La diversité est plus qu’un mot à la mode : des conversations avec nos collègues noirs

La diversité est plus qu’un mot à la mode : des conversations avec nos collègues noirs

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L’année 2020 s’est avérée une année tumultueuse, remplie d’événements inattendus, l’un après l’autre. Mais le décès de George Floyd, de Breonna Taylor, d’Ahmaud Arbery, d’Elijah McClain, de Regis Korchinski-Paquet et de Jacob Blake a engendré des protestations du public ainsi que dans les médias sociaux, citant un problème qui est loin d’être nouveau cette année. Ce fut une période de peine, de tristesse et de colère extrêmes pour bien des gens, alors que le racisme continue d’assombrir la vie de nos collègues, amis et familles noirs — un rappel inquiétant et tragique qu’il reste encore beaucoup de travail à faire.

La pandémie de COVID‑19 a accru la visibilité du racisme contre les Noirs et a intensifié les conversations et les efforts de mobilisation qui se déroulaient déjà en ligne. Compte tenu de la transition subite vers le travail à distance pour de nombreuses personnes, le mouvement s’est accéléré à mesure que le débat permanent continue de laisser sa marque sur les plateformes numériques. Au sein du gouvernement du Canada, les ministères tirent parti du numérique pour mobiliser, éduquer et mobiliser les fonctionnaires au sujet du racisme contre les Noirs, avec l’émergence d’un plus grand nombre d’événements virtuels, de groupes de discussion en ligne et de mouvements dans les médias sociaux à ce sujet, en reconnaissant qu’il y a beaucoup à apprendre et à comprendre.

« Une ouverture à la compréhension des personnes avec lesquelles vous travaillez au niveau humain constitue la première étape. »

Tout d’abord, je veux prendre le temps de souligner un élément crucial de cette conversation — que le privilège prend de nombreuses formes. En tant que femme de couleur qui n’est pas de race noire, je comprends que je dispose toujours du privilège en ce qui concerne le racisme contre les Noirs. Bon nombre de gens autour de moi se demandent comment nos diverses formes de privilège peuvent être utilisées pour aider à susciter le changement dans notre monde, en commençant à un niveau local, comme dans nos milieux de travail. Au cours des derniers mois, j’ai eu de nombreuses conversations avec des collègues noirs du gouvernement du Canada parce que, pour vraiment comprendre, nous devons écouter, puis amplifier les voix noires autour de nous pour que tout le monde puisse écouter. Ces conversations constituent un point de départ important.

Un lourd fardeau à porter

Nous savons que ces tragédies se sont produites, mais pouvons-nous reconnaître les graves répercussions de ces tragédies sur nos collègues noirs? Tout le monde éprouve de la peine de façon différente, mais tous les collègues noirs avec qui j’ai parlé ont amorcé notre conversation en me disant comment ils ont été et continuent d’être profondément touchés par ces actes flagrants de racisme : comment ils ont du mal à se présenter au travail et à y être présents alors qu’ils essaient de supprimer une gamme d’émotions et de sentiments pour ne pas nuire à leur productivité, et comment ils affrontent la peur sous-jacente d’être perçus négativement s’ils s’expriment. C’est un lourd fardeau que de nombreuses personnes ont dû porter toute leur vie, et il ne devrait pas retomber sur les épaules d’un groupe plutôt que d’un autre. Vivre à l’ère de l’information signifie que nous avons le pouvoir d’apprendre et de désapprendre les préjugés qui nous ont été inculqués (parfois sans le savoir) par des systèmes et des institutions qui, au mieux, sont mal outillés pour lutter contre le racisme et considèrent souvent la présence d’un nombre relativement faible de personnes racialisées occupant des postes de pouvoir comme un signe de bonnes politiques progressistes de lutte contre le racisme. 

Ce n’est que par l’empathie que nous pouvons comprendre

« Il y a deux conversations différentes à ce sujet. L’une concerne les gens qui vivent les réalités du racisme, et l’autre concerne les gens qui se renseignent sur le racisme et qui essaient d’examiner leurs propres préjugés; il s’agit de conversations très importantes, mais très distinctes. »

Le fait d’entendre ces sentiments de la part de mes collègues fonctionnaires ne fait qu’accentuer le fait qu’il s’agit d’un problème qui nous touche directement. Alors, comment pouvons-nous être de meilleurs collègues et de meilleurs leaders?

Le point commun dans les conversations significatives que j’ai eues était que l’une des choses les plus importantes qu’un employeur peut faire est de créer un espace sécuritaire pour ses employés noirs. « Une ouverture à la compréhension des personnes avec lesquelles vous travaillez au niveau humain constitue la première étape », affirme Atong Ater, membre de l’équipe centrale du Caucus des employés fédéraux noirs. Elle précise qu’il est impératif d’avoir un espace suffisamment sécuritaire où les employés sentent qu’ils peuvent parler et se faire entendre sans jugement, sans que cela nuise à leur carrière. En même temps, Atong fait remarquer le besoin de reconnaître que certaines personnes peuvent ne pas vouloir en parler, car il peut s’agir d’un sujet trop pénible pour elles. « Un espace sécuritaire profite aussi à ces personnes, il leur permet d’être autour d’autres personnes qui comprennent ce qu’elles ressentent. »

Selon la définition de Jacquelyn Ogorchukwu Iyamah, auteure de la publication « The Geometry of Being Black », « le détournement est lorsque quelqu’un manipule l’information pour faire en sorte qu’une victime remette en question son expérience, sa mémoire ou sa réalité ».

Voici quelques exemples de détournement qu’elle donne :

  • « Êtes-vous certain que c’est ce qui s’est passé? »
  • « Le racisme n’existe plus. »
  • « À mon avis, je ne pense pas qu’ils étaient racistes, je pense... »

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Nadia Cetoute, gestionnaire de la dotation au ministère de la Défense nationale, croit que l’éducation doit provenir des échelons supérieurs du milieu de travail. « Les cadres supérieurs ont la responsabilité d’éduquer leurs directeurs, leurs gestionnaires et leurs chefs d’équipe pour qu’ils fassent mieux pour leurs employés racialisés », me dit-elle. Le fait de ne pas écouter et de ne pas comprendre engendre souvent un détournement racial, ce qui amoindrit les expériences personnelles d’une personne et renforce la peur de dénoncer des incidents de racisme. Nadia estime que la formation obligatoire est essentielle, en énonçant que, « en tant que gestionnaires, nous avons dû suivre un cours obligatoire sur la COVID‑19, et cela devrait être obligatoire également. Qu’est-ce que la diversité, l’inclusion et le racisme contre les Noirs? » Jeanne-Andrée Mazile, agente des médias sociaux au Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, fait une distinction importante : « Il y a deux conversations différentes à ce sujet. L’une concerne les gens qui vivent les réalités du racisme, et l’autre concerne les gens qui se renseignent sur le racisme et qui essaient d’examiner leurs propres préjugés; il s’agit de conversations très importantes, mais très distinctes. »

Le gouvernement du Canada accorde de l’importance à la diversité et à l’inclusion, et il est essentiel de reconnaître que le racisme est bien réel, qu’il existe partout autour de nous et que les gens doivent composer avec cette situation tous les jours. On ne peut pas s’attaquer au problème sans reconnaître sa présence.

Bienvenue à une situation « inconfortable »

Toutes les personnes à qui j’ai parlé considèrent ces conversations comme étant gênantes, pour elles-mêmes et pour leurs collègues. Dans ces situations, la peur de faire ou de dire la mauvaise chose peut facilement prendre le dessus, et les gens pourraient choisir de ne rien faire, mais cela aggrave le problème.

« Lorsque j’en parle, j’ai l’impression que c’est un problème des Noirs, mais il n’est pas nécessaire d’être Noir pour se soucier de ces enjeux. »

Nana Bafi-Yeboa, gestionnaire à Santé Canada, me dit que, « lorsque j’en parle, j’ai l’impression que c’est un problème des Noirs, mais il n’est pas nécessaire d’être Noir pour se soucier de ces enjeux. » Il a tout à fait raison, c’est une question d’humanité. Cependant, il ne devrait pas incomber aux Noirs de se faire entendre sur ces enjeux; c’est à nous, à leurs amis, à leurs collègues et à leurs partisans qu’il incombe de prendre la parole et de manifester notre appui actif. Nadia était reconnaissante lorsqu’une de ses collègues blanches a mentionné la tragédie de George Floyd lors de leur réunion de gestion : « Je l’ai remerciée d’avoir soulevé cette question. Mes collègues blancs me demandent ce qu’ils peuvent faire, et je leur dis de se renseigner, de comprendre leur privilège et d’y recourir à bon escient.

« Je ne dis pas ce que je pense de la situation parce que je suis le porte-parole des Noirs. Je dis ce que je pense parce que j’ai des frères et un fils qui ne sont pas différents de moi; je dis ce que je pense parce qu’il y a d’autres Noirs qui pourraient ne pas avoir le privilège que j’ai de faire valoir ces enjeux, et parce que ces enjeux ne se limitent pas à moi-même. »

Dans le même ordre d’idées, si nos collègues noirs décident de s’exprimer, il est essentiel que nous soyons des personnes activement à l’écoute. Nana, qui se fait entendre dans ce dossier dans son milieu de travail et dans ses cercles sociaux, poursuit en disant que « je ne dis pas ce que je pense de la situation parce que je suis le porte-parole des Noirs. Je dis ce que je pense parce que j’ai des frères et un fils qui ne sont pas différents de moi; je dis ce que je pense parce qu’il y a d’autres Noirs qui pourraient ne pas avoir le privilège que j’ai de faire valoir ces enjeux, et parce que ces enjeux ne se limitent pas à moi-même. »

Il est important pour chacun d’entre nous d’ouvrir les yeux, d’aborder les non-dits et de reconnaître qu’ils font des ravages. C’est préjudiciable et nuit à nos collègues estimés. La peur d’être mal à l’aise dans une conversation semble alors ridicule lorsqu’on la confronte au fait que des gens se font tuer à cause de la couleur de leur peau. Cela s’impose depuis longtemps, mais si nous voulons un différent avenir, il est temps d’affronter le racisme systémique et de ne plus jamais détourner notre regard.

L’espoir est un ami cher

Certaines personnes m’ont dit qu’à la suite de ces incidents tragiques, ils ont constaté une volonté de la part de leurs dirigeants et de leurs collègues de participer à des conversations difficiles. « Cela prouve que le progrès est possible », me dit Atong. Mais comme je l’ai mentionné plus tôt, il s’agit d’un fardeau trop lourd pour certaines, alors le progrès doit être généralisé si nous voulons susciter un véritable changement qui dure.

« J’espère qu’un jour nos enfants comprendront qu’ils n’ont pas besoin de se taire dans notre société, qu’ils pourront se faire entendre autant que n’importe qui d’autre. »

Ayant grandi à se faire dire qu’elle devait travailler deux fois plus fort pour faire ses preuves en raison de la couleur de sa peau, Nadia m’a dit ce qui suit : « J’espère qu’un jour nos enfants comprendront qu’ils n’ont pas besoin de se taire dans notre société, qu’ils pourront se faire entendre autant que n’importe qui d’autre. »

« Il faut avoir de l’espoir », affirme Nana. Il me demande ensuite comment je compte utiliser cet espoir pour susciter le changement souhaité. Jeanne insiste sur le fait que « nous devons appliquer une optique antiraciste à notre vie quotidienne, ainsi qu’au travail que nous faisons en tant que fonctionnaires ».

Je tiens à remercier chacun des employés noirs qui ont accepté de prendre le temps d’aborder un sujet difficile et de me faire part de leurs réflexions. Bon nombre d’entre eux ont demandé à ne pas être nommés, mais leurs paroles et leurs idées percutantes ne sont pas moins l’épine dorsale de cet article, et constituent un élément important du catalyseur du changement que nous, les fonctionnaires, avons la capacité de créer dans nos milieux de travail. Nous devons continuer à repousser non seulement les limites systémiques, mais les nôtres également. Chers collègues noirs, nous vous entendons, nous vous voyons et nous vous soutenons.

 
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