Vicky Eatrides au Banff World Media Festival

Discours

« S’adapter pour mieux répondre aux besoins : moderniser le cadre de radiodiffusion du Canada »

Banff (Alberta)
15 juin 2026

Vicky Eatrides, présidente et première dirigeante
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC)

Le discours prononcé fait foi

Introduction

Bonjour et merci, Julie, de votre accueil chaleureux.

Avant de commencer, j’aimerais souligner que nous sommes réunis sur le territoire traditionnel des Premières Nations du traité no 7, y compris les Premières Nations Stoney et Siksika. Je les remercie et je rends hommage à leurs Aînés.

Merci de m’avoir invitée à prendre la parole aujourd’hui. C’est la troisième fois que je participe à ce festival, et je suis heureuse de revoir des visages familiers et d’en apercevoir de nouveaux.

Je suis ravie d’être ici avec plusieurs de mes collègues du CRTC, dont Nathalie Théberge, vice-présidente de la radiodiffusion; les conseillères régionales Claire Anderson, Ellen Desmond et Nirmala Naidoo; ainsi que Scott Shortliffe, dirigeant principal, de notre équipe de radiodiffusion.

Lorsque j’ai regardé le programme de cette semaine, j’ai été frappée par la remarquable diversité des discussions prévues. Et tandis que les sujets varient énormément, ils pointent tous vers un thème sous-jacent : l’adaptation.

Et c’est justement d’adaptation dont j’aimerais vous parler ce matin.

Comme vous le savez, le CRTC est un tribunal quasi judiciaire indépendant qui réglemente le secteur canadien des communications dans l’intérêt public. Le CRTC tient des consultations publiques sur des questions de télécommunications et de radiodiffusion et prend des décisions fondées sur le dossier public.

Beaucoup d’entre vous auront vu l’annonce du gouvernement, il y a quelques semaines, sur son intention de donner de nouvelles instructions de politique pour adapter la mise en œuvre de la Loi sur la diffusion continue en ligne. Nous devrons voir ce que ces directives signifient pour voir quelles seront les incidences sur notre travail, mais, pour l’instant, j’avancerais deux choses.

Premièrement, notre travail se poursuit. Notre objectif demeure d’appuyer un système de radiodiffusion moderne et durable qui sert les Canadiens.

Deuxièmement, l’adaptation a toujours fait partie de l’environnement réglementaire.

En se penchant sur l’histoire de la politique de radiodiffusion au Canada, on constate que sa raison d’être n’a pas changé. La Loi vise à garantir qu’on trouve des récits canadiens dans notre système de radiodiffusion, parce qu’il est important que les Canadiens puissent voir, à l’écran, un reflet d’eux-mêmes, de leurs communautés et de leurs expériences.

Ce qui a changé, au fil du temps, n’est pas la raison d’être, mais la façon dont elle se réalise. En d’autres mots, le « pourquoi » demeure constant, alors que le « comment » continue d’évoluer.

Les technologies se sont améliorées, les modèles d’entreprise ont changé, de même que les habitudes des auditoires. En parallèle, nos lois et nos cadres réglementaires ont évolué. Le rôle du CRTC est de mettre en œuvre la législation adoptée par le Parlement et de l’appliquer à un environnement changeant, tout en poursuivant l’atteinte des objectifs de longue date de la politique canadienne de radiodiffusion.

Je ne vous ferai pas un exposé complet sur l’histoire de la Loi sur la radiodiffusion — ce qui mettrait notre agenda et votre patience à rude épreuve — mais j’aimerais prendre un peu de temps pour réfléchir à la raison d’être qui sous-tend le système de radiodiffusion aujourd’hui.

Le système de radiodiffusion d’autrefois

Permettez-moi de nous ramener en arrière, juste un instant, aux débuts de la radiodiffusion, alors que la radio était la seule forme de radiodiffusion.

Il y a de cela un siècle, beaucoup de la programmation que les Canadiens entendaient provenait de l’extérieur de nos frontières et était en très majeure partie de langue anglaise. Alors que l’influence de la radiodiffusion s’est accrue, l’inquiétude à savoir si les récits, voix et points de vue canadiens auraient une place sur les ondes s’est également intensifiée.

En 1929, la Commission Aird a reconnu l’importance d’établir un système canadien de radiodiffusion fort — un système qui puisse protéger et promouvoir la culture canadienne, y compris le contenu de langue française. Les recommandations de la Commission Aird ont mené à la création de la Loi canadienne de la radiodiffusion de 1932, un document législatif clé qui a jeté les bases de ce qui deviendrait éventuellement la Loi sur la radiodiffusion.

Près de vingt ans plus tard, la Commission Massey renforçait cette vision. Elle énonçait que, dans un pays aussi vaste que le Canada, « la radiodiffusion est indubitablement appelée à jouer un grand rôle en développant l’esprit national et le civisme ». 

Puis est arrivée la télévision, transformant ainsi à nouveau l’environnement de la radiodiffusion. Pour la première fois, les nouvelles, le divertissement et les récits entraient dans les foyers canadiens non seulement par le son, mais aussi par l’image.

Malgré tout, plusieurs des mêmes inquiétudes demeuraient.

Beaucoup de la programmation que les Canadiens regardaient était produite ailleurs et ne reflétait pas les voix, histoires ou expériences canadiennes. Alors que la programmation étrangère est devenue de plus en plus omniprésente, les questions à l’égard de la façon d’appuyer le contenu canadien sont devenues plus pressantes.

Le Parlement a répondu en continuant d’adapter le cadre législatif.

En 1968, la Loi sur la radiodiffusion a été révisée, et une politique de radiodiffusion officielle a été établie pour le Canada. Pour la première fois, la Loi énonçait explicitement l’objectif que le système de radiodiffusion du Canada devait préserver, enrichir et renforcer le tissu culturel, social, politique et économique du pays. Cet objectif est demeuré au cœur de chaque version de la Loi depuis.

Les réformes de 1968 ont également établi le CRTC en tant que tribunal quasi judiciaire indépendant.

Depuis, la Loi a connu deux importantes mises à jour. La première, en 1991, mettait davantage l’accent sur l’appui à la production canadienne, sur le reflet de la diversité culturelle du Canada, et sur l’aide envers le contenu canadien, afin que celui-ci atteigne de plus vastes auditoires. La deuxième mise à jour a eu lieu en 2023, en réponse aux profonds changements provoqués par l’ère numérique.

Le système de radiodiffusion d’aujourd’hui et de l’avenir

C’est à ce moment que le Parlement nous a donné le mandat de moderniser le cadre de radiodiffusion du Canada. Cela signifie la mise en œuvre de la Loi sur la diffusion continue en ligne et ses instructions de politique afférentes, qui exigeaient que le CRTC s’assure que les entreprises en ligne contribuent de manière équitable au contenu canadien et autochtone.

La portée de ce mandat est importante.

Pour mettre les choses en perspective, lorsque le CRTC a été établi, en 1968, nous avions 13 objectifs de politique. Aujourd’hui, nous en avons 73, soit près de six fois plus — et cela ne comprend même pas les 52 directives des instructions de politique de 2023.

Bien entendu, le Canada n’est pas le seul à faire face à ces défis. À travers le monde, des organismes de réglementation sont aux prises avec la même question : comment adapter nos cadres à un environnement de la radiodiffusion transformé par les nouvelles technologies, de nouveaux modèles d’entreprise et des habitudes d’auditoires changeantes?

Comment, donc, abordons-nous cette tâche?

En tant que tribunal quasi judiciaire, notre travail commence par l’écoute.

Nous menons de vastes consultations. Nous recueillons des éléments de preuve. Et nous recevons les témoignages directement de Canadiens et de ceux qui travaillent dans l’ensemble du système de radiodiffusion.

Le niveau de mobilisation a été extraordinaire. Lors de nos consultations — dont quatre audiences publiques — nous avons reçu plus de 1 700 interventions exprimant un large éventail de points de vue.

Nous avons entendu les témoignages de radiodiffuseurs, d’artistes, de producteurs, de groupes d’intérêt public, de groupes d’accessibilité, de groupes en quête d’équité, de peuples autochtones, et de citoyens canadiens. Ces points de vue nous ont été d’une aide précieuse et nous ont aidé à façonner les décisions que nous prenons.

En mettant en œuvre la Loi modernisée, nous nous sommes concentrés sur trois grands résultats attendus : appuyer un contenu canadien de grande qualité, favoriser un système durable, et fournir plus de clarté pour tous les participants.

Commençons par le contenu canadien.

À la base, notre objectif est simple : faire en sorte que les histoires canadiennes continuent d’être créées, diffusées et découvertes, et ce, peu importe la plateforme utilisée par les Canadiens.

À cette fin, nous avons mis à jour notre définition du contenu audiovisuel canadien pour la première fois en plus de 40 ans.

Pour plusieurs d’entre vous ici présents, cette définition est plus qu’une exigence technique. Elle aide à déterminer si une émission de télévision ou un film est reconnu comme étant du contenu canadien et donc admissible à un appui au sein du système.

Dans le passé, cette détermination reposait en grande partie sur la question de savoir si des Canadiens occupaient des postes clés en création, comme ceux de réalisateur et de scénariste. L’idée est simple : les histoires canadiennes sont meilleures lorsqu’elles sont façonnées par des perspectives canadiennes.

Mais l’industrie a évolué, tout comme les façons dont les histoires prennent vie.

Notre définition mise à jour reconnait un éventail plus large de postes clés en création qui contribuent à l’identité canadienne d’une production, des auteurs-producteurs (scénaristes) aux maquilleurs. Nous avons également introduit des points bonis facultatifs pour les productions fondées sur des livres canadiens ou comprenant des personnages canadiens ou autochtones.

Mis ensemble, ces changements créent davantage de possibilités pour les talents canadiens, les perspectives canadiennes et les récits canadiens d’être reconnus comme contenu canadien.

Nous nous sommes également attardés au rôle grandissant que joue l’intelligence artificielle (IA).

Il est incontestable que l’IA peut se révéler un outil précieux au sein d’un processus créatif. Mais nous avons aussi clairement établi que les postes clés en création devaient être occupés par des gens.

Un autre changement important concerne la propriété intellectuelle.

Nous reconnaissons que la propriété est importante. Lorsque les Canadiens détiennent un intérêt dans les propriétés intellectuelles qu’ils créent, ils sont plus à même de conserver le contrôle créatif, de créer de nouvelles possibilités et d’établir des partenariats durables au fil du temps.

C’est la raison pour laquelle la propriété canadienne de la propriété intellectuelle est désormais l’un des facteurs que nous prenons en compte pour déterminer si un contenu peut être considéré comme canadien.

Le deuxième résultat attendu est la durabilité.

Un système de radiodiffusion solide doit être en mesure de s’adapter et de s’épanouir en dépit du changement. Il doit appuyer les créateurs aujourd’hui tout en demeurant suffisamment résilient pour faire face aux défis de demain.

C’est pourquoi nous avons établi un nouveau cadre pour les investissements dans le contenu canadien et autochtone. Ce cadre est conçu de manière à être souple et tourné vers l’avenir, tout en encourageant la collaboration dans l’ensemble du secteur canadien de la création. Notre objectif est d’aider à garantir que le système continue d’appuyer la création et la promotion de récits canadiens pour des années à venir.

Le troisième résultat est la clarté.

Dans un environnement qui évolue rapidement, la clarté est importante.

Les créateurs, radiodiffuseurs, et les auditoires bénéficient tous d’un cadre transparent, prévisible et facile à naviguer. La clarté donne aux organisations la confiance dont elles ont besoin pour planifier, investir et innover.

Notre travail sur la découvrabilité en est un bon exemple.

Créer du contenu canadien de qualité n’est qu’une partie de l’équation. Il faut aussi que les Canadiens puissent le trouver.

C’est pourquoi nous avons établi un cadre conçu pour rendre le contenu canadien plus visible et plus accessible sur toutes les plateformes. Le cadre est guidé par des principes et attentes clairs, et il reconnait l’importance toute particulière du contenu créé en langues anglaise, française et autochtones.

Prises ensemble, ces initiatives représentent un chapitre crucial dans l’évolution continue du système de radiodiffusion canadien.

Mais elles ne représentent pas le dernier chapitre.

Alors que nous mettons en œuvre la Loi sur la radiodiffusion modernisée, nous demeurons guidés par un objectif constant : faire en sorte que les récits canadiens et autochtones continuent d’être créés, diffusés, découverts et entendus.

Cet objectif perdure alors que le système qui l’entoure évolue. Et à mesure que de nouveaux défis surgissent — et que de nouvelles instructions de politiques sont dévoilées — nous continuerons à nous adapter, tout comme le système de radiodiffusion canadien l’a fait tout au long de son histoire.

Conclusion

Permettez-moi de terminer là où j’ai commencé : en parlant d’adaptation.

À travers l’histoire de la radiodiffusion canadienne, les technologies ont changé. Les plateformes ont changé. Les habitudes des auditoires ont changé. Mais l’objectif est demeuré constant.

Pendant des décennies, le Canada a reconnu que nos récits sont importants et que les Canadiens doivent pouvoir se reconnaître dans le système de radiodiffusion, et en même temps, y voir le reflet de leurs communautés et de leurs expériences.

Ce travail ne s’accomplit pas seulement à force de législation. Il prend vie grâce aux créateurs, producteurs, radiodiffuseurs et raconteurs. Bref, des gens comme vous.

Alors que le système continue d’évoluer, notre responsabilité commune est claire : nous assurer que les récits canadiens et autochtones continuent d’être créés, découverts et diffusés.

Parce que ces récits sont plus que du divertissement. Ils nous lient les uns aux autres, reflètent qui nous sommes, aident à définir la façon dont Canada se perçoit et comment le monde voit le Canada.

Alors, continuons à nous adapter. Continuons à innover. Et continuons à promouvoir les récits canadiens et autochtones.

Le prochain chapitre de la radiodiffusion canadienne est encore en cours d’écriture.

Faisons en sorte qu’il déborde d’idées audacieuses, de voix diverses et d’histoires qui relient les Canadiens entre eux et au monde.

Merci.

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2026-06-15