Quand le froid révèle notre force : réflexions d’un aumônier

Capc Matthew Squires, aumônier principal, Quartier général du 1er Groupe‑brigade mécanisé du Canada et escadron des transmissions

Le 10 février, j’ai quitté Edmonton pour Yellowknife à l’appui de l’opération NANOOK‑NUNALIVUT 2026, avec pour destination ultime un lieu que je n’avais encore jamais véritablement connu : le Haut‑Arctique.

Malgré mes nombreux voyages – sur plusieurs continents et d’un océan à l’autre au Canada – rien ne prépare réellement au Nord. L’Arctique ne se contente pas de vous accueillir; il se révèle peu à peu, pour voir si vous êtes prêt à vous adapter, à écouter et à persévérer.

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Le capitaine de corvette Matthew Squires, aumônier de la Force opérationnelle interarmées pour l’opération NANOOK‑NUNALIVUT 2026, se joint au pasteur Harry Etegik et au membres de l’église Glad Tidings pour l’office du dimanche à Cambridge Bay au Nunavut, le 1er mars.

Photo : Capt Inna Platonova, officière des affaires publiques, 1er Groupe‑brigade mécanisé du Canada

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Des militaires de la Force opérationnelle interarmées NANOOK‑NUNALIVUT ont rencontré l’Ancienne Mabel Etegik ainsi que d’autres anciens et des représentants à la bibliothèque communautaire et centre culturel May Hakongak dans le cadre de l’opération NANOOK‑NUNALIVUT 2026, à Cambridge Bay au Nunavut, le 25 février.

Photo : Capt Inna Platonova, officière des affaires publiques, 1er Groupe‑brigade mécanisé du Canada

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Le paysage arctique près de Cambridge Bay au Nunavut pendant l’opération NANOOK‑NUNALIVUT 2026, le 18 février.

Photo : Cplc Sarah Morley, technicienne en imagerie, Garnison de Petawawa

Les premiers jours à Yellowknife ont été consacrés à l’intégration au sein de l’équipe et à l’établissement de la présence discrète, mais essentielle, de l’aumônier. En contexte opérationnel, le ministère commence rarement par des mots. Il s’incarne d’abord auprès des personnes : en servant des repas avec les cuisiniers, en prêtant main‑forte aux transmetteurs aux doigts engourdis qui mettaient en place le système de soutien du quartier général principal de la Force opérationnelle interarmées, puis en travaillant côte à côte avant d’offrir des conseils.

À bien des égards, ce rythme traduisait l’esprit commun du carême et du ramadan, observés cette année simultanément : un service empreint d’humilité et une discipline acquise par la participation plutôt que par l’observation.

C’est également au cours de cette période que j’ai reçu un cadeau inattendu. J’ai passé des moments précieux avec un ami et collègue, le commandant Michael MacIntyre, alors aumônier de la Force opérationnelle interarmées (Nord).

Les militaires me demandent souvent : « Qui vous soutient, Padre? » La question est légitime. Les aumôniers accompagnent les autres dans l’adversité, le deuil et le fardeau moral, mais nous aussi avons besoin de moments de ressourcement.

Même si des occasions comme le rassemblement annuel Appelé à servir se font aujourd’hui plus rares, l’opération NANOOK m’a discrètement offert ce dont j’ignorais avoir besoin : un moment de fraternité, de réflexion et d’enracinement spirituel, avant de progresser davantage vers le nord. À l’image des premières semaines du carême ou des premiers jours du ramadan, ce fut une pause qui préparait le cœur à ce qui allait suivre.

Le 14 février, nous avons poursuivi notre progression vers Cambridge Bay, au Nunavut.

À la sortie de l’appareil, la première respiration a été brève et saisissante. Le froid agrippait les poumons, comme si l’air lui‑même imposait le respect. À cet instant, la réalité s’est imposée : nous étions bel et bien dans le Haut‑Arctique. Couches resserrées, lunettes abaissées – enfin, pour certains, du moins. Je n’avais ni lunettes ni casque chauffant; la visière a donc gelé immédiatement, m’offrant une protection impressionnante, mais absolument aucune visibilité. Heureusement, j’étais passager. Morale de l’histoire : dans l’Arctique, même l’équipement doit rester au chaud si l’on veut savoir où l’on va.

Pour bon nombre d’entre nous, c’était la première fois que nous opérions aussi loin au nord. Le moral est demeuré solide, même si l’environnement compliquait presque toutes les tâches. Les opérations ont ralenti, voire cessé complètement. Les batteries se déchargeaient sans avertissement sous l’effet du froid. Des mâts de communication ont cédé sous la contrainte. L’équipement faisait défaut – un Chinook cloué au sol. Même les gestes les plus simples exigeaient une patience mesurée en minutes plutôt qu’en secondes.

L’Arctique tolère peu la précipitation.

Pourtant, au cœur de ces frustrations technologiques, une autre vérité a commencé à se révéler. Alors que les machines luttaient contre le froid, l’esprit humain, lui, ne faiblissait pas. Au contraire, l’épreuve a mis en lumière quelque chose de plus profond.

Le carême rappelle aux chrétiens que la force s’affine par le sacrifice et la réflexion. Le ramadan enseigne aux musulmans que l’endurance et la maîtrise de soi éveillent la compassion et la solidarité. À Cambridge Bay, ces leçons n’étaient pas prêchées; elles se vivaient.

L’épreuve commune a dissipé les distinctions. Soldats, marins, aviateurs, Rangers et civils se sont naturellement rapprochés. Les vérifications entre pairs ont cessé d’être de simples procédures; elles sont devenues des gestes de bienveillance. Les rires se propageaient aisément sur le sol gelé. De petits gestes d’encouragement prenaient une importance démesurée. L’apitoiement n’avait guère sa place; la mission nous rappelait chaque jour pourquoi nous étions là : apprendre, nous adapter et améliorer la façon dont le Canada opère dans le Nord.

En ce sens, la modernisation s’est révélée non pas simplement comme l’adoption de nouveaux équipements ou de nouvelles procédures, mais comme quelque chose de plus fondamental. La modernisation, dans son principe même, est un apprentissage adaptatif. En Arctique, nombre de nos hypothèses se sont effondrées, révélant les failles des systèmes, l’impératif de l’adaptation et l’importance cruciale d’une communauté soudée, non seulement utile, mais essentielle à la survie.

À bien des égards, l’Arctique est devenu pour nombre d’entre nous un point d’inflexion : un moment où nos certitudes se sont fissurées, comme la glace sous nos pieds, et où la nécessité d’une force modernisée, agile et guidée par un sens clair de la mission est devenue indéniable.

Pourtant, les leçons les plus marquantes ne venaient ni de l’équipement ni de la doctrine, mais des personnes elles‑mêmes.

Cambridge Bay incarnait cette vérité. Située dans l’un des milieux les plus froids de la planète, elle abrite certaines des personnes parmi les plus chaleureuses et hospitalières que l’on puisse rencontrer. Par des activités d’engagement communautaire et de simples échanges, la générosité de la population locale nous a rappelé que, dans le Nord, la résilience repose avant tout sur les relations. Ici, la survie a toujours reposé sur la communauté.

Un moment inattendu de rapprochement s’est présenté lorsque j’ai été invité à prêcher dans une église locale de Cambridge Bay. Ce qui avait commencé comme une simple invitation s’est transformé en l’occasion de prononcer le sermon dominical pendant deux semaines consécutives. Dans un lieu où les liens communautaires sont profondément enracinés, ces moments partagés de culte et de réflexion ont permis de créer des ponts qu’aucune démarche officielle d’engagement n’aurait pu bâtir.

Après les célébrations, les échanges se prolongeaient bien au delà de la dernière prière. Aînés, familles et résidents de la région s’exprimaient ouvertement sur la vie dans le Nord, sur la résilience qu’exige un tel milieu et sur l’importance de la communauté, qui soude les individus lorsque les conditions deviennent difficiles. Pour nous qui portions l’uniforme, c’était un rappel que les opérations dans l’Arctique ne concernent pas seulement le terrain et le climat; elles reposent aussi sur les relations avec celles et ceux qui considèrent cette terre comme leur foyer.

Mon déploiement a pris fin plus tôt que prévu lorsque le devoir m’a rappelé à Edmonton pour soutenir une famille endeuillée. Cela dit, je suis reparti avec un sentiment inattendu de force renouvelée. L’Arctique avait révélé quelque chose de profond : les machines peuvent faillir lorsque les conditions sont extrêmes, mais les personnes – unies par un objectif commun – en ressortent souvent plus fortes.

Le carême comme le ramadan renvoient à cette même sagesse : la privation n’est pas une fin en soi, c’est le renouvellement qui l’est. C’est en acceptant librement l’épreuve – par le jeûne, la réflexion ou les exigences opérationnelles – que nous retrouvons ce qui nous porte.

Dans l’Arctique, tout ce qui gèle se fragilise et perd sa capacité de mouvement. Mais le moral, enraciné dans un objectif commun et le souci mutuel, génère une chaleur qu’aucune température ne saurait vaincre.

Au bout du compte, c’est peut‑être la plus grande leçon que nous offre le Nord.

L’environnement met à l’épreuve l’équipement, les plans et les certitudes – mais il révèle aussi que la force la plus puissante que nous déployons n’est pas d’ordre technologique.

Ce sont les uns les autres.

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2026-04-02