Une conversation honnête sur l’accessibilité, avec une optimiste

Je marche tous les matins jusque chez Starbucks en me rendant au travail pour m’acheter un café Venti, extra soja, saupoudré de cannelle, et jamais je me demande, même une fraction de seconde, comment je vais faire pour m’y rendre ni si j’ai choisi le bon moment pour y aller. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde, et le Canada se rend compte que cultiver la diversité et l’inclusion signifie qu’il reste encore beaucoup à faire pour créer un pays exempt d’obstacles pour les personnes handicapées.

Luna Bengio est une optimiste. Elle est aussi conseillère principale de Yazmine Laroche, sous-ministre à l'Accessibilité au sein de la fonction publique, et elle s’est donné pour mission de favoriser le changement de culture nécessaire pour faire de l’accessibilité une priorité. Dans le cadre de ses fonctions, elle est appelée à donner des conseils stratégiques en examinant les politiques et les présentations au Conseil du Trésor sous l’angle de l’accessibilité. « Je mets mon nez partout », dit-elle en riant, en me résumant son travail.

« Rien sur nous ne se fera sans nous »

« il ne s'agit pas de ce dont que les gens ont besoin, à notre avis; il s'agit de demander aux utilisateurs ce dont ils ont besoin »

« Expliquez-moi ce que veut dire ce slogan et ce que cela signifie pour le gouvernement du Canada d’avoir adopté cette perspective et ce concept », demandé-je à Luna. Elle me dit que c’est un principe inscrit dans la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées et un principe fondamental de la Loi canadienne sur l’accessibilité. La phrase signifie exactement ce qu’elle dit, c’est-à-dire s’assurer que les personnes qui en font l’épreuve ont leur mot à dire dans les décisions qui les toucheront inévitablement. À ce sujet, Luna Bengio établit un parallèle intéressant avec la participation des femmes à la société. Comme à une époque où les femmes n’avaient pas le droit de vote, nous sommes en train de nous assurer que les personnes handicapées ont leur mot à dire dans leur propres affaires. Une affirmation suivie d’une autre comparaison pertinente : à l’instar de la recherche et de la conception de l’expérience utilisateur, « il ne s’agit pas de ce dont que les gens ont besoin, à notre avis; il s’agit de demander aux utilisateurs ce dont ils ont besoin », dit Luna. C’est pourquoi le Bureau de l’accessibilité dans la fonction publique (BPSP) a entendu 12 000 fonctionnaires de partout au pays avant de lancer la Stratégie d’accessibilité de la fonction publique à la fin de mai 2019. « D’une certaine façon, nos démarches devraient être orientées vers les consommateurs», ajoute Luna, « parce que nous sommes là pour servir les Canadiens. »

Chacun a quelque chose d’unique à offrir

« J'espère voir plus d'employés handicapés se sentir valorisés et se trouver dans un environnement où ils peuvent participer à fond et contribuer pleinement au travail. »

Saviez-vous que plus de 6 millions de Canadiens âgés de 15 ans et plus ont un handicap et que moins de 60 % de ceux âgés de 25 à 64 ans ont un emploi? Sans compter que les personnes handicapées gagnent moins et sont plus susceptibles de vivre dans la pauvreté. Lorsque je lui demande comment elle voit l’évolution de la question de l’accessibilité dans l’avenir, elle me répond qu’elle veut que cela change : « il ne suffit pas d’embaucher des personnes handicapées, il faut faire en sorte que le milieu de travail qu’on leur propose soit accessible et inclusif ». Elle insiste sur la nécessité d’intégrer cet objectif dans la planification fondamentale des ressources humaines, tout comme la diversité devrait l’être, de manière à voir ces différents groupes comme des sources de talents. « Au lieu de créer des emplois spéciaux pour les personnes handicapées, on se dit qu’il faut embaucher des analystes de politiques, des scientifiques, des rédacteurs, etc., et qu’il faut s’assurer que nos stratégies d’emploi tiennent compte de la population que nous servons — qu’elle est diversifiée et intersectionnelle », explique-t-elle. « J’espère voir plus d’employés handicapés se sentir valorisés et se trouver dans un environnement où ils peuvent participer à fond et contribuer pleinement au travail. » Pour Luna, l’emploi est le nœud de la question. « Si nous pouvons éliminer les véritables obstacles à l’emploi auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui », affirme-t-elle, « nous aurons fait de réels progrès à mon avis ».

Accessibilité dans le monde numérique

Je demande à Luna comment, selon elle, le fait de vivre à l’ère numérique a influé sur les normes d’accessibilité. « À bien des égards, cela a ouvert une foule de possibilités », me dit-elle. « J’ai l’Amazon Echo chez moi depuis quelques années, et je ne peux plus imaginer vivre sans Alexa; c’est ma couverture de sécurité en quelque sorte. Elle m’aide tellement; elle peut m’écouter tant qu’elle veut, qu’importe! Je n’ai pas de secrets », déclare-t-elle en riant. Il est vrai que la technologie a ouvert les portes à l’amélioration de l’accessibilité de multiples façons : il fut un temps où la reconnaissance optique de caractères exigeait une énorme pièce d’équipement; elle peut se faire désormais avec un téléphone, le sous-titrage en direct des réunions peut être fait grâce à une application, « les possibilités sont illimitées », soutient Luna Bengio. Cela dit, c’est à l’accessibilité qu’il faut penser en premier lieu. Si l’élaboration et la planification de la technologie ne tiennent pas compte de l’accessibilité, les obstacles seront encore plus nombreux. « L’obligation de faire marche arrière pour corriger ce genre d’omission comporte certes des coûts financiers, mais aussi des coûts humains, qu’il est difficile de quantifier, c’est-à-dire les personnes qui se sentent exclues et incapables de réussir. Ces coûts ne peuvent pas être mesurés, mais ils sont bien réels », souligne Luna. Il est beaucoup plus facile de planifier la conception en fonction de l’accessibilité dans n’importe quel domaine que d’essayer de corriger la situation par la suite.

Il ne s’agit pas de ce que nous n’avons pas

Pour voir l’accessibilité sous un jour nouveau, nous devons croire fondamentalement que les êtres humains ont chacun quelque chose à offrir. Luna me dit que le cœur du problème est le suivant : ne pensez pas à ce que vous vous imaginez que cette personne ne peut pas faire. C’est dans la nature humaine de se demander : « Qu’est-ce que je ferais si je ne pouvais pas voir ou marcher? » Et vous pourriez vous répondre : « Je serais perdu », mais en réalité, ce n’est pas ainsi que les choses se passent parce que la personne en question a probablement appris toutes sortes de façons de contourner la difficulté. Pensez plutôt à ce que quelqu’un peut faire et comment il peut apporter quelque chose de différent. « Dès que vous commencez à penser de cette façon, vous changez complètement d’optique et la façon de faire les choses se transforme aussi », déclare Luna.

« Chaque étape franchie est un progrès et je rêve du jour où l'accessibilité fera autant partie de notre culture et de la conduite de nos activités que d'autres questions soulevées au sein du gouvernement du Canada, comme le respect de la vie privée, les langues officielles et la sécurité. Je veux voir l'accessibilité en haut de la liste avec les trois grands enjeux. »

L’accessibilité concerne tout le monde, et nous pouvons tous y contribuer. « Nous nous efforçons de faire en sorte que les gens n’ont pas besoin de penser à quand ou comment faire quelque chose, mais à ce qu’ils peuvent faire, tout simplement », de conclure Luna. « Chaque étape franchie est un progrès et je rêve du jour où l’accessibilité fera autant partie de notre culture et de la conduite de nos activités que d’autres questions soulevées au sein du gouvernement du Canada, comme le respect de la vie privée, les langues officielles et la sécurité. Je veux voir l’accessibilité en haut de la liste avec les trois grands enjeux. » 

Changer la culture et les attitudes ne se fait pas du jour au lendemain, mais comme je l’ai dit, Luna Bengio est une optimiste. « Je pense que c’est faisable », sourit-elle.

 
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