Les voix sont faites pour être entendues

La richesse du changement

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En tant que rédacteur, j’ai toujours pensé qu’une seule histoire pouvait avoir un impact important. La révélation des expériences vécues par des personnes marginalisées et racialisées peut donner vie à des chiffres et à des statistiques. Au fil des ans, j’ai eu l’opportunité d’entendre certaines de ces histoires de première main. Certaines venaient de collègues, d’autres m’ont été révélées par des amis, mais toutes m’ont profondément marqué.

En fait, il ne s’agit pas simplement de demander à une personne de faire part de son expérience à d’autres. En effet, l’expérience peut être douloureux et la personne risque encore plus de faire l’objet de discrimination.

« En tant qu’homme blanc hétérosexuel, non-handicapé, née au Canada, j’ignore beaucoup de choses sur ce sujet. Il y a des choses dont je fais abstraction ou dont je n’ai pas conscience et des perspectives que je n’ai jamais envisagées. »

Je veux être parfaitement franc : en tant qu’homme blanc hétérosexuel, non-handicapé, née au Canada, j’ignore beaucoup de choses sur ce sujet. Il y a des choses dont je fais abstraction ou dont je n’ai pas conscience et des perspectives que je n’ai jamais envisagées. Mais je sais que j’en apprends davantage avec chaque histoire que je découvre. C’est pourquoi j’étais à la fois enthousiaste et nerveux à l’idée de pouvoir écrire sur un sujet qui est si important pour tant de personnes.

Diversité et inclusion dans la fonction publique fédérale

L’idée d’explorer l’impact que les récits d’expériences vécues peuvent avoir sur la diversité et l’inclusion m’a conduit à ma collègue du Secrétariat du Conseil du Trésor, Vinita Ambwani. Vinita est une directrive de l’équité au Centre de la diversité et l’inclusion au sein du Bureau du dirigeant principal des ressources humaines. Je voulais connaître son point de vue sur les défis auxquels font face les personnes marginalisées et racialisées lorsqu’elles racontent leur vécu. Je voulais aussi savoir comment, selon elle, l’histoire personnelle d’une personne peut contribuer à changer les attitudes et les opinions des gens d’une manière que les politiques et les statistiques ne peuvent pas faire.

Le travail de Vinita consiste à promouvoir la diversité et l’inclusion au sein du gouvernement du Canada (GC); connaître son point de vue m’intéressait donc beaucoup. « Je suis une femme, une mère, une immigrante et je fais partie d’une minorité visible. Je suis porteuse d’identités multiples, alors je vois le monde selon cette perspective unique. Chacun vit sa vie différemment. Ce n’est pas la même chose pour tout le monde et cette différence, c’est l’expérience vécue », explique Vinita. Les personnes ayant des identités croisées sont souvent confrontées à une discrimination systémique sur le plan individuel, institutionnel et sociétal. Il s’agit notamment de personnes d’une origine ethnique, d’une religion ou d’un genre donnés, ou ayant un handicap, une orientation sexuelle ou un statut socio-économique donnés.

« Les données et les directives sont bonnes, mais les histoires peuvent grandement contribuer à créer plus d’empathie et une meilleure compréhension. »

Selon Vinita, les let faits et les données n’expliquent pas nécessairement ce que les gens ressentent. Elle croit que le partage d’expériences vécues permet de fournir cette information essentielle : « Les données et les directives sont bonnes, mais les histoires peuvent grandement contribuer à créer plus d’empathie et une meilleure compréhension. En fin de compte, il s’agit d’avoir une fonction publique inclusive, et cela signifie un Canada meilleur. »

Création d’un environnement propice au partage

Aussi efficaces que puissent être les histoires personnelles, il peut être très difficile pour une personne de s’ouvrir et de raconter son expérience vécue. Cela peut être douloureux et traumatisant, et c’est encore plus grave lorsque cette personne partage son histoire et s’aperçoit qu’aucune action concrète n’est jamais prise. Cela peut être pire encore, si elle est réprimandée pour l’avoir fait.

« Qu’en tant qu’auditeurs, nous devons nous assurer que nous sommes prêts à recevoir le message et à apprendre à assumer notre malaise, tout en nous efforçant de faire en sorte que l’orateur se sente suffisamment à l’aise pour s’exprimer. »

Dans un article précédent de La vie en numérique, Sayyedya Francis, Mi’kmaque de la Première Nation d’Eskasoni et membre de l’équipe du Cercle du savoir sur l’inclusion autochtone, expliquait que le fait de devoir partager son histoire pour se faire comprendre des autres est épuisant, surtout si cette histoire n’est pas partagée par celui qui en fait la demande. D’autres ont peur de se livrer, craignant d’être ostracisés ou même réprimandés. Comme l’explique Vinita : « Pour l’orateur, il faut faire preuve de courage, car il est souvent difficile de revenir sur une expérience négative ou de revivre un traumatisme. »

Quels sont donc les moyens de garantir le succès d’un dialogue? En tant qu’auditeurs, il nous incombe d’assurer un environnement sûr pour l’orateur. Cela signifie qu’il faut veiller à ce qu’il sent à l’aise à raconter son histoire. Mes collègues et amis issus de groupes racialisés et marginalisées m’ont fait remarquer qu’un environnement sûr doit être empreint de conviction et de volonté d’agir en fonction de ce qui est entendu. Leur histoire ne doit pas commencer et s’arrêter là.

Vinita souligne qu’en tant qu’auditeurs, nous devons nous assurer que nous sommes prêts à recevoir le message et à apprendre à assumer notre malaise, tout en nous efforçant de faire en sorte que l’orateur se sente suffisamment à l’aise pour s’exprimer.

Pour quelqu’un comme moi qui n’a pas eu à faire face aux types d’obstacles et de discrimination vécus par les groupes racialisés et marginalisés, ces propos étaient révélateurs. Mais ils étaient aussi remarquablement cohérents avec les histoires personnelles que j’ai entendues de la part d’autres personnes. Pour ma part, entendre ces expériences peut être gênant, mais il ne s’agit pas vraiment de moi. Il s’agit de donner à l’orateur l’espace dont il a besoin pour s’exprimer. Parce qu’en fin de compte, l’inconfort momentané que je peux ressentir n’est pas comparable à l’inconfort que ceux qui m’ont confié leur expérience ont dû et doivent encore éprouver.

Dialogue au moyen d’initiatives

L’écoute est l’une des nombreuses mesures que nous pouvons prendre. J’ai alors demandé à Vinita comment faire pour attirer l’attention de ceux qui redoutent d’écouter. Elle explique que les préjugés inconscients entrent souvent en jeu. Beaucoup de gens ne sont pas conscients qu’ils ont des préjugés qui excluent les autres ou sont discriminatoires à leur égard. Ces préjugés sont programmés en nous et ne sont souvent pas contrôlés. Alors comment contourner ce problème? « Je dirais qu’une bonne première étape consiste à prendre le temps de comprendre le point de vue de l’autre. Une formation adéquate est également un outil important. »

Vinita et son équipe mènent de grandes initiatives pour encourager le partage d’expériences vécues et donner aux personnes qui veulent raconter leurs histoires l’occasion de le faire. L’équipe a récemment lancé le Forum des conférenciers fédéraux pour la diversité et l’inclusion (accessible uniquement sur le réseau du gouvernement du Canada), un espace où les fonctionnaires peuvent prendre part à ce type de dialogue et entendre les expériences vécues de divers conférenciers de tout le GC sur différents thèmes comme le racisme, les préjugés inconscients et l’inclusion. Vinita explique qu’ils cherchent à recruter des conférenciers ayant des perspectives différentes et des réalités différentes sur les mêmes questions à l’échelle du pays.

Nous avons tous un rôle à jouer

Alors que nous terminions l’entretien, j’ai réfléchi à quelques éléments à retenir de notre conversation :

  1. Il peut être extrêmement difficile et douloureux pour quelqu’un de raconter son histoire; il est donc important que l’auditeur contribue à créer un environnement sûr pour le faire.
  2. Les auditeurs doivent avoir l’esprit ouvert et reconnaître que l’orateur nous rend service en nous faisant part de son histoire.
  3. Avec la permission de l’orateur, faites vivre leur histoire en la racontant à d’autres. Cela permet au message de continuer de se répandre et fait en sorte que vous n’en soyez pas à la fois le point de départ et d’arrivée.
  4. Tirez parti des expériences que d’autres ont partagées avec vous en parlant de celles-ci et en agissant lorsque vous êtes témoin d’une injustice.

Parmi tous les entretiens que j’ai menés avec La vie en numérique, je peux honnêtement dire que celui-ci a été le plus révélateur. Il est important de comprendre comment les expériences des personnes racialisées et marginalisées ont influencé leur vie. C’est quelque chose que je continue à apprendre.

En fin de compte, nous avons tous un rôle à jouer. Nous pouvons prendre des mesures concrètes pour nous défaire de nos préjugés, dénoncer les injustices et amplifier la voix des groupes racialisés et marginalisés. Car si quelqu’un est assez courageux pour partager son histoire, le moins que l’on puisse faire est de s’assurer que sa voix est entendue.

 
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