ARCHIVÉE - Assurer la salubrité de l'eau potable dans les communautés des Premières nations au Canada

Article soumis pour Journal of the International Water Association

Auteurs : Dominique Poulin, Gestionnaire, Programme de l'eau potable, Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits, et Isabelle Lévesque, Agente principale de programmes, Programme de l'eau potable, Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits

Mots-clés : eau potable; petits réseaux; Premières nations

Au Canada, au sud du 60e parallèle, l'approvisionnement en eau potable est une responsabilité partagée entre les gouvernements fédéral et provinciaux et les administrations municipales. Les provinces ont généralement la responsabilité d'offrir une eau potable et saine au public, tandis que les municipalités se chargent habituellement de superviser le fonctionnement quotidien des installations de traitement. Cependant, la gestion de l'eau potable dans les communautés autochtones canadiennes situées au sud du 60e parallèle, que l'on appelle les communautés des Premières nations, est différente et ne relève pas des autorités provinciales ou municipales. Les communautés des Premières nations relèvent de la compétence fédérale. Par conséquent, la qualité de l'eau potable dans les communautés des Premières nations au sud du 60e parallèle est une responsabilité partagée entre les Premières nations et trois ministères fédéraux : Affaires indiennes et du Nord Canada (AINC), Santé Canada et Environnement Canada. À l'heure actuelle, toutefois, il n'y a aucune loi fédérale en place qui porte sur la qualité de l'eau potable dans les communautés des Premières nations.

Santé Canada veille à ce que des programmes de surveillance de la qualité de l'eau potable soient en place dans les communautés. Pour se faire, Santé Canada collabore avec approximativement 600 communautés des Premières nations regroupant environ 472 000 résidents. La majorité de ces communautés comptent moins d'un millier de résidents et près d'un tiers d'entre elles sont éloignées ou isolées. Les intervenants concernés par la gestion de l'eau potable dans ces communautés doivent donc composer avec la réalité des petits réseaux d'alimentation. En 2007, 65 % des résidents des communautés des Premières nations étaient desservis par un réseau d'aqueduc, 16 % par des camions citernes, 15 % par des puits individuels et 4 % par des puits communautaires. Les défis sont nombreux tels que la surveillance de la qualité de l'eau en fonction des Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada (RQEPC), la difficulté à trouver et à retenir des surveillants de la qualité de l'eau ainsi que des opérateurs qualifiés et agréés de petits réseaux d'alimentation, la difficulté de faire parvenir rapidement les échantillons d'eau à des laboratoires agréés pour analyse et l'absence de cadre réglementaire en matière d'eau potable dans les communautés des Premières nations.

En 1991, le gouvernement fédéral a accordé un financement de 25 millions de dollars sur une période de six ans pour que Santé Canada puisse s'acquitter de sa responsabilité en mettant en oeuvre le Programme sur la qualité de l'eau potable (PQEP) dans les communautés des Premières nations. Le PQEP avait pour objet de réduire les inégalités en matière de santé et de prévenir l'incidence des maladies hydriques chez les enfants et les adultes des Premières nations. Dans le cadre de ce programme, les activités principales de Santé Canada consistaient à vérifier la qualité bactériologique et chimique de l'eau potable, à conseiller les autorités des Premières nations1 et AINC relativement aux répercussions sur la santé de la conception, du fonctionnement, et de l'entretien des réseaux d'aqueduc et, finalement, à donner une formation en santé publique aux exploitants des installations de traitement de l'eau dans les communautés des Premières nations.

Avant 2000, la surveillance de la qualité de l'eau potable était le mécanisme  largement utilisé par de nombreux organismes canadiens et du monde entier pour gérer la qualité de l'eau potable et ainsi protéger la santé publique (Comité fédéral-provincial-territorial de l'hygiène du milieu et du travail, 2001). Toutefois, quelques événements majeurs sont survenus dans des provinces, qui ont souligné les limites de cette approche au Canada. En mai 2000, le réseau d'eau potable de Walkerton, en Ontario a été contaminé par des bactéries mortelles, principalement Escherichia coli. Sept personnes sont décédées, et plus de 2 300 sont tombées malades suite à la consommation de l'eau (ministère du Procureur général, 2002). L'année suivante, il y a eu une éclosion de cryptosporidiose d'origine hydrique dans la municipalité de North Battleford, en Saskatchewan, et il a été estimé que de 5 800 à 7 100 personnes ont souffert d'une maladie diarrhéique par suite de cette éclosion (Agence de la santé publique du Canada, 2001).

Même si ces incidents ne sont pas survenus dans des communautés des Premières nations, Santé Canada et AINC ont saisi l'occasion pour procéder à des évaluations des infrastructures d'approvisionnement en eau potable et de traitement des eaux usées, de même que de la prestation des services de surveillance de l'eau potable et des activités connexes dans les  communautés des Premières nations. Ces évaluations ont permis aux deux ministères de constater des faiblesses importantes. L'évaluation réalisée par AINC, qui a été rendue publique en 2003, a révélé que beaucoup de réseaux d'approvisionnement en eau potable et de traitement des eaux usées présentaient un risque élevé potentiel pour la qualité de l'eau et la santé des membres des communautés des Premières nations. En ce qui concerne les réseaux d'approvisionnement en eau, 24 % d'entre eux posaient un risque élevé potentiel pour la qualité et la salubrité de l'eau et, par conséquent, pour la santé humaine (Affaires Indiennes et du Nord Canada, 2003). Au même moment, l'évaluation réalisée par Santé Canada a fait apparaître les lacunes du calendrier d'échantillonnage qui est utilisé pour déceler les agents pathogènes d'origine hydrique dans les réseaux d'approvisionnement en eau potable des communautés. Par exemple, la surveillance des contaminants bactériologiques dans les réseaux ne correspondait en moyenne qu'à 29 % de la fréquence recommandée dans les RQEPC. Santé Canada a donc conclu que la surveillance de la qualité de l'eau potable dans les communautés des Premières nations ne suffisait pas à protéger la santé publique.

Les réflexions et discussions relatives à ces conclusions ont fait état de la nécessité d'apporter des modifications à la prestation des services liés à l'eau potable dans les communautés des Premières nations et du fait que l'adoption d'une approche à barrières multiples serait plus appropriée pour protéger la santé publique. Cette approche permettrait également de mieux aider les communautés à surmonter les difficultés liées à la gestion de l'eau des petits réseaux d'approvisionnement. Dans cette optique, AINC et Santé Canada ont élaboré conjointement la Stratégie de gestion de l'eau des Premières nations (SGEPN) qui met en pratique l'approche à barrières multiples. Dans le cadre de la SGEPN, le gouvernement du Canada a investi 600 millions de dollars sur une période de cinq ans (2003-2008). En 2008, la SGEPN a été renouvelée sous l'appellation de Plan d'action pour l'approvisionnement en eau potable et le traitement des eaux usées des Premières nations, ou Plan d'action pour l'eau, et un financement additionnel de 330 millions de dollars a été alloué sur deux ans (Santé Canada, 2010). Le Plan d'action pour l'eau est encore en vigueur aujourd'hui, puisqu'il a été renouvelé au début de 2010 pour une seconde période de deux ans.

L'approche à barrières multiples est définie comme étant un système intégré de procédures, de processus et d'outils qui collectivement, empêchent ou réduisent la contamination de l'eau potable, de la source au robinet, afin de diminuer les risques pour la santé publique. Cette approche comporte trois éléments importants, soit la protection des sources d'eau, le traitement de l'eau potable et le réseau d'approvisionnement en eau potable (Santé Canada, 2007b). Santé Canada et AINC ont adopté cette approche dans l'intention de moderniser l'infrastructure, d'améliorer les initiatives de surveillance de la qualité de l'eau potable, de renforcer les capacités des Premières nations, d'élargir la portée du programme, d'élaborer des outils de sensibilisation du public et de créer un cadre législatif.  

Dans le cadre de la mise en oeuvre du Plan d'action pour l'eau, Santé Canada et les Premières nations sont confrontés à quatre défis principaux pour maintenir les acquis et continuer de réaliser des progrès afin d'assurer la salubrité de l'eau potable dans les communautés des Premières nations.

(1) Surveillance de la qualité de l'eau potable conformément aux Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada

Bien que la surveillance bactériologique hebdomadaire de la qualité de l'eau des réseaux d'aqueduc soit passée de 27 % en 2002 à 56 % en 2010, des risques à la santé humaine demeurent. Pour continuer d'améliorer la surveillance de la qualité de l'eau conformément aux RQEPC dans les communautés des Premières nations, Santé Canada a désigné des mesures prioritaires telles que le maintien en poste de personnel formé pour effectuer la surveillance de la qualité de l'eau potable, l'accès des communautés aux ressources nécessaires pour l'analyse des échantillons, l'uniformisation des procédures et la mise en place de plans de travail au niveau régional.

Dans les communautés des Premières nations, les agents d'hygiène du milieu (AHM) et les contrôleurs communautaires de la qualité de l'eau potable (CCQEP) se partagent la responsabilité de la surveillance de la qualité de l'eau potable au robinet. Les AHM doivent détenir un certificat d'inspection en santé publique et un certificat de l'Institut canadien des inspecteurs en hygiène publique. Les AHM surveillent la qualité de l'eau potable pour les paramètres bactériologiques, chimiques, physiques et radiologiques, interprètent les résultats des analyses d'eau effectuées, diffusent ces résultats aux autorités des Premières nations et veillent à l'assurance et au contrôle de la qualité. Lorsque les analyses révèlent que la qualité de l'eau potable n'est pas satisfaisante, les AHM formulent des recommandations aux autorités des Premières nations afin qu'elles prennent les mesures qui s'imposent, comme émettre un avis d'ébullition de l'eau. Les responsabilités des AHM englobent également l'éducation, la formation ainsi que la gestion et l'analyse des données.

Les CCQEP sont des membres des communautés des Premières nations qui ont été formés par un AHM, et ils sont responsables de la surveillance de la qualité bactériologique de l'eau ainsi que de la diffusion des résultats. La présence d'un CCQEP est particulièrement importante pour les communautés isolées puisqu'il n'est pas toujours possible pour les AHM de s'y rendre fréquemment. Contrairement à la situation qui régnait en 2002, toutes les communautés des Premières nations ont maintenant accès à un AHM ou à un CCQEP chargé de surveiller la qualité de leur eau potable. Les AHM et les CCQEP y sont les principaux fournisseurs de services concernant la surveillance de la qualité de l'eau. Par conséquent, il est important de les maintenir en poste et de leur fournir le soutien nécessaire pour qu'ils puissent bien s'acquitter de leurs tâches.

En raison du fort taux de roulement des AHM, Santé Canada a mis en oeuvre une stratégie de recrutement et de maintien en poste afin de s'assurer que tous les postes soient comblés. Cette stratégie comprend des activités promotionnelles auprès des partenaires, de même que des mécanismes qui visent à faciliter l'embauche. Que ce soit pour les AHM ou les CCQEP, on estime que l'uniformisation des procédures et l'accès à la formation favoriseraient le maintien en poste. Santé Canada a donc élaboré un manuel afin d'uniformiser les procédures en matière de surveillance de la qualité de l'eau potable dans les communautés des Premières nations et l'a distribué dans tout le pays. Le Manuel de procédures en matière de salubrité de l'eau potable dans les collectivités des Premières nations au sud du 60e parallèle a été publié pour la première fois en 2004 et il est révisé périodiquement. Ce manuel, qui traite de la surveillance bactériologique et chimique, des méthodes d'échantillonnage, de l'assurance de la qualité ainsi que des activités de planification et d'intervention d'urgence, est devenu le principal outil de référence des AHM. Même si ce manuel est offert aux CCQEP, il a été conçu pour les besoins en formation des AHM, plutôt que des CCQEP qui, eux, ne sont pas obligés d'avoir reçu une formation collégiale ou universitaire en santé publique. Reconnaissant que la création d'un outil qui serait adapté aux CCQEP et qui permettrait d'uniformiser leurs compétences à l'échelle nationale était nécessaire, Santé Canada élabore maintenant un programme de formation qui offrira aux CCQEP un meilleur encadrement dans le déroulement de leurs tâches quotidiennes. Puisque certains CCQEP travaillent dans des régions isolées ou éloignées, le programme de formation sera disponible en format papier et électronique.

Étant donné que la plupart des communautés des Premières nations sont petites et que beaucoup d'entre elles sont éloignées, voire même isolées, l'accès aux ressources appropriées pour soutenir des services adéquats de surveillance de la qualité de l'eau est un élément important à considérer si l'on veut protéger la santé des résidents de ces communautés. Des évaluations faites en 2002 ont révélé que certaines communautés n'étaient pas en mesure d'envoyer les échantillons d'eau à un laboratoire dans les 24 à 48 heures prescrites pour effectuer les analyses. Pour remédier à cette situation, Santé Canada a fourni des laboratoires portatifs aux communautés des Premières nations afin que leurs CCQEP puissent effectuer les analyses bactériologiques sur place. Alors qu'en 2002, seulement 56 % des communautés des Premières nations avaient accès à un laboratoire portatif, toutes les communautés qui le désirent ont maintenant accès à des laboratoires portatifs grâce à des investissements dans le cadre du Plan d'action pour l'eau.

L'administration centrale de Santé Canada a également travaillé en collaboration avec les bureaux régionaux afin d'identifier les obstacles qui limitent la surveillance de la qualité de l'eau en fonction des RQEPC. La situation étant différente pour chacune des sept régions, l'administration centrale de Santé Canada s'est penchée sur des stratégies distinctes adaptées aux particularités régionales. Ainsi, les discussions ont permis de relever des incohérences concernant la fréquence d'échantillonnage proposée dans certaines ententes de prestation de services pour ce qui est de la surveillance de la qualité de l'eau potable dans les communautés des Premières et les fréquences d'échantillonnage proposées dans les RQEPC. Cela sera rectifié lorsque les ententes seront renouvelées.

Au cours des premières années de la SGEPN, les activités de surveillance de la qualité de l'eau ciblaient surtout les réseaux d'approvisionnement en eau ayant plus de cinq raccordements et excluaient ainsi les réseaux ayant moins de cinq raccordements. Pour combler cette lacune, Santé Canada a élaboré, en 2006, une politique offrant du soutien pour les réseaux d'approvisionnement en eau potable ayant moins de cinq raccordements, dont la plupart sont des puits individuels. Dans les communautés des Premières nations au Canada, on dénombre environ 15 000 puits individuels et ayant moins de cinq raccordements. Cette politique prévoyait la préparation de documents de sensibilisation du public ainsi que la prestation de services de surveillance bactériologique et chimique de l'eau des puits, gratuitement et sur demande. En collaboration avec un groupe de travail, Santé Canada a préparé les documents de sensibilisation du public et a élaboré les services de surveillance bactériologique et chimique de l'eau à l'intention des utilisateurs de puits des Premières nations, des CCQEP et des AHM. La mise en application de la politique se fait en deux phases. La première phase, qui a été lancée en 2010, prévoit la distribution des documents de sensibilisation du public aux résidents des communautés des Premières nations approvisionnés en eau par un puits; les résidents pourront également obtenir sur demande des services de surveillance bactériologique de l'eau de leur puits. Ce service donne aux utilisateurs de puits des Premières nations la possibilité de faire échantillonner et analyser l'eau de leur puits deux fois par année pour les paramètres bactériologiques. Les utilisateurs de puits des Premières nations qui souhaitent se prévaloir de ces services doivent communiquer avec leur AHM ou leur CCQEP désigné pour prendre les dispositions nécessaires. La deuxième phase consistera à fournir également des services de surveillance chimique.

(2) Avis concernant la qualité de l'eau potable à long terme

Un avis concernant la qualité de l'eau potable (AQEP) est une mesure préventive qui vise à protéger le public des contaminants d'origine hydrique dont la présence dans l'eau potable est avérée ou soupçonnée. Depuis 2002, le nombre d'AQEP émis dans les communautés des Premières nations a augmenté. Cependant, si l'on considère l'accroissement du taux d'échantillonnage, il est, dans une certaine mesure, normal de constater une augmentation du nombre d'AQEP émis. Malgré cet accroissement, les problèmes sous-jacents ont été résolus environ dix fois plus rapidement qu'avant. En effet, avant 2003, la durée médiane était de 307 jours comparativement à 35 jours depuis 2003. Le pourcentage d'avis en vigueur pour une période de 7 à 12 mois a chuté de 14 % à 7 % après 2003, et les avis demeurant en vigueur pendant plus d'un an sont passés de 43 % à 24 % (Santé Canada, 2009b). 

Même si la situation concernant la durée des AQEP s'est améliorée depuis 2003, les AQEP à long terme demeurent une priorité pour AINC et Santé Canada. Les constatations indiquent que les AQEP émis pour des raisons comme une désinfection et un fonctionnement inadéquat du système ont plus de chances de devenir des avis de longue durée, c'est-à-dire de plus d'un an, que les avis émis pour turbidité inacceptable ou détérioration de la source (Santé Canada, 2009b). Si l'on comprend les causes sous-jacentes des AQEP de longue durée, il devient plus facile d'identifier les mesures à prendre pour corriger la situation. À cet égard, les administrations centrales d'AINC et de Santé Canada travaillent en collaboration avec les bureaux régionaux, en se concentrant sur les régions qui ont un taux plus élevé d'AQEP de longue durée.

Afin d'éclairer les autorités des Premières nations et les autres intervenants quant à la façon d'aborder les raisons qui sont à l'origine de l'émission d'un AQEP, AINC et Santé Canada, en collaboration avec leurs bureaux régionaux, ont rédigé la Procédure ayant trait aux avis concernant la qualité de l'eau potable dans les communautés des Premières nations au sud du 60e parallèle. Cette procédure décrit une approche concertée ayant pour but d'aider les autorités des Premières nations à coordonner les efforts déployés par tous les intervenants concernés afin de lever aussi rapidement que possible l'AQEP (Santé Canada, 2007c). En complément, des outils de communication ont été préparés pour les autorités des Premières nations et les AHM afin qu'ils puissent aviser efficacement les résidents lorsqu'un AQEP est émis et qu'ils soient informés des usages recommandés de l'eau potable et des risques liés à la consommation de l'eau potable durant la période visée par l'AQEP. Ces outils font partie de la Trousse à outils concernant les avis sur la qualité de l'eau pour les Premières nations qui renferme des affichettes de porte pour aviser les résidents, des messages d'intérêt public pour la radio et les journaux ainsi que des affiches pour les lieux publics. Ces outils facilitent la communication avec les résidents lors de l'émission ou de la levée des AQEP. L'efficacité dans les communications réduit les risques d'éclosion de maladie hydrique puisque les résidents sont avertis de la qualité de l'eau et des mesures à prendre en temps opportun.

(3) Perception des résidents des communautés des Premières nations en ce qui concerne la qualité et la salubrité de leur eau potable

Dans le cadre du Plan d'action pour l'eau, Santé Canada commande chaque année une recherche sur l'opinion publique au sujet des perceptions qu'ont les résidents des communautés des Premières nations sur la qualité et la salubrité de leur eau potable. Le but de la recherche sur l'opinion publique de 2009 était d'avoir un aperçu de l'opinion des résidents des communautés des Premières nations sur la qualité et la salubrité de l'eau à laquelle ils ont accès et de comparer ces perceptions à celles des années précédentes de même qu'aux perceptions de la population générale vivant dans des communautés non-autochtones de taille similaire. L'information obtenue grâce à cette recherche sert aussi à élaborer des activités de programme visant à accroître la capacité et la sensibilisation des Premières nations. 

La recherche sur l'opinion publique enquêtait sur les perceptions liées à la qualité et à la salubrité de l'eau. Les perceptions liées à la qualité de l'eau se rattachent aux aspects physiques de l'eau tels que l'apparence, l'odeur et le goût. À titre d'exemple, une eau peut être turbide tout en étant sans risque  pour la santé humaine, mais à cause de cette caractéristique physique, les résidents peuvent penser qu'il est risqué de boire de cette eau. D'un autre côté, l'eau peut paraître propre à la consommation parce qu'elle est claire et a une bonne odeur; cependant, elle peut contenir un taux élevé de coliformes ou d'arsenic et s'avérer impropre à la consommation. Cette recherche n'avait pas pour objectif de vérifier la qualité de l'eau dans les communautés, mais bien les perceptions des résidents au sujet de leur eau.

Les constatations démontrent la différence de niveau de confiance entre les membres des communautés des Premières nations et les résidents d'autres communautés lorsqu'il est question de la qualité de leur eau. On s'est aperçu que les résidents des communautés des Premières nations sont moins positifs que les résidents d'autres petites communautés à l'égard de la qualité de l'eau à laquelle ils ont accès. Moins de la moitié des résidents des communautés des Premières nations (44 %) considèrent la qualité de leur eau potable comme bonne, ce qui est plus bas que les 63 % des résidents d'autres petites communautés (EKOS Research Associates, 2009). En ce qui concerne la salubrité de l'eau, 70 % des résidents des communautés des Premières nations étaient d'accord que leur eau potable est salubre comparativement à 89 % des résidents d'autres petites communautés. Malgré tout, les résultats suggèrent une légère amélioration par rapport à 2007 pour les résidents des communautés des Premières nations dont 62 % convenaient que leur eau était salubre (EKOS Research Associates, 2009).

À la lumière des résultats obtenus, il est évident qu'il reste encore du travail à accomplir afin d'améliorer le niveau de confiance des résidents des communautés des Premières nations en ce qui a trait à la qualité et à la salubrité de leur eau potable. En ce sens, la sensibilisation des résidents des communautés des Premières nations sur divers sujets liés à la qualité et à la salubrité de l'eau potable est une composante importante puisqu'un peu plus de 75 % des répondants des Premières nations ont indiqué que l'information sur les procédures d'analyses de la qualité de l'eau, la fréquence de l'analyse, les niveaux acceptables de contaminants dans l'eau du robinet ou la qualité de l'eau du robinet les aiderait à se sentir plus confiant à l'égard de la qualité de leur eau potable.

Les activités de sensibilisation publique sont aussi une excellente façon d'accroître la confiance des résidents des Premières nations. En plus de leur donner de l'information supplémentaire, elles leur permettent de participer activement à la protection de la santé publique dans leur communauté. Dans le cadre du Plan d'action pour l'eau, Santé Canada a élaboré plusieurs outils de sensibilisation publique, dont un feuillet d'information sur la désinfection secondaire intitulé Protéger l'eau dans les conduites. Ce dernier fournit de l'information sur les mesures que peuvent prendre les résidents pour prévenir la contamination de leur eau par les conduites. Aussi, en collaboration avec les communautés des Premières nations, les AHM et les CCQEP, Santé Canada a mis au point un bulletin qui présente des exemples de réussites en santé publique et environnementale. Ce bulletin met en évidence les réalisations des Premières nations dans le secteur de la santé environnementale et vise à promouvoir les interventions positives. Il sert également d'outil d'apprentissage, puisque les expériences fructueuses qu'il relate peuvent inciter d'autres personnes qui vivent des situations comparables à mettre en oeuvre des solutions similaires. Le bulletin est publié chaque année et distribué dans les communautés et les organisations des Premières nations, à Santé Canada, à AINC et à Environnement Canada. Santé Canada a préparé du matériel de sensibilisation publique à l'appui de la politique sur les puits individuels et de la stratégie de communication des risques concernant les AQEP dans l'optique que les utilisateurs de puits privés et les résidents des communautés des Premières nations visées par un AQEP sentent qu'ils font partie de la solution.

Comme la plupart des projets de sensibilisation publique visent les adultes vivant dans une communauté, Santé Canada, en collaboration avec les communautés des Premières nations, les AHM et les CCQEP, a récemment préparé un calendrier et un recueil de nouvelles et de poèmes pour sensibiliser les jeunes et les enfants. À cette fin, des élèves des communautés des Premières nations ont préparé des dessins, des nouvelles et des poèmes. Les élèves de 5 à 9 ans ont réalisé des dessins pour le calendrier, alors que les élèves de 10 à 12 ans ont rédigé une nouvelle ou un poème pour le livret sous le thème « La qualité de l'eau potable est importante pour ma communauté et pour moi ». Le calendrier et le recueil ont été distribués aux écoles et à d'autres installations publiques situées dans les communautés des Premières nations, ainsi qu'aux bureaux régionaux de Santé Canada. On suppose que les membres des Premières nations auront plus confiance dans la qualité et la salubrité de leur eau potable si on les informe sur la qualité de l'eau et sur les mesures qu'ils peuvent prendre au quotidien pour protéger la santé de leur famille.

(4) Élaboration d'un cadre règlementaire pour l'approvisionnement en eau et les eaux usées dans les communautés des Premières nations

En plus de la surveillance et des investissements dans l'infrastructure, le gouvernement du Canada et le Bureau du vérificateur général ont établi la nécessité de disposer d'un mécanisme législatif pour garantir l'accès à une eau potable de qualité. Dans ce contexte, AINC, en collaboration avec Santé Canada, a entrepris des séances de mobilisation dans les communautés des Premières nations, dans l'objectif que les lois et les règlements soient élaborés conjointement et tiennent compte des réalités vécues par les communautés des Premières nations au Canada. Bien que le processus n'en soit encore qu'à ses débuts, il contribuera assurément à l'évolution permanente de la gestion de l'eau et des eaux usées dans les communautés des Premières nations de tout le pays.

Conclusion

Même si les événements de Walkerton, en Ontario, et de North Battleford, en Saskatchewan, ne sont pas survenus dans des communautés des Premières nations, ils ont rappelé à tous les risques potentiels qui entourent la qualité de l'eau potable et des eaux usées dans les communautés des Premières nations. La détermination des points faibles de l'infrastructure et des programmes a permis à AINC, à Santé Canada et aux communautés des Premières nations de repenser la façon dont l'eau potable est gérée dans ces communautés. La mise en oeuvre de la SGEPN en 2003 et du Plan d'action pour l'eau en 2008 a permis de nombreuses réalisations. Entre autres, Santé Canada a intensifié la surveillance de la qualité de l'eau potable au robinet, a renforcé la capacité des Premières nations d'assumer la responsabilité de leur eau potable et a amélioré la détection des problèmes éventuels de qualité de l'eau potable. Même s'il reste encore des défis à surmonter, grâce à la SGEPN et au Plan d'action pour l'eau, Santé Canada et les communautés des Premières nations sont désormais beaucoup mieux outillés pour gérer l'eau potable et protéger la santé des résidents.

Références

Certains hyperliens donnent accès à des sites d'organismes qui ne sont pas assujettis à la  
. L'information qui s'y trouve est donc dans la langue du site.

1 On entend par « autorités des Premières nations », le chef et le conseil ou toute autre personne ou tout groupe de personnes qui sont autorisées à prendre des décisions au nom du chef ou du conseil (Santé Canada, 2009a).

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