La population diversifiée du Canada : La progression du recensement

par : un fonctionnaire enthousiaste | | Partagez

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Stat101. Introduction à la statistique

Laurent Martel
Laurent Martel, directeur de la Démographie à Statistique Canada

Statistique, démographie et données du recensement. Autant de termes que je connais de façon générale, mais dont j’ignorais l’importance dans ma vie quotidienne. Tout cela a changé à peine quelques minutes après le début de l’entrevue de notre équipe avec Laurent Martel, directeur de la Démographie à Statistique Canada (StatCan). Démographe de formation de jour, cycliste de soir (après 17 h en semaine, du moins), Laurent travaille au Centre de démographie de Statistique Canada depuis le début de sa carrière au gouvernement du Canada, il y a 25 ans. Il sait qu’il va à l’encontre de la norme du gouvernement de rester au même endroit, mais, comme il le dit, « Pourquoi changer ce qui fonctionne? ».

« Je dis toujours que notre travail touche la vie des Canadiens. La naissance, la mort, la migration dans un autre pays ou une autre région, le mariage, le divorce, ce sont tous des événements importants de la vie. C’est pourquoi la démographie est si passionnante. »

Le Centre de démographie joue un rôle direct dans tout ce qui touche la population dans le recensement canadien. Les équipes du Centre élaborent les questions avant l’envoi du formulaire. Les données collectées sont ensuite certifiées, analysées et éventuellement diffusées au public. Les employés du Centre sont des conteurs à part entière : ils analysent les tendances dans les données et traduisent les conclusions en renseignements faciles à comprendre. « Je dis toujours que notre travail touche la vie des Canadiens, explique Laurent. La naissance, la mort, la migration dans un autre pays ou une autre région, le mariage, le divorce, ce sont tous des événements importants de la vie. C’est pourquoi la démographie est si passionnante. »

La vie imite l’art, le recensement, la vie

Pourquoi, alors, est-ce si important de collecter des données de recensement démographiques? En guise de réponse, Laurent énumère quelques-unes des façons dont les données du Centre sont utilisées dans la société canadienne. « Chaque année, nous fournissons les chiffres de population au ministère des Finances Canada afin que celui-ci puisse calculer les paiements de transfert du gouvernement fédéral aux provinces et aux territoires, dit-il. Nous fournissons également des estimations démographiques mensuelles à l’Enquête sur la population active, qui sont utilisées pour calculer et présenter le taux de chômage chaque mois. » Le nombre de sièges à la Chambre des communes, la Loi sur l’équité en matière d’emploi et même les mandats prévus par la loi, tous sont influencés par les données sur la population collectées dans le recensement.

Laurent explique que ce sont les municipalités qui tirent le plus grand avantage des données du recensement. « Les données du recensement sont en fait des données de collectivités locales », explique-t-il. Les données locales donnent aux dirigeants et aux organisations l’information dont ils ont besoin sur leur population afin d’offrir et de planifier des services de façon optimale. « La construction d’hôpitaux, d’écoles et de routes repose souvent sur des données de recensement, dit-il. Avons-nous besoin d’une école dans une collectivité en particulier? Le fait d’examiner la croissance de la population au cours des cinq dernières années grâce aux données locales du recensement nous permet de savoir combien de jeunes enfants âgés de 0 à 4 ans qui habitent dans cette région en particulier auront besoin d’une école primaire au cours des prochaines années. »

Le progrès en marche

Le recensement est aussi dynamique que les personnes qu’il sonde. Le Canada évolue et progresse, tout comme le recensement et les questions qu’il contient. « Il ne faut pas oublier que le recensement suit le changement social, explique Laurent. C’est ce qu’il a toujours fait. »

Dans les années 1920 et 1930, on demandait dans le recensement combien de salles de bain une personne comptait dans sa maison, et si elle avait un téléphone. Ces questions, qui avaient un but lorsqu’elles ont été incluses, sont éventuellement devenues désuètes et ont été éliminées du recensement. En revanche, une question sur les unions de fait a été ajoutée au recensement de 1981 et, en 2001, le recensement a commencé à mesurer les couples homosexuels vivant en union de fait. En 2005, les couples homosexuels ont eu le droit de se marier et StatCan a commencé à mesurer les couples homosexuels mariés dans le recensement de 2006.

« Indiquaient-ils leur sexe à la naissance ou leur genre actuel? Étant donné que la question n’ajoutait aucune précision, nous ne savions plus quel concept statistique nous mesurions. »

Récemment, les changements systémiques généraux liés à la diversité de genre ont progressé. Les provinces ont commencé à modifier la façon dont une personne peut indiquer son sexe ou son genre sur son certificat de naissance et son permis de conduire. Le Code criminel et la Charte canadienne des droits et libertés ont été mis à jour afin de reconnaître les membres de la communauté 2SLGBTQI+. Voilà entre autres les raisons pour lesquelles l’ancienne question « Quel est votre sexe? » a été remplacée dans le recensement de 2021. En outre, les statisticiens et les démographes ne pouvaient plus être certains de la façon dont les Canadiens répondaient à cette question. « Indiquaient-ils leur sexe à la naissance ou leur genre actuel?, demande Laurent. Étant donné que la question n’ajoutait aucune précision, nous ne savions plus quel concept statistique nous mesurions. » Lors des consultations nationales qui ont eu lieu entre les années de recensement, de nombreux Canadiens ont suggéré à Statistique Canada de commencer à mesurer la population non binaire et transgenre. « Nous avons essentiellement écouté les Canadiens », indique Laurent.

La diversité de genre et le recensement

« Nous ne posons pas directement la question “êtes-vous une personne transgenre?”, explique Laurent. Lorsque nous avons organisé des groupes de discussion et mené des tests qualitatifs avant le Recensement de 2021, certaines personnes nous ont dit qu’elles trouvaient les questions directes quelque peu irrespectueuses ». Au lieu de demander « Quel est votre sexe? », on demande maintenant « Quel était votre sexe à la naissance? ». Pour la question de suivi « Quel est votre genre », les choix de réponses sont « Masculin », « Féminin » ou « Veuillez préciser ». « Nous n’avons pas offert de choix précis, car la population de genre divers évolue si rapidement que l’on voit régulièrement naître de nouvelles façons dont les personnes peuvent définir leur genre », dit Laurent. En plus d’obtenir des renseignements directs sur la population non binaire, les analystes peuvent maintenant mesurer la population transgenre en comparant la question sur le sexe à la naissance à celle sur le genre actuel.

« Nous sommes le premier pays au monde dont le recensement collecte et présente des renseignements statistiques provenant d’un recensement national sur les populations transgenres et non binaires. »

Cette mise à jour du recensement a été positive à de nombreux égards. Comme l’explique Laurent, le fait de mesurer les populations non binaire et transgenre dispersées à l’échelle du Canada nous permet de mieux planifier, offrir et fournir des services à ces communautés afin de lutter contre la discrimination et le harcèlement. Les répercussions du recensement ont aussi une incidence positive sur le Canada et sa réputation sur la scène internationale. « Nous sommes le premier pays au monde dont le recensement collecte et présente des renseignements statistiques provenant d’un recensement national sur les populations transgenres et non binaires », dit Laurent avec fierté. Le recensement a également offert des nouvelles positives pour la société canadienne dans son ensemble. « La publication de ces données en avril dernier s’est très bien passée. Nous avons été ravis des réactions des Canadiens. »

Une vision d’avenir

Il serait merveilleux de pouvoir ajouter une multitude de nouvelles questions et de collecter autant d’information que possible; en pratique, toutefois, ce n’est pas réaliste. Laurent explique que le Centre de démographie doit se garder de ne pas ajouter trop de nouvelles questions. « Nous ne pouvons pas avoir un recensement de 200 pages, parce que personne ne voudra passer une demi-journée à y répondre », dit-il. C’est une question d’équilibre. Si l’on veut ajouter un élément, il faut en retirer un autre. Laurent a toutefois une vision. Il espère trouver de plus en plus de façons de remplacer certaines des questions par des données administratives. Ainsi, l’organisme pourrait améliorer la qualité des données, répondre à des besoins d’information nouveaux et continus, réduire les coûts liés à la collecte de données et faire gagner du temps aux Canadiens qui participent aux enquêtes menées par Statistique Canada, le tout de façon transparente, sécuritaire et confidentielle. « Nous ne posons plus de question sur votre revenu, dit-il. Nous effectuons plutôt un couplage de dossiers avec les déclarations de revenus. Nous explorons des façons d’utiliser davantage de données administratives pour 2026 afin d’avoir plus d’espace dans le questionnaire du Recensement. »

Après avoir passé 25 ans au Centre de démographie, Laurent a de nombreuses idées pour l’avenir du recensement. Il souhaite suivre l’exemple du Royaume-Uni dans la mesure des populations transitoires, un terme englobant les personnes qui passent une grande quantité de temps à un lieu précis autre que leur lieu de résidence principale. Pensons par exemple aux personnes qui passent leurs fins de semaine au chalet ou dans un appartement, ou les travailleurs temporaires qui travaillent dans une province différente pendant une partie de l’année. Le temps que ces personnes passent dans une municipalité différente a une incidence sur la population et donc, sur les besoins en services de ce lieu. « C’est un long processus, un long périple, dit-il. Qui sait? Peut-être que cela ne se produira pas en 2026, mais plutôt en 2031. Nous verrons. »

Entre-temps, le Centre de démographie a déjà beaucoup à faire avec tous les nouveaux renseignements issus du Recensement de 2021. Il continue d’examiner et de diffuser de l’information passionnante sur un éventail de sujets touchant la population canadienne. Sa prochaine diffusion, prévue le 21 septembre 2022, portera sur les membres des Premières Nations, les Métis et les Inuits au Canada, en mettant l’accent sur le logement. On trouve de plus amples renseignements sur les sujets de diffusion de données du recensement dans la page Web Planification de la diffusion des données du Recensement de 2021.

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