Programme de rétablissement du lupin densiflore au Canada [proposition] 2011 : Contexte

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Date d’évaluation : mai 2005
Nom français : lupin densiflore
Nom anglais : Dense-flowered Lupine
Nom scientifique : Lupinus densiflorus
Statut accordé par le COSEPAC : Espèce en voie de disparition
Justification de la désignation : Il s’agit d’une plante annuelle ayant une répartition très limitée, dont la présence au Canada a été consignée dans trois emplacements. La taille de la population totale est petite et fluctue de façon importante selon les conditions climatiques. Ces populations sont exposées à des risques continus de perte et de dégradation de l’habitat en raison d’activités telles que l’expansion urbaine, le piétinement, le fauchage et la concurrence avec des plantes exotiques envahissantes.
Répartition canadienne : Colombie-Britannique
Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en mai 2005.

Le lupin densiflore est une plante annuelle à racine pivotante. La plante est habituellement ramifiée et atteint 20 à 30 cm de hauteur (figure 1). Les tiges sont normalement creuses et cylindriques à la base, et les poils, qui peuvent être denses à clairsemés, sont brunâtres, mous et longs. Les feuilles sont composées-palmées, en partie basilaires et en partie alternes le long de la tige, avec une tendance à former des groupes serrés vers le sommet. On trouvera des détails supplémentaires dans le rapport de situation du COSEPAC (2005).

Le lupin densiflore est présent depuis l’île de Vancouver et les côtes du Puget Sound jusqu’en Basse-Californie (figure 2). Les populations canadiennes sont parfois considérées comme appartenant à la variété scopulorum (voir par exemple Hitchcock et al., 1961), qui est confinée à la région de Victoria, en Colombie-Britannique, et aux îles adjacentes de l’État de Washington. L’aire de répartition de ces populations est isolée par rapport à l’aire de répartition principale de l’espèce (figure 2).

Le tableau 1 présente les cotes de conservation attribuées à l’espèce. La variété scopulorum proposée, bien que beaucoup plus rare, n’a pas été cotée séparément.

Au Canada, les populations de lupin densiflore se trouvent dans des prés maritimes de la région de Victoria, en Colombie-Britannique (figure 3; tableau 2).

Figure 1. Portion de plante (à gauche), fleur (en haut à droite) et gousse (en bas à droite) de lupin densiflore. Dessin de Ronald, tiré de Taylor (1974).

Figure 2. Aire de répartition du lupin densiflore en Amérique du Nord (d’après COSEPAC, 2005). La variété scopulorum est confinée à un petit secteur, près de Victoria, où elle est nettement séparée des autres variétés de l’espèce.

Tableau 1. Cotes de conservation attribuées au lupin densiflore. Sources : BC Conservation Data Centre (2010); NatureServe (2010).
Lieu Cote Description de la cote
Colombie-Britannique S1 Gravement en péril
État de Washington S3? Vulnérable?
Oregon SNR Non encore évalué
Californie SNR Non encore évalué
Échelle mondiale G5T4 Non en péril

?Le point d’interrogation (?) signifie que la cote attribuée est inexacte.

Figure 3. Aire de répartition canadienne du lupin densiflore (d’après COSEPAC, 2005). Les numéros correspondent à ceux identifiant les populations dans le tableau 2. Les cercles pleins indiquent les populations existantes, tandis que le cercle vide indique la population disparue.

La zone d’occurrence canadienne de l’espèce fait environ 2 km2 (Fairbarns, données inédites, 2005). Le nombre moyen d’individus adultes présents au Canada est sans doute légèrement supérieur à 1 000, mais cet effectif varie beaucoup d’une année à l’autre, et les relevés ont été irréguliers (tableau 2). La zone d’occurrence, la zone d’occupation et l’effectif total des populations canadiennes représentent moins de 1 % des valeurs correspondantes visant l’ensemble de l’espèce. Le rapport de situation ne traite pas séparément de la variété scopulorum proposée. Cependant, d’après les mentions fournies par Atkinson et Sharpe (1993), l’aire de répartition canadienne représenterait environ 40 % de l’aire de répartition mondiale de cette variété (M. Fairbarns, données inédites, 2005).

Tableau 2. Populations canadiennes du lupin densiflore
Population†† Situation et description
1. Pointe Macaulay ~ 2 984 individus produisant des fleurs, occupant des parcelles discontinues d’habitat, à l’intérieur d’une superficie de < 4 ha (Miskelly, 2008 et 2009)
2. Falaises Dallas (pointes Finlayson et Holland) ~ 300 individus produisant des fleurs, occupant des parcelles discontinues d’habitat, à l’intérieur d’une superficie de < 3 ha (M. Fairbarns, obs. pers., mai 2005)
3. Île Trial ~ 500 individus produisant des fleurs, occupant une superficie de < 1 ha (M. Fairbarns, obs. pers., mai 2005)
4. Pointe Clover Population disparue; observée pour la dernière fois en 1954; terrain grandement altéré par des travaux de construction

Les nombres d’individus mentionnés dans le tableau ne sont pas des estimations d’effectif. Comme ces nombres proviennent des relevés les plus récents et que l’effectif varie fortement d’une année à l’autre, ils ne peuvent pas être considérés comme constituant l’effectif moyen de chaque population.

††Il s’agit de la numérotation employée dans le rapport de situation du COSEPAC.

En Colombie-Britannique, le lupin densiflore ne pousse que dans les écosections de la Partie sud des îles Gulf et des Basses terres de Nanaimo, où il occupe la zone biogéoclimatique côtière à douglas (ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique, s.d.; ministère des Forêts de la Colombie-Britannique, 2003). L’espèce se rencontre dans les clairières herbeuses sèches à humides, sur les falaises d’argile et sur les terrasses et escarpements herbeux côtiers qui sont en train de s’éroder. Le terrain est plat ou fortement incliné, avec orientation sud à sud-ouest. Les sols sont épais et demeurent humides tout au long de l’hiver, mais ils sont déjà très secs au milieu de l’été. Les communautés végétales sont dominées par des plantes herbacées non graminoïdes courtes et des graminées courtes, et elles ne renferment à peu près pas de bryophytes. Les sites sont dégagés et ensoleillés, car ils comportent peu d’arbres, d’arbustes et même de plantes herbacées denses de plus forte taille.

L’espèce a besoin de divers processus écosystémiques réduisant la compétition des autres espèces et fournissant des milieux sûrs pour la germination des graines et la croissance des plantules. Ces processus comprennent l’érosion naturelle des escarpements d’argile, l’exposition périodique à des conditions marines rigoureuses (vent et embruns), la sécheresse estivale et la présence d’incendies spontanés occasionnels. De manière générale, ces processus ont pour effet d’empêcher les plantes vivaces de dominer, ce qui laisse de la place au lupin densiflore pour la germination de ses graines et la croissance de ses plantules. Bon nombre de ces processus ont été altérés par les activités humaines au cours des derniers siècles.

Dans certaines populations de lupin densiflore situées plus au sud (en Californie), la reproduction se fait par autopollinisation. Dans les populations canadiennes, où les fleurs ont une structure différente, celles-ci sont pollinisées par des bourdons.

Le lupin densiflore ne se reproduit pas par voie végétative; la dispersion de l’espèce dépend donc des graines. Comme il s’agit d’une plante annuelle, les populations se reconstituent par recrutement à partir d’un réservoir de graines local et/ou par dispersion à partir d’autres populations. La dispersion entre populations sur de longues distances est probablement un phénomène rare, de sorte que le réservoir de graines est essentiel à la survie des populations.

Des études démographiques triennales achevées après la parution du rapport de situation du COSEPAC fournissent de nouvelles données sur les caractéristiques démographiques de l’espèce (Fairbarns, 2005a). La proportion des plantules qui survivent jusqu’à devenir des individus fructifères varie considérablement (20 à 91 %) d’une localité à l’autre et d’une année à l’autre. Les mortalités surviennent surtout au stade de la plantule, et elles sont causées principalement par l’herbivorie des invertébrés et par des infestations de champignons. Les plantes à fruits produisent en moyenne 26,5 graines mûres. Les graines subissent peu de dommages sur la plante, mais le pourcentage de plantules par rapport aux graines produites l’année précédente n’est que de 10 à 20 %. Il arrive que les autres graines amorcent une période de dormance profonde ou soient attaquées par des champignons ou des invertébrés telluriques. Dans le cadre d’une étude menée durant deux années dans trois placettes d’échantillonnage, le changement survenu d’une année à l’autre dans le nombre d’individus produisant des fleurs allait d’une diminution de 71 % à une augmentation de 239 %. Les fluctuations à long terme sont probablement beaucoup plus grandes.

Les populations du lupin densiflore semblent limitées par la faible capacité de dispersion de l’espèce, le taux de mortalité élevé de ses plantules et les fluctuations extrêmes de l’effectif de ses populations.

Tableau 3. Classification des menaces
1 Piétinement Caractéristiques de la menace
Catégorie de menace Mortalité accidentelle Étendue Répandue (surtout à la pointe Macaulay et aux falaises Dallas)
Localement Dans toute l'aire de répartition
Menace générale Utilisation récréative Situation chronologique Actuelle Actuelle
Fréquence Continue Continue
Menace spécifique Individus écrasés par le piétinement Certitude causale Moyenne Moyenne
Gravité Élevée Élevée
Stress Augmentation de la mortalité (toutes les classes d'âge); réduction du taux d'établissement; réduction de la taille de la population Niveau de préoccupation Élevé
2 Perturbation du sol Caractéristiques de la menace
Catégorie de menace Destruction ou dégradation de l'habitat Étendue Répandue (surtout à la pointe Macaulay et aux falaises Dallas)
Localement Dans toute l'aire de répartition
Menace générale Utilisation récréative hors piste Situation chronologique Actuelle Actuelle
Fréquence Continue Continue
Menace spécifique Augmentation de l'érosion à cause de l'expansion du réseau de pistes Certitude causale Moyenne Moyenne
Gravité Élevée Élevée
Stress Réduction des taux de germination et d'établissement; réduction de la taille et de la viabilité de la population; population de petite taille Niveau de préoccupation Élevé
3 Plantes exotiques envahissantes Caractéristiques de la menace
Catégorie de menace Espèces ou génomes exotiques, envahissants ou introduits Étendue Répandue
Localement Dans toute l'aire de répartition
Menace générale Genêt à balais (Cytisus scoparius), lierre commun (Hedera helix), ajonc d'Europe (Ulex europaeus), dactyle pelotonné (Dactylis glomerata), flouve odorante (Anthoxanthum odoratum), ivraie vivace(Lolium perenne), brome stérile(Bromus sterilis) et brome mou (B. hordeaceus) Situation chronologique Actuelle Actuelle
Fréquence Continue Continue
Menace spécifique Compétition pour les ressources; altération des caractéristiques de l'habitat (lumière, humidité et éléments nutritifs); perte d'individus Certitude causale Moyenne Moyenne
Gravité Élevée Élevée
Stress Perte de productivité; réduction de la croissance; réduction des taux de germination et d'établissement Niveau de préoccupation Élevé
4 Travaux d'aménagement Caractéristiques de la menace
Catégorie de menace Destruction ou dégradation de l'habitat Étendue Répandue
Localement Dans toute l'aire de répartition
Menace générale Travaux d'aménagement (ajout d'infrastructures dans les parcs, stabilisation des berges, etc.) Situation chronologique Prévue Historique
Fréquence Récurrente Récurrente
Menace spécifique Transformation de l'habitat Certitude causale Élevée Élevée
Gravité Élevée Élevée
Stress Disparitions locales; réduction de la taille et de la viabilité des populations Niveau de préoccupation Moyen
5 Suppression des incendies Caractéristiques de la menace
Catégorie de menace Changements dans la dynamique écologique ou dans les processus naturels Étendue Répandue
Localement Dans toute l'aire de répartition
Menace générale Suppression des incendies Situation chronologique Actuelle Actuelle
Fréquence Récurrente Récurrente
Menace spécifique Compétition végétale, empiétement des forêts, des arbustaies et des peuplements de grandes plantes herbacées vivaces Certitude causale Moyenne Moyenne
Gravité Moyenne Moyenne
Stress Réduction de la taille et de la viabilité des populations; baisse de productivité; réduction de la croissance; réduction des taux de germination et d'établissement Niveau de préoccupation Moyen
6 Fauchage Caractéristiques de la menace
Catégorie de menace Destruction ou dégradation de l'habitat Étendue Localisée
Localement Dans toute l'aire de répartition
Menace générale Aménagement de pelouses Situation chronologique Inconnue
Fréquence Saisonnière
Menace spécifique Transformation de l'habitat Certitude causale Moyenne
Gravité Moyenne
Stress Accroissement de la mortalité (des sujets juvéniles et adultes); baisse de productivité; taux de reproduction médiocre Niveau de préoccupation Faible

Sauf indication contraire, la présente section s’inspire du rapport de situation du COSEPAC (2005). Les menaces y sont présentées dans le même ordre que dans le tableau 3.

Piétinement et perturbation du sol

Le piétinement et la grande instabilité du sol figurent parmi les plus grandes menaces du lupin densiflore. Les populations de la pointe Macaulay et des falaises Dallas bordent la partie littorale de parcs municipaux très fréquentés, et bon nombre de plantes sont piétinées et tuées chaque année. Le piétinement représente également une menace indirecte pour les deux populations, en raison de la présence d’un réseau de sentiers non officiels qui accélèrent l’érosion du sol au-delà des besoins de l’espèce et détruisent des portions importantes d’habitat en provoquant de petits glissements de terrain. Selon l’information figurant dans le rapport de situation du COSEPAC ou recueillie dans le cadre des travaux de terrain de Fairbarns (2010a), on estime que cette menace est de gravité élevée et soulève un niveau élevé de préoccupation.

Plantes exotiques envahissantes

L’envahissement de l’habitat par des plantes herbacées exotiques représente une menace aussi grande que le piétinement et la perturbation du sol. Les trois populations sont menacées par l’empiétement d’arbustes et graminées exotiques, notamment le genêt à balais (Cytisus scoparius), le lierre commun (Hedera helix),l’ajonc d’Europe (Ulex europaeus), le dactyle pelotonné (Dactylis glomerata), la flouve odorante (Anthoxanthum odoratum), l’ivraie vivace (Lolium perenne), le brome stérile (Bromus sterilis) et le brome mou (B. hordeaceus). Selon l’information figurant dans le rapport de situation du COSEPAC ou recueillie dans le cadre des travaux de terrain de Fairbarns (2010a), on estime que cette menace est de gravité élevée et soulève un niveau élevé de préoccupation.

Travaux d’aménagement

La conversion des terres constitue une grave menace pour le lupin densiflore. Une partie de la population de la pointe Macaulay a été détruite en 2003 lors de travaux de réfection d’une route existante. La population de la pointe Clover est entièrement disparue, apparemment à cause de la construction d’un poste de pompage des eaux d’égout ou de l’amélioration d’un ouvrage de protection du littoral.

Les travaux d’aménagement susmentionnés viennent perpétuer une tendance vieille d’un siècle qui a entraîné la perte de plus de 95 % des chênaies de Garry dans la région de Victoria (Lea, 2002). Comme l’habitat de l’espèce est étroitement associé à ces écosystèmes, la disparition historique des chênaies suppose probablement un déclin semblable des parcelles d’habitat propices à la survie et au rétablissement du lupin densiflore.

Cette menace pourrait avoir des effets graves sur les populations en transformant leur habitat, mais elle ne soulève qu’un niveau de préoccupation moyen, car l’espèce se trouve sur des terres publiques dont les gestionnaires sont sensibilisés à la présence de l’espèce.

Suppression des incendies

Il se peut que les Autochtones aient brûlé régulièrement certains lieux de croissance du lupin densiflore pour stimuler la production de plantes comestibles et pour rendre le milieu plus attrayant pour le gibier (Turner, 1999). Il n’existe aucune donnée permettant de déterminer si les Autochtones faisaient la récolte du lupin densiflore, mais les activités de brûlage auraient préservé un habitat propice à cette espèce. Les incendies sont supprimés partout dans la zone d’occurrence canadienne de l’espèce depuis plus d’un siècle, et cette pratique favorise l’empiétement des forêts, des arbustaies et des communautés de plantes herbacées vivaces hautes, à l’intérieur desquelles le lupin densiflore ne peut pas pousser.

Cette menace pourrait avoir des effets importants sur les populations en transformant leur habitat, mais elle ne soulève qu’un niveau de préoccupation moyen, car deux des trois populations jouissent actuellement de mesures d’intendance de l’habitat visant à réduire l’empiétement des arbustes.

Fauchage

Les autorités fédérales fauchent régulièrement le terrain où pousse la majorité des plantes de la population de l’île Trial, afin de réduire les risques d’incendie. À une certaine époque, le fauchage débutait avant même que la plupart des plantes aient le temps de produire des fruits mûrs. Depuis une dizaine d’années, les travaux ne commencent généralement qu’après la dissémination de la majorité des graines (McNeill, comm. pers., 2005). Le terrain n’a pas été fauché du tout en 2004, et, au milieu de l’été, le pré était parsemé de nombreux drageons issus des trembles de la lisière du pré. Il semble donc que le fauchage, s’il est effectué au moment opportun, est bénéfique pour les populations poussant sur sol épais et stable sujet à l’empiètement des plantes ligneuses. Ailleurs, cette pratique a sans doute des effets néfastes sur le lupin densiflore et/ou sur les autres espèces en péril présentes. On a repris le fauchage en 2005 à l’île Trial, afin de mettre fin à l’empiétement des trembles.

Cette menace pourrait gravement réduire la croissance et la reproduction des individus d’une population donnée, mais elle ne soulève qu’un faible niveau de préoccupation, car elle n’est pas présente dans toute l’aire de répartition, et les pratiques de fauche ont été modifiées de manière à profiter à l’espèce.

Il faudrait plus d’information sur la longévité du réservoir de semences et sur l’effectif minimal constituant le seuil de viabilité d’une population. Aucune technique permettant d’accroître les populations ou d’en établir de nouvelles n’a encore été mise au point. Il faudrait des études taxinomiques pour déterminer si les populations de l’île de Vancouver et du Puget Sound forment un élément taxinomique distinct à l’intérieur de l’espèce. Les lacunes existant dans les connaissances nécessaires à la délimitation de l’habitat essentiel sont énumérées dans la section 2.5.4 .

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