Briefing technique : l’opération AEGIS  - Le 26 août 2021

Bonjour tout le monde.

Je tiens à commencer mon allocution d’aujourd’hui en reconnaissant que je parle à partir du territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin Anishnaabeg.

Je ferai le point sur l’opération AEGIS, la contribution des Forces armées canadiennes aux efforts du gouvernement du Canada visant à évacuer les ressortissants afghans et les citoyens canadiens se trouvant à Kaboul, en Afghanistan.

Comme l'a souligné hier le ministre Sajjan, les États-Unis ont confirmé que leurs opérations à Kaboul prendront fin le 31 août.

Le Canada et nos partenaires multinationaux du pont aérien doivent mettre fin à nos opérations et rapatrier notre personnel, nos ressources et nos aéronefs avant que les Américains puissent terminer le retrait de leur mission, ce qui comprend la défense très nécessaire de l'aéroport.

Au fil de la dernière journée, nos opérations d’évacuation ont cessé et la majorité de notre personnel a quitté l’aéroport international Hamid Karzai il y a environ huit heures.

Un petit contingent demeure sur le terrain pour soutenir nos alliés du pont aérien dans le retrait des forces alliées, pendant que les conditions le permettent.

Avant que l’aéroport soit fermé à cause des talibans, le Canada avait mené neuf vols à partir de Kaboul, ce qui avait permis de ramener plus de 800 personnes au Canada et de soutenir l’évacuation de la mission canadienne.

Le 19 août, une fois l’aéroport repris par nos alliés, les vols des FAC vers l’aéroport et à partir de celui‑ci ont recommencé.

Depuis le briefing des ministres, hier, les FAC ont amené environ 1 000 autres Afghans qui se rendaient au Canada ou ont assuré leur transport. La moitié de ce groupe ont voyagé à bord d’un C‑17 canadien, alors que le reste a fait le voyage à bord d’un aéronef américain.

Grâce aux efforts héroïques de nos forces armées, de nos alliés, de nos collègues d’Affaires mondiales et d’IRCC, ainsi qu’à la bravoure du peuple afghan, le Canada a assuré ou facilité le transport d’environ 3 700 personnes évacuées. Ce chiffre sera confirmé dans les prochains jours.

Ces personnes évacuées comprennent des citoyens canadiens et des résidents permanents, des membres de leur famille, des citoyens de pays alliés, des personnes ayant un lien durable avec le Canada et des ressortissants afghans à risque acceptés pour la réinstallation au Canada ou par nos alliés.

Quand je lui ai parlé la nuit dernière, le président des Chefs d’état‑major interarmées des Forces américaines m’a mentionné qu’il s’agit de la plus vaste évacuation militaire aérienne de l’histoire. Les FAC ont contribué à ces efforts en facilitant le mouvement de matériel, de biens humanitaires et, le plus important, de personnes.

De notre côté, c’est la force de nos liens avec les États‑Unis, le Royaume-Uni et nos autres alliés qui a rendu tout cela possible.

Nous sommes restés en Afghanistan le plus longtemps possible. Nous avons été parmi les derniers à mettre fin à nos opérations d’évacuation.

Nous aurions aimé rester plus longtemps et secourir tout le monde qui voulait désespérément quitter le pays.

Ça nous fend le cœur de ne pas avoir pu le faire.

Mais les circonstances sur le terrain se sont rapidement détériorées.

Il s’agit d’une crise humanitaire extraordinaire, mais n’en doutez jamais, cette crise a été provoquée par les talibans.

Je veux être clair : ce que nos Forces armées ont accompli par l’opération AEGIS, alors qu’elles étaient confrontées à une immense adversité, est extraordinaire, rien de moins.

Nos capacités de transport stratégique nous ont permis de déployer rapidement nos forces à l’autre bout du monde, dans un pays où nous n’avions pas eu une présence militaire significative depuis sept ans.

Nous avons également envoyé des capacités des FAC, qui se trouvaient au Koweït dans le cadre de la Force opérationnelle interarmées – IMPACT, pour soutenir la mission.

Chaque personne, aéronef et article de matériel dans l’opération a été mis à rude épreuve dans un même but : évacuer le plus de gens possible.

Nos militaires ont travaillé sans relâche pendant des jours et des jours.

Ils ont donné leur propre nourriture et leur propre eau aux Afghans affamés et assoiffés qui attendaient à l'aéroport.

Et nos opérateurs des Forces spéciales ont œuvré à l'extérieur du périmètre de l'aéroport pour aider à faire sortir le plus grand nombre possible de gens vulnérables.

En fait, nos Forces spéciales ont commencé à travailler à l'extérieur du périmètre très tôt dans l'opération et elles ont été parmi les dernières de nos proches alliés à revenir à l'intérieur de la zone sécurisée.

Dès le départ, nous savions que cette opération ne pouvait pas être microgérée à partir d’Ottawa. Nous avons donc délégué des pouvoirs et fait parvenir des ressources vers le bas pour nous permettre de disposer d’une flexibilité maximale, et nos troupes les ont utilisés à leur plein potentiel.

Les conditions dans lesquelles nos forces armées devaient œuvrer ne ressemblaient à rien que nous avons connu depuis des décennies, y compris pendant notre mission précédente en Afghanistan.

Les menaces dans les environs de l’aéroport étaient importantes et dynamiques.

Tout au long de l’opération, nous avons été mis au courant de multiples attaques imminentes qui ont exigé que nous changions nos plans sur le terrain et que nos membres fassent preuve d’une adaptabilité et d’une agilité maximales.

Les opérations d’évacuation de non-combattants sont intrinsèquement complexes, mais celle-ci aura été une des plus vastes, complexes et dangereuses de l’histoire moderne.

Une opération comme celle-ci pèse lourd sur les épaules de nos gens.

Nous avons tous suivi avec effroi les événements qui se sont déroulés en Afghanistan ces dernières semaines.

Ce fut une période chargée d’émotions. De vieilles blessures se sont rouvertes pour certains, tandis que d'autres en subissent de nouvelles.

À titre de chef d’état‑major de la Défense par intérim, ma plus grande préoccupation est donc maintenant le bien‑être des militaires impliqués.

Ils ont vu des choses horribles. Ils ont été confrontés à d’incroyables dangers.

Et le sentiment d’impuissance et de culpabilité qu’ils ressentent parce qu’ils ont dû laisser des gens derrière eux peut les submerger.

On peut dire la même chose de nous, qui travaillons au Canada.

Comme tant de membres des FAC et d’anciens combattants…

Comme bon nombre de vous, membres des médias…

Et comme tant d’autres personnes…

J’ai reçu des courriels de personnes avec qui j’ai travaillé pendant mes périodes de service en Afghanistan, désespérées de partir.

Leurs supplications, et les photos de familles dans des situations terribles qui en accompagnaient bon nombre, sont déchirantes. Elles font mal à nos âmes.

Et nous ne pouvions rien faire d'autre que de diriger ces pauvres gens vers les sources d'information officielles, en espérant qu'ils trouveraient le chemin vers la sécurité pendant que nos troupes sur le terrain faisaient tout ce qu'elles pouvaient.

Peu importe notre travail.

Peu importe notre entraînement.

Peu importe notre expérience militaire.

Nous sommes des êtres humains et ces histoires horribles resteront avec nous, souvent tout au long de notre vie.

Prendre soin de nos gens sera donc une priorité alors que cette opération prend fin.

Tout en étant conscient de ce fardeau, je demande à nos membres de se concentrer sur les milliers de vies qu’ils ont sauvées.

À leur retour, nous recueillerons leur témoignage. Ils auront tout le temps dont ils ont besoin pour décompresser. Nous les soutiendrons, nous veillerons à leur bien‑être et nous nous assurerons qu’ils sachent à quel point nous sommes fiers d’eux.

Leurs expériences n’ont pas été facilitées par le fait que cette opération a été menée sous les regards et les critiques intenses (et souvent mal informés) du public.

Pour des raisons évidentes, les détails opérationnels de ce que nous faisions devaient être dissimulés.

Certaines personnes ont inséré leur propre histoire dans ce silence, sans vraiment connaître les faits, ce qui n’a fait qu’ajouter à la confusion.

Mais la vérité est très différente. Même si l'aéroport de Kaboul nous a laissé des histoires qui nous brisent le cœur, dans les jours à venir, vous entendrez également les récits d'héroïsme des personnes qui ont participé à l’opération,  car ces histoires doivent être entendues.

Vous entendrez des histoires racontant comment le dévouement, la détermination et la compassion, comment l’héroïsme, enfin, des militaires canadiens ont sauvé et changé des milliers de vies.

Vous entendrez parler des membres des FAC qui ont pris soin d’une nouvelle mère et de son bébé, né environ quinze heures avant d’embarquer sur un vol, et qui se sont assurés qu’elle et son enfant étaient en sécurité.

Vous entendrez parler de la petite fille afghane qui a suivi une policière militaire à l'embarquement d'un de nos vols. Elle a demandé à son père : comment une femme peut-elle être policière?

Il lui a expliqué qu'au Canada, les femmes peuvent être policières. Levant les yeux vers le soldat, la fillette a dit qu'elle aimerait être elle aussi policière quand elle serait grande.

Vous entendrez parler du petit garçon afghan qui admirait tellement un de nos militaires qu’il ne le quittait pas alors qu’il faisait son travail pendant un vol d’évacuation…

Et vous apprendrez que ce militaire a pris soin du petit garçon, qui avait environ l’âge de son propre fils, qui attendait qu’il rentre sain et sauf au Canada.

Les événements des dernières semaines ont, bien sûr, poussé bon nombre d’entre nous à se demander, au sujet de notre implication passée en Afghanistan : cela en valait-il la peine?

Ma réponse personnelle, c’est que l’avenir nous le dira. Nous avons fait une différence dans des milliers de vies pendant que nous étions là. Et chacune de ces vies représente une victoire. Nous verrons si cela est suffisant.

Finalement, je tiens à remercier nos familles des FAC, les familles de nos membres tombés au champ d’honneur, et les nombreux anciens combattants qui ont suivi ces événements de près. Bon nombre d’entre eux se sont consacrés à offrir une meilleure vie aux ressortissants afghans. Je vous remercie pour votre force, votre compassion et votre détermination pendant ces temps difficiles.

La population canadienne peut être immensément fière du travail de notre équipe au cours des dernières semaines, dans des conditions incroyablement dangereuses.

Je le suis absolument, et je les remercie pour leur courage, leur ingéniosité et leur professionnalisme hors pair.

Merci beaucoup.

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