Le travail de l’Institut canadien de conservation du terrain au laboratoire

Tyler C. Cantwell

photo d'un bateau rouillé dans un champ

© iStock.com/skyNext
Figure 1. Dessous en aluminium rouillé d’un bateau tourné sur le côté.

Conservation sur le terrain

L’eau clapote contre le flanc d’un vieux bateau en aluminium. À certains endroits, la peinture blanche de l’embarcation est défraîchie et écaillée; à d’autres, elle a visiblement été refaite. De toute évidence, l’entretien du bateau est un travail sans fin, et la restauration de la peinture obéit à des critères pratiques plutôt qu’esthétiques. En effet, le nombre de générations qui pourra utiliser l’embarcation dépend entièrement de la manière dont il est entretenu aujourd’hui.

À l’avant du bateau, une glacière bleue repose parmi des pelles, des tentes et de la nourriture. Il s’agit de l’un des multiples voyages effectués entre Akulivik (ᐊᑯᓕᕕᒃ), au Québec, et l’île Smith, dans la région de Qikiqtaaluk (ᕿᑭᖅᑖᓗ), au Nunavut (ᓄᓇᕗᑦ). Le parcours d’à peine un kilomètre environ franchit en effet la limite provinciale/territoriale. Parmi les passagers se trouvent des élèves de l’école secondaire d’Akulivik, des archéologues canadiens et étrangers, des géologues, un cuisinier et un restaurateur de l’Institut canadien de conservation (ICC).

Il est rare que les restaurateurs et restauratrices de l’ICC se déplacent de cette façon, mais les archéologues peuvent faire une demande de services sur le terrain : traitement de conservation sur place, aide à la récupération et à l’emballage de matériel archéologique et formation sur les méthodes de conservation.

Une fois que le bateau atteint le rivage, les passagers en descendent. Avant même qu’une pelle ou une truelle ne touche le sol, un dialogue s’engage. L’archéologie et la conservation sont peut-être deux maillons fondamentaux de la chaîne du patrimoine, mais elles ne sont pas toujours interdépendantes. L’archéologue est responsable de diverses tâches comme l’arpentage, les fouilles, le tamisage et l’illustration archéologique. Le restaurateur, lui, recommande la meilleure manière de manipuler, de nettoyer et de ranger les objets voués à la préservation.

Au site de fouilles, les conditions sont difficiles et le matériel, fragile. Les objets en bois ont parfois l’air d’avoir été préservés par l’eau et la glace, mais en réalité, ils peuvent facilement se briser s’ils ne sont pas manipulés correctement. Une équipe de spécialistes se consacrant à cette tâche doit intervenir pour que ces objets patrimoniaux ne soient pas irrémédiablement perdus une fois mis au jour.

Le laboratoire de fortune n’est pas étanche : de l’eau s’infiltre chaque fois qu’il pleut, et des hordes de moustiques se rassemblent à l’intérieur. Et quand il ne pleut pas, le vent est incessant. Or, le restaurateur remarque que la météo ne semble guère déranger les élèves de l’école secondaire d’Akulivik. D’ailleurs, la possibilité pour ces jeunes de participer directement à la préservation et à la conservation de leur patrimoine est l’un des grands avantages de projets comme celui-ci. Sans compter que leur présence rappelle au restaurateur, à l’archéologue et à toutes les autres personnes participant aux travaux pourquoi il est si important de bien gérer le patrimoine. Manquer à notre devoir de conserver le patrimoine, c’est empêcher l’avenir de connaître son passé.

Avant de suspendre les fouilles pour la saison, la communauté locale d’Akulivik est invitée à participer à une visite du site, et l’archéologue fait un exposé à l’école secondaire locale. Pour sa part, le restaurateur emballe soigneusement les divers articles fragiles : il remplace la majeure partie du rembourrage temporaire de mousses par du polypropylène cannelé (Coroplast), enveloppe les objets dans une pellicule plastique et du papier d’aluminium, puis place les objets dans des sacs en plastique scellés par une fermeture à glissière (de type Ziploc). Les objets en bois sont conservés dans une glacière contenant des sacs gonflables qui les tient bien en place. Les objets sont ensuite envoyés à l’ICC, où on les séchera et traitera soigneusement pour assurer leur préservation; c’est à ce moment que l’essentiel du travail du restaurateur débutera.

Partout au pays

Au cours des 50 ans d’histoire de l’ICC, des employés ont effectué, un peu partout au pays, une dizaine de travaux semblables au projet susmentionné. En 2001, par exemple, dans le cadre du plus important projet archéologique au Canada à Ferryland, à Terre-Neuve-et-Labrador, ils ont notamment supervisé le laboratoire sur le terrain et enseigné aux personnes travaillant sur place les pratiques exemplaires en matière de traitement des objets archéologiques.

Tara Grant, restauratrice à l’ICC, a collaboré avec la Nation Haisla et Kleanza Consulting lorsque la construction d’un pipeline à Kitimat, en Colombie-Britannique, a menacé des sites revêtant potentiellement une importance archéologique. L’histoire orale de la Nation mentionnait la présence de fascines (structures artificielles servant à piéger les poissons dans la zone intertidale) dans le secteur, mais aucune n’avait encore été découverte aussi loin au nord. On s’attendait d’ailleurs à ce que les poteaux formant la structure des fascines, si on en retrouvait, soient très fragiles puisque gorgés d’eau. Étonnement, une centaine de ces poteaux et d’autres pièces de bois provenant de plusieurs fascines ont effectivement été trouvés à la baie Minette après des travaux d’exploration, de cartographie et de fouille des lieux.

Au-delà du laboratoire

Le travail de conservation ne se fait pas seulement en laboratoire, et l’incidence de la conservation ne se limite pas aux objets. Comme mentionné, les techniques de conservation doivent être prises en compte dès le début du processus de fouilles archéologiques. De plus, même après le traitement en laboratoire, le travail de conservation n’est pas fini. En effet, il est essentiel de maintenir des conditions de mise en réserve appropriées en prenant des mesures proactives, comme celles que prône le programme RE-ORG : Canada. La conservation exige de la vigilance et du dévouement, et il faut toujours garder en tête que nous ne faisons pas ce travail uniquement pour nous-mêmes, mais également pour toutes les générations futures. Or, le nombre de générations qui seront inspirées par nos objets patrimoniaux dépend entièrement de la manière dont nous traitons ces objets aujourd’hui.

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