Conséquences de l’incendie du sous-marin NCSM CHICOUTIMI sur les libérations pour raison médicale, les incidences de cancer et de mortalité chez les membres d’équipage survivants des FAC : une étude de suivi sur 15 ans
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Ministère de la Défense nationale
Mars 2023
Équipe de recherche
- Analyste et auteur principal :
- François Thériault, direction, Protection de la santé de la Force, ministère de la Défense nationale
- Coauteur :
- Laura Bogaert, direction, Protection de la santé de la Force, ministère de la Défense nationale
- Réviseurs :
- Deborah Weiss, direction, Protection de la santé de la Force, ministère de la Défense nationale
- Amy Hall, direction de la recherche, Anciens Combattants Canada
- Capt Brent Jones, direction, Protection de la santé de la Force, ministère de la Défense nationale
Sommaire
Le 5 octobre 2004, un incendie électrique majeur à bord du sous-marin NCSM CHICOUTIMI a coûté la vie à un sous-marinier de la Marine royale canadienne (MRC) alors que les 56 autres membres d’équipage ont été exposés à des émanations de fumée. Au cours des jours suivants, 42 membres d’une équipe d’entretien et de garde ont été exposés à des résidus de fumée chimique alors qu’ils effectuaient des travaux supplémentaires à l’intérieur du sous-marin endommagé par la fumée.
Dans la présente étude, nous avons comparé les risques de mortalité, d’incidence de cancer et de libération pour raisons médicales entre les 56 membres d’équipage survivants et les 42 membres de l’équipe d’entretien et de garde à 152 autres sous-mariniers de la MRC qui étaient admissibles au déploiement en mer en octobre 2004. Les données administratives de ces 250 personnes ont été extraites du système de rémunération des Forces armées canadiennes et liées aux données de 2004 à 2016 de la Base canadienne de données sur les décès de la Statistique de l’état civil et aux données de 2004 à 2015 du Registre canadien du cancer.
À l’époque où l’incendie a éclaté, la répartition en matière de grades, d’âge et d’années de service cumulées était très similaire entre les membres d’équipage survivants, les membres de l’équipe d’entretien et de garde et les sous-mariniers du groupe témoin. Durant les douze années qui ont suivi l’incendie, du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2016, moins de cinq personnes sur les 250 personnes participant à l’étude sont décédées. Au cours des onze années qui ont suivi l’incendie, du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2015, cinq personnes sur les 250 personnes participant à l’étude ont reçu un diagnostic de cancer; ces cas de cancer touchaient cinq différentes zones du corps. Le nombre de décès et de diagnostics de cas de cancers était trop faible pour effectuer des analyses supplémentaires.
Au cours des quinze années qui ont suivi l’incendie, du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2019, le nombre de libérations pour raisons médicales pour les 56 membres d’équipage survivants était 2,0 fois plus élevé que pour les 152 sous-mariniers du groupe témoin. L’excès de risque parmi les membres d’équipage survivants était le plus élevé entre janvier 2010 et décembre 2014, cinq à dix ans après l’incendie, alors qu’ils étaient 2,6 fois plus susceptibles d’être libérés pour raisons médicales que les sous-mariniers du groupe témoin. Le risque de libération pour raisons médicales parmi les membres de l’équipe de soin et garde n’était pas sensiblement différent de celui pour les sous-mariniers du groupe témoin.
1. Introduction
Le 5 octobre 2004, le sous-marin à longue portée NCSM CHICOUTIMI navigue à la surface de l’océan Atlantique avec à son bord 57 membres d’équipage lorsqu’une épaisse fumée noire se dégage d’un incendie électrique et envahit le sous-marin. L’incendie est rapidement maîtrisé, mais plusieurs membres d’équipage subissent des lésions par inhalation de fumée.
Le NCSM CHICOUTIMI dérive sans électricité pendant plusieurs heures avant d’être secouru par des navires britanniques. Trois membres d’équipage blessés sont transportés par avion du NCSM CHICOUTIMI à l’hôpital de Sligo, en Irlande. Malheureusement, l’un d’eux, le lieutenant de vaisseau Chris Saunders, décède des suites de sa blessure par inhalation de fumée. Le reste de l’équipage travaille et vit à bord du sous-marin endommagé par la fumée pendant cinq jours, le temps qu’il faut pour être remorqué jusqu’à la base navale de Faslane, en Écosse.
À Faslane, une équipe d’entretien et de garde comprenant 42 personnes des Forces armées canadiennes réalise d’autres travaux à l’intérieur du sous-marin avant de le rapatrier au Canada. La suie résiduelle et la poussière recouvrant les surfaces à l’intérieur du sous-marin comportent des métaux, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des dioxines et des furanes (Tsekrekos et Lalonde, 2008).
Selon un précédent rapport, il a déjà été démontré qu’au cours des cinq premières années suivant l’incendie du NCSM CHICOUTIMI, les 56 membres d’équipage survivants étaient 45 fois plus susceptibles de faire l’objet d’un diagnostic récent de stress post-traumatique, 10 fois plus susceptibles de recevoir un diagnostic d’asthme et 7 fois plus susceptibles de recevoir un diagnostic récent de dépression, par rapport aux autres sous-mariniers. Au cours de la même période, les membres d’équipage survivants ont souvent été incapables de prendre la mer en raison de divers problèmes de santé (Groupe des services de santé des FC, 2019).
Les répercussions négatives de l’incendie du NCSM CHICOUTIMI sur la santé et le bien-être des membres de l’équipage survivants et des membres de l’équipe d’entretien et de garde peuvent toutefois aller bien au-delà de l’horizon de cinq ans de l’étude susmentionnée. En effet, les membres de l’équipage et les membres de l’équipe d’entretien et de garde ont été exposés à des produits chimiques cancérigènes (Tsekrekos et Lalonde, 2008; Kelly, 2002; Centre international de la recherche sur le cancer, 2016). Il peut s’écouler plusieurs années avant que les conséquences d’une exposition aiguë à ces produits chimiques ne se manifestent. Par exemple, les analyses du World Trade Center Health Registry n’ont pas permis de conclure qu’un nombre élevé de secouristes auraient reçu un diagnostic de cancer ou seraient décédés par suicide au cours des sept premières années suivant les attentats terroristes du 11 septembre 2001 (Jordan, 2011; Li, 2012). Ce n’est toutefois qu’après un suivi de 10 ans qu’on a détecté un risque élevé de cancers généralisés, de la prostate, de la peau et de la thyroïde (Li 2016). Aussi, un risque statistiquement élevé de suicide n’est apparu qu’après un suivi de 12 ans, lorsque l’on a recueilli assez de données sur une période suffisamment longue pour tirer des conclusions pertinentes sur le plan statistique (Jordan 2018).
Il faut donc surveiller les répercussions à long terme des cas de cancer et de mortalité des 56 membres d’équipage qui ont survécu à l’incendie du NCSM CHICOUTIMI et des 42 membres de l’équipe d’entretien et de garde qui ont travaillé dans le sous-marin endommagé par la fumée après l’incendie.
2. Méthodes
2.1 Plan d’étude
Dans la présente étude de cohorte rétrospective, les résultats d’intérêt ont été définis par des ensembles de données administratives existants du ministère de la Défense nationale (MDN) et les registres nationaux du cancer et de mortalité de Statistique Canada. Dans les études épidémiologiques sur les expositions en milieu de travail, les études de cohorte permettent idéalement d’examiner les gradients d’exposition plutôt que simplement les groupes exposés et non exposés. La présente étude comporte trois groupes différents : l’équipage dont l’exposition présumée a été la plus élevée, l’équipe d’entretien et de garde dont l’exposition a été protégée et les témoins qui n’ont pas été exposés.
2.2 Population étudiée
La population inscrite à l’étude est composée des 56 membres de l’équipage survivants, des 42 membres de l’équipe de soin et de garde qui ont travaillé à l’intérieur du sous-marin après l’incendie et de 152 sous-mariniers non exposés identifiés comme témoins. Ces 250 personnes ont également été incluses dans l’étude précédente portant sur les effets néfastes sur la santé au cours des cinq premières années suivant l’incendie du NCSM CHICOUTIMI (Groupe des services de santé des FC, 2019).
Les 56 membres d’équipage survivants et les 42 membres de l’équipe d’entretien et de garde sont tous des hommes. Le groupe témoin a donc été sélectionné parmi les sous-mariniers masculins qui ont suivi le cours élémentaire de sous-marinier des FAC (AILS) et qui servent activement dans la Force régulière des FAC au 5 octobre 2004, mais sans faire partie de l’équipage du NCSM CHICOUTIMI ou de l’équipe de soin et de garde. On compte 287 sous-mariniers admissibles, dont 168 ont été sélectionnés au hasard pour atteindre un ratio de 3 : 1 avec les membres d’équipage survivants. De ces 168 sous-mariniers du groupe témoin, 16 ont été exclus de la participation à l’étude finale étant donné qu’ils étaient en congé de maladie ou excusés de service le 5 octobre 2004, et qu’ils n’étaient donc pas à bord du NCSM CHICOUTIMI au moment de l’incendie. Les 152 autres sous-mariniers sont inclus en tant que groupe témoin (Groupe des services de santé des FC, 2019).
2.3 Données administratives
Les données administratives, notamment le nom, la date de naissance, la date d’enrôlement, la date de libération et le motif de la libération, ont été obtenues auprès du Directeur – Soldes militaires et traitement des comptes (DTSC) des FAC pour toutes les personnes ayant obtenu une rémunération pour le service de la Force régulière des FAC ou de la Réserve de classe C à tout moment entre 1972 et 2014. Dans le cadre de l’Étude du cancer et de la mortalité chez les membres des Forces canadiennes (ECM FC) (Rolland-Harris, 2018), cette importante cohorte a été formée au MDN et communiquée à Statistique Canada, en vertu de l’article 13 de la Loi sur la statistique, et de l’article 8(2)(b) de la Loi sur la protection des renseignements personnels, pour assurer les liens avec les registres nationaux du cancer et de la mortalité. Les 250 sujets de la présente étude ont été identifiés dans cet important dossier de cohorte par les analystes de Statistique Canada. Une base de données anonymisée, dépourvue d’identificateurs personnels, a été mise à la disposition de l’analyste de l’étude aux fins d’analyse statistique au Centre fédéral de données de recherche (CFDR) de Statistique Canada à Ottawa (Ontario).
2.4 Données sur la mortalité
Au Canada, la loi exige de déclarer tous les décès aux autorités provinciales ou territoriales. La Base canadienne de données sur les décès de la Statistique de l’état civil (BCDECD) est un recensement de tous les décès qui surviennent au Canada chaque année au moyen de renseignements provenant des registres de mortalité provinciaux et territoriaux. La BCDECD comprend la date et la cause du décès de chaque personne décédée au Canada. Les causes de décès sont classées à l’aide des codes de la Classification internationale des maladies, 10e révision (CIM-10).
Statistique Canada met la BCDECD à la disposition de ses centres de données de recherche pour les chercheurs qui appliquent un protocole d’étude de recherche approuvé et qui s’inscrivent dans une éthique pour mener des recherches nécessitant l’accès à la base de données.
Les dates et les causes de décès du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2016 avaient été précédemment liées aux dossiers administratifs du personnel des FAC, en service actif ou à la retraite, notamment 249 des 250 sujets de l’étude, et étaient accessibles pour analyse; un membre de l’équipe d’entretien et de garde n’a pas pu être lié à la BCDECD en raison d’irrégularités dans les données d’identification personnelles.
2.5 Données sur le cancer
Au Canada, tous les cas incidents de cancer doivent être déclarés aux autorités provinciales ou territoriales. La base de données du Registre canadien du cancer (RCC) est un recensement annuel de tous les cas incidents de cancer diagnostiqués au Canada et sa mise à jour est effectuée avec les renseignements des registres provinciaux et territoriaux du cancer. Le RCC comprend la date d’inscription de tous les cas de cancer. Il contient également des renseignements sur le diagnostic pour tous les cas de cancer, y compris la morphologie, la topographie et la malignité, classés à l’aide des codes de la Classification internationale des maladies oncologiques (CIMO).
Statistique Canada met le RCC à la disposition de ses centres de données de recherche pour les chercheurs qui appliquent un protocole d’étude de recherche approuvé et qui s’inscrivent dans une éthique pour mener des recherches nécessitant l’accès à la base de données.
Les dates et les causes de décès du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2015 avaient été précédemment liées aux dossiers administratifs du personnel des FAC, en service actif ou à la retraite, notamment 249 des 250 sujets de l’étude, et étaient accessibles pour analyse; un membre de l’équipe d’entretien et de garde n’a pas pu être lié au CCRD en raison d’irrégularités dans les données d’identification personnelles (la même personne non liée à la BCDECD, comme il est indiqué plus haut).
2.6 Données sur les libérations pour raisons médicales
Les dates et les motifs de libération du service militaire du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2019 ont été extraits des dossiers administratifs du MDN des 250 sujets de l’étude. Les libérations ont été classées comme étant liées à des raisons médicales (motifs de libération 3A ou 3B) ou non liées à des raisons médicales (tout autre motif de libération).
2.7 Analyse
Tous les décès parmi les membres d’équipage survivants, les membres de l’équipe d’entretien et de garde ainsi que les sous-mariniers du groupe témoin, du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2016, ont été comptabilisés. De même, tous les diagnostics de cancer chez les membres d’équipage survivants, les membres de l’équipe d’entretien et de garde et les sous-mariniers du groupe témoin, du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2015, ont été comptabilisés. Afin de protéger la confidentialité des sujets de l’étude et conformément aux règles de Statistique Canada sur la suppression de cellules ayant des chiffres pas assez élevés, le nombre de cas de mortalité et de diagnostics de cancer était trop faible pour être publié par le CDRF ou pour être divulgué dans ce rapport, et des analyses plus approfondies de la mortalité et des cas de cancer n’ont pas pu être menées.
Toutes les libérations pour raisons médicales des membres de l’équipage survivants, des membres de l’équipe d’entretien et de garde et des sous-mariniers du groupe témoin, du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2019, ont été comptabilisées. Les taux d’incidence des libérations pour raisons médicales ont également été calculés par intervalles de cinq ans en tant que nombre de libérations pour raisons médicales observées pour 1 000 années-personnes de service militaire. L’observation de l’effectif a été soumise à la censure après le décès ou la libération, et n’a donc contribué à l’analyse que pendant cet effectif, qui présentait un risque d’être libéré pour raisons médicales, était en service. Les taux d’incidence ont été comparés pour les trois groupes, en utilisant la régression de Poisson. Enfin, les risques d’une libération pour raisons médicales sur la période d’étude de 15 ans ont été comparés entre les trois groupes à l’aide de la régression de Cox.
Toutes les analyses ont été effectuées dans Stata v16 (StataCorp, 2019).
Considérations d’ordre éthique
La présente étude a été approuvée par le Comité d’éthique de la recherche humaine de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC) : numéro de protocole 2020-027.
3. Résultats
3.1 Caractéristiques démographiques au départ
Au moment de l’incendie du NCSM CHICOUTIMI, le 5 octobre 2004, les trois groupes d’étude sont semblables en ce qui concerne le grade, l’âge et les années de service (tableau 1). Les trois groupes sont entièrement composés d’hommes.
Dans les trois groupes, les MR subalternes sont la catégorie de grade la plus représentée, soit 59 % des membres de l’équipage du NCSM CHICOUTIMI, 43 % des membres de l’équipe d’entretien et de garde, et 42 % des sous-mariniers du groupe témoin. Les officiers sont la catégorie de grade la moins représentée, soit 14 % des membres de l’équipage du NCSM CHICOUTIMI, 21 % des membres de l’équipe d’entretien et de garde et 20 % des sous-mariniers du groupe témoin. Il n’y a pas de différences importantes dans la répartition des catégories de rang entre les trois groupes; toute différence observée pourrait être raisonnablement expliquée par le hasard (valeur de p = 0,30; voir le tableau 1).
Dans les trois groupes, la majorité des sous-mariniers ont entre 35 et 44 ans à la date de l’incendie. Il n’y a pas de différences importantes dans la répartition des catégories d’âge entre les trois groupes; toute différence observée pourrait être raisonnablement expliquée par le hasard (valeur de p = 0,44; voir le tableau 1). L’âge moyen des sous-mariniers du groupe témoin est de 37,5 ans, ce qui n’est pas très différent de l’âge moyen des membres d’équipage du NCSM CHICOUTIMI (36,6 ans; valeur de p = 0,29) ou chez les membres de l’équipe d’entretien et de garde (38,2 ans; valeur de p = 0,49).
À la date de l’incendie, la majorité des sous-mariniers des trois groupes ont déjà accumulé 10 à 19 ans de service. Les sous-mariniers du groupe témoin ont déjà servi pendant une moyenne de 16,9 ans, ce qui n’est pas très différent du nombre moyen d’années de service des membres d’équipage du NCSM CHICOUTIMI (15,4 ans; valeur p = 0,08) ou des membres de l’équipe d’entretien et de garde (17,3 ans; valeur p = 0,72). Il n’y a pas de différences importantes dans la répartition des catégories d’années de service entre les trois groupes; toute différence observée pourrait être raisonnablement expliquée par le hasard (valeur de p = 0,20; voir le tableau 1).
| Équipage | Équipe d’entretien et de garde | Groupe témoin | p | |
|---|---|---|---|---|
| Grade | ||||
| MR subalterne | 33 (59 %) | 18 (43 %) | 64 (42 %) | 0,30 |
| MR supérieur | 15 (27 %) | 15 (36 %) | 57 (38 %) | |
| Officier | 8 (14 %) | 9 (21 %) | 31 (20 %) | |
| Âge | ||||
| De 25 à 34 ans | 22 (39 %) | 9 (21 %) | 46 (30 %) | 0,44 |
| De 35 à 44 ans | 29 (52 %) | 28 (67 %) | 92 (61 %) | |
| De 45 à 55 ans | 5 (9 %) | 5 (12 %) | 14 (9 %) | |
| Années de service | ||||
| De 3 à 9 ans | 7 (13 %) | 7 (17 %) | 12 (8 %) | 0,20 |
| De 10 à 19 ans | 38 (68 %) | 21 (50 %) | 95 (63 %) | |
| De 20 à 33 ans | 11 (19 %) | 14 (33 %) | 45 (29 %) | |
| Total | 56 (100 %) | 42 (100 %) | 152 (100 %) | |
*important sur le plan statistique (p-value < 0.05)
3.2 Mortalité : 12 ans après l’incendie
Au cours des 12 premières années suivant l’incendie du NCSM CHICOUTIMI, du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2016, moins de cinq personnes sur les 250 sous-mariniers participant à l’étude ont perdu la vie. On observe trop peu de décès au cours de la période d’étude pour faire des comparaisons statistiques entre les membres de l’équipage du NCSM CHICOUTIMI, les membres de l’équipe d’entretien et de garde et les sous-mariniers du groupe témoin.
3.3 Diagnostics incidents de cancer : 11 ans après l’incendie
Au cours des 11 premières années suivant l’incendie du NCSM CHICOUTIMI, du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2015, un total de cinq personnes sur les 250 sous-mariniers participant à l’étude reçoivent un diagnostic incident de cancer. Ces incidents sont établis pour cinq différentes parties du corps. Il y a trop peu de diagnostics observés au cours de la période d’étude pour faire des comparaisons statistiques entre les membres de l’équipage du NCSM CHICOUTIMI, les membres de l’équipe d’entretien et de garde et les sous-mariniers du groupe témoin.
3.4 Libérations pour raisons médicales : 15 ans après l’incendie
Au cours des cinq premières années suivant l’incendie, du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2009, les membres d’équipage du NCSM CHICOUTIMI obtiennent 28,2 libérations pour raisons médicales par 1 000 ans de service militaire, un taux 2,4 fois plus élevé que les 11,7 libérations pour raisons médicales pour 1 000 ans de service militaire observées chez les sous-mariniers du groupe témoin; cependant, cette différence de 2,4 fois s’appuie sur un trop petit nombre d’observations pour exclure définitivement le hasard, et les résultats ne sont donc pas considérés comme importants sur le plan statistique (valeur de p = 0,10). Le taux de libération pour raisons médicales parmi les membres de l’équipe d’entretien et de garde n’est également pas sensiblement différent de celui pour les sous-mariniers du groupe témoin (figure 1; tableau 2).
Figure 1 : Taux de libération pour raisons médicales par 1 000 années-personnes de service militaire à la suite de l’incendie du NCSM CHICOUTIMI, le 5 octobre 2004

Figure 1 - version texte
Taux de libération médicale pour 1 000 personnes-années de service militaire parmi les groupes équipage, CCT et témoins, à la suite de l’incendie du NCSM Chicoutimi le 5 octobre 2004, selon la période.
- La figure présente les taux de libération médicale, mesurés pour 1 000 personnes-années de service militaire, pour trois groupes : l’équipage, le CCT et le groupe témoin, sur trois périodes distinctes.
- Les données sont organisées par période, chaque période présentant les trois groupes côte à côte afin de faciliter la comparaison.
- Au cours de la première période, d’octobre 2004 à décembre 2009, le taux pour l’équipage est d’environ 28 pour 1 000. Pour le CCT et le groupe témoin, les taux sont plus faibles et similaires, soit environ 12 pour 1 000.
- Au cours de la période suivante, de janvier 2010 à décembre 2014, le taux pour l’équipage augmente de façon notable pour atteindre environ 74 pour 1 000. En revanche, le taux du CCT demeure faible, à environ 10 pour 1 000, tandis que celui du groupe témoin augmente à environ 28 pour 1 000.
- Au cours de la période finale, de janvier 2015 à décembre 2019, les taux se rapprochent entre les groupes. Le taux de l’équipage diminue à environ 40 pour 1 000, tandis que le CCT augmente à environ 49 pour 1 000 et le groupe témoin à environ 44 pour 1 000.
- Globalement, l’équipage présente le taux le plus élevé durant la période intermédiaire, tandis que le CCT commence à un niveau faible et augmente au fil du temps. Le groupe témoin montre une augmentation graduelle sur l’ensemble des trois périodes.
- Les estimations varient au sein de chaque groupe et période, avec des intervalles plus larges observés pour l’équipage et le CCT, particulièrement au cours des périodes plus récentes.
- La seule différence statistiquement significative observée est un taux de libération médicale plus élevé chez l’équipage durant la période de 2010 à 2014, comparativement au groupe témoin durant la période de 2004 à 2009.
Au cours des cinq années suivantes, du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2014, les autres membres de l’équipage du NCSM CHICOUTIMI obtiennent 74,1 libérations pour raisons médicales par 1 000 ans de service militaire, soit un taux de 2,6 fois supérieur aux 28,5 libérations pour raisons médicales pour 1 000 ans de service militaire observés chez les sous-mariniers du groupe témoin (valeur de p = 0,03). Le taux de libération pour raisons médicales parmi les membres de l’équipe d’entretien et de garde n’est pas sensiblement différent de celui pour les sous-mariniers du groupe témoin (figure 1; tableau 2).
Au cours des cinq dernières années de l’étude, du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2019, les autres membres d’équipage du NCSM CHICOUTIMI obtiennent 41,1 libérations pour raisons médicales par 1 000 ans du service militaire, un taux semblable sur le plan statistique aux 44,4 libérations pour raisons médicales pour 1 000 ans de service militaire observés chez les sous-mariniers du groupe témoin (valeur de p = 0,95). Le taux de libération pour raisons médicales parmi les membres de l’équipe d’entretien et de garde est également semblable sur le plan statistique à celui pour les sous-mariniers du groupe témoin (figure 1; tableau 2).
| Taux (pour 1 000) | (IC à 95 %) | Rapport des taux d’incidence | (IC à 95 %) | |
|---|---|---|---|---|
| Oct Octobre 2004 à décembre 2009 | ||||
| Sous-mariniers du groupe témoin | 11,7 | (5,0, 23,0) | réf | - |
| Membres de l’équipage | 28,2 | (11,3, 58,1) | 2,41 | (0,74, 7,61) |
| Membre de l’équipe d’entretien et de garde | 11,8 | (1,4, 42,5) | 1,01 | (0,10, 5,04) |
| Janvier 2010 à décembre 2014 | ||||
| Sous-mariniers du groupe témoin | 28,5 | (15,2, 48,7) | réf | - |
| Membres de l’équipage | 74,1 | (35,5, 136,2) | 2,60 | (1,02, 6,42) Footnote * |
| Membre de l’équipe d’entretien et de garde | 9,9 | (0,3, 55,1) | 0,35 | (0,01, 2,31) |
| Janvier 2015 à décembre 2019 | ||||
| Sous-mariniers du groupe témoin | 44,4 | (23,0, 77,6) | réf | - |
| Membres de l’équipage | 41,1 | (8,5, 120,1) | 0,92 | (0,17, 3,43) |
| Membre de l’équipe d’entretien et de garde | 49,0 | (10,1, 143,1) | 1,10 | (0,20, 4,08) |
Dans l’ensemble, au cours de la période d’étude de 15 ans, du 5 octobre 2004 au 31 décembre 2019, le risque de libération pour raisons médicales est deux fois plus élevé chez les membres de l’équipage du NCSM CHICOUTIMI que chez les sous-mariniers du groupe témoins (rapport des risques = 2,01; IC à 95 % : 1,15, 3,51; valeur de p = 0,01). Le risque n’est pas très différent chez les membres de l’équipe d’entretien et de garde par rapport aux sous-mariniers du groupe témoin (rapport des risques = 0,81; IC à 95 % : 0,34, 1,94; valeur de p = 0,64).
Les rapports de risque sont utiles pour faire des comparaisons entre des groupes pour des périodes de temps précises. Dans la présente étude, nous déclarons les rapports de risque pour des périodes de cinq ans. Les courbes de probabilité cumulatives illustrent cependant la probabilité d’une libération pour raisons médicales au fil du temps, de sorte que le risque peut être évalué à tout moment au cours de la période d’étude de 15 ans. La figure 2 illustre les courbes de probabilité de Kaplan-Meier inverses pour les trois groupes d’étude. Elle démontre que le risque de libération pour raisons médicales augmente de manière substantielle pour les membres de l’équipage à environ 56 mois (4,5 ans) après l’incendie, alors qu’en même temps, le risque plafonne pour les membres de l’équipe d’entretien et de garde et les membres du groupe témoin.
Figure 2 : Courbes de Kaplan-Meier inversées illustrant la probabilité cumulative de libération pour raisons médicales parmi les sous-mariniers encore en service, à la suite de l’incendie du NCSM CHICOUTIMI, le 5 octobre 2004

Figure 2 - version texte
Probabilité cumulative de libération médicale parmi le personnel toujours en service au fil du temps depuis l’incendie du NCSM Chicoutimi le 5 octobre 2004, présentée à l’aide de courbes de Kaplan–Meier inversées pour les groupes équipage, CCT et témoins.
- La figure présente la probabilité cumulative de libération médicale, exprimée en pourcentage, chez le personnel toujours en service au fil du temps depuis l’incendie, mesurée en mois, pour trois groupes : l’équipage, le CCT et le groupe témoin.
- Les trois groupes commencent près de 0 % au début. Avec le temps, la probabilité augmente pour chaque groupe, mais à des rythmes différents.
- Au cours de la période initiale, jusqu’à environ 50 mois, les probabilités demeurent faibles et similaires entre les groupes, restant en dessous d’environ 5 %.
- Après environ 50 mois, le groupe de l’équipage commence à augmenter plus rapidement que les autres. Vers 75 mois, la probabilité cumulative pour l’équipage atteint environ 20 %, tandis que le CCT et le groupe témoin demeurent plus faibles, autour de 5 % à 7 %.
- Entre environ 75 et 125 mois, le groupe de l’équipage continue d’augmenter de façon soutenue, atteignant environ 40 % vers 120 à 125 mois. Sur la même période, le groupe témoin augmente plus graduellement pour atteindre environ 15 % à 20 %, tandis que le CCT demeure plus faible, généralement sous les 15 %.
- Après environ 125 mois, tous les groupes continuent d’augmenter. Vers 150 mois, l’équipage atteint environ 45 %, le groupe témoin environ 25 %, et le CCT environ 20 %.
- À la fin du suivi, vers 175 à 180 mois, l’équipage présente la probabilité cumulative la plus élevée, à environ 55 %. Le groupe témoin atteint environ 35 % à 37 %, et le CCT environ 30 % à 33 %.
- Globalement, le groupe de l’équipage montre une augmentation plus précoce et plus marquée de la probabilité cumulative de libération médicale comparativement aux autres groupes. Le groupe témoin présente une augmentation progressive et modérée, tandis que le CCT augmente plus lentement et demeure le plus faible pendant la majeure partie de la période de suivi, avec un certain rapprochement entre les groupes vers la fin.
Au 31 décembre 2019, le risque cumulé de libération pour raisons médicales pour les membres d’équipage s’élève à 55 %, contre environ 38 % pour les membres du groupe témoin et 34 % pour les membres de l’équipe d’entretien et de garde (figure 2).
4. Discussion
La présente étude a été la première à évaluer les répercussions à long terme de l’incendie à bord du NCSM CHICOUTIMI sur les membres de l’équipage survivants et les membres de l’équipe d’entretien et de garde. Dans les sections suivantes, nous ferons un résumé de l’interprétation des résultats et des limites de la présente étude.
4.1 Interprétation
Il n’a pas été possible d’effectuer les analyses statistiques des données sur la mortalité et le cancer en raison du trop petit nombre de cas : moins de cinq décès et cinq cas d’incidence de cancer, chacun pour des parties du corps différentes. Par conséquent, le risque de mortalité et de cancers n’a pas pu être évalué. Les répercussions des expositions professionnelles aiguës peuvent prendre un temps plus ou moins long, parfois des années ou des décennies, avant de se manifester dans un résultat clinique. Les cancers, en particulier, peuvent connaître une longue période de latence et ne pas être révélés par un diagnostic avant des décennies. Le faible nombre de cas de cancers pourrait indiquer un faible risque, ou pourrait indiquer qu’une latence plus longue est nécessaire pour observer un risque accru. Quoi qu’il en soit, sur la base de 12 et 11 ans de suivi, respectivement, il n’a pas été possible d’effectuer des analyses de mortalité ou de cancer conduisant à des résultats.
Le cancer est une catégorie de maladies très courantes et la principale cause de décès au Canada. On estime que 40 % des Canadiens et des Canadiennes recevront un diagnostic de cancer au cours de leur vie, et environ 2 % d’eux en mourront (Statistiques canadiennes sur le cancer, 2022). Il faudrait exercer une surveillance épidémiologique sur une longue période pour évaluer si les futurs cas de cancers observés dans la cohorte de l’étude pourraient être liés à l’incendie à bord du NCSM CHICOUTIMI.
4.2 Limites de l’étude
La principale limite de l’étude, d’un point de vue statistique, est la petite taille des groupes d’étude. Le petit nombre de participants à l’étude limite la capacité d’établir une signification statistique, d’où la difficulté de tirer des conclusions à partir des analyses. C’est tout particulièrement le cas pour les résultats. En plus du petit nombre de participants à l’étude, une autre limite importante est la période de suivi relativement courte pour des résultats qui ne peuvent être obtenus qu’après une période de latence généralement longue.
Les retards considérables de Statistique Canada pour acquérir et rendre accessibles les données sur la mortalité et les nouveaux cas de cancer à l’échelle nationale représentent une limite supplémentaire. Au moment de l’analyse, 15 ans de données sur les libérations des FAC étaient disponibles auprès du MDN, mais Statistique Canada permettait l’accès à seulement 12 ans de données sur la mortalité et 11 ans de données sur le cancer. Les retards concernant l’accessibilité des données entravent notre capacité en tant que chercheurs à effectuer des analyses en temps opportun et à évaluer les résultats à long terme pour la santé.
4.3 Prochaines études
La présente étude utilise toutes les données accessibles au moment de l’analyse. Au fur et à mesure de l’accessibilité des données recueillies au cours des années, il serait souhaitable de mettre à jour la cohorte de l’Étude du cancer et de la mortalité chez les membres des Forces canadiennes afin d’ajouter d’autres années de suivi pour la mortalité et le cancer.
La santé et le bien-être de l’équipage et des membres de l’équipe d’entretien et de garde sont également évalués au fil du temps à l’aide de méthodes de recherche qualitatives, d’entrevues et de sondage, par un autre groupe de recherche au sein du ministère de la Défense nationale. Des mises à jour sur ces travaux sont présentées sur une base continue lors de réunions trimestrielles. Les résultats seront rendus publics lorsque la recherche sera terminée.
5. Conclusion
La présente étude précise les effets à court terme sur la santé précédemment consignés associés à l’incendie du NCSM CHICOUTIMI. Le risque de libération pour raisons médicales s’est avéré être statistiquement plus élevé chez les membres d’équipage par rapport aux témoins de l’étude dans l’ensemble au cours de la période d’étude de 15 ans, ainsi que dans la période de six à dix ans suivant l’incendie, et non statistiquement différent au cours de la première période de cinq ans ou dans la période de onze à quinze ans suivant l’incendie. Le risque de libération pour raisons médicales parmi les membres de l’équipe d’entretien et de garde n’était pas sensiblement différent de celui pour les sous-mariniers du groupe témoin. Le risque de mortalité et de cancer n’a pas pu être évalué sur le plan statistique en raison du trop petit nombre de cas dans les années de données disponibles au moment de l’analyse des données.
L’évaluation épidémiologique de l’équipage et des membres de l’équipe d’entretien et de garde par rapport aux sous-mariniers du groupe témoin se poursuivra dans le cadre de l’ECM FC en cours, à mesure que Statistique Canada rendra accessibles des années supplémentaires de données sur la mortalité et les diagnostics incidents de cancer.
Références
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