Stagiaire Horizons Sciences : Chandra Rodgers

« Je savais pêcher avant de marcher, » plaisante Chandra Rodgers en une journée d’hiver ensoleillée à Winnipeg. Justement, elle est aujourd’hui biologiste spécialisée dans les populations halieutiques auprès de la Région des lacs expérimentaux (RLE) de l’Institut international pour le développement durable (IISD-ELA). Elle a grandi à Barrie, en Ontario, et garde de beaux souvenirs des longues journées d’été à Honey Harbour dans la baie Georgienne, qu’elle passait à nager, escalader, attirer des têtards et ôter les sangsues de ses mains à l’aide de sel. « J’attrapais tout ce qui bougeait, » dit-elle.

Chandra avait beaucoup d’expérience sur le terrain grâce à ses études de maîtrise à l’Université de Western, mais aussi d’excellentes capacités de gestion de projet (issues de ses études supérieures et de son travail aux Antilles). Dès le départ, Chandra avait une dynamique exceptionnelle et a montré sans équivoque la façon dont elle pourrait devenir un élément essentiel de notre équipe. Elle a beaucoup apporté à notre programme, sur les plans technique et personnel, et nous sommes très chanceux de la compter parmi nous. 

- Michael Rennie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada dans le domaine de l’écologie des eaux douces et des pêches, Professeur adjoint, Département de biologie, Université de Lakehead

En 2014, Chandra a été embauchée par l’IISD-ELA par le biais d’un programme de stages du Service écojeunesse d’ECO Canada, financé par le programme Horizons Sciences d’Environnement Canada. Aujourd’hui employée à temps plein, elle travaille au bureau de Winnipeg de l’IISD durant les mois d’hiver, mais passe la plupart de son temps dans la station de recherche éloignée de la RLE située au nord-ouest de l’Ontario, près de la frontière avec le Manitoba.

Dans le cadre de sa recherche sur les populations de poissons et leur comportement, Chandra doit attraper, marquer et relâcher les poissons dans les eaux pures de la RLE. Elle travaille sur toutes les espèces de poissons, des poissons de petite taille comme le Méné, aux poissons de grande taille tels que la truite grise et le brochet. La plupart des poissons sont capturés à l’aide de filets, mais les plus gros sont souvent pêchés à la ligne. Chandra se dit ravie que son père lui ait appris très tôt comment retirer un poisson d’un hameçon.

Chandra Rodgers

Elle a obtenu un diplôme de maîtrise en biologie de l’Université de Western Ontario, à London, en Ontario. Son conseiller, le Dr Bryan Neff, a proposé un projet d’étude sur le terrain relatif aux effets des hormones sur le comportement reproducteur du crapet arlequin, un poisson d’eau douce dodu et attrayant. Elle se souvient bien de crapets accrochés aux cannes à pêche quand elle était enfant. Sa recherche, publiée en 2012, indiquait que différentes concentrations d’hormones de poissons mâles, telles que la testostérone, influent sur la façon dont ils protègent et nourrissent leurs jeunes.

Après l’obtention de son diplôme, Chandra constatait que les emplois dans son secteur de prédilection se faisaient rares. « À la fin de mes études universitaires, j’étais très excitée et optimiste, une jeune fille naïve qui s’empressait d’avoir un travail, » confie-t-elle. La plupart des postes de biologistes des poissons exigeaient de posséder deux à cinq ans d’expérience professionnelle, ce qu’elle n’avait pas encore. Lorsque ce premier emploi s’est avéré difficile à trouver au Canada, elle a déménagé aux Antilles pour travailler dans une petite organisation non gouvernementale. Elle était alors impliquée dans une série de projets, notamment le marquage des tortues de mer, la prospection des zones marines protégées et l’élaboration d’un programme de surveillance de la qualité de l’eau pour l’île Union, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines.

Sa famille lui manquait. Elle a donc décidé de retourner au Canada où elle a été embauchée à titre d’aide-comptable dans une agence immobilière de Burlington, en Ontario. Ne trouvant pas d’emploi dans le domaine des sciences de l’environnement, elle a décidé de poursuivre sa carrière dans la comptabilité. Peu de temps après, l’un de ses amis l’a incitée à soumettre sa candidature pour le programme de stages d’ECO Canada. Dès son admission, elle a ajouté le titre de compétence relatif au Service écojeunesse international (SEI) à son curriculum vitae, reçu rapidement plusieurs offres d’emploi et en a choisi un qui lui permettait de suivre sa passion pour les poissons. « J’aurais, de toute façon, été une comptable épouvantable, » plaisante-t-elle.

« Chandra avait beaucoup d’expérience sur le terrain grâce à ses études à la maîtrise à l’Université de Western, mais aussi d’excellentes capacités de gestion de projet (issues de ses études supérieures et de son travail aux Antilles), » confie son ancien superviseur de l’IISD, le Professeur Michael Rennie. « Dès le départ, Chandra avait une dynamique exceptionnelle et a montré sans équivoque la façon dont elle pourrait devenir un élément essentiel de notre équipe, » dit-il. « Elle a beaucoup apporté à notre programme, sur les plans technique et personnel, et nous sommes très chanceux de la compter parmi nous. »  M. Rennie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada dans le domaine de l’écologie des eaux douces et des pêches, déclare que la mention du certificat d’ECO Canada dans le curriculum d’un candidat représente un avantage considérable pour toute organisation cherchant à élargir ses rangs.

La recherche de Chandra dans la RLE vise désormais la façon dont les êtres humains peuvent influer sur les espèces aquatiques et leurs écosystèmes. Par exemple, un récent projet de la RLE impliquait le détournement d’un cours d’eau alimentant un lac, de sorte que ce dernier ne soit alimenté que par la pluie et l’eau souterraine. Par conséquent, les truites du lac ont migré vers les eaux plus profondes afin de trouver de l’eau plus froide, réduisant la zone d’habitat des poissons qui s’y trouvaient. Le détournement a simulé ce qui pourrait arriver si les cours se tarissaient en raison des changements climatiques. Des effets similaires pourraient également être causés par la construction de barrages hydroélectriques.

En plus de mener des recherches scientifiques à la RLE, Chandra et ses co-chercheurs se sont également impliqués dans des cours pratiques de lycées et d’universités afin de participer à l’enseignement des sciences aquatiques. Pour cela, elle doit parfois emmener les élèves sur le terrain en vue de recueillir et d’échantillonner des poissons. D’autres fois, elle les aide à réaliser de miniprojets sur les poissons, l’hydrologie et la chimie de l’eau. Tandis qu’elle apprécie tous les projets auxquelles elle participe, Chandra espère que les questions des changements climatiques continueront d’être au cœur des recherches du centre au cours des prochaines années, et que la sensibilisation du public envers les recherches effectuées dans la RLE demeurera une priorité absolue. « Les sciences de l’environnement revêtent une importance cruciale, » dit-elle.

Créée en 1968, la Région des lacs expérimentaux consiste en une station de recherche qui compte 58 lacs d’eau douce dans le nord-ouest de l’Ontario près de la frontière avec le Manitoba. En 2014, l’Institut international du développement durable (IISD), une organisation sans but lucratif située à Winnipeg, a pris l’administration de l’établissement qui était dirigé par le Ministère des Pêches et des Océans. En 2012, le gouvernement fédéral a annoncé la fermeture de la station de recherche, ce qui a mené à un tollé soulevé par les scientifiques et le public, dans l’ensemble du Canada et à l’étranger.

Le financement de stages du programme Horizons Sciences d’ECO Canada a fait une grande différence dans la capacité de l’IISD à fonctionner au cours de sa première année, confie Michael Rennie, qui a supervisé Chandra Rodgers durant son stage.

« Non seulement nous étions une nouvelle organisation essayant de poursuivre notre travail avec des effectifs réduits et des personnes nouvelles, mais nous savions que nous devions respecter un budget établi et tentions toujours de comprendre ce en quoi nos coûts de fonctionnement consisteraient en tant qu’organisation indépendante, » dit-il. « Alors que Chandra présentait sa candidature pour un poste convoité par de nombreux autres candidats qualifiés et talentueux, elle l’a remporté sur la base de ses seules compétences. Le financement d’ECO Canada dont elle disposait était un avantage considérable, et nous a vraiment permis d’aller de l’avant. »

Des recherches à grande échelle et à long terme dans la RLE sur la climatologie, les pluies acides, le phosphore et les produits pharmaceutiques ont influencé la politique gouvernementale au Canada et à l’étranger.

Par voie routière, la station de recherche se trouve à environ 65 kilomètres à l’est de Kenora, en Ontario. Elle est accessible par une route en gravier à proximité de l’autoroute transcanadienne. Sa structure comprend des cabines, des laboratoires, une cuisine ouverte sur une salle à manger et héberge entre 30 et 50 chercheurs durant les mois autres que les mois d’hiver.

La RLE reçoit des financements de plusieurs sources, notamment des provinces de l’Ontario et du Manitoba. Le gouvernement fédéral a annoncé un nouveau financement destiné à la RLE en 2016.

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