités anthropiques constituent la menace la plus importante pour la laimargue atlantique. L’espèce est signalée comme prise accessoire dans une grande variété de pêches au chalut, à la palangre et au filet maillant dans toute son aire de répartition, avec des estimations d’au moins 3 500 requins pêchés chaque année. Cependant, les données sur les prises accessoires sont peu nombreuses, et les effets sont probablement mal compris. La laimargue atlantique demeure la cible d’une pêche artisanale dirigée à petite échelle en Islande et au Groenland. Les valeurs extrêmes des caractéristiques du cycle vital de l’espèce, notamment sa croissance remarquablement lente, sa maturité tardive et sa longévité, la rendent particulièrement vulnérable à la surpêche. Étant donné que la laimargue atlantique habite principalement des régions qui subissent les effets des changements climatiques à un rythme accéléré (deux à quatre fois plus rapide dans l’Arctique par rapport à la moyenne mondiale), il est possible que l’espèce subisse des modifications de son habitat qui pourraient avoir des répercussions sur sa répartition, sa valeur adaptative (« fitness ») et la dynamique de sa population au Canada. La période d’évaluation de la gravité et de l’immédiateté est de 100 ans (maximum admissible). Les menaces sont évaluées pour la population canadienne, y compris en dehors des eaux canadiennes. L’espèce a été désignée vulnérable au niveau mondial selon les critères A2bd. En 2022, l’Organisation des pêches de l’Atlantique Nord (OPANO) a décidé d’interdire la garde de l’espèce dans toutes les pêches situées dans ses zones de réglementation. Bien que la plupart des requins soient remis à l’eau, la survie après la remise à l’eau des prises accessoires de laimargues atlantiques est largement inconnue.

Calcul de l’impact global des menaces
Nombre Menace Impact (calculé) Impact Portée (10 prochaines années) Gravité (10 ans) Immédiateté Commentaires
1 Développement résidentiel et commercial Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet
1.1 Zones résidentielles et urbaines Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
1.2 Zones commerciales et industrielles Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Certains aménagements portuaires peuvent avoir des répercussions à court terme sur la qualité de l’habitat; possibilité d’un effet positif en raison du rejet des déchets de la transformation du poisson, auxquels les requins pourraient avoir accès.
1.3 Zones touristiques et récréatives Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
2 Agriculture et aquaculture Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet
2.1 Cultures annuelles et pérennes de produits autres que le bois Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
2.2 Plantations pour la production de bois et de pâte Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
2.3 Élevage de bétail Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
2.4 Aquaculture en mer et en eau douce Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet L’empêtrement dans les filets d’aquaculture est considéré comme peu probable, car d’autres requins se sont trouvés empêtrés, mais pas la laimargue atlantique.
3 Production d’énergie et exploitation minière Sans objet sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Menaces résultant de la production de ressources non biologiques. Il n’y a pas de menaces liées à la production d’énergie et à l’exploitation minière dans cette UD.
3.1 Forage pétrolier et gazier Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet La laimargue atlantique peut être présente autour des plateformes pétrolières et pourrait devoir se déplacer en cas d’augmentation importante du nombre de plateformes.
3.2 Exploitation de mines et de carrières Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet L’exploitation minière sous‑marine n’est pas actuellement pertinente pour cette UD. Toutefois, plusieurs sites d’exploitation minière proposés en eaux profondes se trouvent dans l’aire de répartition de la laimargue atlantique dans l’Atlantique Nord et leur nombre pourrait augmenter. Par exemple, il existe actuellement un grand site d’exploration minière en eaux profondes en Norvège, dont l’exploitation pourrait commencer dès 2026, et un autre plus au sud, le long de la dorsale médio‑atlantique. Bien que le site ne se trouve pas dans les eaux canadiennes, les laimargues atlantiques pourraient certainement se rendre sur le site minier norvégien et potentiellement sur la dorsale. Si cela devait se produire, les individus pourraient être déplacés et perdre leur habitat.
3.3 Énergie renouvelable Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Probablement pas pertinent pour cette UD. L’aménagement d’un parc éolien pourrait avoir un impact sur cette UD par le biais de l’ancrage des plateformes, mais l’effet serait très limité.
4 Corridors de transport et de service Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Menaces découlant de la présence de longs corridors de transport étroits et des véhicules qui y circulent, y compris la mortalité d’animaux sauvages associée.
4.1 Routes et voies ferrées Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
4.2 Lignes de services publics Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet La pose et l’entretien de lignes de transport d’électricité à partir de parcs éoliens pourraient avoir des répercussions à cause de perturbations physiques et de la perte d’une portion de l’habitat.
4.3 Voies de transport par eau Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet La laimargue atlantique peut être présente à des profondeurs inférieures à 100 m dans certaines zones et est vulnérable aux collisions avec les navires, en particulier avec les minéraliers dans l’habitat côtier. Aucune collision répertoriée, mais la probabilité de signalement des collisions est considérée comme faible.
4.4 Corridors aériens Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
5 Utilisation des ressources biologiques Sans objet Inconnu Généralisée (71-100 %) Inconnue Élevée (continue) Sans objet
5.1 Chasse et capture d’animaux terrestres Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
5.2 Cueillette de plantes terrestres Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
5.3 Exploitation forestière et récolte du bois Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
5.4 Pêche et récolte de ressources aquatiques Sans objet Inconnu Généralisée (71-100 %) Inconnue Élevée (continue) Les prises accessoires actuelles au Canada (figure 5) proviennent en grande partie des pêches démersales au chalut, à la palangre et au filet maillant ciblant le flétan du Groenland ainsi que d’autres pêches en eaux profondes. L’évaluation du stock de flétan du Groenland par l’OPANO estime à au moins 420 tonnes les prises accessoires de laimargues atlantiques en 2023. Les taux actuels de prises accessoires sont mal estimés à cause de l’absence de couverture par des observateurs et de la mauvaise déclaration des prises accessoires dans la plupart des zones. D’après les données des observateurs, on estime que plus de 1 700 individus peuvent être capturés en tant que prises accessoires dans les eaux canadiennes chaque année, ce qui représente près de la moitié de l’estimation totale des prises accessoires annuelles connues pour l’ensemble de l’aire de répartition. Les méthodes de manipulation et de rejet varient probablement d’une pêche à l’autre et d’un navire à l’autre, mais elles pourraient grandement influer sur le taux de survie des individus remis à l’eau. Pour les engins mobiles tels que les chaluts de fond, la proportion de requins morts au moment de la remise à l’eau était nettement plus élevée (approximativement 36 % contre approximativement 16 % pour les palangres; Bryk et al., 2018) et positivement corrélée avec la durée du trait de chalut et le poids total des prises dans le chalut. On pense que les taux de mortalité par rejet sont beaucoup plus faibles dans les pêches à la palangre. Les taux de mortalité liés à la pêche au filet maillant sont inconnus, mais on présume qu’ils sont élevés. L’espèce est souvent perçue comme une nuisance par les pêcheurs, ce qui explique la persécution qu’elle a subie dans le passé et qu’elle continue de subir ainsi que les tentatives de contrôle de l’abondance dans certaines régions. Quelques cas d’empêtrement de laimargues atlantiques dans les pêches au filet maillant du flétan du Groenland ont été signalés, tout comme quelques cas dans les pêches côtières au filet maillant par des Inuits. On signale également des laimargues atlantiques se nourrissant d’abats provenant de la chasse au béluga.
6 Intrusions et perturbations humaines Sans objet Négligeable Négligeable (< 1 %) Négligeable (< 1 %) Élevée (continue) 5
6.1 Activités récréatives Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet De 2004 à 2011, des plongeurs amateurs de toute l’Amérique du Nord, à la recherche d’une occasion rare d’observer et de photographier des laimargues atlantiques, se sont rendus en grand nombre à Baie‑Comeau, au Québec, où ils ont souvent harcelé – parfois intentionnellement – les individus en saisissant leur nageoire caudale et en leur barrant la route, ce qui a obligé les requins à changer de cap. Ces perturbations ont à plusieurs reprises entravé les déplacements et le comportement naturels des requins dans ce site de rassemblement connu et facilement accessible. Bien qu’aucun requin n’ait été observé sur le site depuis 2012, de tels comportements perturbateurs risquent de se reproduire si les requins reviennent. En raison de sa faible vitesse de nage et de sa réputation non menaçante, l’espèce est particulièrement vulnérable au harcèlement par les plongeurs amateurs, ce qui entraîne une perte d’énergie inutile, un stress et une diminution de la capacité à effectuer des activités essentielles telles que l’alimentation, le repos et l’accouplement au cours des brefs déplacements en eaux peu profondes. Au Nunavut, des photographes et des cinéastes professionnels ont à plusieurs reprises capturé des laimargues atlantiques en profondeur et les ont remontés à la surface où elles ont été attachées et soumises à des séances de photos (comm. pers., Gallant, 19 décembre 2024)
6.2 Guerre, troubles civils et exercices militaires Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Les exercices militaires pourraient se multiplier dans l’Arctique, mais leur ampleur reste incertaine.
6.3 Travail et autres activités Sans objet Négligeable Négligeable (< 1 %) Négligeable (< 1 %) Élevée (continue) Les recherches recourant au marquage peuvent entraîner la mortalité d’un très petit nombre de requins. Les laimargues atlantiques capturées à la palangre risquent également d’être l’objet de cannibalisme par des congénères nageant librement, avant la récupération de la palangre et le marquage.
7 Modifications des systèmes naturels Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Menaces résultant d’interventions qui transforment ou dégradent l’habitat dans le cadre de la « gestion » de systèmes naturels ou semi‑naturels, souvent en vue d’améliorer le bien‑être des humains.
7.1 Incendies et suppression des incendies Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
7.2 Gestion et utilisation de l’eau et exploitation de barrages Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
7.3 Autres modifications de l’écosystème Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Les pêches peuvent affecter les proies de la laimargue atlantique, mais l’effet est considéré comme faible puisque l’espèce est un prédateur généraliste. Les mesures de gestion des pêches visant à protéger l’habitat peuvent compenser les effets potentiels de la pêche sur les proies.
8 Espèces et gènes envahissants ou autrement problématiques Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Menaces découlant de végétaux, d’animaux, d’agents pathogènes, de microbes ou de matériel génétique, indigènes et non indigènes, qui ont ou pourraient avoir une incidence néfaste sur la biodiversité après leur introduction, leur propagation et leur multiplication.
8.1 Espèces ou agents pathogènes exotiques (non indigènes) envahissants Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
8.2 Espèces ou agents pathogènes indigènes problématiques Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet L’expansion vers le nord et/ou l’augmentation de l’abondance des épaulards peut constituer une menace, car cette espèce est réputée se nourrir de la laimargue du Pacifique (Somniosus pacificus), qui est étroitement apparentée à la laimargue atlantique, mais on ignore actuellement si cette dernière est aussi la proie de l’épaulard.
8.3 Matériel génétique introduit Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
8.4 Espèces ou agents pathogènes problématiques d’origine inconnue Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
8.5 Maladies d’origine virale ou maladies à prions Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
8.6 Maladies de cause inconnue Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
9 Pollution Sans objet Inconnu Généralisée (71-100 %) Inconnue Élevée (continue) On sait que l’espèce bioaccumule des contaminants inorganiques et organiques dans tous les tissus étudiés à ce jour.
9.1 Eaux usées domestiques et urbaines Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
9.2 Effluents industriels et militaires Sans objet Inconnu Généralisée (71-100 %) Inconnue Élevée (continue) En tant que prédateur au sommet du réseau trophique, la laimargue atlantique bioaccumule des polluants organiques et inorganiques, en grande partie d’origine industrielle. Les requins seront vulnérables à la mortalité ou à l’affaiblissement dus aux déversements liés à l’exploitation des hydrocarbures et du gaz et aux rejets des navires.
9.3 Effluents agricoles et sylvicoles Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet
9.4 Déchets solides et ordures Sans objet Inconnu Généralisée (71-100 %) Inconnue Élevée (continue) Incidences négatives potentielles de l’empêtrement dans des engins de pêche perdus ou abandonnés.
9.5 Polluants atmosphériques Sans objet Inconnu Généralisée (71-100 %) Inconnue Élevée (continue) Produits chimiques organiques et microplastiques
9.6 Apports excessifs d’énergie Sans objet Inconnu Généralisée (71-100 %) Inconnue Élevée (continue) Effets potentiels du champ électromagnétique autour des câbles. Les recherches menées dans d’autres régions montrent que les effets varient selon les espèces, mais il n’existe aucune preuve concernant la laimargue atlantique dans d’autres régions ou dans l’Union européenne. Effets négatifs potentiels de l’exploration sismique des hydrocarbures et du gaz.
10 Phénomènes géologiques Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Menaces résultant de phénomènes géologiques catastrophiques.
10.1 Volcans Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
10.2 Tremblements de terre et tsunamis Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
10.3 Avalanches et glissements de terrain Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
11 Changements climatiques et phénomènes météorologiques violents Sans objet Inconnu Généralisée (71-100 %) Inconnue Élevée (continue) Sans objet
11.1 Déplacement et altération de l’habitat Sans objet Inconnu Généralisée (71-100 %) Inconnue Élevée (continue) Étant donné que la laimargue atlantique habite principalement les eaux arctiques et subarctiques, où les conséquences des changements climatiques d’origine humaine se manifestent de manière prononcée et accélérée (GIEC, 2023), il est possible qu’elle subisse des changements d’habitat qui pourraient avoir des effets sur sa répartition, sa valeur adaptative et la dynamique de sa population au Canada. Certaines données laissent croire que la glace de mer saisonnière pourrait être une cause des déplacements des individus (Edwards et al., 2022) et que les changements dans la phénologie de la glace de mer pourraient avoir des effets négatifs sur la dynamique des proies dans la région (Edwards et al., 2019). On ne connaît ni la sensibilité ni la capacité d’adaptation de la laimargue atlantique. Comme l’espèce tolère une vaste gamme de températures (voir la section « Habitat »), a une large aire de répartition géographique, y compris dans les eaux plus profondes, bien au-delà de son aire de répartition principale, il est possible qu’elle ait une capacité d’adaptation élevée et/ou la capacité de s’éloigner de ces effets.
11.2 Sécheresses Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
11.3 Températures extrêmes Sans objet Inconnu Généralisée (71-100 %) Inconnue Élevée (continue) Des températures extrêmes à court terme variant rapidement affecteraient cette espèce qui se déplace lentement.
11.4 Tempêtes et inondations Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.
11.5 Autres impacts Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Sans objet Ne s’applique pas à cette UD.

Classification des menaces d’après l’UICN-CMP; Salafsky et al. (2008).

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2026-03-19