Aller au-delà de 2020… en 2021

Présenté en collaboration avec le renouvellement de la fonction publique : Au-delà de 2020

Durée : 11 minutes, 46 secondes.

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Janice Charette
Janice Charette

Remontons dans le temps. Il y a 8 ans de cela, l’on invitait les fonctionnaires à prendre part aux discussions qui orienteraient la voie vers l’avenir de la fonction publique. L’objectif était d’évoluer au fil du temps et de continuer à fournir des services efficacement à la population. Des années plus tard, de nouvelles idées pour une fonction publique réinventée ont émergé et ont mené au cadre d’Au-delà de 2020 et à ses trois domaines d’intérêt : agilité, inclusion et outillage.

Personne n’a pu toutefois prédire ce qui allait se produire en 2020, les défis majeurs auxquels nous ferions face et les changements face auxquels nous avons dû nous adapter rapidement. Un peu comme Ross dans Friends hurlant « PIVOT! » à ses amis pendant qu’ils tentaient de transporter un large sofa dans une courbe abrupte. C’est une métaphore presque révélatrice. Maintenant que nous sommes totalement au-delà de 2020, nous constatons que nous utilisons les principes d’Au-delà de 2020 plus que jamais.

« À mon avis, cela démontre vraiment que ce sont d’excellents principes à défendre. », déclare Janice Charette, greffière par intérim. Mme Charette discute avec nous au sujet du point où nous en sommes en tant que fonction publique et du point vers lequel nous pourrions nous rendre. « L’agilité que nous avons démontrée durant notre transition était remarquable. »

D’une certaine façon, cela peut également s’appliquer à Janice Charette, greffière par intérim du Conseil privé du Canada. En mars 2021, elle a fait son entrée à la tête de la fonction publique, en remplacement d’Ian Shugart, le greffier du Conseil privé et l’un de ses bons amis et collègues. Auparavant, elle a été la haute-commissaire du Canada au Royaume-Uni pendant quatre ans et demi.

Les personnes au cœur du leadership

Débuter dans un nouveau poste durant la pandémie, c’est tout un défi. Surtout si le nouveau poste mène à la gestion de l’un des effectifs les plus imposants au Canada. Le leadership n’a plus de secrets pour Mme Charette, forte d’une carrière auréolée au sein de la fonction publique. En fait, elle occupe le poste de greffière pour la seconde fois, ce qui fait d’elle la deuxième personne à avoir occupé ce poste à deux reprises. Gérer durant cette période de crise et d’incertitude a renforcé ses trois valeurs principales liées au leadership.

« Premièrement, le leadership porte essentiellement sur les personnes. Fondamentalement, il s’agit de votre capacité à motiver, encourager et soutenir les autres. La portée de ces éléments s’est élargie, en raison de la pandémie. ». Il ne s’agit plus uniquement de comprendre les gens dans les bureaux. Plus que jamais, il s’agit de comprendre les gens, dans le cadre de leurs vies. « Lorsque je suis en réunion maintenant, je vois les dessins sur les portes de réfrigérateurs, j’entends les enfants, les chiens, les chats. Avec cette nouvelle perspective face à mes employés, je les soutiens en tant que personne entière, d’une façon inhabituelle, car elle va au-delà de ce que je pourrais voir dans un milieu de travail. »

“Premièrement, le leadership porte essentiellement sur les personnes.

Deuxièmement, c’est une affaire de courage.

Troisièmement, le leadership n’est pas défini par la hiérarchie.”

« Deuxièmement, c’est une affaire de courage. Le courage de travailler hors de sa zone de confort et d’aider les autres à travailler hors de leurs zones de confort. Je crois que les fonctionnaires et les gestionnaires de la fonction publique ont fait preuve de courage en travaillant hors de leur politique habituelle et de leurs processus de prestation de services. Selon moi, c’est un résultat que nous devons tous retenir. »

« Troisièmement, le leadership n’est pas défini par la hiérarchie. J’apprécie les personnes nous permettant de garder une cohésion et de renforcer nos équipes en organisant des événements et des conversations autour d’un café. Cela prouve que le leadership se produit à tous les niveaux. », explique Mme Charette.

Un cadre aux perspectives multiples

Pendant que ma collègue commence à demander à Mme Charette de lui expliquer comment les trois domaines d’intérêt d’Au-delà de 2020 sont devenus « vivants » durant la pandémie, j’ai dû lui rappeler que son microphone était éteint. Ironiquement, nous abordions alors les défis posés par le travail à distance. « “L’on ne vous entend pas!”, l’une des phrases les plus célèbres de la langue française. », dit Mme Charette, en riant.

La pandémie a changé énormément de choses à travers le monde. Qui dit changements imposés dit impossibilité de faire autre chose que de s’adapter. Mme Charette estime que la pandémie a solidifié le fait d’être agile, inclusif et outillé — des principes élaborés bien avant la pandémie — et a prouvé que ce sont des qualités de longue date vers lesquelles nous devons continuer d’aspirer.

Avant la pandémie, il aurait été inimaginable pour la fonction publique de changer totalement sa manière de travailler en si peu de temps. « Comment avons-nous réussi? En étant agiles, en nous outillant différemment. Même si l’inclusion demeure un chantier ouvert, ce que je constate, c’est qu’il s’agit des bons concepts vers lesquels nous devrions nous orienter. », nous dit Mme Charette.

Tout ceci mène à une plus grande attention aux résultats. Durant la crise, l’on nous rappelait l’importance de nos tâches visant à fournir des services à la population de manière efficace. Selon elle, ce résultat aurait dû toujours primer sur le fait de respecter les processus. « Je crois que notre transformation est un fait saillant. Selon moi, la prochaine étape serait de garder en tête les meilleures leçons apprises durant la COVID, durant notre réflexion autour de l’aspect des prochains milieux de travail. », ajoute-t-elle.

Impossible d’avoir une diversité ou de l’inclusion sans équité

Mme Charette affirme que la COVID n’est pas la seule crise à laquelle nous faisons face. Le racisme en est une autre. « Une absence d’inclusion, de représentativité et d’une compréhension réelle de la profondeur du chemin vers la réconciliation sur lequel nous nous trouvons. Selon moi, il s’agit du secteur où nous devons garantir que la fonction publique est tout aussi ambitieuse face à la mise en place d’un milieu de travail inclusif que face au fait d’être agile et outillée. »

“Nous devons garantir que la fonction publique est tout aussi ambitieuse face à la mise en place d’un milieu de travail inclusif que face au fait d’être agile et outillée.”

Plus tôt cette année, Ian Shugart — le greffier du Conseil privé — a publié un Appel à l’action en faveur de la lutte contre le racisme, de l’équité et de l’inclusion dans la fonction publique fédérale, dans le cadre duquel il invite la fonction publique à prendre des mesures concrètes pour invoquer les changements. « Nous devons aller au-delà des mots. Il s’agit des mesures que nous pouvons mener différemment pour mettre en place des milieux de travail réellement inclusifs. Selon moi, cela nous ramène à la notion de leadership à tous les niveaux. Chacun d’entre nous doit réfléchir à la manière de faire au sein des équipes et des organisations. », mentionne Mme Charette. Elle a écrit à tous les sous-ministres pour leur demander des lettres soulignant les mesures qu’ils ont prises en réaction à l’appel à l’action. Elle s’engage à publier ces lettres sur Internet pour garantir une transparence et une reddition des comptes autour du leadership organisationnel. Elle mentionne que la prochaine étape sera d’analyser les lettres et de répondre à des questions comme « constatons-nous du progrès et des mesures concrètes ou devrons-nous changer l’approche de la fonction publique? ».

Pendant que les travaux se poursuivent, Mme Charette interagit et écoute attentivement les réseaux d’employés avec lesquels elle travaille à l’évaluation des progrès au maintien du dynamisme et à l’établissement des prochaines étapes. « D’excellentes personnes qui font partie de cet espace depuis très longtemps nous aident à établir si des mesures réelles sont prises ou si nous devons approfondir la définition des mesures auxquelles nous nous attendons. »

Mme Charette prend le temps de faire une distinction importante au sujet de l’approche visant à aborder l’équité, la diversité et l’inclusion. Cela va au-delà du fait d’accroître la représentation au sein des effectifs ou de répondre aux objectifs en matière de nombre. « Nos mesures doivent être au cœur de notre manière de travailler. Embaucher des gens, c’est bien. Comment les retient-on? Comment sommes-nous en train d’inclure différents points de vue et des expériences diverses dans notre manière d’évaluer et de gérer les risques? Comment concevons-nous nos processus opérationnels? Comment élaborons-nous des politiques? Comment fournissons-nous des services? », dit-elle. « Les résultats fournis à la population sont ce qui nous propulsent. La population canadienne est très diversifiée. Comment nous assurer que nous comprenons les besoins de la population et la manière dont elle souhaite être servie? Veiller à ce que diverses voix se fassent entendre autour de la table nous permet d’arriver à cette fin. »  

Les mots « diversité » et « inclusion » semblent remplis d’espoir. Le racisme et la discrimination sont toutefois les raisons de notre présence. Nous ne pouvons pas aspirer à obtenir de la diversité et de l’inclusion, sans aborder les réalités. Mme Charette estime que « nous ne devons pas avoir peur de faire face aux réalités des expériences de racisme, d’intolérance et d’abus vécues par nos collègues. Nous devons reconnaître et souligner comment d’une certaine façon, le milieu de travail n’était pas inclusif, sain ou respectueux. »

“Nous ne devons pas avoir peur de faire face aux réalités des expériences de racisme, d’intolérance et d’abus vécues par nos collègues. Nous devons reconnaître et souligner comment d’une certaine façon, le milieu de travail n’était pas inclusif, sain ou respectueux.”

Mme Charette me demande ensuite mon avis, me prenant de court. Personne ne m’avait demandé mon avis lors d’une entrevue auparavant. Je réfléchis souvent et longuement à ce sujet. Pour une fois, la pression ne crée pas de blancs. J’ajoute qu’à mon avis, nous devons tous nous autoformer. Prendre l’initiative d’apprendre au sujet des différentes expériences est au cœur de la compréhension. Mme Charette est d’accord. « Nous devons comprendre que la vision du monde que nous présentons à la table ne représente pas les expériences vécues par tous. »

La santé mentale et la santé physique sont deux facettes d’une même médaille

Les choses commencent à revenir à la normale et les espaces partagés et les endroits bondés semblent encore être un concept bizarre et distant, pour moi. Mme Charette demande à ma collègue — qui demeure à Toronto — comment elle se sent lorsqu’elle doit utiliser le métro pour se déplacer. La réponse ne se fait pas attendre : « Très mal ». Le ton de la réponse dans cette situation se voulait humoristique, mais c’est le genre de choses que nous devrions prendre en compte avec la réouverture des milieux de travail, selon Mme Charette.

« Je crois que nous avons traversé cette période exceptionnelle depuis mars 2020. Nous travaillons d’une manière fondamentalement différente et nous commençons à comprendre ce que cela signifiera pour la santé mentale des personnes. », dit-elle. Cette championne de la santé mentale dans sa vie personnelle et dans sa vie professionnelle considère que tous ont vécu des expériences différentes, en faisant face à différents niveaux de responsabilité et de pression dans leurs vies respectives.

“Je crois que nous avons traversé cette période exceptionnelle depuis mars 2020. Nous travaillons d’une manière fondamentalement différente et nous commençons à comprendre ce que cela signifiera pour la santé mentale des personnes. ”

Nous ne devons pas oublier que les barrières entre le travail et la vie privée ont été perturbées. Les courts déplacements d’une pièce de votre maison à l’autre rendent toute séparation entre les deux aspects difficile, sur le plan de la santé physique et de la santé mentale. Mme Charette nous avertit que nous ne pouvons pas revenir totalement à la situation que nous vivions. « Nous devons être vigilants quant à la profondeur des répercussions sur nos employés et nous devons veiller à leur fournir un soutien répondant à leurs besoins. », dit-elle. « La bonne nouvelle, c’est que nous sommes en meilleure posture qu’il y a 10 ans, car nous abordons ces sujets maintenant. De meilleures ressources sont disponibles. En règle générale, les gens sont plus sensibilisés, ce qui réduit la stigmatisation autour du fait de demander de l’aide. »

Il est évident que Mme Charette est une gestionnaire ayant les intérêts des fonctionnaires à cœur. Comme elle le dit, notre cheminement sera long et difficile à plusieurs égards, mais nous avons tous le pouvoir d’orienter le cheminement vers un avenir prometteur pour notre fonction publique agile, outillée et surtout inclusive.

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