ARCHIVÉ – Discours – Notes en vue d’une allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme

Dans le cadre d’une annonce de financement pour deux projets du Programme de reconnaissance historique pour les communautés qui soulignent l’incident du Komagata Maru
Vancouver, Colombie-Britannique, le 12 décembre 2010

Telle que prononcée

Merci de cette aimable présentation. Ma collègue, l’honorable Alice Wong, secrétaire parlementaire pour le Multiculturalisme, se joint à moi, car je suis le ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme, ce qui fait de moi un homme très occupé, et j’ai besoin de l’aide d’Alice.

Je vous remercie grandement de votre chaleureux accueil dans le cadre de ma deuxième visite dans ce gurdwara historique de Vancouver, qui fait partie d’une longue et fière tradition de la communauté sikhe au Canada. La société Khalsa Diwan Society est véritablement une institution fondamentale au sein de la communauté sikhe canadienne et c’est un grand honneur pour moi d’être ici, et je suis ravi de faire cette annonce.

Tout d’abord, permettez-moi de vous dire que j’ai de bonnes nouvelles pour vous avant de passer à l’annonce d’aujourd’hui. Il y a deux mois, j’étais au Pendjab, en Inde, pour visiter notre bureau d’immigration à New Delhi et ensuite, notre bureau des visas et notre consulat à Chandigarh, au Pendjab pour la deuxième fois en un an, en fait. Et notre gouvernement et ses représentants ont travaillé très fort pour répondre aux préoccupations au sein de la communauté pendjabi canadienne au sujet de la difficulté qu’éprouvent quelquefois les membres de leur famille et leurs amis à obtenir un visa de visiteur pour venir ici, au Canada. En outre, j’ai le plaisir de vous dire que j’ai appris au cours de mon voyage au Pendjab, que le taux d’acceptation des demandes de visa de visiteur du Pendjab a augmenté considérablement. Il y a cinq ans, ce taux se situait à 32 % et il se situe maintenant tout juste en-deçà de 50 % et se dirige dans la bonne direction. Mais, plus important encore, nous délivrons un bien plus grand nombre de visas – parce qu’il y a plus de demandes – et cette année, en 2010, nous sommes en bonne voie de délivrer deux fois plus de visas de visiteurs à des personnes des États du Pendjab et de l’Haryana que nous l’avons fait – que le gouvernement l’a fait, en 2005.

Il s’agit donc d’une augmentation substantielle et je tiens à souligner le dur labeur de nos représentants. Je sais que c’est une question à laquelle il faut continuer de travailler, et c’est une des raisons, comme vous le savez, pour laquelle, durant ma rencontre avec le ministre en chef Badal Singh et le premier ministre Manmohan Singh, j’ai mis l’accent sur la lutte contre la fraude en matière d’immigration, facilitée par des agents sans scrupules dans cette région, qui font souvent beaucoup de tort aux gens. Par conséquent, je voulais simplement vous annoncer cette bonne nouvelle ainsi que le fait que l’année dernière, en 2009, l’Inde est redevenue le premier pays source d’immigration vers le Canada, pour ce qui est des résidents permanents qui viennent au Canada. Et, bien sûr, la plupart d’entre eux viennent du Pendjab.

Je tiens en outre à déclarer que j’ai eu le grand honneur de rencontrer le premier ministre Manmohan Singh durant sa visite à Toronto. C’était la première fois en 36 ans qu’un chef de gouvernement indien venait au Canada, et maintenant, grâce au leadership du premier ministre Harper, il y a eu une normalisation complète des relations, ce qui est une très bonne nouvelle.

Donc, comme vous le savez – tout d'abord, je suis venu en visite ici, l’été dernier et je vous remercie de votre hospitalité à cette occasion. J’ai appris que je ne savais pas que vous vouliez construire un musée visant à reconnaître la contribution des sikhs à la société canadienne en mettant l’accent sur les mesures de restrictions en matière d’immigration de l’époque du Kumagata Maru.

Vous connaissez très bien cette histoire. Les sikhs ont commencé à venir au Canada et d’autres Canadiens d’origine pendjabi ont commencé en venir ici en grand nombre, peu de temps après le tournant du siècle dernier, autour de 1904, et en fait, en 1907, la société Khalsa Diwan a été créée afin de soutenir les immigrants sikhs qui venaient au Canada. Et c’est à peu près à ce moment que les premiers gurdwaras ont été construits et que les sikhs ont commencé à être vraiment présents au Canada en travaillant fort. Et il y a une chose que nous pouvons dire au sujet de la présence de la communauté sikhe au Canada : c’est une communauté qui a toujours été prête à travailler fort, dotée d’une éthique du travail remarquable et d’un sentiment de fierté du travail accompli, que ce soit dans le domaine des pêches, de la foresterie ou des mines, qui à cette époque représentait un labeur éreintant. Les pionniers représentés ici aujourd’hui par Jack Opal et d’autres personnes sont des gens envers qui nous sommes grandement reconnaissants, car ils ont choisi de venir au Canada il y a 100 ans, à une époque où la société n’était pas très diversifiée, à un moment où il n’y avait pas d’institutions sikhes et où il n’y avait pas de grande communauté sud-asiatique. Les gens avaient souvent des attitudes discriminatoires et des préjugés à l’égard des immigrants en général, et des sikhs en particulier.

Et ces préjugés ont été mis en évidence dans une politique gouvernementale adoptée par le gouvernement Laurier en 1905, appelée la politique du voyage continu, selon laquelle, essentiellement, pour venir au Canada, il fallait faire le voyage dans un seul paquebot et sans escale. Et cette politique a été délibérément conçue pour freiner l’immigration en provenance du sous-continent, parce qu’on considérait à l’époque qu’il était essentiellement impossible de faire un si long voyage dans un seul paquebot, sans escale, à partir du sous-continent. Or, comme vous le savez, en 1914, certains militants pendjabis ayant divers antécédents – et il est très important de souligner qu’il ne s’agissait pas uniquement de sikhs : il y avait aussi des Pendjabi musulmans, des hindous, de même que des sikhs – ont décidé de contester la politique du voyage continu. Ils se sont donc rendus au Japon, où ils ont obtenu le droit de louer et d’utiliser le paquebot japonais Komagatu Maru, afin de traverser le Pacifique. Et ils sont arrivés le 23 mai 1914 dans le port de Vancouver, à l’inlet Burrard, tout près du parc Stanley.

Et à cette époque, le gouvernement du Dominion du Canada a déclaré ce qui suit : « Nous ne vous laisserons pas descendre à terre, parce que vous avez commis une infraction. Vous avez essayé de contourner la politique du voyage continu et nous ne voulons pas d’Asiatiques du sud. Nous ne voulons pas d’immigrants indiens au Canada. » Ils ont refusé de s’en aller. Le paquebot était sur le point d’épuiser ses stocks et c’est cette société, les fondateurs, les pionniers qui ont fondé la société Khalsa Diwan, en 1907, qui sont allés vers la communauté et ont trouvé des personnes prêtes à faire la charité, ont recueilli de la nourriture, de l’eau et d’autres fournitures nécessaires, et les ont apportées au Komagata Maru, car il était amarré à l’inlet Burrard pour plusieurs semaines. Et ces personnes ont permis de sauver la vie de ces passagers.

Finalement, le gouvernement canadien s’est rendu compte que certains passagers avaient déjà eu le statut d’immigrant au Canada et c’est ainsi que 22 passagers, qui étaient déjà venus au Canada, ont eu la permission de descendre à terre, parce qu’ils avaient le droit d’être ici. Puis, on a ordonné aux autres de partir.

Et vous connaissez le reste de l’histoire. Ils ont fini par retourner en Inde, au port de Calcutta, où une émeute a éclaté; de nombreuses personnes, dont des passagers et leurs partisans, de même que des soldats britanniques, ont été tuées. Cela a été une terrible tragédie historique.

Alors, faisons un saut dans le temps, de 1914 à aujourd’hui. Au cours de cette période, le Canada s’est ouvert, et a mis fin à des restrictions en matière d’immigration fondées sur la race ou le pays d’origine. Au bout du compte, en 1960, le premier ministre conservateur John Diefenbaker a fait adopter une nouvelle loi sur l’immigration qui éliminait la discrimination raciale ainsi que la discrimination envers le pays d’origine de notre système d’immigration. Grâce en partie à ces modifications, des dizaines de milliers d’immigrants et par la suite, des centaines de milliers, et maintenant plus d’un million d’entre-eux sont venus au Canada en provenance de l’Inde, dont la moitié sont, naturellement, des sikhs originaires du Pendjab.

Mais de nombreux pionniers dans la communauté n’oubliaient pas l’incident. Ils ne pouvaient pas oublier l’incident du Komagatu Maru, car ce n’était pas un incident isolé dans le temps, mais c’est devenu un symbole du traitement injuste, de bien des façons, du traitement préjudiciable réservé aux immigrants de l’Asie du Sud, pendant plusieurs décennies. Et ces personnes qui travaillaient fort, qui payaient leurs impôts, respectaient nos lois et ont aidé à bâtir notre pays, ont déclaré : « Nous remercions le Canada pour tout ce qu’il nous a donné, mais cela représenterait tellement pour nous, si en l’honneur et à la mémoire de nos ancêtres, nous pouvions reconnaître ensemble, en tant que Canadiens, la nature injuste de ce qui est arrivé dans le cadre de la politique du voyage continu et en particulier à l’inlet Burrard, en 1914.

Et ainsi, différentes organisations au sein de la communauté ont gardé bien vivants le dur labeur et les expériences et défis, et les difficultés des pionniers et des amis. Je crois que cela est très important, pour la raison suivante : aujourd’hui, nous continuons de recevoir de nouveaux immigrants de partout au monde, et ce, en plus grand nombre que n’importe quel autre pays, et nous continuons de recevoir de jeunes immigrants pendjabi et indiens, et de jeunes immigrants sikhs. Et ils ne se heurtent pas à ces difficultés. Bien sûr, de temps à autre, ils rencontrent quelqu’un qui a une attitude ou des stéréotypes négatifs, et de temps à autre, des sikhs baptisés peuvent considérer que les gens ne comprennent pas les traditions, les cinq « k ». Et, oui, il y a encore des luttes à mener, mais fondamentalement, selon les jeunes sikhs au Canada, aujourd’hui, notre pays est le meilleur pays au monde où vivre. Ils peuvent tout faire. Ils peuvent réaliser tout ce qu’ils veulent. Et il faut faire attention, parce que le Canada est tellement prospère et offre tellement de possibilités, et qu’il  est facile pour les jeunes de tenir cela pour acquis.

Alors, la raison pour laquelle je fais cette annonce aujourd’hui, la raison pour laquelle notre gouvernement a lancé un programme de reconnaissance et de réparation pour le Komagatu Maru – en lien avec la mesure de restriction et l’internement de membres de certaines communautés ethniques, au cours de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale – est que l’histoire a un sens. Si on se donne la peine d’honorer le passé et de conserver ce qu’il comporte de meilleur, il faut également reconnaître le mal qui a été fait dans le passé. Si on veut prendre l’histoire au sérieux, il faut reconnaître les injustices commises dans notre propre histoire. Mais, il ne faut pas s’y attarder trop longtemps. En tant que Canadiens, nous ne devrions pas trop nous flageller en rapport avec les injustices dans notre passé, mais nous ne devrions pas non plus y rester indifférents ni les démentir, ni prétendre qu’elles ne se sont jamais produites.

C’est pourquoi le premier ministre Harper a présenté des excuses pour la taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois, pour la loi sur l’exclusion des Chinois et pour les autres politiques d’immigration préjudiciables qui visaient les Canadiens d’origine chinoise. Et c’est pourquoi c’est le premier et le seul premier ministre dans l’histoire du Canada à avoir reconnu la nature injuste de l’incident du Komagatu Maru ainsi que la politique du voyage continu sur lequel il était fondé. Il a présenté ces excuses ici, à Surrey, au cours de l’été de 2006 et il a annoncé que notre gouvernement lancerait des consultations auprès de la communauté sud-asiatique au sujet de la meilleure façon d’effectuer la réparation – c’est-à-dire de poser un geste symbolique de regret envers la communauté pendjabi, en particulier, pour ce qui est arrivé à ses ancêtres.

Il m’a donc confié cette tâche et nous avons tenu des consultations. J’ai rencontré un grand nombre d’entre vous et cela a débouché sur la présentation d’excuses par le premier ministre au nom du gouvernement du Canada et des Canadiens pour ce qui s’est produit en 1914. Or, malheureusement, certains prétendent que ces excuses ne suffisent et ils en exigent de nouvelles. Comme ce sont les personnes qui n’ont pas offert d’excuses quand elles étaient au pouvoir, je ne prends pas cette demande au sérieux. Je crois qu’il faut croire le premier ministre sur parole et être reconnaissants d’avoir enfin un gouvernement qui reconnaît la nature injuste des événements de 1914.

Mais, pour donner un sens pratique aux excuses présentées par le premier ministre, ce dernier m’a demandé de créer et de financer un programme de reconnaissance et d’éducation historiques, afin que nous puissions enseigner aux nouveaux arrivants, aux jeunes dans la communauté et aux Canadiens en général, ce qui est arrivé à ce moment-là. En effet, ce n’est qu’en étant au courant de ces événements, que nous pouvons nous assurer de ne pas les répéter. C’est ainsi que notre gouvernement a lancé en 2006, le Programme de reconnaissance historique pour les communautés et qu’en 2008, j’ai annoncé que nous attribuions au moins 2,5 M$ en vue de financer des projets conçus dans le but de commémorer l’incident du Komagatu Maru, c’est-à-dire de créer des monuments ou d’autres projets qui permettraient de se souvenir de cet événement et d’informer les générations actuelles et futures à ce sujet.

Or, la société Khalsa Diwan a été un véritable chef de file dans ce projet. Je veux reconnaître Jack Opal et les deux autres membres de notre – nous avons créé un comité consultatif spécial composé de membres de la communauté. Jako Pola Sikh, Pendjabi musulman de Toronto ainsi qu’un professeur hindou pendjabi canadien de Montréal, reflétant ainsi la diversité des passagers sur le paquebot, parce que nous voulions que la communauté nous indique quels étaient les meilleurs projets. Je ne crois pas que les bureaucrates et les politiciens peuvent répondre à toutes les questions. À mon avis, les meilleures réponses viennent habituellement de la base et de la collectivité.

Nous avons donc créé le comité consultatif spécial afin qu’il nous fournisse des conseils sur les subventions, et quand nous avons ouvert le processus pour les demandes, la société Khalsa Diwan a présenté deux demandes très intéressantes et appréciables. Mais, laissez-moi vous dire que le processus – je m’en excuse auprès du comité, parce que je sais que c’est un processus très lourd. Quand on parle du gouvernement, il y a toujours des formalités administratives, des règlements et des conditions, mais je vous remercie de votre patience. Et la bonne nouvelle, c’est que j’ai le plaisir d’annoncer aujourd’hui que mon ministère, Citoyenneté et Immigration Canada, remettra 82 500 $ par l’entremise du Programme de reconnaissance historique pour les communautés, à la société Khalsa Diwan afin de concevoir un monument et d’en déterminer l’emplacement, à la mémoire de l’incident.

Je crois savoir que le monument sera une réplique du paquebot et comportera les noms gravés de tous les passagers, de même qu’une plaque comportant une description, et des photos des passagers. Ce monument commémoratif sera tout à fait approprié pour un groupe de personnes dont nous ne devrions pas oublier l’histoire. Et comme je le dis, il s’agit de déterminer un emplacement et de concevoir un monument – et s’il faut effectuer plus de travail, je sais qu’il y aura peut-être d’autres demandes.

Mon ministère donnera également 104 000 $ à la Société, afin qu’elle élabore la première phase d’un musée consacré à l’incident. Le musée mettra en évidence les politiques et les pratiques du gouvernement canadien concernant les immigrants de l’Asie du sud au cours de la première moitié du XXe siècle. Il mettra également l’accent sur l’influence que les nouveaux arrivants ont eue sur la côte ouest du Canada durant ces années. Nous espérons que le musée ouvrira ses portes sur le terrain de la société Khasla Diwan – est-ce dans l’édifice à côté? – à la fin de l’année prochaine ou au début de 2012.

Alors, mes amis, ce sont d’excellentes nouvelles. Ce sont deux projets qui cadrent parfaitement avec les objectifs que nous nous sommes donnés en ce qui concerne le Programme de reconnaissance historique pour les communautés. C’est la preuve concrète que le gouvernement est déterminé non seulement à reconnaître les difficultés auxquelles la communauté indo-canadienne, entre autres, s’est heurtée, mais aussi à utiliser l’éducation et le souvenir pour lutter contre le racisme et encourager les Canadiens à respecter les personnes avec des antécédents différents.

Donc, une fois de plus, je tiens à remercier la société Khalsa Diwan de son leadership, de son rôle constructif, orienté vers l’avenir, mais qui n’oublie jamais le passé. Vous êtes un merveilleux modèle pour la communauté sikhe et pendjabi et d’autres communautés en général au Canada. Je vous remercie encore.

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