Série de questions-réponses de La vie en numérique : Recentrer l’attention

par : une fonctionnaire enthousiaste | | Partagez

Barâa Arar
Barâa Arar, conseillère en ressources humaines à Patrimoine canadien

Rencontrez Barâa Arar, une jeune professionnelle qui travaille aux Ressources humaines à Patrimoine canadien. Bien que sa charge de travail quotidienne porte sur la diversité et l’inclusion (D et I), dans cet article, elle aborde le travail lié à la D et I qu’elle poursuit en dehors de son poste officiel.

Nous avons discuté avec Barâa de son histoire et de son expérience concernant le Forum des conférenciers fédéraux : sa conception et maintenant un discours à titre de conférencière. Elle nous raconte comment le Forum permet aux personnes marginalisées de choisir comment et quand ils racontent leur histoire, en recentrant l’attention et en transférant le fardeau ainsi de ceux qui estiment qu’ils ne peuvent pas ou ne veulent pas en parler.

Bonjour Barâa, merci de vous joindre à nous aujourd’hui!

Pouvez-vous me donner une idée de vous et de ce que vous faites au gouvernement?

Bien sûr! Je suis donc conseillère en ressources humaines à Patrimoine canadien, et je travaille dans le domaine de l’équité, de la diversité et de l’inclusion au sein de mon équipe. Patrimoine canadien a un portefeuille externe axé sur le Canada, mais je travaille sur les aspects internes. Cela comprend des événements que les communautés de la diversité et de l’inclusion veulent mettre en œuvre et des stratégies ministérielles sur l’équité en matière d’emploi.

Je crois savoir que vous êtes l’un des conférenciers du Forum des conférenciers fédéraux. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?

« J’ai toujours été une personne très bavarde, quelque peu ouverte. Je parle de mes expériences; je ne suis pas timide en ce sens. J’ai pensé qu’il serait formidable que le gouvernement fédéral soit en mesure d’offrir aux fonctionnaires l’occasion de raconter leurs histoires, mais aussi d’écouter les histoires des autres. »

J’ai d’abord entendu parler du Forum des conférenciers fédéraux dans le cadre de mon travail parce que nous étions consultés sur les besoins et les lacunes possibles lors d’un Forum des conférenciers fédéraux sur la diversité et l’inclusion. Après ces consultations, je l’ai vu se mettre en branle et je savais qu’il s’agissait de quelque chose dont je voulais faire partie en tant que conférencière et non seulement à titre d’experte-conseil. J’ai toujours été une personne très bavarde, quelque peu ouverte. Je parle de mes expériences; je ne suis pas timide en ce sens. J’ai pensé qu’il serait formidable que le gouvernement fédéral soit en mesure d’offrir aux fonctionnaires l’occasion de raconter leurs histoires, mais aussi d’écouter les histoires des autres.

Votre expérience a-t-elle été positive jusqu’à présent?

Oui, je suis une personne qui, comme je l’ai dit, est heureuse de faire part de mes histoires. Je ne m’attends pas à ce que tous ceux qui ont été victimes de racisme ou de discrimination aient à s’exposer, mais c’est quelque chose que je suis heureuse de faire et je crois que d’autres membres du Forum en pensent autant. Habituellement, les fonctionnaires fédéraux ont le fardeau de raconter leurs expériences à leurs propres équipes. Je crois qu’il est formidable qu’il s’agisse d’une ressource dont les gens peuvent tirer profit et qu’elle soit l’occasion de discuter de la diversité et de l’inclusion sans accabler leurs propres employés qui pourraient ne pas être intéressés ou qui n’ont pas la capacité de s’exprimer à ce sujet.

Comment avez-vous senti la réception de votre exposé?

« Je pense que n’importe qui, y compris moi-même, peut être dépassé par tout ce qui se passe. »

La réception est généralement bonne. De temps en temps, pas nécessairement au Forum des conférenciers fédéraux, mais de temps en temps, on est confronté à une certaine résistance ou hésitation. Les gens pourraient dire, «  Oh, eh bien, est-ce vraiment ce qui s’est passé? », ce genre de questions. Je pense qu’en grande partie, surtout quand on parle de soi ou de ses expériences, les gens sont moins susceptibles de le nier ou du moins de ne le disent pas. Je pense que n’importe qui, y compris moi-même, peut être dépassé par tout ce qui se passe. Il y a tellement de problèmes, il y a tellement de formes de racisme et de discrimination et on a l’impression que tout cela ne peut pas arriver. Mais je pense que quand les gens nous entendent parler et disent : «  Voilà mes expériences, et c’est comme ça que je me suis senti »; je crois que cela ancre un peu plus et rend le tout un peu moins incertain, et c’est donc plus difficile à nier.

Je sais qu’il peut être fatigant et pénible à bien des égards de toujours compter sur les gens dans les communautés racialisées et marginalisées pour être ceux qui s’expriment. Quelle a été votre expérience lors que votre exposé?

C’est difficile parce que parfois, quand je raconte ou me rappelle une histoire, je commence à ressentir les mêmes émotions qu’au moment où l’événement s’est produit. Il faut en grande partie se ménager et se rappeler que, même si on en a parlé une fois lorsqu’on s’est senti en sécurité, on n’a pas toujours à le faire, et on n’a pas toujours à devenir un modèle idéal des choses. Je pense que c’est ce qui est bien à propos du Forum des conférenciers fédéraux, c’est que nous le faisons en dehors de notre travail, contrairement à d’autres personnes qui doivent le faire dans le cadre de leur travail. Si l’on se sent épuisé, on peut toujours dire non. Si on est trop occupé ou qu’on ne veut pas en parler ou que c’est trop, on peut toujours dire : «  Je laisse passer cette occasion. » C’est tout à fait acceptable. On n’a pas besoin de venir travailler tous les jours et penser «  Oh, mon dieu, c’est ce que je dois faire », ce qui peut être épuisant.

Seriez-vous disposée à partager faire part des défis auxquels vous avez spécifiquement fait face dans le cadre de votre travail sur l’équité et la diversité au sein du gouvernement du Canada? Avez-vous été en mesure de surmonter ces défis?

Nous sommes à un endroit unique où il y a un intérêt et un appétit pour aller de l’avant avec des questions sur la diversité et l’inclusion. Nous pouvons aller plus loin que la version actuelle de la Loi sur l’équité en matière d’emploi, qui a maintenant plus de 20 ans, et inclure d’autres communautés qui n’étaient pas visées à l’origine par la Loi sur l’équité en matière d’emploi. En même temps, bien qu’il y ait beaucoup de désir de changement à la culture, parfois les choses plus institutionnelles et bureaucratiques ne l’ont pas encore rattrapé.

Je peux donner un exemple concret : de nombreux organismes et ministères gouvernementaux ont voulu consulter les aînés ou les dirigeants autochtones et les amener à participer à des réunions publiques, à bénir des réunions, à faire une prière, à enseigner. Par le passé, le gouvernement du Canada n’a pas donné d’honoraires comme le ferait un organisme privé. Toutefois, nous savons évidemment que leur temps est précieux et que leur temps devrait être rémunéré. Alors, comment trouver un moyen de le faire à l’intérieur des systèmes financiers? Les gens avec qui j’ai travaillé, y compris la haute direction, pensent en grande partie «  oui, nous voulons le faire », mais la question est «  comment trouver un moyen? » parce que malheureusement, nous n’avons pas ces systèmes en place.

« Je crois que ce qu’il faut, c’est à la fois des personnes au niveau de travail et des employés, mais aussi de la haute direction, pour trouver les moyens. »

Je crois que ce qu’il faut, c’est à la fois des personnes au niveau de travail et des employés, mais aussi de la haute direction, pour trouver les moyens. Pour l’instant, il y a un peu de décalage entre ce que beaucoup de gens veulent faire et où ils veulent aller, puis il y a les structures préexistantes qui, malheureusement, n’étaient pas destinées à accueillir ou à permettre ces voies.

J’ai lu dans votre biographie du Forum des conférenciers fédéraux que vous avez une spécialisation en photographie coloniale des femmes dans le cadre de vos maîtrises, et c’était très intéressant.

Ce diplôme vous a-t-il donné des points à retenir ou des réflexions uniques sur vos expériences en milieu de travail ou même dans la vie en général?

J’ai étudié la photographie coloniale, spécifiquement la photographie coloniale française. C’est vraiment intéressant parce que la montée du colonialisme a en quelque sorte coïncidé avec l’essor de l’appareil-photo tel que nous le connaissons. Il y avait beaucoup de photos, souvent non consensuelles de sujets autochtones, surtout dans les communautés inuites, à l’époque avant même la Confédération. Il m’a été très intéressant d’apprendre que Bibliothèque et Archives Canada possède une énorme collection de photographies qu’il a retirée d’Internet afin de protéger la vie privée des sujets de ces photos, car il n’est pas sûr de l’origine des photos.

Ce qui m’a intrigué, c’est que j’avais l’idée que ce n’est qu’au cours des deux dernières décennies que nous avons obtenu des photos aussi puissantes. Par exemple, Time Magazine et National Geographic ont ces photographies fascinantes : une jeune Afghane de 13 ans avec ces yeux perçants ou la photo très populaire d’un jeune garçon syrien échoué sur le rivage pendant la crise des réfugiés. Ces photos très puissantes deviennent des symboles de mouvements, de guerres et de conflits. L’histoire montre que presque depuis le moment où les photos existent, il y en a eu beaucoup.

Le sujet est particulièrement intéressant pour les femmes, parce qu’il y a la question de savoir si elles ont consenti à ce que leur photo soit prise. Ou il y a la question de savoir s’il s’agit d’une mise en scène. Vous voyez que beaucoup de cas pendant l’ère coloniale où une photo a été mise en scène ou modifiée pour la rendre plus attrayante pour les gens dans la métropole. Edward Curtis a pris de nombreuses photos d’Autochtones, et l’une des choses qui ont été faites a été le retrait d’une radio ou d’une horloge de la photo pour donner l’impression que les nations et les communautés autochtones des États-Unis ne disposaient pas de ces technologies.

Je vois toutes ces connexions différentes aujourd’hui aussi. Nous n’avons eu que de plus en plus d’exemples, puisque presque tout le monde a accès à un téléphone, ce qui signifie que presque tout le monde a accès à un appareil-photo. Quand on examine le meurtre de George Floyd, l’une des raisons pour lesquelles c’était un moment si puissant est qu’il y en a eu des preuves vidéo de l’événement. Je pense que cela montre à quel point un outil peut être puissant quand les gens y ont accès, qu’il n’est pas seulement à sens unique. Il y a un mouvement de différents groupes qui s’en réapproprient et qui reprennent le pouvoir.

C’est un point de vue suscitant la réflexion, Barâa. Merci de nous avoir fait profiter de vos lumières aujourd’hui.

Il n’y a pas de quoi! Merci beaucoup, c’était agréable de vous rencontrer.

L’histoire de Barâa donne un regard intéressant sur le concept de la recentration de l’attention. Elle donne un exemple de la façon dont le Forum des conférenciers fédéraux détourne l’attention de toutes les personnes marginalisées vers celles qui choisissent de braquer les projecteurs sur leurs histoires. Son explication éclairante de la photographie coloniale démontre comment la photographie a évolué au fil du temps. L’appel à l’action du greffier et la révision en cours de la Loi sur l’équité en matière d’emploi montrent que le gouvernement du Canada concentre maintenant son attention sur l’amélioration de la D et I en milieu de travail.

Nous vous invitons à en apprendre plus sur le Forum fédéral des conférenciers en cliquant sur le lien suivant : Forum des conférenciers fédéraux sur la diversité et l’inclusion : Aperçu – Canada.ca.

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