Général Jonathan Vance : L’engagement militaire canadien dans une ère de concurrence persistante

Le 11 mars 2020 - Nouvelles de la Défense

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Le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense, prend la parole devant l’Institut de la Conférence des associations de la défense le 4 mars 2020 à Ottawa (Ontario).

Photo : Mat 1 Mathieu Potvin

Le 5 mars 2020, le chef d’état‑major de la défense (CEMD), le général Jonathan Vance, s’est adressé à plus de 500 participants lors de la conférence annuelle d’Ottawa sur la sécurité et la défense organisée par l’Institut de la Conférence des associations de la défense (ICAD).

Le CEMD a fait part de son point de vue sur le thème de l’événement – Manœuvrer en temps de rudesse et d’interférence : Le Canada et les jeux des grandes puissances. Nous sommes heureux de publier sa présentation :

Chaque année, la conférence est vraiment stimulante pour le milieu de la défense et de la sécurité au Canada.

On y pose des questions difficiles, et je suis certain qu’il y a des gens dans la salle qui ont très hâte de prendre la parole à leur tour pendant la séance de questions et réponses.

Et c’est très bien.

Nous avons besoin d’entendre ces voix et ces perspectives. Il importe que ces gens remettent les choses en question et contribuent à la conversation intelligente.

Nous avons besoin de gens qui remettent en question le statu quo, et qui nous forcent à prendre conscience de nos propres limites et préjugés dans notre façon de penser. Parce que tout est en évolution. La nature fondamentale du conflit et de la conduite de la guerre ne l’est pas. Mais à peu près tous les éléments qui touchent le caractère et la qualité, de même que la façon dont ils se produisent, sont en évolution, entre autres, dans le milieu de la défense, le contexte de la sécurité mondiale et notre société.

Nous n’avons pas d’autre choix que celui de nous adapter. C’est aussi simple que ça… c’est un enjeu existentiel. 

Et pourtant… Je crois que certaines des stratégies utilisées actuellement pour comprendre les conflits et établir un dialogue entre les parties demeurent pertinentes.

Je commencerai donc par vous donner un aperçu de ma vision des conflits. Je vous parlerai ensuite de mon point de vue sur le contexte mondial de la menace… le rôle des forces militaires dans ce contexte… et la façon dont les Forces armées canadiennes font d’importants progrès sur le plan opérationnel et organisationnel pour demeurer un outil apte et crédible pour notre pays.

Les quatre grands principes

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La major Chelsea Anne Braybrook, commandante de la compagnie Bravo du 1er Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, et un membre du groupement tactique de la présence avancée renforcée en Lettonie informent les militaires au sujet des plans et des stratégies lors de l’exercice de certification de l’OTAN au Camp Adazi, en Lettonie, le 24 août 2017.

Photo : Cpl Gerald Cormier

Si vous me connaissez, vous m’avez probablement déjà entendu parler de ce cadre en quatre volets sur lequel reposent tous les aspects de notre stratégie militaire.

Ma conception des engagements militaires s’appuie sur quatre grands principes qui décrivent ce dont les forces armées doivent tenir compte au moment où elles réfléchissent à l’utilisation de la puissance militaire et établissent des stratégies connexes. En d’autres mots, ce qui nous définit.

C’est la raison pour laquelle nous combattons. Nous misons sur :

  • la prévention des conflits;
  • la gestion des conflits;
  • la cessation des conflits;
  • la réduction des préjudices.

Et c’est ce que nous faisons.

Ainsi, à mesure que nous avancerons, nous continuerons de réfléchir de manière critique à la façon de dissuader, de contrer et d’atténuer les actions de l’adversaire. Et nous continuerons d’être un allié fiable et un partenaire pour nos amis du monde entier.

Chacun de ces principes exige une coordination étroite avec les alliés et les partenaires pangouvernementaux. Je remercie donc les membres des forces militaires étrangères et des autres ministères et organismes du gouvernement qui se sont joints à nous aujourd’hui.

La prévention des conflits est la solution la plus souhaitable.

Comme je l’ai dit précédemment, les résultats souhaités sont la paix et la sécurité. La paix pour le Canada et nos alliés, ainsi qu’un environnement mondial sécuritaire où nous pouvons mener nos activités.

Lorsque des conflits surviennent, ce sont les hommes et les femmes en uniforme qui se retrouvent dans des situations dangereuses, et conflits causent souvent d’importantes destructions relatives aux populations civiles et à l’infrastructure.

Nous avons prêté le serment de défendre notre pays et de protéger ses intérêts et, comme nous l’avons montré, lorsque le moment est venu, nous serons prêts à nous battre.

Je pense toutefois que nous pouvons tous convenir qu’il vaut mieux que nous n’en arrivions jamais à ce point. Les solutions qui préviennent les conflits sont absolument préférables.  

Je suis convaincu que l’un des outils les plus puissants dont nous disposons pour prévenir les conflits est la dissuasion, qui exige la bonne combinaison des éléments suivants : les capacités militaires, la volonté politique crédible de les utiliser et la communication claire avec nos adversaires.

Quand les conflits sont impossibles à prévenir, il faut les gérer de manière à éviter qu’ils ne s’étendent et à contenir la menace.  

C’est pour cette raison que nous sommes présents en Irak. Nous participons aux opérations de la Coalition et à la mission de l’OTAN visant à former les Forces de sécurité irakiennes pour prévenir la résurgence de Daech.

La gestion de conflits peut emprunter la voie politique, militaire ou économique ou, idéalement, une combinaison des trois. 

Au bout du compte, si le conflit ne peut être évité, le résultat que nous souhaitons obtenir est la fin du conflit.

Les éléments nécessaires pour mettre fin à un conflit sont difficiles à réunir. Du point de vue militaire, nous pouvons mener des opérations afin de détruire, de déjouer et de vaincre un adversaire dans le cadre d’une coalition ou d’une alliance. C’est le cas pour Daech.

Nous contribuons également aux opérations de maintien de la paix et renforçons les capacités de nos partenaires à mettre en place les conditions propices à l’établissement d’une sécurité régionale durable.

La stabilité à long terme exige toutefois des solutions civiles qui sont mutuellement soutenues et rendues possibles par la puissance militaire. La stabilité est illusoire si elle est toujours obtenue à la pointe d’un fusil.

Les États et les sociétés fragiles doivent être soutenus dans la mise en place de structures de gouvernance, le rétablissement de la confiance et de la crédibilité dans leurs institutions démocratiques, la lutte contre la corruption et le renforcement de leurs économies.

Et, pour espérer qu’un processus de paix soit durable, il faut consulter diverses couches de population, pas seulement les puissants et le pouvoir. C’est l’un des principes de base du programme sur les femmes, la paix et la sécurité.

Ce qui m’amène au dernier point : réduire au minimum les méfaits par tous ces efforts. Les préjudices et les destructions excessives pendant un conflit entraînent des griefs durables et une incapacité à parvenir à une paix durable.

Nos actions doivent toujours concorder avec nos valeurs.

Et à une époque où les lois des conflits armés sont violées en toute impunité par certaines parties au conflit, notre devoir de les faire respecter et de promouvoir leur application ne saurait être surestimé.

Le monde dans lequel nous vivons

À bien des égards, nous menons un combat mondial axé sur les valeurs. Et nous prenons désormais part à des opérations dans tous les domaines, notamment l’espace, le cyberespace et le domaine de l’information, dans les secteurs terrestres, maritimes et aériens.

Le Canada et ses alliés et partenaires internationaux croient en un ordre international fondé sur des règles. La préservation de cet ordre est le moyen le plus efficace de maintenir la paix et la sécurité internationales et de permettre à nos citoyens de vivre une vie prospère. Nous nous battons donc pour défendre les institutions démocratiques, les droits de la personne et la prospérité des citoyens que nous servons. Cet ordre est menacé et remis en question au quotidien.

Certains États utilisent la coercition armée et militaire pour étendre leurs sphères d’influence. Ils cherchent à remodeler l’ordre à leur avantage et ils sont devenus experts dans l’utilisation de tous les instruments du pouvoir national pour concurrencer l’OTAN et ses partenaires.

À l’heure actuelle, ces acteurs maintiennent délibérément leurs actions antagonistes sous le seuil de ce qui constitue un conflit conventionnel, afin d’éviter une réaction à grande échelle, du moins pour le moment.

La Russie a annexé la Crimée, envahi l’Ukraine, pénétré dans l’espace aérien souverain d’autres pays et mené des campagnes de désinformation pour faire avancer son programme national.  

Les actions unilatérales de la Chine dans la mer de Chine méridionale sapent la stabilité dans la région. La Chine et d’autres pays ont également mené des activités malveillantes dans le cyberespace pour tenter de nuire au Canada et à ses alliés, et il a adopté des pratiques économiques et diplomatiques coercitives.

Ces pays ont montré qu’ils possèdent la puissance militaire, laquelle constitue une menace latente, combinée à la volonté politique, pour produire des effets déstabilisants à leur ultime avantage. Ces activités menées sous le seuil de tolérance s’apparentent à une mort à petit feu. Prises isolément, elles ne susciteraient pas de réactions à grande échelle, et même si elles en suscitaient, pour déterminer des réactions possibles dans certains nouveaux domaines, nous devrons changer la façon dont nous menons nos activités.

Cependant, considérées dans leur intégralité, il est clair qu’elles exigent l’adoption d’une nouvelle approche, un engagement persistant, de même que les outils et l’instruction nécessaires pour mener des activités dans tous les domaines, que ce soit au combat ou lors de conflits.

L’évitement de la guerre totale n’est pas une garantie de paix à long terme.

Tant que des pays développeront de manière provocante des capacités militaires offensives dans tous les domaines, dans le but de les mettre à profit à l’appui de comportements économiques et sociaux agressifs, il y aura un risque d’escalade vers des conflits régionaux ou mondiaux de grande intensité. 

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Des navires du 2e Groupe maritime permanent de l’OTAN (SNMG2), dont le navire amiral NCSM Halifax, et du 2e Groupe permanent de l’OTAN de lutte contre les mines (SNMCMG2) participent à l’exercice DOGU AKDENIZ 19 dans l’Est de la Méditerranée, le 11 novembre 2019. 

Photo : Matc Dan Bard, Caméra de combat des Forces canadiennes

De telles hostilités seraient dévastatrices pour toutes les parties concernées et doivent être évitées.

En cette ère de concurrence entre grandes puissances, le Canada se tient résolument aux côtés de ses alliés.

Cela nous ramène à la dissuasion.

En 2014, l’OTAN commençait à appliquer ses mesures d’assurance et de dissuasion. Le Canada a manifesté sa solidarité dès le début. Ces mesures servent à rappeler l’ampleur et la puissance des capacités militaires de l’Alliance.

Depuis près de six ans, le Canada maintient une présence soutenue en Europe centrale et en Europe de l’Est. Nos marins exécutent des patrouilles dans la Méditerranée, dans la mer Noire, et dans l’Atlantique avec les groupes maritimes permanents de l’OTAN.

Nos soldats ont passé trois ans en Pologne, pour ensuite mettre sur pied le groupement tactique de présence avancée renforcée en Lettonie et en prendre le commandement. Et nos aviateurs effectuent périodiquement des patrouilles au-dessus de la Roumanie, de l’Islande et de la Lituanie pour surveiller l’espace aérien des pays alliés. Mais la dissuasion est plus que la présence et une démonstration de force.

Elle doit être crédible et fondée sur de solides capacités offensives qui seraient capables de priver un adversaire de la possibilité de réussir par ses propres actions offensives, avant qu’elles ne soient entreprises.

La dissuasion n’est pas non plus l’apanage des militaires. Elle exige une approche coordonnée de toutes les sources de puissance nationale et alliée, et doit être adoptée de façon coordonnée dans tous les domaines pour être efficace.

Menaces périphériques

En marge des grandes luttes de pouvoir et de la concurrence entre pairs, nous devons réagir aux menaces qui émanent de la Corée du Nord, de l’Iran et d’organisations extrémistes violentes.  

Les programmes d’armes de destruction massive et de missiles balistiques de la Corée du Nord continuent de faire planer une grave menace sur la paix et la sécurité régionales et internationales. La Corée du Nord est largement isolée, mais instable.  

Le Canada contribue aux efforts plurinationaux visant à empêcher la Corée du Nord de se soustraire aux sanctions maritimes, et ce tout récemment avec le déploiement du NCSM Ottawa, et bientôt, celui du NCSM Calgary.

Au cours des dernières années, les Forces armées canadiennes ont accru leur présence dans la région Indo-Asie-Pacifique. Le United States Indo-Pacific Command joue un rôle essentiel dans notre capacité de nous mobiliser efficacement. Et je saisis la présente occasion pour remercier l’amiral Davidson de son leadership.

Nous renforçons les liens qui nous unissent à nos partenaires comme le Japon et la Corée du Sud et nous continuerons de nous engager dans la région pour promouvoir la sécurité.

Si on se tourne vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, on voit que l’Iran tente de s’affirmer en tant que puissance régionale.

Il projette ses forces par l’intermédiaire de milices chiites et il est en train de se doter des capacités nécessaires pour acquérir des armes nucléaires. 

Et, au milieu de tous ces jeux de pouvoir pour dominer la région, il y a l’instabilité qui est exacerbée par les groupes extrémistes violents. 

Daech a été considérablement affaibli. Mais, même s’il a perdu le territoire qu’il a déjà revendiqué, il faut l’empêcher de regagner en puissance. La menace de l’extrémisme violent persiste aussi à cause d’autres groupes, comme Al Qaïda et Boko Haram

En plus de lancer des appels à la violence dans le monde entier, ces acteurs produisent des effets déstabilisants de deuxième et troisième ordres.

Des centaines de milliers de personnes ont été tuées, réduites en esclavage ou déplacées. La crise des réfugiés a déstabilisé les pays voisins et s’est étendue à l’Europe.

Plus le temps pendant lequel les personnes sont déplacées de leur foyer en raison d’un conflit est long, plus le risque qu’un conflit survienne à l’avenir est grand. Sans domicile ni lien stable avec leur communauté ou même leur famille, les gens sont vulnérables à la radicalisation.  

Les camps de réfugiés et de PDIP deviennent, de ce fait, des sources possibles de conflit pour des années à venir.

Les groupes extrémistes ciblent également délibérément l’infrastructure essentielle pour semer la zizanie et perturber les économies locales et mondiales. Plus le temps pendant lequel ces groupes agissent et prônent leurs idéologies est long, plus les conséquences deviennent complexes et profondes. 

En outre, ces conflits prolongés exercent des pressions importantes sur les ressources et risquent de détourner notre attention des principales menaces auxquelles nous sommes confrontés.

S’il est impossible de dissuader entièrement ces acteurs, nous devons essayer de contrer et d’atténuer leurs actions afin d’empêcher l’effondrement du gouvernement légitime et de l’ordre civil.

Cela est, bien sûr, plus facile à dire qu’à faire quand de grandes puissances interfèrent, et quand des organisations criminelles exploitent et aggravent des conflits.

L’Arctique

Ce que je viens de décrire relève largement du volet « Engagement » de notre politique de défense, PSE. Mais ce n’est qu’une partie du portrait.

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Un membre du 1er Groupe de patrouilles des Rangers canadiens assure la sécurité des plongeurs militaires internationaux alors qu’ils mettent sur pied le site de plongée au cours de l’opération NANOOK-NUNALIVUT, à Tuktoyaktuk (T. N. O.), le 22 mars 2019.

Photo : Cplc Gabrielle DesRochers, Caméra de combat des Forces canadiennes

Notre rôle fondamental, c’est de défendre le Canada et les Canadiens. En ce moment, je crois que quand les Canadiens pensent à ce que fait l’armée au pays, ce sont les interventions de secours après les catastrophes qui leur viennent à l’esprit.

C’est logique. Au cours des quatre dernières années, nous avons assisté à une augmentation spectaculaire de la fréquence de telles opérations, à savoir une hausse de 1 000 %.

Printemps, été, hiver : les Canadiens nous ont vus combattre des inondations, des incendies et des tempêtes hivernales de très près. Quand survient une catastrophe qui met en péril le foyer et la vie des gens, ils savent qu’ils peuvent compter sur nous pour leur venir en aide. 

Ce qu’ils ne voient pas, c’est l’important travail que nous faisons très loin des régions où vivent la majorité des Canadiens pour défendre et exercer notre souveraineté dans l’Arctique.

Je considère l’Arctique comme une région, un lieu et une voie d’approche à notre continent.

Du point de vue régional, on s’intéresse de plus en plus au tourisme et aux routes maritimes. 

La région est également riche en ressources naturelles et attrayante sur le plan commercial, et bien que les opérations dans l’Arctique demeurent une entreprise coûteuse et difficile, des États prédateurs possibles misent sur l’exploitation de l’Arctique.

Grâce aux opérations, au personnel affecté dans le Nord, aux patrouilles des Rangers de l’Armée canadienne et aux systèmes de surveillance maritime et par satellite, nous maintenons une connaissance du domaine de toutes les approches du Canada, y compris l’Arctique.

L’Arctique canadien compte des dizaines de collectivités. Bon nombre de nos opérations annuelles dans le Nord visent à nous préparer en vue de l’évacuation d’une collectivité, d’un écrasement d’avion ou de toute autre catastrophe majeure qui pourrait mettre les collectivités du Nord en danger.

Nous formons nos partenaires autochtones, territoriaux et fédéraux et nous établissons des plans avec eux pour nous assurer de pouvoir réagir rapidement, au besoin.

Ce qui me préoccupe de plus en plus, c’est l’Arctique en tant que voie d’accès. Les Forces armées canadiennes doivent être en mesure de prévenir et de contrer les menaces potentielles qui pèsent sur l’Amérique du Nord et qui pourraient traverser les eaux et l’espace aérien de l’Arctique au cours des années à venir.

Nous devons être en mesure d’assurer la sécurité dans l’Arctique en tant que région, en tant qu’endroit ou en tant que voie d’approche.

Pour ce faire, il faut renforcer les partenariats interorganisationnels et multinationaux, accroître la surveillance et les capacités militaires et améliorer notre capacité à projeter et à soutenir des forces dans le Nord.

Cela nécessite l’adoption de nouvelles approches visant à assurer la souveraineté. Ces approches doivent tenir compte de la nature du conflit qui touche véritablement tous les domaines.

Défense continentale

La politique de défense Protection, Sécurité, Engagement a donné aux forces armées une orientation essentielle et des ressources pour aller de l’avant. Vous avez déjà entendu parler des investissements dans le personnel, l’équipement et l’infrastructure.

Mais je veux me concentrer sur une idée clé qui est ressortie de la politique.

Vous vous souviendrez de mes discussions antérieures traitant du modèle de simultanéité des opérations. Celui-ci sera à la base de toutes nos activités de développement des forces pendant de nombreuses années.

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Des membres du Groupe-compagnie d’intervention dans l’Arctique participent à une excursion en motoneige au cours de l’exercice GUERRIER NORDIQUE, à Resolute Bay, au Nunavut, le 3 mars 2019.

Photo : Cavalier Marc-André Leclerc, 5 GBMC

Par ailleurs, la politique a également permis de déterminer notre prochain grand objectif : la protection du Canada et la sécurité en Amérique du Nord, ainsi que la modernisation du NORAD et la défense du continent.

Cet engagement a été renforcé dans la lettre de mandat du premier ministre au ministre de la Défense nationale.

Nous travaillerons ensemble afin de développer de meilleures capacités pour détecter, prévenir et vaincre les menaces qui pèsent sur le continent. Entre autres, mentionnons les menaces spatiales, aérospatiales et maritimes, tant en surface que sous l’eau.

En plus des activités sous le seuil de tolérance que j’ai mentionnées plus tôt, la menace que représentent les missiles pour l’Amérique du Nord devient de plus en plus complexe.

L’Amérique du Nord ne doit plus seulement composer avec les missiles balistiques. Nous sommes confrontés à des missiles conventionnels plus perfectionnés qui peuvent être lancés de plus loin, qui se déplacent plus rapidement et qui sont plus maniables.

Plus important encore, ils ont le potentiel de prendre en otage le processus décisionnel nord-américain en période de conflit, tout en menaçant notre capacité de mise sur pied d’une force et notre infrastructure essentielle. Même une attaque modeste peut entraver ou paralyser la réponse du Canada à une crise, ou encore, cause du tort à la population canadienne ou à l’infrastructure essentielle.

Pour relever ces défis, il faut améliorer les capacités de surveillance, de commandement et de contrôle, et de lutte contre ces menaces, ainsi qu’une infrastructure qui puisse continuer à soutenir les opérations partout au Canada et dans ses approches.

La défense de l’Amérique du Nord ne consiste pas seulement à avoir la meilleure défense aérienne d’un point ou d’une région.

Les FAC doivent avoir les bons outils pour maintenir la résilience du Canada en tant que pays, et les capacités adéquates pour maintenir une posture de dissuasion crédible.

Nous devons être en mesure d’empêcher les adversaires d’envisager le recours à la force en premier lieu.

C’est peut-être un cliché, mais lorsqu’il est question de dissuasion, la meilleure défense est une bonne capacité offensive, laquelle a été communiquée clairement aux adversaires possibles et met en évidence que toute action agressive serait trop coûteuse à envisager.

Ainsi, lorsque nous envisageons la défense continentale, nous devons mettre sur pied les capacités qui montrent à la population canadienne que nous maintenons la posture de dissuasion solide et la capacité d’intervention à l’échelle nationale dont elle a besoin.

Nous devons rechercher les occasions d’innovation agile et les possibilités d’exploiter et de diriger les technologies émergentes.

Je crois qu’il nous appartient à tous de dire clairement pourquoi c’est important.

Je ne parle pas de campagnes de peur.

Je ne parle pas de sensationnalisme.

Je parle de discussions honnêtes et éclairées sur le monde dans lequel nous vivons.

En ce qui concerne la prospérité du Canada et le maintien de la force et de la résilience de notre pays, nous avons tous un rôle à jouer, en tant que personnes, membres de l’industrie et du milieu universitaire et gouvernement. Nous protégeons la souveraineté du Canada et défendons le pays contre toute menace militaire, et j’ai hâte d’entamer ce travail détaillé relevant du volet « Protection et sécurité » de la politique de défense, pour la concrétiser.

Institution

Mais tout ce travail ne veut rien dire si nous n’avons pas les bonnes personnes pour le travail, et si ces personnes ne sont pas très motivées et n’ont pas la possibilité de réussir.

Je suis absolument déterminé à faire en sorte que toutes les personnes qui se portent volontaires pour servir leur pays soient traitées avec dignité et respect, et qu’elles aient des possibilités de carrière qui leur conviennent et dont elles sont fières.

Les gens se joignent aux forces parce qu’ils veulent faire le bien dans le monde… parce qu’ils cherchent un sens, un but et une communauté.

Je ne me reposerai pas tant qu’ils n’auront pas le milieu de travail qu’ils méritent. C’est aussi simple que cela.

Nous avons accompli des progrès grâce à l’opération HONOUR, et nous continuerons de nous battre jusqu’à ce que nous ayons éliminé les comportements nuisibles qui mènent à l’inconduite sexuelle.

Nous avons appris de nos expériences, et nous nous en servirons pour lutter contre les comportements haineux. Nous élaborerons les politiques nécessaires et nous utiliserons pleinement les outils administratifs et disciplinaires à notre disposition pour changer et éliminer les comportements nuisibles.

Et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour arrêter la petite minorité d’extrémistes qui utiliseraient les Forces comme voie d’accès à la violence.

Les racistes, les extrémistes, les tenants de la suprématie blanche et les membres de groupes radicaux ne sont pas les bienvenus ici, un point c’est tout. 

En tant qu’institution et en tant qu’individus, nous devons être à la hauteur des idéaux de la profession des armes.

Nous avons besoin d’équipes diversifiées et efficaces qui peuvent se faire confiance et travailler ensemble, côte à côte, dans le but d’assurer d’importantes capacités nouvelles et existantes en vue de contrer nos adversaires dans un monde de plus en plus perturbé.

C’est ce qui fera de nous la force la plus efficace pour répondre aux attentes des Canadiens et des Canadiennes.

Le premier chapitre de la politique de défense porte sur les gens, et c’était voulu.

Nous déployons beaucoup d’efforts pour améliorer les expériences professionnelles et personnelles des gens qui font carrière dans les Forces armées canadiennes. 

À partir du moment où une personne pousse la porte d’un centre de recrutement, jusqu’à ce qu’elle quitte les Forces pour retourner à la vie civile, je veux qu’elle sache que les FAC sont là pour la soutenir.

La création du Groupe de transition des FAC en 2018 s’inscrit dans cette perspective. D’autres initiatives seront lancées dans le cadre d’un vaste programme des changements.

Nous avons aussi énormément travaillé pour nous assurer que les familles ont le soutien dont elles ont besoin, particulièrement pendant les déménagements et les déploiements.

Mais il nous reste encore beaucoup de chemin à faire.

À mesure que la guerre évolue, nous devons repenser la façon dont nous abordons l’emploi et la formation des gens.

J’ai donné l’ordre de délaisser les modèles inefficaces qui contraignent les gens pour plutôt leur offrir plus de souplesse et de choix de carrière afin qu’ils puissent exceller, nous permettant ainsi de recruter les talents dont nous avons besoin et de les garder.

Ces politiques en matière de personnel sont l’un des aspects d’une force hautement capable et efficace.

L’autre aspect consiste à faire en sorte que nos gens soient employés dans une structure adaptée à leurs besoins qui est logique pour la guerre du XXIe siècle.

Notre structure n’a pratiquement pas changé depuis des décennies.

Cela ne veut pas dire que nous allons faire des changements simplement pour le plaisir de le faire. 

Depuis deux ans, le groupe du Chef – Développement des Forces fait des calculs et mène, de concert avec des commandants supérieurs, des analyses rigoureuses sur la composition et la structure optimales de nos forces.

Ce travail arrive à maturité, et nous serons bientôt en mesure de commencer à envisager des changements qui rendront notre organisation plus efficace dans le contexte des conflits du XXIe siècle. 

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Le général Jonathan Vance, chef d’état major de la Défense, remet des Médailles canadiennes du maintien de la paix et de la MINUSMA aux membres de l’opération PRESENCE-Mali, au Camp Castor, à Gao, au Mali, le 22 décembre 2018.

Photo : Caporal Ken Beliwicz

À mesure que nous évaluons notre structure, nous repensons également notre façon de fonctionner. Nous adaptons nos mentalités de sorte à mener une analyse plus exhaustive fondée sur la menace, analyse axée sur l’atteinte de résultats dans un contexte des conflits très contesté touchant tous les domaines.

Nous sommes loin de l’époque d’une simple dynamique de guerre et de paix.

Cette vision limite notre capacité à réfléchir à la gamme complexe d’activités qui se déroulent entre la concurrence et les conflits.

Ainsi, à mesure que nous avancerons, nous continuerons de réfléchir de manière critique à la façon de dissuader, de contrer et d’atténuer les actions de l’adversaire. Et nous continuerons d’être un allié fiable et un partenaire pour nos amis du monde entier.

Au bout du compte, tout ce travail fera en sorte que les Forces armées canadiennes continueront d’être une institution militaire solide pour les Canadiens et les Canadiennes.

Nous demeurerons agiles et capables de nous adapter afin de pouvoir présenter au gouvernement le plus large éventail possible d’options pour régler les problèmes actuels et futurs.  

L’année 2020 a montré à quel point la dynamique peut changer rapidement. Une tempête de neige à Terre-Neuve. Les frappes iraniennes de missiles en Irak. La perte de Canadiens et de Canadiennes à bord d’un vol commercial aux mains des forces militaires iraniennes, et le coronavirus, qui exige que des Canadiens et des Canadiennes soient évacués et mis en quarantaine. Tout cela s’ajoute à nos opérations courantes sur trois continents étrangers et dans la région Indo-Pacifique.

Notre rôle est et sera toujours d’être prêts à toute éventualité, de prendre des mesures de dissuasion et, le cas échéant, de contrer les menaces pesant sur le Canada.

Nous sommes toujours très fiers de défendre le Canada et de protéger la population canadienne.

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