Des attentes irréalistes : la mission vouée à l’échec de la Luftwaffe durant la bataille d’Angleterre - Partie I

Le 8 septembre 2020 - Nouvelles de la Défense

Autheur : Major James Pinhorn

Hurricane et Spitfire
Légende

Voici une photo prise à une station de chasseurs de la Royal Air Force en Angleterre pendant une bataille aérienne lors de laquelle des pilotes intrépides de Hurricane et Spitfire de l’ARC, aidés des moyens de défense au sol, ont détruit pas moins de 180 avions nazis, tous types confondus, en une seule journée. Dans la photo, des Hurricane rentrent afin de se ravitailler en carburant et en munitions pendant la grande bataille aérienne.

PHOTO : Archives du MDN, PL-3050

À l’été 1940, les perspectives d’avenir de la démocratie en Europe sont très sombres. La machine militaire d’Adolf Hitler, qu’il semble impossible d’arrêter, s’est rendue maître de la plus grande partie de l’Europe de l’Ouest en moins de deux mois, et seule la Manche sépare l’Allemagne nazie des derniers remparts de la démocratie en Europe.

Pour commémorer le 80e anniversaire de la bataille d’Angleterre, nous publions cette série historique en six volets fondée sur l’article rédigé par le Major Jim Pinhorn et publié dans le cadre des Articles de nouvelles de l’ARC.

Partie I

La petite armée de la Grande-Bretagne, comme celle de ses alliés, a été rapidement vaincue sur le continent, et la nation insulaire est maintenant seule face à l’énorme puissance militaire du régime nazi. Malgré sa situation apparemment désespérée, l’Angleterre refuse de se rendre à la « raison » d’Hitler et jure de se battre. Par conséquent, Hitler décide que l’invasion de l’Angleterre est le seul moyen de mettre ce pays hors de combat. Compte tenu de la relative faiblesse de la marine allemande, les stratèges nazis concluent que seul un contrôle de l’espace aérien leur permettra de débarquer de l’autre côté de la Manche.

La bataille d’Angleterre qui s’ensuit oppose la Luftwaffe allemande à la Royal Air Force (RAF), et fait partie des préparatifs pour ouvrir la voie à l’opération Sea Lion, c’est-à-dire l’invasion de la Grande-Bretagne.

Comme le dit Karl Klee : « Pour les citoyens britanniques… la survivance de leur empire insulaire est en jeu. » La probabilité d’une victoire britannique est mince. La tâche de vaincre la plus importante force aérienne du monde repose essentiellement sur les épaules des pilotes et du personnel du Fighter Command, dirigé par le Maréchal en chef de l’Air Hugh Dowding. Pessimiste comme le sont généralement les autorités britanniques à l’époque, Dowding fait cette prédiction : « Nos jeunes hommes devront abattre les leurs à raison de cinq pour un. »

Ailleurs dans le monde, les prévisions sont tout aussi pessimistes. Joseph P. Kennedy, ambassadeur des États-Unis au Royaume-Uni, informe le président Franklin Roosevelt que : « […] l’Angleterre va se battre. Malheureusement, je crois que cela ne servira absolument à rien. » Depuis, dans la description que les historiens font de cette bataille, les Britanniques semblent toujours lutter désespérément pour survivre.

Cependant, comme le signale le Commandant d’escadre M. P. Barley de la RAF, « les erreurs des Allemands avant et pendant la bataille ont concouru à leur défaite. » Contrairement à la perception très répandue selon laquelle la bataille d’Angleterre était une bataille rapprochée opposant une « poignée » de Britanniques à un ennemi infiniment supérieur, la destruction de la RAF, en tant que prélude à l’invasion par la Manche, était une tâche pour laquelle la Luftwaffe et ses dirigeants étaient terriblement mal préparés.

Bien que l’Allemagne se trouve dans une position militaire favorable après une série de victoires rapides sur le continent, les faiblesses de la doctrine, de l’équipement, du renseignement et du leadership allemands font en sorte que la Luftwaffe ne parvient pas à triompher lorsqu’elle essaie d’atteindre des objectifs stratégiques en opérant de manière indépendante. Personne ne vise à déprécier les efforts et les réalisations de la RAF, mais la réalité est que les faiblesses de l’Allemagne jouent alors un rôle important dans la défaite, et beaucoup préfèrent ne pas s’en souvenir.

La Luftwaffe est créée en tant que force tactique. On s’attend à ce qu’elle remplisse un rôle de soutien dans la guerre-éclair offensive. Par conséquent, l’approvisionnement, la doctrine et le renseignement sont axés sur la victoire tactique, et cela contribue à l’incapacité de la Luftwaffe à mener une campagne stratégique efficace contre la Grande-Bretagne. Les lacunes dans ces domaines, combinées aux effets désastreux d’un piètre leadership, font en sorte que la Grande-Bretagne est en mesure de profiter au maximum de ses avantages et que la RAF sera finalement victorieuse.

Dans sa description de la bataille d’Angleterre, Matthew Parker affirme que, « en juin 1940, la Luftwaffe était incontestablement la force aérienne la plus puissante du monde ». L’Allemagne possédait plus d’avions que la Grande-Bretagne et venait de mener une série de campagnes victorieuses partout en France et aux Pays-Bas, au cours desquelles elle avait abattu plus de 3 000 avions ennemis. Étant donné la décision d’attaquer la Grande-Bretagne, il semble que ce n’est qu’une question de temps avant que les pilotes de la RAF soient abattus eux aussi.

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