Vicky Eatrides au festival Departure
Discours
« De la fondation à la charpente, en passant par la finition : la mise en place d’un cadre de radiodiffusion moderne »
Toronto (Ontario)
5 mai 2026
Vicky Eatrides, Présidente et première dirigeante
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC)
Le discours prononcé fait foi
Introduction
Bonjour et merci, Ross, de votre accueil chaleureux.
Avant de commencer, j’aimerais souligner que nous sommes réunis sur le territoire traditionnel de nombreuses nations, y compris les Mississaugas de Credit, les Anishnabeg, les Chippewa, les Haudenosaunee et les Wendat. Je les remercie et rend hommage à leurs Aînés.
Merci de m’avoir invité à prendre la parole devant vous aujourd’hui. Je suis ravie d’être de retour à la conférence Radiodays North America du festival Departure. Je suis heureuse d’être accompagnée de mes collègues, Nirmala Naidoo et Ellen Desmond, conseillères au CRTC, ainsi que de Scott Shortliffe, dirigeant principal de notre équipe de radiodiffusion.
Au CRTC, nous entendons souvent dire que la radio est plus qu’un moyen de communication, et c’est le cas. La radio lance la carrière d’artistes, elle offre une tribune aux voix locales et relie les communautés partout au pays.
Et au cœur de ce lien se trouvent les radiodiffuseurs qui travaillent sans relâche pour servir et refléter leurs communautés locales. C’est ce que nous disent constamment les personnes qui partagent leurs histoires avec nous.
Laissez-moi vous raconter l’une de ces histoires.
Il y a quelques semaines, j’ai visité une station de radio et j’ai discuté avec certains membres du personnel de leur intégration au sein de la communauté locale. Ils m’ont raconté l’histoire d’une inondation dans leur région. L’un de leurs auditeurs s’était soudainement retrouvé au cœur de la zone inondée. Il était inquiet et voulait des sacs de sable pour protéger sa maison, mais ne savait pas où s’en procurer ni où en trouver rapidement. Vous savez ce qu’il a fait? Il a appelé la station de radio, sachant que quelqu’un répondrait au téléphone. Il a demandé si la station savait où il pouvait se procurer des sacs de sable. Il espérait que quelqu’un puisse l’aiguiller.
Ce qui s’est passé par la suite est remarquable. La station ne s’est pas contentée de prendre l’appel : elle a lancé un appel à la communauté, et, en un rien de temps, les auditeurs se sont mobilisés et ont recueilli des dizaines de sacs de sable pour leur voisin dans le besoin.
Et ce cas n’est pas une situation unique. En discutant avec des gens de partout au pays, nous constatons que les auditeurs obtiennent des renseignements essentiels de leurs stations locales en cas de besoin, comme quand évacuer les lieux en cas d’urgence lors d’inondations ou d’incendies de forêt.
Bien sûr, nous entendons aussi beaucoup parler de l’importance de la radio bien au-delà de son rôle lors de catastrophes naturelles. On évoque le rôle de la radio dans la revitalisation des langues autochtones et sa contribution à la percée d’artistes canadiens.
Là où je veux en venir, et je crois que nous sommes tous d’accord là-dessus, c’est que le secteur de la radiodiffusion est extrêmement important pour la population canadienne. Nous en sommes témoins chaque jour au CRTC.
J’aimerais donc commencer par là aujourd’hui : par les progrès que nous avons accomplis pour moderniser le cadre de radiodiffusion et ce qui s’en vient.
Je présenterai ensuite brièvement certaines autres de nos mesures importantes pour la population canadienne, notamment la mise en œuvre de la Loi sur les nouvelles en ligne et la promotion de la concurrence en matière de services Internet et de téléphonie cellulaire.
Entrons donc dans le vif du sujet.
Moderniser le cadre de radiodiffusion du Canada
Lorsque j’ai pris la parole à cette conférence, il y a deux ans, j’ai comparé notre travail de modernisation du cadre réglementaire de la radiodiffusion au coulage d’une fondation permettant de construire une maison faite pour durer. Pour reprendre une histoire d’enfance bien connue, si nous voulons une maison solide, nous ne pouvons pas la construire avec de la paille ou des branches. Nous devons la construire avec des briques et un objectif précis.
C’est exactement la façon dont nous abordons notre travail : bien faire les choses dès le départ pour bâtir quelque chose qui puisse résister à tous les défis que l’avenir peut nous réserver.
Toutefois, moderniser un cadre réglementaire vieux de plusieurs décennies n’est pas une mince affaire. Nous l’avons déjà dit auparavant, mais les modifications nécessaires sont importantes et complexes. Et comme pour tout ce qui est bâti pour durer, nous avons besoin du point de vue de nombreux experts.
Mais comment obtenir ces points de vue? Nous les obtenons grâce à des consultations publiques où nous invitons tout le monde à communiquer leurs points de vue et à éclairer la voie à suivre.
Nous pouvons considérer ces consultations comme le point de départ pour bâtir une maison. Les constructeurs consultent sur une gamme de questions : le nombre de chambres à coucher, la place des fenêtres, ou encore, si on doit poser du tapis ou de la céramique sur le plancher. Les architectes et les concepteurs sont invités à donner leurs idées au cours de ces consultations, car chacune de ces personnes possède des connaissances et des expertises différentes.
Bien sûr, au CRTC, nous ne construisons pas de maison, mais notre approche est semblable dans l’élaboration du cadre de radiodiffusion. Nous recherchons divers points de vue, nous écoutons chacun attentivement et nous prenons nos décisions en fonction de ce que nous avons entendu. En tant que tribunal quasi judiciaire, c’est ce que nous appelons le « dossier public ». Et nous agissons rapidement, parce que nous savons que le secteur de la radiodiffusion a besoin de certitude.
C’est pourquoi nous avons pris des mesures dès l’entrée en vigueur de la Loi sur la diffusion continue en ligne. Nous avons réagi dans les jours suivant l’adoption du projet de loi en lançant un plan réglementaire visant à faciliter la participation et à accroître la prévisibilité.
Nous avons concentré nos efforts à intégrer les services de diffusion continue en ligne au volet réglementaire. Lors de mon dernier passage ici, nous venions de rendre une décision sur ce que nous appelons les « contributions de base ». Cette décision exigeait que les services de diffusion continue en ligne financent directement les secteurs qui ont des besoins immédiats, comme les nouvelles locales à la radio et à la télévision, le contenu de langue française et le contenu autochtone. Les contributions de base représentent environ 200 millions de dollars injectés annuellement au système canadien de radiodiffusion.
Cette décision a été une étape clé pour jeter les bases de notre cadre de radiodiffusion modernisé.
Depuis, nous avons continué à établir notre cadre réglementaire en lançant une ambitieuse série de consultations publiques sur les secteurs de l’audio et de l’audiovisuel.
Permettez-moi de commencer avec ce qui intéresse probablement le plus les personnes de cette salle : les progrès que nous faisons sur le plan de l’audio.
Comme vous le savez peut-être, dans la décision sur les contributions de base, nous avons affirmé qu’il faudrait créer un nouveau fonds pour les nouvelles locales à la radio. L’objectif de cette décision était d’attribuer du financement pour renforcer la production de nouvelles locales par les stations de radio commerciale dans les petites communautés. Nous savons que la radio est parfois la seule source de nouvelles locales.
Quelques mois plus tard, nous avons lancé une consultation sur un nouveau fonds pour la radio, puis, le Fonds pour les nouvelles des radios commerciales a vu le jour.
Parallèlement, nous avons lancé une consultation pour assouplir les règles imposées aux stations de radio. Nous savions qu’il s’agissait d’une question importante à régler, car nous connaissions la nécessité de réduire le fardeau administratif.
Au cours de cette consultation, les radiodiffuseurs ont communiqué un large éventail de points de vue sur des questions comme la durée des licences et la façon de simplifier nos processus.
Nous avons donc agi, et l’automne dernier, nous avons annoncé une transition vers l’établissement de licences de radio sans date d’expiration. Nous facilitons également l’ouverture de nouvelles stations et l’exploitation plus efficace de celles déjà en place. Et oui, pour demeurer dans l’esprit de cette conférence, ces changements se veulent un point de départ pour faire les choses différemment de ce qui a toujours été fait auparavant.
L’objectif de ces changements est simple : Donner plus de temps et de ressources aux stations pour qu’elles puissent se concentrer sur ce qui est plus important : servir leurs communautés. Par exemple, les stations pourraient produire des nouvelles, soutenir les talents de leur région et moderniser leur équipement pour suivre l’évolution technologique.
En nous appuyant sur ces efforts pour moderniser notre cadre, nous avons lancé une vaste consultation portant précisément sur la politique relative à l’audio. Nous avons examiné la radio et la diffusion audio continue ensemble, et comment nous pouvons continuer à soutenir la création, la présentation et la découverte de musique et de contenu audio canadiens et autochtones.
Nous nous sommes posé des questions importantes, comme les suivantes : Comment définissons-nous le contenu canadien dans le domaine de la musique et quelle est la meilleure façon de le soutenir? Comment pouvons-nous modifier nos règlements pour permettre aux radiodiffuseurs de s’adapter plus rapidement au sein du système?
Plusieurs intervenants, dont des radiodiffuseurs traditionnels et en ligne, des artistes, des associations de créateurs et des maisons de disque, nous ont fait part de leurs points de vie, notamment pendant une audience publique l’automne dernier.
L’une des choses qu’on nous a exprimées clairement et sans détour est l’importance vitale pour les gens de facilement découvrir les artistes canadiens et à quel point la radio continue à jouer un rôle important dans la diffusion de la musique de ces artistes avec le public.
Ça me rappelle ce que Tegan Quin, une des membres du duo canadien de renommée mondiale Tegan and Sara, a dit lors de cette audience publique. Elle a parlé de l’importance de la radio à toutes les étapes de la carrière d’un artiste. Et que, particulièrement pour les artistes émergents, entendre sa musique en ondes à la radio n’est pas une simple question de visibilité : c’est une validation et une marque d’approbation. En fait, Tegan a dit en guise de blague lors de l’audience qu’elle, et je la cite, « donnerait carrément Sara » pour obtenir du temps en ondes.
Trêve de blagues, les intervenants lors de l’audience nous ont dit que le système nécessitait de meilleurs outils et une plus grande souplesse pour s’adapter plus facilement aux changements dans l’industrie. Par exemple, on a discuté de l’idée d’établir une base de données centralisée qui permettrait le repérage et le suivi plus facilement de ce qui constitue du contenu canadien dans le secteur de l’audiovisuel.
Je suis heureuse de vous annoncer que nous lancerons cette base de données dans les mois à venir.
Nous continuons à travailler pour rendre une décision définitive sur la politique relative à l’audio, qui réglera des questions importantes comme la définition du contenu canadien, comment nous le soutenons, et la façon dont les Canadiens pourront facilement trouver ce contenu, peu importe la plateforme qu’ils utilisent.
Cette décision marquera une étape importante dans l’établissement d’un système de radiodiffusion plus rigoureux et adaptable.
Une fois que nous aurons rendu la décision sur la politique relative à l’audio, nous travaillerons à créer des conditions de service adaptées pour les diffuseurs de contenu audio. C’est là que nos décisions se traduiront en exigences claires qui garantiront que les radiodiffuseurs contribuent équitablement au système. Nous mettrons ainsi les dernières touches à notre maison : installation du plancher, des portes et des armoires, et peinture des murs. À première vue, ça peut paraître simple, mais ce sont ces derniers détails qui peuvent avoir la plus grande incidence.
Donc, voilà les prochaines étapes qui concernent précisément le secteur de l’audio, mais, dans les semaines à venir, nous rendrons aussi des décisions importantes pour soutenir davantage la création et la découvrabilité du contenu audiovisuel canadien.
Aussi, en nous appuyant sur notre travail pour soutenir la production de contenu de nouvelles, nous prévoyons lancer une consultation publique sur les nouvelles cette année. Plus d’information suivra à ce sujet, mais je peux déjà vous dire que nous étudierons comment nous pouvons garantir que les Canadiens continuent à avoir accès à des nouvelles régionales et nationales opportunes tant à la radio qu’à la télévision.
Financement versé aux entreprises canadiennes de nouvelles
Avant de conclure, j’aimerais parler brièvement de deux autres domaines clés du travail du CRTC.
D’abord, la mise en œuvre de la Loi sur les nouvelles en ligne. Comme plusieurs parmi vous le savent, cette loi vise à aider les organes de presse canadiens à conclure des accords commerciaux équitables avec les plus grandes plateformes en ligne.
Le gouvernement a également permis à une plateforme en ligne de demander une exemption à la Loi si elle négocie avec un collectif représentant les organes de presse. C’est exactement ce qui s’est produit avec Google, après que l’entreprise a accepté de verser annuellement 100 millions de dollars par l’entremise du Collectif canadien de journalisme.
Quelques semaines après cette demande d’exemption de Google, le CRTC a tenu une consultation publique sur celle-ci. Et deux mois après la fin de cette consultation, nous avons rendu notre décision qui approuvait la demande. Nous avons agi rapidement pour que le financement puisse être versé le plus rapidement possible, car nous savons que les salles de presse locales partout au pays font face à une grande pression et que les nouvelles sont essentielles aux Canadiens.
Le financement produit déjà des résultats concrets. Des organes de presse nous ont rapporté qu’il a permis de retenir des journalistes, de continuer à assurer la couverture locale et de soutenir les communautés qu’ils desservent.
Voilà l’essentiel pour la Loi sur les nouvelles en ligne.
Plus de choix et d’abordabilité dans les services de télécommunications
Permettez-moi maintenant d’évoquer brièvement ce que nous faisons dans le domaine des télécommunications.
Nous avons récemment remanié nos cadres réglementaires pour les services Internet et de téléphonie cellulaire. Notre objectif est clair : promouvoir la concurrence, tout en maintenant les incitatifs pour que les fournisseurs de services de télécommunications investissent dans des réseaux de grande qualité.
Certes, favoriser la concurrence semble être un objectif économique louable en soi. Mais il ne s’agit pas d’un concept théorique. Le CRTC favorise la concurrence parce qu’elle a des retombées concrètes pour la population canadienne. C’est un moyen d’atteindre une fin : lorsque les entreprises se livrent à une concurrence plus vive, cela mène à plus de choix, à des prix plus bas et à l’innovation.
Et nous constatons des résultats. Alors que les prix de la plupart des biens et services ont augmenté, les données de Statistique Canada montrent que les prix des services de téléphonie cellulaire ont diminué de plus de 37 % entre 2021 et 2025. Et notre recherche sur l’opinion publique montre que les Canadiens estiment avoir plus de choix en matière de services Internet et de téléphonie cellulaire. Permettez-moi de vous donner un exemple. En 2023, seulement environ le tiers des gens estimaient avoir plus de choix qu’auparavant en ce qui concerne les services de téléphonie cellulaire. Mais en 2025, ce chiffre était passé à près de la moitié.
Mais, avoir plus de choix n’est qu’une partie de l’équation. L’autre partie consiste à s’assurer que les consommateurs pourront profiter de ce choix.
Voilà pourquoi nous avons pris des mesures pour soutenir les consommateurs. Au cours des dernières semaines, nous avons achevé notre travail sur les récentes modifications apportées à la Loi sur les télécommunications entrées en vigueur en octobre dernier.
Le CRTC a rendu trois décisions importantes visant à éliminer les frais supplémentaires pour modifier ou annuler des forfaits, à améliorer la façon dont les clients sont avisés lorsque leurs contrats ou rabais viennent à échéance ainsi qu’à faciliter la tâche aux Canadiens lorsqu’ils souhaitent modifier leurs forfaits, que ce soit au moyen d’une application mobile, en ligne ou par courriel.
Et nous continuerons de prendre des mesures pour soutenir les consommateurs au cours des prochains mois, alors restez à l’affût.
Conclusion
J’ai couvert beaucoup de terrain ce matin, alors je vais conclure en nous ramenant à notre point de départ, soit le cadre réglementaire de radiodiffusion.
Il y a deux ans, nous posions les fondations d’une maison construite pour durer.
Aujourd’hui, ces fondations sont jetées et notre charpente est érigée. Et au cours des prochains mois, nous apporterons les touches finales.
Toute maison conçue pour perdurer n’est pas l’œuvre d’un seul bâtisseur. Il faut plusieurs paires de mains, de nombreux points de vue et beaucoup de collaboration.
Alors, continuons à bâtir ensemble un cadre de radiodiffusion qui aide à soutenir les voix canadiennes. Un cadre qui reflète notre diversité. Un cadre qui branche les communautés partout au pays.
Autrement dit, terminons le travail que nous avons commencé.
Merci.
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