Le seul moyen est d’avancer

Présenté en collaboration avec le renouvellement de la fonction publique : Au-delà de 2020

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Daniel Quan-Watson

Si vous aviez dit au sous-ministre Daniel Quan-Watson à l’automne 2020 que la lettre qu’il a écrite dans laquelle il parlait en détail du racisme qu’il a enduré tout au long de sa vie, qui était au début destinée uniquement à des fins de traitement personnel, attirerait autant d’attention qu’aujourd’hui, il ne vous aurait jamais cru. Depuis que la lettre a été diffusée dans l’ensemble du gouvernement du Canada (GC) et ailleurs, elle a suscité d’innombrables conversations avec le sous-ministre.

D’une part, il a reçu des milliers de réponses de personnes qui ont dit que ce qu’il a décrit dans sa lettre est une version de leur propre histoire. D’autre part, il a eu des conversations avec des personnes qui ont dit : « Je ne me suis pas rendu compte que cela existait au Canada. » Cependant, peut-être le fait le plus intéressant de tout, c’est que malgré qu’il a travaillé dans la fonction publique fédérale pendant plus de 32 ans, le sous-ministre Quan-Watson affirme que 85 à 90 % des conversations qu’il a eues sur le racisme se sont déroulées au cours de la dernière année. « Nous sommes arrivés à un point où nous ne pouvons pas revenir; il y a un dicton selon lequel certaines choses, une fois vues, ne peuvent pas être invisibles et je pense que nous l’avons fait », se souvient-il. Étant donné que de nombreux Canadiens reconnaissent que le problème du racisme n’est pas inventé, qu’il est bien réel et qu’il existe dans le pays qui est le nôtre, il n’y a aucun moyen de revenir en arrière; le seul moyen est d’avancer.

« Nous sommes arrivés à un point où nous ne pouvons pas revenir; il y a un dicton selon lequel certaines choses, une fois vues, ne peuvent pas être invisibles et je pense que nous l’avons fait. »

Avant d’entamer la discussion, je tiens à souligner que le sous-ministre Quan-Watson, à part le fait qu’il est sous-ministre des Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, est une personne charismatique et sans prétention. Ces caractéristiques, j’espère, seront expliquées dans cet article. Dans cet esprit, j’ajouterai que quand le sous-ministre Quan-Watson a rejoint l’appel, tous les points sensibles associés à l’idée de faire une entrevue avec un sous-ministre se sont dissipés au cours de la discussion.

La lettre

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Légende

« Réponse aux questions sur le racisme au Canada de Rex Murphy »
Lisez la lettre du sous-ministre Quan-Watson.

Le sous-ministre Quan-Watson nous avoue que l’écriture de sa lettre était très différente du fait de cliquer sur le bouton Envoyer. « C’était l’une de ces choses où j’étais si frustré que la chose la plus constructive que je pouvais faire était d’écrire mes pensées », dit-il. Au début, il n’a fait part de la lettre qu’à quelques amis proches et quelques membres de sa famille. Cependant, en voyant leurs réactions et l’incidence que la lettre a eue sur eux, il s’est rendu compte qu’en tant que tout premier sous-ministre fédéral canadien d’ascendance chinoise, son travail l’avait placé dans une position unique : « J’ai vu que j’avais une responsabilité personnelle et une plate-forme qui m’ont été accordées suite à ma nomination. » Cela l’a incité à s’ouvrir à ceux qui le connaissaient sur le plan professionnel, ceux qui, à son avis, devraient comprendre que cela fait partie de sa réalité et, en outre, la réalité de millions de Canadiens. À partir de ce moment-là, la lettre a pris une tournure inattendue, car elle a fait le tour des ministères et des organismes et est parvenue aux médias.

Le partage de sa lettre n’est pas la première fois que son poste l’a amené à assumer des responsabilités qui vont au-delà de sa description de poste. Lorsqu’un de ses collègues a été interrogé sur sa loyauté envers le Canada, et beaucoup se sont demandé si ces questions étaient liées à son appartenance ethnique, l’homme qui est connu dans la fonction publique sous le nom de sous-ministre Daniel Watson est définitivement devenu le sous-ministre Daniel Quan-Watson. Quelques années plus tôt, il a eu l’honneur d’ajouter le nom de sa famille de naissance (il est adopté) « Quan » à sa nomination par décret, mais n’avait pas commencé à l’utiliser publiquement. En raison de cet incident et de l’augmentation inquiétante des incidents racistes partout au pays, alors que la pandémie de COVID-19 se propageait, il a délibérément décidé de commencer à utiliser son nom de famille chinois au cours de l’exercice de ses fonctions officielles pour démontrer son soutien. « J’ai pensé qu’il était important pour un haut fonctionnaire fédéral, surtout le plus haut fonctionnaire de couleur de la fonction publique fédérale, de s’exprimer et de prendre position non seulement avec tous les fonctionnaires, mais avec tous les Canadiens qui se sentaient attaqués en raison de leur race », explique-t-il.

Une vie de détours

Le sous-ministre Quan-Watson souligne une réalité importante : ces problèmes ne sont pas seulement une affaire du passé. Il nous fait part d’une conversation qu’il a eue récemment avec quelques fonctionnaires dont la plus grande préoccupation commune au sujet du retour au travail n’était pas la COVID-19, mais plutôt le racisme auquel ils pourraient faire face durant leur trajet ou au bureau. « Au travail, nous ne sommes pas à l’abri des gens qui nous disent des choses que nous pourrions aussi entendre dans l’autobus, à l’épicerie ou ailleurs. » dit le sous-ministre Quan-Watson.  

« Nous pensons souvent que des choses comme le racisme, le sexisme, la discrimination sont délibérées, où il n’y a aucun argument sur la question de savoir si l’acte est discriminatoire ou non. Mais en fait, beaucoup de cas sont beaucoup plus subtils. »

« Nous pensons souvent que des choses comme le racisme, le sexisme, la discrimination sont délibérées, où il n’y a aucun argument sur la question de savoir si l’acte est discriminatoire ou non. Mais en fait, beaucoup de cas sont beaucoup plus subtils », nous rappelle-t-il. Le sous-ministre Quan-Watson reconnaît que la conversation peut être difficile lorsqu’on admet à soi-même que les choses sont ce que l’on croit être, sans parler de devoir le « prouver » à quelqu’un d’autre. « Je pense que l’une des choses les plus importantes qu’une personne doit faire, c’est arriver à comprendre ce qui s’est réellement passé, aussi douloureux qu’il soit, parce que cela change l’éventail des possibilités que vous avez quand il s’agit de choisir comment réagir », dit-il.

Dans sa lettre, le sous-ministre Quan-Watson a écrit qu’il a connu au moins 10 000 cas de discrimination raciale au cours de sa vie : « il y a ce sentiment que, simplement parce que des personnes choisissent de prendre de mauvaises décisions à mon égard à cause de leurs propres comportements, c’est comme si je dois prendre la responsabilité de les corriger, alors que ce que j’essaie de faire, c’est d’être un bon Canadien, un bon fonctionnaire, un bon père, un ami et un collègue. Je n’arrive pas à réaliser ces choses même si je dois faire 10 000 détours pour arrêter quelqu’un et le sensibiliser au racisme chaque fois que je le ressens. » Même si la conversation est importante, son conseil est d’identifier les lignes que nous ne sommes plus disposés à franchir et de fixer nos limites en conséquence.

La diversité est synonyme de force

Bien que les conséquences du racisme soient différentes et ressenties de façon disproportionnée, le sous-ministre indique qu’il est de notre responsabilité de parler du problème et de le traiter, et ce n’est pas seulement ceux qui sont victimes de décisions et de comportements racistes.

« Nous en bénéficions tous. Il ne s’agit pas d’un acte de bienfaisance dans lequel un système fonctionnerait normalement bien, sauf le fait qu’il y a des personnes qui se tiennent à l’écart et qui pensent qu’elles ont été laissées-pour-compte et qui aimeraient que l’acte de bienfaisance les autorise à participer. »

Il cite l’exemple de la réponse du GC à la COVID-19, où un travail extraordinaire a été accompli dans l’ensemble de l’institution, alors que les ministères et les organismes se sont réunis pour aborder ce problème. Le sous-ministre Quan-Watson suggère que des problèmes comme le racisme, la diversité et l’inclusion sont les mêmes, « nous avons besoin que l’ensemble du système se mobilise ». Pour parler franchement, il dit :  « Nous en bénéficions tous. Il ne s’agit pas d’un acte de bienfaisance dans lequel un système fonctionnerait normalement bien, sauf le fait qu’il y a des personnes qui se tiennent à l’écart et qui pensent qu’elles ont été laissées-pour-compte et qui aimeraient que l’acte de bienfaisance les autorise à participer. » Les valeurs du GC reconnaissent que nous sommes plus forts lorsque nous sommes plus diversifiés et plus inclusifs, et le sous-ministre Quan-Watson fait remarquer que « cela signifie que nous devons aussi admettre que nous sommes plus faibles lorsque nous ne le sommes pas ».

Notre devoir envers la fonction publique

La façon dont le sous-ministre Quan-Watson s’est exprimé est courageuse, alors je lui demande quels conseils il pourrait donner aux personnes qui veulent dire ce qu’elles pensent, mais qui ont peur de le faire. En tant que femme originaire de l’Asie de l’Est, je sais que le concept de ne pas prendre une place est un sentiment commun dans toute ma culture et est quelque chose que j’ai du mal à surmonter moi-même. À cela, il répond : « prendre une place peut être l’une des choses que vous n’ayez jamais faites ou vous vous sentez le plus mal à l’aise, mais nous vous avons embauché parce que vous avez des choses précieuses et importantes à faire en occupant cette place. » Il offre une perspective nouvelle à ceux d’entre nous qui trouvent difficile de manœuvrer dans notre espace et d’occuper leur place en toute confiance :  « si vous voulez raconter votre histoire, pensez-y comme “comment vais-je pouvoir mieux contribuer à notre mandat, aux valeurs que nous appelons des valeurs canadiennes?” Il dit : Je ne pense pas que le fait de parler de votre histoire devrait être perçu comme si vous demandez quelque chose pour vous-même. Il s’agit de nous assurer que nous servons au mieux les Canadiens. » C’est une façon de cerner les lacunes et d’utiliser nos propres expériences pour les combler, pour nous-mêmes et pour les Canadiens que nous représentons.

« Cette affirmation s’applique à l’ensemble des fonctionnaires, peu importe leurs antécédents ou leurs activités. Si nous ne pouvons pas compter sur vous tous, sur ce que vous êtes et sur ce que vous apportez à ce pays, pour cerner les problèmes que nous devons régler, pour prendre les décisions que nous devons prendre et pour obtenir les résultats que nous devons obtenir, alors nous ne serons pas en mesure de servir la population canadienne au mieux de nos capacités et de notre devoir.  »

Le sous-ministre Quan-Watson ajoute : « cette affirmation s’applique à l’ensemble des fonctionnaires, peu importe leurs antécédents ou leurs activités. Si nous ne pouvons pas compter sur vous tous, sur ce que vous êtes et sur ce que vous apportez à ce pays, pour cerner les problèmes que nous devons régler, pour prendre les décisions que nous devons prendre et pour obtenir les résultats que nous devons obtenir, alors nous ne serons pas en mesure de servir la population canadienne au mieux de nos capacités et de notre devoir.  »

« Alors, qu’est-ce que nous allons faire maintenant? »

« Alors, qu’est-ce que nous allons faire maintenant? » Il s’agit de la dernière ligne de la lettre désormais célèbre du sous-ministre Quan-Watson. Il croit que nous sommes sur la bonne voie pour aller là où nous devons être. Pour lui, le simple fait que nous ayons cette conversation avec lui est une raison d’être optimiste : « cette conversation aurait été absolument impossible le jour où j’ai commencé dans la fonction publique ». Il s’inspire d’un parallèle important dans notre histoire et réfléchit à la façon dont les femmes en milieu de travail étaient perçues au début de sa carrière. « Un vétéran qui s’apprêtait à prendre sa retraite m’a averti de songer à prendre un emploi particulier parce que j’aurais une femme directrice, se souvient-il, en l’espace d’une génération, les personnes ont du mal à me croire quand je raconte cette histoire, mais c’est très réel, et quiconque était là à ce moment-là vous dira que c’est réel. » Le sous-ministre Quan-Watson fait remarquer que, même s’il s’agit d’un long parcours indéniable, nous l’avons déjà fait. « Une fois qu’on arrive à cette masse critique où l’on n’est plus seul pour dénoncer les comportements, les circonstances et les réalités lorsqu’ils se présentent et que d’autres personnes font de même, à mon avis, c’est là que l’on commence à voir le changement se produire à un rythme plus rapide », dit-il.

À la fin de notre discussion, comme nous le remercions d’avoir pris le temps de discuter avec nous, il nous remercie à son tour : « pour avoir transmis ces conversations aux autres et les avoir laissées germer – voilà comment nous changeons », dit-il.

Je m’en voudrais de ne pas reconnaître qu’il ne s’agit là que d’une conversation parmi beaucoup d’autres qui ont déjà eu lieu sur ce sujet, et beaucoup d’autres qui restent à venir. Nous encourageons nos lecteurs à poursuivre, que ce soit dans des conversations importantes ou moins importantes, que ce soit sur une scène, ou autour de la table à manger. Il s’agit de maintenir la conversation et de continuer à croître et à changer ensemble de façon positive. La voie à suivre est peut-être longue et ardue, mais nous avons déjà vu des changements se produire, et nous le verrons de nouveau.

 
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