« Il y a aussi une place pour nous » : Recrutement des Autochtones en TI au gouvernement du Canada

par : ce fonctionnaire | | Partagez

Depuis les quatre dernières années, une équipe à Emploi et Développement social Canada (EDSC) utilise une approche simple afin d’accroître la représentation des Autochtones dans les domaines de la technologie de l’information au sein du gouvernement du Canada (GC). Bien qu’il y ait encore beaucoup de travail à faire pour augmenter la représentation des Autochtones au GC, des résultats prometteurs ont été observés.

Les recruteurs

« Nous cherchons à faire en sorte qu’il soit plus facile pour les Autochtones partout au pays de venir nous montrer leurs compétences et talents, et nous le faisons d’une manière qui n’est pas habituelle dans le processus de recrutement au GC. »

J’ai eu la chance de m’entretenir avec James Heffernan, Tracy McClellan, et Kevin Lagacé du Bureau des initiatives pour les Autochtones d’EDSC pour me renseigner sur leurs méthodes de recrutement. « Nous cherchons à faire en sorte qu’il soit plus facile pour les Autochtones partout au pays de venir nous montrer leurs compétences et talents, et nous le faisons d’une manière qui n’est pas habituelle dans le processus de recrutement au GC », explique James Heffernan, directeur exécutif de l’équipe responsable du recrutement et de la mobilisation des Autochtones.

Alors, quelle est leur stratégie? S’agit-il d’une initiative gouvernementale confidentielle et secrète dont seuls les plus hauts dirigeants sont au fait? Pas du tout! En fait, l’équipe a recours à des approches simples :

Le programme de recrutement

Les approches adoptées au cours des trois premières années ont permis d’embaucher plus de 90 Autochtones à l’échelle du pays. Cette expérience a donné lieu au programme-cadre qui est maintenant l’objectif principal de l’équipe : le Programme d’apprentissage en TI pour les peuples autochtones. Le programme crée des occasions pour les Autochtones qui se passionnent pour la technologie de l’information et manifestent un intérêt à travailler dans ce domaine au GC.

Ce programme, le premier du genre, lancé par le Bureau des initiatives pour les Autochtones au sein de la Direction générale de l’innovation, de l’information et de la technologie (DGIIT) d’EDSC accepte des participants qui possèdent un diplôme d’études secondaires ou une formation générale, tout en créant un milieu d’apprentissage favorable intégré dans lequel les stagiaires peuvent acquérir des connaissances et se perfectionner.    
 
Une fois recrutés, les stagiaires commencent par occuper des postes de premier échelon en TI au gouvernement et entament immédiatement des stages d’immersion de deux ans. Les stagiaires sont jumelés avec des collègues expérimentés dans le domaine de la TI ou des « pairs partenaires » pour les observer, quatre jours par semaine. Le dernier jour de la semaine de travail est consacré à l’apprentissage en ligne à l’aide de documents visant à favoriser le perfectionnement personnel et professionnel des stagiaires. Le programme offre aussi du mentorat et des cercles de partage hebdomadaires de façon à ce que chaque stagiaire se sente soutenu pendant son apprentissage. 

Le programme a été lancé sous la forme d’un projet pilote à la fin de 2020. À l’époque, la vision de l’équipe et le succès initial qu’a connu le recrutement des Autochtones au sein d’EDSC ont particulièrement marqué les organismes centraux et les DPI dans la collectivité du GC. À ce jour, 31 ministères et organismes se sont montrés désireux d’accueillir des stagiaires. Depuis le 1er avril 2021, plus de 100 candidatures de personnes autochtones ont été reçues; 25 ont été recrutées et on recherche des stages pour 50 autres. L’équipe du programme collabore avec les organismes centraux en vue de mettre au point les détails du programme et de préparer l’initiative pour le lancement à l’échelle du gouvernement.

Un autre aspect intéressant du programme est qu’il n’est pas strictement lié au GC. En effet, le secteur privé a fait part de son intérêt à l’équipe : certaines organisations ont l’intention de faire don de ressources essentielles pour appuyer le programme, et, surtout, de recruter les stagiaires qui terminent le programme avec succès. Des organismes à but non lucratif et des leaders du milieu universitaire comme le Conseil des technologies de l’information et des communications et le centre pour la diversité et l’inclusion de l’Université métropolitaine de Toronto ont également signifié leur intérêt. Dans les secteurs public, privé et sans but lucratif, beaucoup croient fermement que ce programme a le potentiel de créer un changement durable et positif sur le plan social et économique.

Il convient de souligner que le programme bénéficie également d’un grand soutien de la part des organisations et des communautés autochtones. L’Institut technique des Premières Nations (en anglais et en langues autochtones), l’un des plus anciens et des plus grands instituts postsecondaires du Canada sous contrôle autochtone, travaille avec les coordonnateurs du programme pour veiller à ce que le cursus de formation de celui-ci reflète les connaissances autochtones et qu’il soit dispensé de façon à répondre aux besoins des apprenants autochtones. Il y a également l’Association des femmes autochtones du Canada (en anglais seulement), qui fait en sorte que le programme réponde aux besoins des femmes autochtones et aux personnes de diverses identités de genre. 

Des témoignages de première main

Même si le programme est ambitieux, je tenais à en comprendre les répercussions directes sur les employés autochtones; j’étais donc enthousiaste à l’idée de pouvoir parler à quelques fonctionnaires qui sont passés par les étapes actuelles et préliminaires du programme. C’était non seulement l’occasion de recueillir leurs commentaires sur le programme même, mais aussi d’obtenir des renseignements utiles sur la signification de la représentation des Autochtones pour eux et la façon dont on peut améliorer celle-ci au GC.

Jordan Jackson
Équipe des services de déploiement automatisés, EDSC

Jordan Jackson, un Métis de Winnipeg (Manitoba), a été recruté à EDSC en 2018 dans le cadre de ce qui allait devenir le Programme d’apprentissage en TI pour les peuples autochtones. Jordan a fini par obtenir un poste à temps plein et iI fait maintenant partie de l’équipe des services de déploiement automatisés, où il s’assure que les équipes au sein d’EDSC ont les applications dont elles ont besoin.  

« C’était la meilleure décision que je pouvais prendre pour moi et ma famille; je ne saurais trop le recommander, particulièrement à ceux qui aiment vraiment la technologie et veulent apprendre les systèmes d’entreprise. »

« C’était la meilleure décision que je pouvais prendre pour moi et ma famille; je ne saurais trop le recommander, particulièrement à ceux qui aiment vraiment la technologie et veulent apprendre les systèmes d’entreprise. » Pour Jordan, la représentation des Autochtones permet de façonner l’image du gouvernement et de la fonction publique, ainsi que leur façon de se comporter et de s’y prendre. « Il est important que ces points de vue uniques soient présentés pour contribuer à l’avenir des projets et, fondamentalement, du gouvernement et de ses priorités. Le changement se produit de l’intérieur, et nous avons là une excellente occasion de le faire. »

Lorsqu’on lui a demandé comment le GC pourrait améliorer la représentation des Autochtones dans le milieu de travail, Jordan a expliqué que nous devons « recenser les communautés et les organisations et collaborer avec elles pour trouver des solutions qui conviennent à tous et bâtir la confiance. Nous devons nous demander ce que nous pouvons faire pour ceux que nous recrutons – pas seulement pour la personne, mais pour la communauté derrière cette personne. »

Noodloo Pishuktie
Direction générale de l’innovation et de la technologie, EDSC

Noodloo Pishuktie

Noodloo Pishuktie, une femme inuite vivant à Gatineau (Québec), a été recrutée à EDSC dans le cadre d’activités de sensibilisation communautaire il y a trois ans. Actuellement agente de projets au Bureau des initiatives pour les Autochtones, elle s’occupe du recrutement pour le programme. 
Noodloo a été plutôt surprise quand elle a vu James et son équipe venir dans sa communauté pour parler de recrutement au GC : « Quand j’étais petite, nous ne voyions pas vraiment des employés du gouvernement venir nous faire la promotion de la fonction publique. Mais James et son équipe étaient sympathiques, aimables et gentils, et ils nous ont dit qu’une carrière au GC était possible, alors me voilà! ». Lorsqu’on a demandé à Noodloo si elle recommanderait le nouveau programme d’apprentissage à d’autres personnes, ses yeux se sont illuminés : « Absolument! Au début, il y avait beaucoup d’éléments inconnus, mais pendant tout le temps que j’ai été ici, chacun m’a apporté tout son soutien. Et j’adore le travail. »

« C’est en ayant une voix à la table et en pouvant donner notre avis que nous pouvons tous progresser ensemble. »

Selon Noodloo, le recrutement d’Autochtones au sein du CG est essentiel pour la santé et le bien-être des communautés autochtones : « C’est en ayant une voix à la table et en pouvant donner notre avis que nous pouvons tous progresser ensemble. Cela favorise aussi la croissance économique et la diversité. Nos communautés manquent d’occasions, et c’est donc un honneur de pouvoir leur en offrir. C’est un privilège d’être vu et entendu, et de veiller à ce que les autres le soient aussi. »

David (Jamie) Boomhour
Programme d’apprentissage en TI pour les peuples autochtones

David (Jamie) Boomhour

À l’hiver 2020, David (Jamie) Boomhour était à un tournant professionnel. Jusque-là dans sa carrière, la plupart de ses emplois étaient dans des entrepôts et des commerces de détail, mais sa véritable passion avait toujours été la technologie. C’était toutefois difficile pour lui de trouver un emploi dans le domaine numérique, car il ne répondait pas aux exigences requises en matière d’études pour la plupart des postes.

C’est à ce moment que Jamie, membre des Mohawks de la baie de Quinte, une communauté des Premières Nations de l’est de l’Ontario, a entendu parler du programme d’apprentissage en TI. Il y a postulé et il est maintenant officiellement un stagiaire. La possibilité de travailler de façon concrète avec l’équipement informatique du bureau constitue « un bien meilleur environnement d’apprentissage qu’une salle de classe où l’on reste assis jour après jour. »   

Jamie est reconnaissant de cette chance, car il n’avait pas les moyens de retourner à l’école pour acquérir des compétences similaires : « Ce programme a été l’occasion de changer le cours de ma vie. Grâce aux connaissances que j’acquiers et à la formation que je reçois en tant que stagiaire, je vois déjà les portes s’ouvrir devant moi et un avenir des plus prometteurs. »    

« Il y a aussi une place pour nous »

Le lancement officiel du programme n’est pas prévu avant cet été, mais il change déjà les choses. Cependant, à mesure que James et son équipe le mettaient au point au fil des ans, ils ont instauré un niveau de confiance avec diverses communautés et organisations autochtones, l’une des choses dont ils sont le plus fiers, et les résultats sont encourageants.   

« Avec ce programme, le GC possède la capacité unique de devenir un incubateur de talents numériques autochtones au Canada. »

Au cours des trois dernières années, ils ont montré que de meilleurs résultats sont possibles en faisant les choses différemment et en se concentrant sur la passion et le potentiel d’une personne. Mais pour James, ce n’est que la pointe de l’iceberg : « Nous pouvons tirer parti de notre poste au sein du gouvernement pour faire réellement avancer le processus de réconciliation. Avec ce programme, le GC possède la capacité unique de devenir un incubateur de talents numériques autochtones au Canada. D’ailleurs, il permet à certains stagiaires d’aller travailler dans le secteur privé ou leur communauté d’origine, ou de devenir des entrepreneurs pour soutenir l’objectif d’autodétermination des Autochtones. »

Noodloo a résumé ce sentiment avec force : « J’ai des amis autochtones dans ma communauté qui se sont joints au GC et qui sont heureux d’y travailler autant que moi. La représentation compte car, au bout du compte, il y a aussi une place pour nous. »

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