Programme de rétablissement du bar rayé population de l'estuaire du Saint-Laurent, au Canada [finale] 2011 : Habitat essentiel

Précédent TdM Suivant

La Loi sur les espèces en péril (2002) définit au paragraphe 2(1), l’habitat essentiel comme étant : « …l’habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d’action élaboré à l’égard de l’espèce. » (paragraphe 2(1)).

La LEP définit l’habitat pour les espèces aquatiques en péril comme étant : « …les frayères, aires d’alevinage, de croissance et d’alimentation et routes migratoires dont sa survie dépend, directement ou indirectement, ou aires où elle s’est déjà trouvée et où il est possible de la réintroduire. » (paragraphe 2(1)).

Pour le bar rayé de l’estuaire du Saint-Laurent, l’habitat essentiel a été désigné dans la mesure du possible en se fondant sur la meilleure information accessible. L’habitat essentiel désigné dans ce programme de rétablissement est nécessaire pour le rétablissement de l’espèce, mais insuffisant pour atteindre les objectifs de population et de répartition étant donné les lacunes dans les connaissances. En particulier, la localisation spécifique des aires de fraies, d’incubation et de vie larvaire ainsi que les composantes biophysiques de l’habitat qui supportent ces fonctions sont inconnues pour le moment. Le calendrier des études présente les études requises pour approfondir les connaissances de ces composantes et de leurs caractéristiques, ainsi que de l’habitat essentiel en général, qui est nécessaire pour supporter les objectifs de population et de répartition pour l’espèce.

2.7.1.1 Information et méthodes utilisées pour désigner l’habitat essentiel

La désignation de l’habitat essentiel exige une connaissance des besoins environnementaux de l’espèce aux différents stades de son développement, ainsi qu’une connaissance de la qualité et de l’utilisation qu’elle fait de son habitat dans l’ensemble de son aire de répartition. Il est aussi nécessaire de connaître l’effectif minimum et sa répartition pour permettre le maintien d’une population viable et autosuffisante. Pour la population de bar rayé de l’estuaire du Saint-Laurent, les données disponibles sur la population disparue et celle réintroduite sont fragmentaires et basées principalement sur les captures accidentelles des pêches sportive et commerciale. Ce manque d’information est limitant pour l’identification et la caractérisation des habitats utilisés par l’espèce. De plus, il y a peu de données sur les fonctions, composantes et caractéristiques (c.-à-d. chimiques, physiques et biologiques) des habitats utilisés.

Les connaissances disponibles sur l’évaluation de la qualité de l’habitat et de son utilisation par le bar rayé de l’estuaire du Saint-Laurent ont été analysées dans deux documents de recherche, soit ceux de Pelletier et al. (2010) pour la population réintroduite (données entre 2002 et 2009) et de Robitaille (2010) pour la population disparue. Ces documents ont été revus lors d’une réunion d’examen scientifique par les pairs en avril 2010 (MPO 2010a, b). Cette analyse a permis de démontrer que depuis sa réintroduction, le bar rayé de l’estuaire du Saint-Laurent utilise, pour compléter l’ensemble de son cycle vital, sensiblement la même aire de répartition qu’avant sa disparition, soit une zone comprise entre le lac Saint-Pierre et Rivière-du-Loup. Cependant, aucune information n’est actuellement disponible sur les habitats de fraie, d’incubation et de vie larvaire. En ce qui concerne les juvéniles (âge 0+), ils sont capturés depuis leur réintroduction dans les trappes à anguilles entre septembre et octobre de La Pocatière à Kamouraska, plus particulièrement dans l’anse Sainte-Anne (96 % des captures). À ce stade, il apparaît clairement que l’anse Sainte-Anne est un habitat important pour les juvéniles. Les individus immatures et matures ne semblent pas associés à un habitat en particulier, mais semblent plutôt se déplacer en fonction de la distribution et de l’abondance de leurs proies. Des concentrations de bars rayés de taille adulte ont été observées au printemps dans le bassin de la rivière du Sud à Montmagny et plusieurs individus ont été capturés l’automne, l’hiver et le printemps dans le panache d’eau chaude de la centrale nucléaire Gentilly 2 (Pelletier et al. 2010; MPO 2010a, b).

L’analyse des données de la population disparue et de la population réintroduite a permis d’identifier des fonctions importantes pour différents habitats pour certains stades de développement (p. ex. frayère, aire d’incubation et de vie larvaire, aire de concentration hivernale). Cependant, la localisation de ces habitats et les composantes qui les supportent doivent être déterminés par de nouvelles études avant de pouvoir désigner d’autres habitats comme étant essentiels.

2.7.1.2 Désignation de l’habitat essentiel : Géophysique

Depuis la réintroduction du bar rayé dans l’estuaire du Saint-Laurent, le réseau de suivi développé en collaboration avec les pêcheurs d’anguilles a permis d’identifier une zone de concentration de juvéniles à l’automne (du 1er septembre au 31 octobre). Entre 2005 et 2009, 193 juvéniles ont été capturés entre La Pocatière et Kamouraska dont 186 (96 %) à l’anse Sainte-Anne (Pelletier et al. 2010). Étant donné la petite taille de la population et le nombre d’individus ensemencés, la capture de 186 juvéniles à cet endroit est considérable.

Avant la disparition du bar rayé, les premières captures de juvéniles dans les engins de pêche fixes débutaient en juillet à Neuville, puis graduellement vers des sites plus en aval en août jusqu’à Rivière-Ouelle en septembre (Robitaille, 2010). Ainsi, des bars rayés juvéniles sont de nouveau capturés à Rivière-Ouelle et au même moment qu’avant la disparition de l’espèce. Au début de juillet, les juvéniles sont encore peu mobiles et pourraient devoir s'alimenter des proies trouvées localement. À mesure que l'été avance, leur croissance leur confère une capacité natatoire accrue et ils deviennent aussi plus résistants aux variations de température, de turbidité et de salinité (Robitaille 2010). Ils tendraient alors à se déplacer vers l'eau salée, comme le font les bars rayés de la rivière Miramichi, au même stade de leur développement (Robichaud-Leblanc et al. 1996) ce qui pourrait expliquer pourquoi des juvéniles n'étaient capturés à Rivière-Ouelle qu'à partir de la fin août, alors que leur longueur dépassait 65 mm (Robitaille 2010). Puisque le nombre de trappes à anguilles a considérablement diminué comparativement aux années 1960, il est actuellement impossible de localiser les habitats fréquentés par les juvéniles en amont de La Pocatière. Le calendrier des études visant à désigner l’habitat essentiel et le plan d’action devront combler ces lacunes dans les connaissances.

La localisation de cet habitat essentiel est présentée à la figure 5. Cet habitat est situé en face des municipalités de Saint-Roch-des-Aulnaies, La Pocatière et Rivière-Ouelle, dans une zone délimitée à l’ouest par l’ancien quai de Saint-Roch-des-Aulnaies (point 1: N 47˚18'56,4'' ; O 70˚10'18,1'') en longeant la ligne des hautes eaux vers l’est jusqu’au quai de Rivière-Ouelle (point 2: N 47˚29'10,2'' ; O 70˚01'10,2''). De là, vers le point 3 (N 47˚29'29,8'' ; O 70˚01'57,8''), puis vers l’ouest en longeant l’isobathe de 5 m des cartes marines jusqu’au point 4 (N 47˚21'19,6'' ; O 70˚13'46,1''). La superficie totale de l’habitat essentiel est de 146,3 km².

Figure 5. Délimitation de l’habitat essentiel de l’anse Sainte-Anne dans l’estuaire du Saint-Laurent en zone intertidale et en zone de profondeur 0 à 5 m. Modifiée de Pelletier et al. 2010.
Point 1: N 47˚18'56,4'' ; O 70˚10'18,1'' / Point 2: N 47˚29'10,2'' ; O 70˚01'10,2'' / Point 3: N 47˚29'29,8'' ; O 70˚01'57,8'' / Point 4: N 47˚21'19,6'' ; O 70˚13'46,1''.

carte

Suite à l’avis scientifique (MPO 2010a, b) et se fondant sur la meilleure information accessible, l’équipe de rétablissement du bar rayé de l’estuaire du Saint-Laurent, a indiqué que cet habitat est important et de haute qualité pour l’espèce (particulièrement pour les juvéniles). De plus, cet habitat est nécessaire pour atteindre les objectifs de rétablissement de l’espèce. Le calendrier des études visant à compléter la désignation de l’habitat essentiel (section 2.7.3) a été développé pour permettre l’acquisition des connaissances requises pour compléter ou réévaluer la désignation. En outre, l’acquisition de connaissances permettra de valider l’importance de l’anse Sainte-Anne pour le rétablissement du bar rayé de l’estuaire du Saint-Laurent, notamment en statuant sur ses fonctions, composantes et caractéristiques et sur l’étendue de l’aire de répartition utilisée par les juvéniles durant l’été et l’automne.

2.7.1.3 Désignation de l’habitat essentiel : Fonctions, composantes et caractéristiques biophysiques

L’anse Sainte-Anne à La Pocatière est désigné habitat essentiel, étant donné sa fonction de zone de croissance pour les bars rayés juvéniles. La composante de cet habitat essentiel, c’est-à-dire la composante structurale, est la présence d’une baie caractérisée par plusieurs caractéristiques spécifiques et indispensables au maintien de la fonction de cet habitat :

Pelletier et al. (2010) présentent une description de l’habitat où des juvéniles ont été capturés entre La Pocatière et Kamouraska. Ce territoire est une vaste zone intertidale se caractérisant par des phénomènes abiotiques extrêmement hétérogènes. Les hauts-fonds et la forte circulation des courants amènent une variation du gradient de salinité passant rapidement de 10 à 18 ‰. Les côtes de ce secteur se caractérisent également par une zone de rétention ichtyoplanctonique importante composée principalement de larves d’éperlans arc-en-ciel, de harengs Atlantique et de capelans. Finalement, la circulation de la masse d’eau fait en sorte de créer un front thermique important caractérisé par une baisse des températures de 6 à 7 °C en aval de Rivière-Ouelle. Les sédiments de surface sont variés et passent des particules grossières aux particules fines d’est en ouest.

Toujours selon Pelletier et al. (2010), cet habitat pourrait être propice à l’utilisation par les juvéniles de bars rayés. Selon la littérature les juvéniles se retrouvent en abondance dans les baies abritées des estuaires où ils se nourrissent surtout de petits invertébrés au cours de leur première année (Robichaud-Leblanc et al. 1997). Ils vont tolérer des taux de salinité allant jusqu’à 15 ‰ et des températures entre 12 et 23 °C (Bains et Bains 1982).

L’anse Sainte-Anne pourrait donc être utilisée par les juvéniles de bars rayés pour l’alimentation. En aval de Kamouraska, la distribution des juvéniles serait limitée par la présence d’une eau plus froide (MPO 2010a, b). L’anse Sainte-Anne pourrait, par conséquent, être le site le plus en aval utilisé pour l’alimentation, et ce, juste avant la période hivernale (pendant laquelle l’alimentation cesse), ce qui en ferait un site très important pour ce stade de développement. Dans la rivière Miramichi, il a été démontré que la taille des juvéniles était un facteur de survie important durant l’hiver. Les juvéniles doivent accumuler suffisamment de réserves énergétiques durant la courte période d’alimentation et de croissance pour survivre au jeûne hivernal qui dure au moins 6 mois (Robichaud-LeBlanc 1997). La situation pourrait être comparable pour les bars rayés de l’estuaire du Saint-Laurent. De plus, les analyses sur la collection de bars rayés juvéniles de l’ancienne population ne donnent pas d’indication de déplacements liés à l’arrivée de la saison froide, ni vers l’amont ni vers l’aval. Par exemple, à Montmagny ou à Rivière-Ouelle, où des bars rayés d’âge 0+ étaient capturés à l’automne, des individus d’âge 1+ pouvaient être capturés au printemps suivant (Robitaille 2010).

La biomasse de proies potentielles dans l’anse Sainte-Anne est très élevée et la présence d’un patron de circulation particulier pourrait favoriser la concentration de celles-ci et des bars rayés juvéniles (MPO 2010a, b). D’Anglejan (1981) explique qu’une circulation indépendante qui prévaut dans le plateau de l’anse Sainte-Anne mène à un enrichissement de la turbidité locale par des échanges avec l’estran vaseux de la zone intertidale et l’estuaire de la rivière Ouelle. Cette concentration de matière en suspension pourrait favoriser une forte production primaire qui serait bénéfique pour les larves de poissons fourrages et les juvéniles de bars rayés.

Entre 2002 et 2009, les données récoltées par le MRNF à l’anse Sainte-Anne tendent à démontrer que la communauté larvaire de poissons était dominée par les larves d’éperlans arc-en-ciel (environ 75 %) suivi majoritairement par les larves de harengs Atlantique et de capelans (environ 25 %) (Guy Verreault, MRNF, données non publiées). L’étude des contenus stomacaux des bars rayés capturés avant la disparition de l’espèce a permis de démontrer que les proies consommées variaient selon les lieux et le moment de la saison et incluaient du zooplancton, des insectes, des vers, des crustacés (gammares en eau douce et mysidacés en eau saumâtre) et des poissons; les espèces de poissons les plus souvent identifiées étaient l’éperlan arc-en-ciel, le gaspareau (Alosa pseudoharengus) et le fondule barré (Fondulus diaphanus) (Robitaille 2010). De plus, une revue de la littérature sur le régime alimentaire du bar rayé a démontré que les juvéniles consommaient principalement des poissons de la famille des clupeidae (p. ex. Alosa sp. et hareng Atlantique) et des crevettes du groupe des mysidacea (Walter et al. 2003).

Afin d’assurer le recrutement de l’espèce et de permettre son rétablissement, il est donc justifié de désigner l’anse Sainte-Anne comme habitat essentiel à titre de zone de concentration des juvéniles à l’automne. La superficie identifiée est de 146,3 km² en zone intertidale et infralittorale avec une profondeur de 0 à 5 m à marée basse (figure 5). Même si les données disponibles sur l’utilisation de l’habitat par la population de bar rayé réintroduite sont fragmentaires, désigner l’habitat utilisé par les juvéniles à l’automne relève du principe de précaution. D’autant plus que des juvéniles étaient aussi observés à cet endroit avant la disparition du bar rayé et que cet endroit pourrait être utilisé pour l’alimentation avant la saison froide (site le plus en aval).

Un secteur d’habitat potentiel en zone intertidale et en zone de profondeur 0 à 5 m à marée basse a été délimité entre Neuville et Kamouraska correspondant à 940 km2 (320 km² en zone intertidale et 620 km² zone 0-5 m) (Pelletier et al. 2010). Il est toutefois prématuré de statuer sur l’importance de ce secteur d’habitat potentiel, mais il sera possible de se servir de l’anse Sainte-Anne comme point de départ pour identifier les habitats essentiels plus en amont. Le calendrier des études et le plan d’action prévoient des inventaires pour mieux définir l’utilisation de l’habitat par le bar rayé dans l’anse Sainte-Anne et dans le secteur d’habitat potentiel identifié. Une description plus précise des fonctions, composantes et caractéristiques de ces habitats est aussi requise.

Le tableau 6 résume les fonctions, composantes et caractéristiques indispensables de l’habitat essentiel du bar rayé désigné dans ce programme de rétablissement. Pour le moment, l’anse Sainte-Anne a été désigné habitat essentiel avec pour fonction d’être une zone de croissance pour les juvéniles. L’analyse des données de la population disparue et réintroduite de bar rayé (MPO 2010a, b) a permis de déterminer des fonctions importantes qui auraient lieu dans d’autres types d’habitats (frayère, aire d’incubation et de vie larvaire), mais ceux-ci n’ont pas été localisés. Le calendrier des études pour compléter la désignation des habitats essentiels vise à acquérir les connaissances nécessaires pour localiser ces habitats. Ce calendrier vise aussi à localiser d’autres zones de croissance des juvéniles, particulièrement dans la zone d’habitat potentiel cartographiée par Pelletier et al. (2010). Ces études devraient donc aider à désigner d’autres habitats essentiels.

Tableau 6. Résumé des fonctions, composantes et caractéristiques de l’habitat essentiel.
Fonction Composante(s) Caractéristique(s)
  • Frayère
    probablement une fonction de l’habitat essentiel, mais non localisé
  • Inconnue
  • Inconnu
  • Aire d’incubation et de vie larvaire probablement une fonction de l’habitat essentiel, mais non localisé
  • Inconnue
  • Inconnu
  • Zone de croissance des juvéniles
  • Baie
  • Disponibilité d’une qualité et quantité adéquates de proies;
  • Zone de front thermique;
  • Fort gradient de salinité;
  • Patron de circulation unique qui contribuerait à l’enrichissement de la turbidité locale et à la concentration des proies;
  • Profondeur à marée basse entre 0 et 5 m.

Étant donné que l’utilisation de l’habitat varie dans le temps, chaque activité doit être évaluée individuellement et des mesures d’atténuation spécifiques doivent être appliquées lorsque efficaces et disponibles. La Politique du gouvernement du Canada pour la Loi sur les espèces en péril, (2011 [ébauche]) définit la destruction de l’habitat essentiel comme étant : « La destruction de l’habitat essentiel aura lieu si une partie de cet habitat est dégradé de façon permanente ou temporaire, à un point tel que l’habitat essentiel n’est plus en mesure d’assurer ses fonctions lorsque celles-ci sont requises par l’espèce. La destruction peut découler d’une ou plusieurs activités à un moment donné ou de leurs effets cumulés au fil du temps. »

L’habitat essentiel du bar rayé peut être détruit par des activités humaines qui modifient les composantes et les caractéristiques qui supportent la fonction de zone de croissance des juvéniles dans l’habitat essentiel de l’anse Sainte-Anne. La présence des juvéniles dans cette baie (c.-à-d. la composante de l’habitat) pourrait être expliquée par plusieurs caractéristiques de l’habitat tel que mentionné précédemment : disponibilité d’une qualité et quantité adéquates de proies, zone de front thermique, fort gradient de salinité, patron de circulation unique qui contribuerait à l’enrichissement de la turbidité locale et à la concentration des proies, et profondeur à marée basse entre 0 et 5 m.

Le dragage du fond marin et les modifications des rives, tel le remblayage des plaines inondables sont des exemples d’activités anthropiques qui peuvent occasionner la destruction de l’habitat essentiel du bar rayé en altérant un ou plusieurs caractéristiques de l’anse Sainte-Anne à un point tel que cet habitat ne pourrait plus remplir sa fonction (tableau 7). Il est important de mentionner que toute activité humaine dans l’anse Sainte-Anne doit être évaluée au cas par cas afin de déterminer si elle représente un potentiel de destruction de la composante de l’habitat essentiel, ou de ses caractéristiques, à un point tel que l’habitat ne pourrait plus remplir sa fonction lorsqu’elle est requise par l’espèce.

La liste des activités présentées dans le tableau ci-dessous (tableau 7) n’est pas exhaustive, ni exclusive. Elle découle directement de la section 1.5 « Menaces » de ce programme de rétablissement. L’absence de cette liste d’une quelconque activité humaine ne peut empêcher ou entraver l’habilité du ministère à la réglementer en vertu de la LEP. De plus, l’inclusion d’une activité dans cette liste ne résulte pas automatiquement en son interdiction, puisque c’est la destruction de l’habitat essentiel qui est interdite et non l’activité. Dans tous les cas, lorsque l’information est disponible, les seuils et les limites sont associés aux caractéristiques afin de permettre une gestion éclairée et des prises de décisions réglementaires basées sur une meilleure information. Cependant, dans plusieurs cas, les connaissances sur l’espèce et son habitat essentiel sont incomplètes. En particulier, les seuils de tolérance de l’espèce ou de son habitat à la perturbation par les activités humaines doivent être acquis.

Tableau 7. Exemple d’activités susceptibles de détruire l’habitat essentiel.
Activités Séquence des effets Fonction perturbée Composante perturbée Caractéristiques perturbées
  • Dragage
  • Modification du fond et du patron de circulation;
  • Augmentation du niveau de turbidité.
  • Zone de croissance
  • Baie
  • Disponibilité d’une qualité et quantité adéquates de proies;
  • Zone de front thermique;
  • Fort gradient de salinité;
  • Patron de circulation unique qui contribuerait à l’enrichissement de la turbidité locale et à la concentration des proies;
  • Profondeur à marée basse entre 0 et 5 m.
  • Modifications de la rive
  • Perte physique d’habitat;
  • Modification d’apports en éléments nutritifs du milieu terrestre;
  • Changement dans le niveau de turbidité;Perte de la végétation riveraine.
  • Zone de croissance
  • Baie
  • Disponibilité d’une qualité et quantité adéquates de proies (zone de rétention ichtyoplanctonique);
  • Patron de circulation unique qui contribuerait à l’enrichissement de la turbidité locale et à la concentration des proies (larves de poissons).
  • Remblayage
  • Perte physique d’habitat et perte des processus océanographiques.
  • Zone de croissance
  • Baie
  • Disponibilité d’une qualité et quantité adéquates de proies (zone de rétention ichtyoplanctonique);
  • Zone de front thermique;
  • Fort gradient de salinité;
  • Patron de circulation unique qui contribuerait à l’enrichissement de la turbidité locale et à la concentration des proies (larves de poissons); Profondeur à marée basse entre 0 et 5 m.

Ce programme de rétablissement inclut une désignation de l’habitat essentiel dans la mesure du possible en se fondant sur la meilleure information accessible. D’autres études sont requises pour compléter la désignation de l’habitat essentiel qui est nécessaire pour atteindre les objectifs de population et de répartition de l’espèce. Pour ce faire, il est important de définir la répartition du bar rayé en fonction des stades de développement et des saisons et de caractériser l’habitat fréquenté pour mieux comprendre les raisons de leur utilisation par le bar rayé (tableau 8). Lorsque les habitats utilisés seront localisés et caractérisés, il sera possible d’identifier les habitats nécessaires pour le rétablissement de l’espèce. Le calendrier des études permettra de répondre à l’objectif 2.4.5 de ce programme de rétablissement. La désignation complète de l’habitat essentiel sera effectuée dans le plan d’action à venir. Cette priorisation des études par stade de développement et ce calendrier sont conditionnels à un accroissement de la population. Ils seront mis à jour au niveau du plan d’action qui sera subséquemment développé.

Tableau 8. Calendrier des études visant à désigner l’habitat essentiel du bar rayé de l’estuaire du Saint-Laurent.
Objectifs de recherche Priorité Échéance

Localiser et caractériser les habitats de fraie (individus matures au printemps) et d’incubation (fin printemps-début été).

Élevée

2011-2016

Localiser et caractériser les habitats de développement larvaire (fin printemps-début été).

Élevée

2011-2016

Localiser et caractériser les habitats de croissance des juvéniles (été-automne).

Élevée

2011-2016

Localiser et caractériser les habitats utilisés en période hivernale pour tous les stades de développement (fin automne-hiver).

Moyenne

2011-2018

Localiser et caractériser les habitats utilisés par les individus immatures (printemps-été-automne).

Faible

2011-2020

Localiser et caractériser les habitats utilisés par les individus matures (été-automne).

Faible

2011-2020

La Loi sur les espèces en péril permet la protection de l’habitat essentiel d'une espèce inscrite. Plusieurs autres lois canadiennes contribuent à la protection des habitats du bar rayé notamment la Loi sur les pêches, la Loi canadienne sur la protection de l’environnement et la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale. Des actions visant à faire respecter les interdictions de perturber, de détériorer ou de détruire l’habitat dans les zones susceptibles d’abriter des aires de fraie, d’incubation ou de vie larvaire sont souhaitables pour réduire autant que possible l’impact sur l’habitat et l’espèce.

Deux lois du Québec permettent de protéger l’habitat du poisson : la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune et la Loi sur la qualité de l’environnement. Par ailleurs, la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables,la Loi sur les cités et villes et la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme offrent aussi un cadre réglementaire qui permet de protéger les milieux riverains.

Avant que débute la réintroduction du bar rayé dans l’estuaire du Saint-Laurent, une analyse de risques (Robitaille 2000) a été produite. Ce document, entériné par les membres du Comité aviseur sur la réintroduction du bar rayé dans le Saint-Laurent, présente, entre autres, une revue de la documentation scientifique et technique sur les répercussions biologiques possibles de la réintroduction du bar rayé, incluant la compétition et la prédation. L’analyse de risque permet de conclure que la réintroduction du bar rayé dans l'estuaire du Saint-Laurent ne devrait pas réduire de façon marquée l'abondance des espèces dont il se nourrirait. Si une population de bar rayé se reconstitue, une réallocation des ressources trophiques entre ce poisson et les autres prédateurs pourrait avoir lieu. La part de ressources alimentaires qui reviendrait alors au bar rayé ne s'additionnerait pas entièrement à celle des piscivores actuels; elle pourrait être en partie gagnée sur celle d'une ou de plusieurs espèces, qui modifieraient leur distribution ou leur alimentation, sous l'effet de la compétition. Dans ces conditions, l'établissement d'un bilan net, en termes d'effet sur l'abondance des proies, demanderait d'estimer non seulement la consommation de ces espèces par le bar rayé réintroduit, mais aussi celle soustraite aux prédateurs déplacés. De plus, cette analyse de risque ne remet pas en cause la nécessité d'un suivi adéquat des communautés biologiques dans cette partie du Saint-Laurent. Elle suggère, cependant, de ne pas concentrer l'effort de suivi exclusivement sur quelques espèces proies, notamment sur deux espèces précaires que sont l’éperlan arc-en-ciel et l’alose savoureuse, mais de couvrir aussi d'autres composantes de la communauté, notamment les principaux piscivores (Robitaille 2000).

Ainsi, le but du programme de rétablissement du bar rayé (section 2.2) tient compte de ces incertitudes et précise que le rétablissement d’une population de bar rayé dans l’estuaire du Saint-Laurent doit se faire sans perturber significativement la communauté biologique déjà en place. Afin de vérifier spécifiquement les impacts possibles de la réintroduction du bar rayé sur la communauté biologique, un objectif du rétablissement (section 2.4) a été formulé « Suivre l’état de certaines composantes de la communauté ichtyologique (comme proies, prédateurs ou compétiteurs) en relation avec le bar rayé » et plusieurs mesures (section 2.5) sont proposées. Advenant des changements significatifs au sein de la communauté biologique attribuables à la réintroduction du bar rayé, des ajustements pourraient être apportés au programme de rétablissement.

Une approche de gestion adaptative devra être employée lors de la mise en œuvre du rétablissement. Si de nouvelles informations, des progrès au niveau du rétablissement ou de nouvelles conditions environnementales indiquent que les mesures de rétablissement ciblées dans ce programme de rétablissement ne sont plus appropriées, de nouvelles approches plus adéquates devraient être mises en œuvre. De plus, l’intégration du bar rayé à toute initiative de rétablissement d'espèces associées est grandement recommandée.

Le plan d’action (un ou plusieurs chapitres) sera élaboré, dans la mesure du possible, dans un délai de cinq ans après l’approbation du programme de rétablissement. Ce délai est nécessaire pour permettre d’approfondir les connaissances dans le but de compléter, dans la mesure du possible avec les nouvelles informations recueillies, la désignation des habitats essentiels.

La Loi sur les espèces en péril stipule que : « Il est interdit de tuer un individu d'une espèce sauvage inscrite comme espèce disparue du pays, en voie de disparition ou menacée, de lui nuire, de le harceler, de le capturer ou de le prendre. » (paragraphe 32(1)). Tel qu’indiqué au paragraphe 83(4) de la Loi sur les espèces en péril, « Les paragraphes 32(1) et (2), l’article 33, les paragraphes 36(1), 58(1), 60(1) et 61(1) ne s’appliquent pas à une personne exerçant des activités autorisées, d’une part, par un programme de rétablissement, un plan d’action ou un plan de gestion et, d’autre part, sous le régime d’une loi fédérale, notamment au titre d’un règlement pris en vertu des articles 53, 59 ou 71. »

Bien que la pêche du bar rayé ne soit pas permise dans le Saint-Laurent, des individus sont capturés accidentellement lors de certaines activités de pêches commerciales et sportives. La remise à l'eau de ces poissons est cependant obligatoire selon le Règlement de pêche du Québec (1990), DORS/90-214pris en vertu de la Loi sur les pêches, L.R.C., 1985, ch. F-14.

En 2009, un comité d’experts du MRNF et du MPO a été formé afin d’évaluer l’impact des captures accidentelles de bar rayé par les pêches commerciales et sportives sur la survie et le rétablissement de la population. En dépit des lacunes dans les connaissances sur la biologie de cette population et sa vulnérabilité à la capture accidentelle, l'avis scientifique de ce comité conclut que les activités de pêche en eau douce et en milieu marin, telles que pratiquées actuellement, sont peu susceptibles d’avoir, dans l’ensemble, un effet sur la survie et le rétablissement de la population de bar rayé de l’estuaire du Saint-Laurent (MPO 2009).

Cinq recommandations sont formulées dans cet avis afin d’atténuer l’impact des pêches comme source de mortalité sur la population de bar rayé de l’estuaire du Saint-Laurent et pour assurer un suivi de cette population :

  1. Mettre en œuvre des mesures d’atténuation (c.-à-d. la remise à l’eau obligatoire) pour réduire l’impact possible des pêches commerciales et sportives sur la population de bar rayé;
  2. Prendre des mesures pour que les captures accidentelles de bars rayés soient déclarées;
  3. Favoriser la sensibilisation des pêcheurs;
  4. Maintenir un réseau de suivi basé en partie sur les prises accidentelles de bars rayés par les pêcheurs commerciaux et permettant la récolte de spécimens;
  5. Réévaluer l’impact des captures accidentelles dans un délai maximal de cinq ans ou avant en cas de modifications qui apporteraient des changements dans la vulnérabilité du bar rayé aux captures accidentelles par les pêches commerciale et sportive.

En vertu du paragraphe 83(4) de la LEP, le présent programme de rétablissement autorise les pêcheurs à exercer des activités de pêche sportive ou commerciale sous réserve des conditions suivantes :

Un réseau de suivi a été mis en place dans le but de documenter l’établissement des bars rayés ensemencés, d’évaluer les paramètres de la population, de localiser leurs déplacements et de vérifier la présence de reproduction naturelle. Les pêcheurs commerciaux qui y participent doivent avoir un permis à des fins scientifiques, éducatives ou de gestion de la faune (permis SEG) du MRNF afin de conserver les bars rayés capturés accidentellement pour les remettre aux biologistes du MRNF responsables du bar rayé.

En vertu du paragraphe 83(4) de la LEP, le présent programme de rétablissement autorise les pêcheurs à exercer des activités de pêche commerciale ainsi que des activités de pêche à des fins scientifiques, éducatives ou de gestion de la faune, sous réserve des conditions suivantes :

De plus, en vertu du paragraphe 83(4) de la LEP, le présent programme de rétablissement autorise les pêcheurs à exercer des activités de pêche au titre d’un permis communautaire des autochtones, sous réserve des conditions suivantes :


6Correspond au zéro des cartes (ZC) qui est défini par une moyenne des plus basses mers lors des grandes marées.

Précédent TdM Suivant

Signaler un problème ou une erreur sur cette page
Veuillez sélectionner toutes les cases qui s'appliquent :

Merci de votre aide!

Vous ne recevrez pas de réponse. Pour toute question, contactez-nous.

Date de modification :