Chronologie des 50 premières années de l’Institut canadien de conservation et du Réseau canadien d’information sur le patrimoine

Années 1970 : fondation de l’Institut canadien de conservation et du Programme du répertoire national

L’Institut canadien de conservation (ICC) voit le jour après l’adoption de la Convention du patrimoine mondial de 1972 de l’UNESCO. Son fondateur et premier directeur, Nathan Stolow (Ph. D.), convainc le gouvernement fédéral de créer un institut national où seront réunies les activités de recherche, de conservation et de formation. L’ICC est un des instituts à avoir vu le jour à la suite de la promulgation de la Loi sur les musées nationaux de 1972.

Stolow, scientifique en conservation, a auparavant été responsable de l’agrandissement de l’atelier de conservation du Musée des beaux-arts du Canada, service qui existe alors depuis 1912. À la fin des années 1950, sous la direction d’Alan Jarvis, directeur du Musée, Stolow a transformé l’atelier en Division de la conservation et de la recherche scientifique. Il rêve depuis longtemps d’un laboratoire de recherche où les restaurateurs et les scientifiques travailleraient côte à côte.

En 1975, l’ICC ouvre son administration centrale du 1030 chemin Innes, à Ottawa. Trois centres régionaux suivent. Le plan consiste au départ à dresser un réseau de cinq centres régionaux, mais avant même l’ouverture des deux derniers, les trois premiers ferment, ce qui ne laisse plus que l’Administration centrale de l’organisme à Ottawa pour répondre à tous les besoins du Canada en matière de conservation du patrimoine. Étant donné la difficulté de servir des établissements du patrimoine aux quatre coins du pays, on crée les laboratoires mobiles : des restaurateurs voyagent dans des fourgonnettes modifiées où l’on a aménagé un laboratoire « de poche ». Un projet pilote a lieu en 1979. C’est une réussite, et le Programme de laboratoires mobiles est donc mis en œuvre l’année suivante.

L’ICC publie, en 1975, le premier de sa série de Bulletins techniques. Depuis, une trentaine d’autres ont été publiés pour aider les professionnels et les établissements du patrimoine à prendre soin de leurs objets et collections, ainsi qu’à en assurer la préservation. Les sujets abordés incluent les programmes de prévention des incendies dans les musées, le contrôle des moisissures, la lutte contre les ravageurs, la récupération des supports d’information modernes et l’emballage efficace des objets d’art.

Les origines du Réseau canadien d’information sur le patrimoine (RCIP) remontent, quant à elles, au Programme du répertoire national (PRN), lancé en 1972. Le PRN est créé à la suite de l’adoption, en 1970, de la Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels de l’UNESCO, dont le Canada est un des premiers signataires. Au départ, il existe trois répertoires nationaux : bases de données des sciences humaines, collections de sciences naturelles et sites archéologiques. Le premier directeur est Peter Homulos. Les musées utilisent un réseau commuté pour se brancher à l’ordinateur central et gérer directement les documents. Grâce au PRN, le Canada est alors à l’avant-garde de l’informatique muséale. En effet, quand le Musée des transports et de la technologie de Nouvelle-Zélande souhaite mettre en œuvre un accès au patrimoine et le catalogage connexe dans son propre pays, il envoie une délégation au PRN pour apprendre comment procéder.

Alors que nous commémorons ces premières avancées, nous devons également reconnaître que les origines des politiques de gestion des collections et des programmes de conservation du Canada étaient fermement ancrées dans la tendance colonialiste à recréer un exemple européen. Rien ne laisse croire que l’ICC et le RCIP ont accordé une attention véritable aux enjeux propres au patrimoine autochtone au moment de leur création. Depuis quelques années, alors que nous travaillons à la réconciliation, nous nous sommes donné comme objectif de reconnaître ces faiblesses et de les corriger.

Années 1980 : transformation du PRN en RCIP et mise sur pied du Programme de laboratoires mobiles par l’ICC

En 1981, l’ICC publie la première de sa série de Notes de l’ICC, qui traitent de sujets pouvant intéresser les responsables d’objets culturels. Cette série qui continue de s’agrandir compte aujourd’hui plus d’une centaine de Notes donnant des conseils pratiques sur des enjeux liés au soin, à la manipulation et à la mise en réserve des objets culturels.

En 1982, le PRN devient le RCIP. Au cours de la décennie, le RCIP collabore activement avec la communauté muséale pour élaborer des normes et des ressources professionnelles en vue de l’utilisation des technologies numériques. Le personnel se rend dans les musées pour aider à configurer les bases de données des établissements et offre un soutien connexe à long terme.

En 1986, l’ICC participe aux travaux effectués dans une forêt fossilisée sur l’île Axel Heiberg, dans les Territoires du Nord-Ouest (aujourd’hui le Nunavut). Le site contient les restes fossiles d’une forêt de près de 40 millions d’années. L’ICC collabore avec le Musée national des sciences naturelles (devenu depuis le Musée canadien de la nature), à Ottawa, pour mettre à l’essai des techniques de préservation avant-gardistes pour les spécimens récupérés de l’île. D’autres employés de l’ICC travaillent avec diligence à l’évaluation de la menace que l’érosion fait peser sur le site et arpentent celui-ci au moyen de photographies aériennes par cerf-volant. On détermine ainsi que le taux d’érosion annuel moyen atteint 3 millimètres. Des restaurateurs de l’ICC luttent pour la protection du site dès les années 1980.

L’ICC lance par ailleurs le Programme de laboratoires mobiles en 1980. À bord de fourgonnettes modifiées, des restaurateurs et des restauratrices et des stagiaires parcourent le pays et traitent plus de 4 000 objets. Des modifications au financement obligent cependant à mettre fin au Programme en 1987.

Années 1990 : numérisation du patrimoine

Le ministère du Patrimoine canadien est créé en juin 1993. L’ICC est intégré au Ministère, tout comme d’autres programmes ayant trait aux langues officielles, aux arts et à la culture, aux parcs et aux lieux historiques, à la radiodiffusion, au multiculturalisme, à la citoyenneté, au sport amateur et à la Commission de la capitale nationale.

En 1994, l’ICC produit une première version du « Plan de préservation des collections patrimoniales : Stratégies pour éviter ou limiter les dommages » Cette ressource, qui doit servir d’outil de référence rapide pour les professionnels du patrimoine, est publiée gratuitement en version PDF haute résolution sur le site Web de l’ICC.

En 1995, le RCIP lance sa première exposition virtuelle, Traditions de Noël en France et au Canada, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’Accord France-Canada pour la coopération et les échanges dans le domaine des musées. Des gens du monde entier visitent l’exposition et sont mis au courant des objets et des coutumes associés aux fêtes de Noël dans les deux pays. Cette exposition importante témoigne de la collaboration entre les deux pays. L’exposition réunit la recherche et l’expérimentation grâce à ce qui constitue à l’époque une nouvelle technologie.

En 1998, les répertoires nationaux sont repensés pour le Web et deviennent Artefacts Canada. Cela fait du RCIP un chef de file de la gestion de l’information patrimoniale.

À la fin des années 1990, le RCIP lance également son premier cours en ligne, « Sélection d’un système de gestion des collections », suivi par des cours sur la numérisation. Il commence par ailleurs à publier des ressources sur les mêmes sujets.

Années 2000 : participation des collectivités

La Bibliothèque de l’ICC rassemble une des plus vastes collections au monde dans les domaines de la conservation et de la muséologie. En 2000, l’ICC publie son catalogue en ligne pour que toutes et tous puissent le consulter. Apprenez-en plus sur l’histoire de la Bibliothèque de l’ICC.

Toujours en 2000, le budget fédéral attribue du financement à l’élaboration de contenu canadien en ligne. Une partie de ces fonds est réservée au Musée virtuel du Canada (MVC), que lance le RCIP l’année suivante. En plus des expositions virtuelles et du Guide des musées canadiens, ce site public contient des documents où l’on trouve des images tirées d’Apprendre avec les musées et d’Artefacts Canada (galerie d’images). Un outil permet aussi aux visiteurs d’utiliser le contenu de la galerie d’images pour créer leur musée personnel sur le site du MVC.

À la même époque, le site du RCIP devient axé sur les professionnels du patrimoine. On y trouve des liens vers des ressources, des cours et des bases de données de référence dans le Forum du patrimoine. Le site principal d’Artefacts Canada, et tous les documents qu’il contient, est hébergé sur le site du RCIP.

En 2002, l’ICC et le RCIP, en collaboration avec des établissements partenaires étrangers, lancent la Base de données bibliographiques du Réseau d’information sur la conservation. L’accès à cette base de données de recherches dans la documentation en matière de conservation est gratuit. L’ICC lance également un site Web dans le but d’aider les gens à préserver leurs trésors et souvenirs personnels.

En 2003, le RCIP lance le programme Histoires de chez nous, qui fournit un financement (d’un maximum de 5 000 $) à de petits musées comptant au plus deux employés à temps plein. On leur permet ainsi d’acheter l’équipement dont ils ont besoin pour numériser des documents et compiler l’information à leur sujet afin de créer des expositions sur l’histoire locale.

La même année, l’ICC signe un protocole d’entente avec l’ICCROM et l’Instituut Collectie Nederland (aujourd’hui l’Agence néerlandaise du patrimoine culturel). Ensemble, ils élaborent une méthode et des outils d’évaluation du risque, et donnent des cours un peu partout dans le monde. L’ICC met ensuite la méthode à l’essai dans le cadre d’une série de projets pilotes dans divers établissements du patrimoine du Canada.

Entre 2002 et le début de 2008, l’Administration centrale de l’ICC fait l’objet de grands travaux de rénovation, ce qui nuit aux traitements de conservation et aux projets de recherche scientifique devant se faire dans des laboratoires spécialisés.

En 2007, l’ICC organise le symposium Préserver le patrimoine autochtone : approches techniques et traditionnelles. Un comité consultatif composé de membres de Premières Nations, de Métis et d’Inuit conseille l’ICC sur l’élaboration du contenu et le choix des conférenciers. Le symposium se déroule sur le territoire non cédé des Anishinaabeg (Algonquins), partenaires importants du projet.

Au milieu des années 2000, l’ICC s’engage par ailleurs officiellement à organiser chaque année deux ateliers de perfectionnement professionnel. Ce programme, qui existe toujours, aborde des sujets comme l’utilisation de gomme gellane pour le traitement d’œuvres d’art graphique sur papier, les pratiques de traitement de l’encre ferro-gallique et la conservation des plastiques.

Années 2010 : réorganisation du patrimoine

En 2014, l’ICC collabore avec le Programme d’aide aux musées pour créer RE-ORG : Canada, programme de formation pluriannuel basé sur la méthode RE-ORG créée par l’ICCROM et l’UNESCO en 2011. Cette approche par étapes met l’accent sur l’amélioration des réserves existantes plutôt que sur la planification ou la construction de nouvelles installations.

De 2014 à 2019, des musées de tout le Canada mettent en application la méthode RE-ORG. Au total, 27 projets réussis sont menés dans les cinq régions désignées : Atlantique, Ontario, Prairies et Nord, Québec et Ouest.

En 2014, la responsabilité de la gestion du Musée virtuel du Canada est transférée au Musée canadien de l’histoire. Le RCIP, dont l’équipe se trouve amputée, retourne à ses racines, soit la documentation et la gestion des collections.

En 2015, l’ICC entame une fusion administrative avec le RCIP. De 2015 à 2017, le RCIP entreprend de mettre à l’essai les données ouvertes et liées afin de tisser de nouveaux liens entre les données du patrimoine.

En 2018, le RCIP lance une version en ligne bilingue et illustrée de Nomenclature pour le catalogage des objets de musée en collaboration avec l’American Association for State and Local History (AASLH) et Parcs Canada. Les trois organismes continuent à travailler ensemble et avec la communauté muséale pour élaborer et tenir à jour le vocabulaire de Nomenclature.

Années 2020 : voie de l’avenir

En 2020, l’ICC publie Le soin des collections patrimoniales durant la pandémie de COVID-19. Si la pandémie ne menace pas les collections mêmes, elle complique grandement leur entretien. Ce guide rassemble des renseignements et des recommandations pour aider les responsables à garantir la sécurité des collections et des documents du patrimoine.

En 2020, le RCIP offre Nomenclature pour le catalogage des objets de musée sous forme de données ouvertes téléchargeables. Depuis, le RCIP a amélioré Nomenclature (en collaboration avec le programme Getty Vocabulary et des bénévoles de Wikidata) en y ajoutant des liens vers d’autres ressources de données ouvertes et liées. Il a également personnalisé la plateforme et le site Web de Nomenclature pour permettre l’inclusion de nombreuses langues autochtones nord-américaines, en plus d’améliorer le modèle de données du système. Le RCIP continue de publier des ressources sur la gestion et la documentation des collections. Il a également préparé des formations sur la numérisation et la préservation numérique afin d’aider la communauté du patrimoine à passer à l’ère numérique.

En 2021, l’ICC et le RCIP ont collaboré pour élaborer leur premier plan stratégique commun. Ce plan décrit une nouvelle vision de l’avenir des deux organismes : l’ICC et le RCIP feront progresser la conservation durable des collections au Canada et élargiront l’accès de la population canadienne à celles-ci, tout en développant un environnement professionnel ancré dans les valeurs de diversité, d’inclusion et de réconciliation avec les peuples autochtones.

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