Qui mène le monde?

Octobre est un mois spécial. Parmi les diverses festivités automnales, nous célébrons l’histoire d’une force inébranlable de la nature : les femmes. Le parcours des femmes au cours de l’histoire a été difficile, c’est le moins qu’on puisse dire, et malheureusement, certaines de ces difficultés ont transcendé le temps et sont encore très présentes aujourd’hui. Mais voici ce qu’il faut savoir à propos des femmes : elles sont plus résilientes que vous ne le croyez, et il y a de fortes chances qu’il y en ait au moins une qui vous ait influencé à un moment donné dans votre vie, peu importe qui vous êtes.

J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Anna Wong, directrice au Bureau du dirigeant principal de l’information (BDPI) du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada (SCT). C’est avec Rosie la riveteuse et d’autres affiches classiques du temps de la guerre derrière elle, dans sa buanderie à temps partiel, dans son bureau à temps partiel, qu’Anna m’a parlé de sa carrière, de son parcours, et a partagé quelques mots de sagesse avec d’autres femmes qui mènent leur propre carrière au sein du gouvernement du Canada (GC).

De la politique au numérique

« Ce n’est pas le gouvernement numérique, c’est juste le gouvernement, et nous ne faisons que travailler. »

Jusqu’à maintenant, la carrière d’Anna au GC est colorée; elle a vécu une vaste gamme d’expériences. Tout a commencé par son expérience en politique, le sujet qu’elle a étudié à l’école. Anna se passionne pour les programmes qui touchent directement les gens. « Les politiques peuvent avoir un effet énorme sur la vie des gens », me dit-elle. Comme elle vient d’une famille d’immigrants, elle souligne que les politiques gouvernementales ont eu une incidence directe sur elle. C’est ce qui l’a poussée à déménager de Vancouver à Ottawa et à chercher un emploi dans la fonction publique; « c’était un geste très intentionnel pour moi parce que, de tous les secteurs, c’est le secteur public qui a la plus grande portée. Si vous changez une loi, une politique ou un programme, vous pouvez avoir une incidence sur un grand nombre de Canadiens, voire sur toute la population. » Ce n’est que lorsqu’elle a rencontré un dirigeant influent sur son parcours qu’elle a fait un acte de foi et qu’elle est passée de la politique à l’espace numérique, en particulier à l’apprentissage et au perfectionnement. Elle a déménagé à l’École de la fonction publique du Canada pour aider à lancer l’Académie du numérique et est depuis revenue au SCT avec ses nouvelles compétences. Bien qu’elle soit maintenant fière de travailler dans l’espace technologique, elle souligne que le moment de sa carrière dont elle est le plus fière jusqu’à maintenant a été de contribuer à la réinstallation de 40 000 réfugiés syriens, travail qu’elle a fait dans le domaine des politiques à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Vivre dans un monde numérique

« La technologie changera en un clin d’œil, et le rythme du changement continuera de s’accélérer. Il ne s’agit donc pas tant de tenir à jour les compétences essentielles, mais plutôt d’apprendre et de s’adapter, ce qui nous permettra d’accepter le changement au fur et à mesure qu’il se produira. »

Lorsqu’on lui demande où elle voit le « numérique » dans l’avenir au sein du GC, Anna répond : « J’espère que nous pourrons commencer à laisser tomber complètement le mot "numérique". » Pour elle, le numérique signifie simplement moderniser notre façon de travailler, quelque chose qui, elle le reconnaît, exigera une adaptation constante au fil du temps, et donc « ce n’est pas le gouvernement numérique, c’est juste le gouvernement, et nous ne faisons que travailler », dit-elle en riant. L’idée de l’amélioration continue est l’état d’esprit que nous devons tous adopter pour être en mesure de suivre l’évolution de notre société. Anna croit fermement qu’investir davantage dans nos gens est ce qui nous permettra d’y arriver. « La technologie changera en un clin d’œil, et le rythme du changement continuera de s’accélérer. Il ne s’agit donc pas tant de tenir à jour les compétences essentielles, mais plutôt d’apprendre et de s’adapter, ce qui nous permettra d’accepter le changement au fur et à mesure qu’il se produira. »

Club de jeunes garçons

« S’il y a un manque de représentation à la table, il est difficile de s’assurer que les décisions prises sont inclusives et tiennent compte de l’intérêt supérieur des divers groupes. Et en même temps, des indices comportementaux subtils sont perpétués. »

Anna est directrice de la gestion de l’information et des technologies de l’information, un domaine qui est principalement composé d’hommes. En tant que femme de couleur, Anna reconnaît qu’elle a été très privilégiée de ne jamais avoir été confrontée au racisme et à la discrimination, même si elle a des collègues qui l’ont été. Cependant, Anna fait remarquer qu’il y a des choses subtiles qui se produisent dans son milieu de façon systémique, comme la représentation disproportionnée aux réunions auxquelles elle assiste, y compris aux tables de gestion et aux tables du DPI. Anna précise que ce n’est pas comme si les personnes présentes étaient mal intentionnées, mais elle soulève un point crucial : « S’il y a un manque de représentation à la table, il est difficile de s’assurer que les décisions prises sont inclusives et tiennent compte de l’intérêt supérieur des divers groupes. Et en même temps, des indices comportementaux subtils sont perpétués. »

L’espace est subjectif

« Si je veux quelque chose, je trouve le moyen de l’obtenir, mais je me demande souvent ce qui se passerait si je n’étais pas aussi catégorique et insistante sur ce que j’essaie d’accomplir. »

Anna reconnaît qu’elle est une femme d’action et se dit un peu autoritaire, mais je dirais qu’elle n’est qu’une patronne. « Si je veux quelque chose, je trouve le moyen de l’obtenir, mais je me demande souvent ce qui se passerait si je n’étais pas aussi catégorique et insistante sur ce que j’essaie d’accomplir », explique-t-elle. Elle pense à ses collègues qui parlent plus doucement, qui n’aiment pas nécessairement prendre beaucoup de place, « c’est tout naturel parce que tout le monde est différent, et cela n’est pas un indice de la capacité de quelqu’un, dit-elle, mais pour progresser dans votre carrière, nous disons essentiellement que vous devez adopter des caractéristiques et des rôles particuliers, qui sont habituellement plus masculins et occidentaux. » Elle insiste sur le fait que personne ne devrait avoir à être le porte-parole symbolique de son groupe dans la diversité, « c’est comme porter ce lourd fardeau accumulé sur vos épaules pendant des siècles; nous ne devrions jamais mettre les gens dans cette position ».

Le fer affûte le fer

Avant de conclure notre conversation, Anna donne quelques conseils pour aider les autres à trouver leur voie dans leur carrière, « aussi cliché que cela puisse paraître, trouvez votre tribu », dit-elle. Anna croit que nous devons tous trouver nos personnes de soutien en cours de route; nous avons besoin de gens qui nous défendront, et de gens qui sont dans le même domaine que nous, qui grandiront avec nous. Elle raconte une anecdote hilarante au sujet d’un cadre chevronné pris dans la salle de bain à qui elle a demandé s’il accepterait d’être son mentor, à un moment où elle avait besoin de conseils : « J’ai apprécié beaucoup de qualités de cette personne et j’ai appris tellement de choses d’elle – nous nous parlons encore de temps en temps aujourd’hui. » Le GC est grand, mais c’est aussi un petit endroit; je l’ai vu tout au long de ma carrière. Un réseau solide peut vraiment ouvrir la voie. C’est en nous soutenant les uns les autres que nous sommes plus forts ou, comme le dit Anna, « le fer affûte le fer ».

Je demande à Anna de jeter un coup d’œil aux affiches derrière elle, une collection d’articles de promotion du temps de la guerre qu’elle a recueillis partout dans le monde. On peut lire : « Mince alors! J’aimerais être un homme; je me joindrais à la marine. Soyez un homme et faites-le. » Bien que nous puissions en rire maintenant, ils nous rappellent des idéologies qui étaient autrefois très réelles et qui prévalent encore parfois aujourd’hui. Anna fait un zoom arrière avec son appareil photo pour me faire faire une visite complète de sa buanderie et de son bureau avec ses affiches. « L’ironie n’est-elle pas tout simplement incroyable », dit-elle en riant.

 
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