Projet de décision d’examen spécial PSRD2019-01, Examen spécial du bromoxynil et des préparations commerciales connexes

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Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire
Le 30 janvier 2019
ISSN : 2561-6277 (version PDF)
Numéro de catalogue : H113-30/2019-1F-PDF (version PDF)

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Résumé du Web

Table des matières

1.0 Introduction

Conformément au paragraphe 17(2) de la Loi sur les produits antiparasitaires, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada a entrepris un examen spécial du 3,5-dibromo-4-hydroxybenzonitrile (Canada, 2013), ci-après appelé bromoxynil. Cet examen spécial fait suite à la décision prise par la Norvège en 2000 d’interdire l’utilisation de l’octanoate de bromoxynil (numéro du CAS 1689-99-2) en raison de préoccupations pour la santé humaine et l’environnement (Convention de Rotterdam, 2001).

Conformément au paragraphe 18(4) de la Loi sur les produits antiparasitaires, l’ARLA a évalué les aspects préoccupants à l’origine de l’examen spécial des produits antiparasitaires contenant du bromoxynil. Les aspects préoccupants à l’origine de cet examen spécial touchent la santé humaine et l’environnement.

2.0 Utilisations du bromoxynil au Canada

Le bromoxynil est un herbicide homologué au Canada pour un usage commercial contre un large éventail de mauvaises herbes annuelles à feuilles larges présentes dans les cultures destinées à la consommation humaine ou animale, y compris la luzerne, le maïs, le blé, l’oignon, l’ail, la carotte et plusieurs semis de graminées. Dans les produits actuellement homologués, le bromoxynil est présent sous forme d’octanoate de bromoxynil, d’heptanoate de bromoxynil et de bromoxynil phénol; tous les produits actuellement homologués contenant ces formes sont visés par le présent examen spécial (Voir l’annexe I de la version intégrale du Projet de décision d’examen spécial PSRD2019-01, Examen spécial du bromoxynil et des préparations commerciales connexes).

3.0 Aspects du produit antiparasitaire à l’origine de l’examen spécial

Après avoir examiné la décision prise par la Norvège (Convention de Rotterdam, 2001), l’ARLA a déterminé que les aspects préoccupants du bromoxynil qui justifiaient l’examen spécial étaient les suivants :

Santé humaine

  • Cancérogénicité potentielle
  • Effets potentiels sur le développement
  • Risque potentiel pour les travailleurs (préposés au mélange, au chargement et à l’application)

Environnement

  • Risque potentiel pour les organismes aquatiques

4.0 Évaluation des aspects préoccupants à l’origine de l’examen spécial

Après avoir commencé son examen spécial du bromoxynil, l’ARLA a demandé des renseignements aux provinces ainsi qu’aux ministères et agences concernés du gouvernement fédéral, conformément au paragraphe 18(2) de la Loi sur les produits antiparasitaires. L’ARLA a reçu des données de surveillance de l’eau, qu’elle a prises en compte dans le cadre de l’examen spécial.

Pour évaluer les aspects préoccupants, l’ARLA a pris en compte l’ensemble des renseignements scientifiques pertinents actuellement disponibles, qui comprennent les renseignements présentés par les titulaires en vue de l’examen spécial, les examens existants (Canada, 2008a; Canada, 2008b), de même que tout autre renseignement pertinent obtenu depuis 2008 (par exemple, données de surveillance disponibles, rapports d’incidents, décision norvégienne, publications pertinentes de l’Union européenne [Commission européenne, 2016] ou de l’Environmental Protection Agency [EPA] des États-Unis [États-Unis, 2012; États-Unis, 2013]).

4.1 Cancérogénicité potentielle

Dans le cadre de l’examen spécial, l’ARLA a réévalué la cancérogénicité potentielle du bromoxynil en se fondant sur les renseignements disponibles.

Une étude menée sur des rats Sprague-Dawley a révélé que le foie était un organe cible, mais aucune tumeur liée au traitement n’a été constatée aux doses allant jusqu’à 28 mg/kg p.c./j (mâles) et 41 mg/kg p.c./j (femelles).

Deux études de longue durée sur l’exposition au bromoxynil phénol par le régime alimentaire chez la souris étaient disponibles : l’une a été menée sur des souris suisses, tandis que l’autre portait sur des doses élevées administrées à des souris CD-1. Dans l’étude sur des souris suisses (1, 4 et 13 mg/kg p.c./j), l’incidence combinée des adénomes et des carcinomes hépatiques chez les mâles augmentait en fonction de la dose. Aucune incidence accrue des tumeurs liée au traitement n’a été constatée chez les souris suisses femelles. Dans le cas des souris CD-1, l’incidence combinée des adénomes et des carcinomes hépatiques était plus élevée chez les mâles traités que chez les mâles témoins et, ce, à toutes les doses à l’essai (3, 12 et 46 mg/kg p.c./j), mais la réponse à la dose n’était pas linéaire. Une hausse de l’incidence combinée des adénomes et des carcinomes hépatiques a aussi été constatée chez les souris CD-1 femelles à 53 mg/kg p.c./j.

Les renseignements présentés par le titulaire en vue de l’examen spécial proposaient un mode d’action relatif aux adénomes et aux carcinomes hépatiques observés. Le mode d’action (MA) consistait à produire des tumeurs hépatocellulaires en activant le récepteur-alpha activé de la prolifération des peroxysomes (PPARα), ce qui entraînait l’altération des voies de croissance cellulaire, la perturbation de la croissance et de la survie des cellules, l’expansion clonale sélective des cellules prénéoplasiques et, enfin, la formation de tumeurs hépatiques.

Dans l’ensemble, les évènements clés concernant les tumeurs hépatiques causées par le bromoxynil étaient suffisamment clairs et démontrables pour appuyer l’existence d’un MA de prolifération cellulaire médiée par un récepteur. Les données probantes les plus solides penchaient en faveur d’un processus médié par le PPARα, mais l’ARLA a conclu que l’influence de l’activité du récepteur constitutif des androstanes (CAR) ne pouvait pas être exclue. La dose et la concordance temporelle étaient généralement acceptables en ce qui concerne les paramètres observés; cependant, les renseignements disponibles étaient insuffisants pour caractériser le début de l’activation du PPARα et l’altération subséquente des voies de croissance cellulaire aux doses non tumorigènes. Malgré cette lacune, les évènements clés ont été systématiquement observés dans la base de données et ils correspondaient aux effets hépatiques attendus dans une voie de prolifération cellulaire médiée par un récepteur. Le MA proposé était considéré comme biologiquement plausible et cohérent.

Cependant, comme le rôle de l’activité du PPARα n’a pu être clairement distingué de celui du CAR, il a été conclu que les données disponibles ne permettaient pas d’exclure un effet chez l’humain. L’utilisation d’un excès de risque unitaire (ERU) pour l’évaluation des risques était exagérément prudente, compte tenu des limites des données et du fait que les tumeurs (peu importe qu’elles soient médiées par le PPAR ou le CAR) pouvaient être analysées à l’aide d’une approche avec seuil.

La dose journalière admissible (DJA) de 0,003 mg/kg p.c./j, fondée sur une dose sans effet nocif observé (DSENO) de 0,3 mg/kg p.c./j, a permis d’appliquer une marge de 1 000 à la plus faible dose tumorigène, qui était de 3 mg/kg p.c./j; elle est considérée comme assurant une protection suffisante contre la cancérogénicité potentielle. L’étiologie du MA de prolifération cellulaire médiée par un récepteur permet d’exclure une cancérogénicité potentielle qui résulterait des expositions à court et à moyen terme par voie cutanée et par inhalation, car l’induction de tumeurs par ce MA implique une réponse proliférative soutenue. Aucun signe de prolifération cellulaire n’est ressorti dans les études à court et à moyen terme de la base de données, qui portaient sur des doses semblables à celles utilisées pour les points de départ définis comme valeurs de référence pour l’exposition par voie cutanée (10 mg/kg p.c./j) et par inhalation (5 mg/kg p.c./j). Les valeurs de référence pour l’exposition par voie cutanée et par inhalation assurent aussi une protection suffisante contre toute préoccupation liée à une cancérogénicité potentielle.

Conclusion générale au sujet de la cancérogénicité potentielle du bromoxynil : Après avoir mené un examen de la base de données toxicologiques sur le bromoxynil, l’ARLA a conclu que le bromoxynil n’est pas mutagène ni génotoxique à la lumière des données collectives tirées de plusieurs essais in vitro et in vivo. Le bromoxynil s’est révélé cancérogène chez la souris, mais non chez le rat. Le poids de la preuve appuyait l’existence d’un MA de prolifération cellulaire médiée par un récepteur pour l’hépatocancérogenèse induite par le bromoxynil chez la souris, et une approche avec seuil a été jugée appropriée pour la caractérisation du risque de cancer chez l’humain. Les valeurs de référence retenues pour la caractérisation des risques autres que le cancer liés aux expositions répétées au bromoxynil (annexe II de la version intégrale du document PSRD2019-01) assurent une protection suffisante contre toute autre préoccupation concernant le potentiel oncogène du bromoxynil. Par conséquent, une évaluation distincte visant le risque de cancer n’est pas nécessaire.

4.2 Effets potentiels sur le développement

L’ARLA a examiné la base de données toxicologiques sur le bromoxynil, ainsi que les renseignements disponibles dans le domaine public (Commission européenne, 2016; États-Unis, 2012), pour évaluer les effets potentiels du bromoxynil sur le développement. Les bases de données sur le bromoxynil phénol et sur l’octanoate de bromoxynil ont fait ressortir des signes de toxicité pour le développement. Chez les rongeurs, l’effet sur le développement le plus couramment observé était l’incidence accrue de la variation squelettique consistant en une 14e côte surnuméraire. Le rat était l’espèce la plus sensible à la toxicité pour le développement associée au bromoxynil phénol et à l’octanoate de bromoxynil. Les côtes surnuméraires étaient le critère d’effet le plus sensible dans les études sur la toxicité par voie orale et par voie cutanée, et elles étaient considérées comme le point de départ de la toxicité sur le plan du développement. Dans les études de la toxicité par voie orale, cet effet a été constaté à partir des doses de 12 mg/kg p.c./j (bromoxynil phénol) et de 22 mg/kg p.c./j (octanoate de bromoxynil). Dans les études de la toxicité par voie cutanée sur le plan du développement, des côtes surnuméraires ont été constatées à 50 mg/kg p.c./j et 15 mg/kg p.c./j (bromoxynil phénol et octanoate de bromoxynil, respectivement). Des malformations fœtales, parmi lesquelles la microphthalmie était la plus fréquente, ont été notées aux doses les plus élevées. Les autres effets sur le développement étaient : fusion des côtes ou d’autres structures du squelette, ossification incomplète dans diverses régions, anophthalmie et diminution du poids corporel des fœtus. Les effets dans les fœtus de rongeurs survenaient toujours en présence de toxicité maternelle, qui provoquait des diminutions du poids corporel et du gain du poids corporel, des augmentations du poids du foie, et même la mort chez certains animaux.

Chez le lapin, des effets ont été constatés dans les fœtus à des doses inférieures à celles ayant causé une toxicité maternelle. Des diminutions du poids corporel des fœtus, une incidence accrue des côtes surnuméraires et, aux doses les plus élevées, des malformations (dont la microphthalmie) ont été constatées plusieurs fois dans les études de la toxicité du bromoxynil par voie orale. Aux doses les plus élevées, des mortalités et des avortements sont survenus chez les mères. La plus faible dose à avoir entraîné des effets toxiques pour le développement – 15 mg/kg p.c./j – a été établie d’après la diminution du poids corporel des fœtus et l’augmentation de l’incidence des côtes surnuméraires. Des malformations ont été constatées à la dose de 150 mg/kg p.c./j dans une étude de la toxicité du bromoxynil phénol par voie cutanée, mais il n’a pas été possible d’établir une DSENO pour les mères en raison d’erreurs de dose. Aucune toxicité sur le plan du développement n’a été constatée jusqu’à 80 mg/kg p.c./j dans une étude de la toxicité par voie cutanée menée avec une préparation contenant de l’octanoate de bromoxynil.

Conclusion générale concernant les effets potentiels du bromoxynil sur le développement : L’exposition au bromoxynil a causé des effets toxiques sur le plan du développement dans des études menées sur des animaux. L’augmentation de l’incidence des côtes surnuméraires chez le rat est considérée comme le critère d’effet le plus sensible de la toxicité sur le plan du développement. Cet effet, qui n’est pas considéré comme un critère grave, est survenu en présence de toxicité maternelle. Les valeurs de référence ont été établies en fonction du potentiel de toxicité sur le plan du développement (annexe II, tableau 1 de la version intégrale du document PSRD2019-01).

Caractérisation des risques selon la Loi sur les produits antiparasitaires : Pour l’évaluation des risques liés aux résidus susceptibles de contaminer les aliments et aux résidus générés par l’utilisation des produits dans les résidences et les écoles ou à proximité de celles-ci, la Loi sur les produits antiparasitaires exige l’application d’un facteur supplémentaire de 10 aux valeurs des effets de seuil. Ce facteur tient compte de l’intégralité des données relatives à l’exposition et à la toxicité chez les nourrissons et les enfants ainsi que de la toxicité éventuelle prénatale et postnatale. Un facteur différent peut être jugé approprié selon les données scientifiques fiables disponibles. En ce qui concerne l’exhaustivité de la base de données sur la toxicité pour les nourrissons et les enfants, une étude de la toxicité sur le plan du développement prénatal chez la souris, le rat et le lapin, une étude sur la reproduction portant sur plusieurs générations de rats, ainsi qu’une étude supplémentaire de la toxicité sur le plan du développement étaient disponibles.

Aucune sensibilité n’a été observée chez les jeunes animaux dans l’étude sur la reproduction. Les effets chez les petits, notamment la diminution du poids corporel et le retard de l’ouverture des yeux, ont été constatés à la dose qui avait entraîné des diminutions du poids corporel chez les adultes. En ce qui concerne la toxicité prénatale potentielle, des effets touchant le développement sont survenus en présence de toxicité maternelle chez le rat et la souris. Les effets sur le développement aux plus faibles doses se limitaient à des variations (incidence accrue des côtes surnuméraires) et à des diminutions du poids corporel des fœtus; aucun de ces effets n’était considéré comme un critère d’effet toxicologique grave. Des malformations sont survenues aux doses les plus élevées : elles étaient considérées comme des critères d’effet toxicologique grave. Chez le lapin, des effets sur le développement sont survenus à des doses inférieures à celles ayant causé une toxicité maternelle; il s’agissait de variations, de malformations et de diminutions de la taille et du poids des fœtus.

L’incidence accrue des côtes surnuméraires chez le rat était considérée comme le critère d’effet le plus sensible de la toxicité pour le développement. Elle n’était pas considérée comme un critère d’effet grave, et elle est survenue en présence de toxicité maternelle. Compte tenu de ces facteurs, le facteur prévu par la Loi sur les produits antiparasitaires (facteur de la LPA) a été réduit à 1 pour les évaluations des risques utilisant ce critère d’effet. Ce critère d’effet et le facteur de la LPA connexe offrent des marges adéquates pour les malformations; ils assurent aussi une protection adéquate pour la sensibilité observée dans les fœtus de lapin. Dans le cas des évaluations des risques n’intégrant pas ce critère d’effet sur le plan du développement, le facteur de la LPA a aussi été réduit à 1, car les critères d’effet toxicologique et les facteurs d’incertitude choisis assurent aussi une protection suffisante contre la toxicité pour le développement.

4.3 Caractérisation des risques potentiels du bromoxynil pour la santé humaine

Pour déterminer si le risque lié à l’exposition au bromoxynil était acceptable pour la population canadienne, l’ARLA a mené des évaluations scientifiques des risques liés aux aspects préoccupants. L’annexe II de la version intégrale du document PSRD2019-01 présente les valeurs toxicologiques de référence prises en compte dans les évaluations des risques.

Lorsque l’ARLA évalue les risques pour la santé, elle prend en considération deux facteurs importants : la dose n’ayant aucun effet sur la santé et la doses à laquelle les gens peuvent être exposés. Les doses utilisées pour évaluer les risques sont établies de façon à protéger les sous-populations humaines les plus sensibles (par exemple, les enfants et les mères qui allaitent). Pour cette raison, le sexe et le genre sont pris en compte dans l’évaluation des risques. Seules les utilisations entraînant une exposition à des doses bien inférieures à celles n’ayant eu aucun effet nocif chez les animaux de laboratoire sont considérées comme acceptables à des fins d’homologation.

On peut être exposé au bromoxynil en ingérant des aliments et de l’eau potable, en travaillant comme préposé au mélange, au chargement ou à l’application du produit, ou en se rendant dans des sites traités pour y accomplir des tâches après le traitement. Des expositions à la dérive de pulvérisation peuvent aussi survenir en milieu résidentiel. Par conséquent, l’ARLA a évalué les risques potentiels liés à l’exposition au bromoxynil en milieu non professionnel (sections 4.3.1 à 4.3.3) et en milieu professionnel (section 4.4).

4.3.1 Évaluation de l’exposition par le régime alimentaire et des risques connexes :

L’évaluation du risque alimentaire global intègre les expositions par les aliments et l’eau potable et la toxicité d’un pesticide donné. Dans les évaluations de la toxicité aigüe et de la toxicité chronique, le risque est exprimé sous forme de pourcentage d’une dose maximale acceptable; il est préoccupant si le risque alimentaire estimé dépasse 100 % de la dose de référence. L’annexe II de la version intégrale du document PSRD2019-01 résume la dose aigüe de référence (DARf) et la dose chronique de référence (DJA) du bromoxynil.

Pour les besoins de l’évaluation des risques, la définition du résidu au Canada en ce qui concerne le bromoxynil dans les végétaux (sauf le colza) et chez les animaux est le bromoxynil. La définition du résidu dans le colza est le bromoxynil plus le métabolite acide 3,5-dibromo-4-hydroxybenzoïque (ADBH). La définition du résidu dans l’eau est le bromoxynil plus l’ADBH. La substance d’origine et ses produits de transformation sont considérés comme ayant une toxicité équivalente.

Les évaluations des expositions aigüe et chronique par le régime alimentaire ont été réalisées à l’aide du programme Dietary Exposure Evaluation Model - Food Commodity Intake DatabaseMC (DEEM-FCIDMC, version 4.02), qui renferme des données sur la consommation d’aliments de 2005 à 2010 tirées de l’enquête alimentaire National Health and Nutrition Examination Survey, What We Eat in America (NHANES/WWEIA). Ces données sont disponibles auprès du National Center for Health Statistics (NCHS) des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis. Les évaluations initiales des expositions aigüe et chronique par le régime alimentaire s’appuient sur les limites maximales de résidus canadiennes, sur les seuils de tolérance américains établis à l’égard des produits importés, et sur les facteurs de transformation par défaut. Ces évaluations ont été approfondies par l’utilisation des valeurs maximale (exposition aigüe) et médiane (exposition chronique) des résidus dans les essais au champ, des facteurs de transformation expérimentaux (s’il y en avait), ainsi que les valeurs des résidus attendus dans les denrées d’origine animale.

Les concentrations estimées dans l’environnement (CEE) des résidus combinés de bromoxynil et de son produit de transformation ADBH dans les sources potentielles d’eau potable ont été modélisées à l’aide du modèle Surface Water Concentration Calculator (SWCC) avec un scénario standard de niveau 1 (réservoir de petite taille). Les CEE dans les eaux souterraines ont été calculées à l’aide du Pesticide Root Zone Model Groundwater (PRZM GW). Les CEE tirées de l’évaluation de niveau 1 ont servi à l’établissement des valeurs d’entrée de l’eau potable :

  • CEE utilisées dans les estimations de l’exposition aigüe par le régime alimentaire : 32 µg e.a./L;
  • CEE utilisées dans les estimations de l’exposition chronique par le régime alimentaire : 4,7 µg e.a./L.

En plus de procéder à cette modélisation, l’ARLA a examiné les données de surveillance disponibles concernant les eaux souterraines et les eaux de surface. Aucune trace quantifiable de bromoxynil n’a été détectée dans les eaux souterraines canadiennes. Le bromoxynil a été détecté dans des eaux de surface en Alberta, au Manitoba, en Saskatchewan, en Ontario et au Québec. Les données canadiennes montrent que la fréquence globale de détection était inférieure à 50 % dans la plupart des études et que les concentrations ponctuelles les plus élevées dans les eaux de surface pouvant constituer des sources potentielles d’eau potable étaient égales ou inférieures à 0,96 μg/L. Les données de surveillance actuellement disponibles ne permettent pas d’établir une valeur représentative de l’exposition à long terme. C’est pourquoi les CEE modélisées de l’évaluation préliminaire ont été utilisées dans l’évaluation du risque alimentaire lié au bromoxynil; de plus, elles sont considérées comme prudentes, car elles sont environ 32 fois (exposition aigüe) et 4,5 fois (exposition chronique) supérieures à la plus forte concentration de bromoxynil détectée dans les sources d’eau potable canadiennes.

Selon l’évaluation approfondie, le 95e centile de l’exposition aigüe globale au bromoxynil et à son produit de transformation (ADBH) par le régime alimentaire (aliments et eau potable) se situe à 3 % de la DARf dans la population générale et entre 2 et 8 % de la DARf chez l’ensemble des sous-populations (8 % de la DARf chez tous les nourrissons, et 4 % de la DARf chez les femmes de 13 à 49 ans).

Selon l’évaluation approfondie, l’exposition chronique globale au bromoxynil et à son produit de transformation (ADBH) par le régime alimentaire (aliments et eau potable) se situe à 15 % de la DJA dans la population générale et entre 10 et 59 % de la DJA dans l’ensemble des sous-populations (59 % chez les enfants de 1 à 2 ans et < 30 % chez l’ensemble des nourrissons).

À la lumière des résultats de l’évaluation de l’exposition par le régime alimentaire, l’ARLA a conclu que le risque de toxicité découlant des expositions aigüe et chronique au bromoxynil par le régime alimentaire était acceptable pour toutes les populations dans les conditions d’utilisation actuelles. Aucune autre mesure de réduction des risques n’est proposée.

4.3.2 Évaluation de l’exposition en milieu résidentiel (non professionnel) et des risques connexes :

Aucun produit à usage domestique contenant du bromoxynil n’a été homologué; par conséquent, aucune exposition n’est attendue chez les non-utilisateurs en milieu résidentiel. Les produits à usage commercial ne sont pas homologués pour des usages en milieu résidentiel. Les personnes appelées à manipuler du bromoxynil ou à se rendre dans un site traité à la maison ne devraient donc subir aucune exposition par voie cutanée ni par inhalation. Cependant, il est possible que des non-utilisateurs soient exposés par inhalation à la dérive de pulvérisation découlant des applications agricoles du bromoxynil.

Les étiquettes actuelles comportent des énoncés destinés à réduire la dérive de pulvérisation vers les sites résidentiels, et l’exposition occasionnelle potentielle à la dérive de pulvérisation est considérée comme nettement inférieure à l’exposition par inhalation subie par les préposés à l’application, chez qui le risque d’inhalation est jugé acceptable dans les conditions d’utilisation actuelles (voir la section 4.4 pour plus de détails). L’ARLA a conclu que le risque potentiel en milieu résidentiel est acceptable pour toutes les populations dans les conditions d’utilisation actuelles. Aucune autre mesure de réduction des risques n’est proposée.

Pour respecter la norme actuelle en matière d’étiquetage et assurer l’uniformité des étiquettes, il est proposé de mettre à jour les énoncés habituels de protection contre la dérive de pulvérisation figurant sur les étiquettes actuelles (annexe V de la version intégrale du document PSRD2019-01).

4.3.3 Évaluation de l’exposition globale :

L’exposition globale désigne l’exposition totale à un pesticide donné qui est attribuable à l’ingestion d’aliments et d’eau potable, aux utilisations en milieu résidentiel, aux sources d’exposition autres que professionnelles, et à toutes les voies d’exposition plausibles (voie orale, voie cutanée et inhalation). Dans le cas du bromoxynil, l’exposition globale est limitée aux aliments et à l’eau potable, car l’exposition occasionnelle potentielle par inhalation devrait être si négligeable qu’elle n’aura à peu près pas d’incidence sur l’exposition totale au bromoxynil. Comme expliqué à la section 4.3.1, l’exposition globale aux résidus de bromoxynil par voie alimentaire (aliments et eau potable) est considérée comme acceptable pour toutes les sous-populations. Aucune autre mesure de réduction des risques n’est proposée.

4.3.4 Évaluation de l’exposition cumulative :

La Loi sur les produits antiparasitaires exige que l’ARLA tienne compte des effets cumulatifs des produits antiparasitaires présentant un mécanisme de toxicité commun. Lors du présent examen spécial, l’ARLA n’a rien trouvé indiquant que le bromoxynil aurait un mécanisme de toxicité de commun avec d’autres produits antiparasitaires. Par conséquent, aucune évaluation des risques cumulatifs n’est nécessaire à l’heure actuelle.

4.3.5 Conclusion générale concernant les risques potentiels en milieu autre que professionnel :

À la lumière des évaluations des risques, les risques potentiels liés aux expositions non professionnelles aux résidus de bromoxynil sont jugés acceptables pour toutes les populations dans les conditions d’utilisation actuelles. Aucune autre mesure de réduction des risques n’est proposée.

4.4 Caractérisation des risques potentiels pour la santé en milieu professionnel

On évalue les risques liés à l’exposition professionnelle en comparant les niveaux d’exposition possibles à la valeur toxicologique de référence la plus pertinente afin de calculer la marge d’exposition (ME). Cette valeur est ensuite comparée à une ME cible qui intègre des facteurs d’incertitude destinés à protéger la sous-population la plus sensible. Si la ME calculée est inférieure à la ME cible, cela ne signifie pas nécessairement que l’exposition causera des effets nocifs, mais des mesures seraient alors requises pour réduire les risques.

Évaluation de l’exposition des préposés au mélange, au chargement et à l’application, et des risques connexes : Compte tenu du profil d’emploi actuel du bromoxynil, l’exposition des préposés au mélange, au chargement et à l’application devrait être à court ou à moyen terme et se produire par voie cutanée et par inhalation.

L’exposition quotidienne des préposés au mélange et au chargement du bromoxynil, ainsi qu’à son application par rampe de pulvérisation ou par équipement d’épandage aérien, a été estimée à l’aide des données sur l’exposition de la Pesticide Handlers Exposure Database (PHED) et/ou de l’Agricultural Handlers Exposure Task Force (AHETF). Les hypothèses usuelles reposaient sur des valeurs par défaut relatives à la superficie traitée par jour, sur les doses d’application maximales indiquées sur les étiquettes actuelles et sur un poids corporel moyen de 80 kg pour les travailleurs. Comme la dose de référence du bromoxynil par voie cutanée était fondée sur une étude de la toxicité par voie cutanée, aucune valeur d’absorption cutanée n’était nécessaire pour l’évaluation. La dose de référence par inhalation était quant à elle fondée sur une étude de la toxicité par voie orale, et un facteur d’absorption par inhalation de 100 % (valeur par défaut) a été utilisé pour l’extrapolation d’une voie d’exposition à l’autre. L’évaluation tenait compte de l’équipement de protection individuelle (EPI) minimum indiqué sur l’étiquette de certains produits contenant du bromoxynil, ainsi que de l’EPI supplémentaire qui doit être porté en présence de dangers pour les travailleurs dans les conditions d’utilisation actuelles.

À la lumière des résultats de l’évaluation des risques (annexe III, tableau 1 de la version intégrale du document PSRD2019-01), l’ARLA a conclu que les risques liés aux expositions combinées (voie cutanée + inhalation) à court ou à moyen terme sont acceptables pour les préposés au mélange, au chargement et à l’application qui utilisent des rampes de pulvérisation, à la condition qu’ils portent l’EPI supplémentaire suivant :

  • préposés au mélange et au chargement : combinaison, vêtement à manches longues, pantalon long, gants résistant aux produits chimiques, chaussures et chaussettes durant le mélange, le chargement, le nettoyage et la réparation;
  • préposés à l’application : vêtement à manches longues, pantalon long, gants résistant aux produits chimiques, chaussures et chaussettes dans une cabine ouverte durant l’application par rampe de pulvérisation. Le port de gants résistant aux produits chimiques n’est pas nécessaire à l’intérieur d’une cabine fermée durant l’application par rampe de pulvérisation.

Les exigences ci-dessus concernant l’EPI ne figurent pas sur l’étiquette de certains produits. Pour assurer l’uniformité et améliorer la clarté, il est proposé d’apporter des mises à jour aux exigences concernant l’EPI.

Dans le scénario d’application par voie aérienne, le risque pour les préposés au mélange, au chargement et à l’application est jugé acceptable dans les conditions d’utilisation actuelles. Aucune autre mesure d’atténuation n’est nécessaire.

Évaluation de l’exposition après le traitement et des risques connexes : Le bromoxynil, considéré comme non volatil, a une pression de vapeur de 1,425 × 10-6 mm Hg à 25 °C (Canada, 2008a). La volatilité de ce principe actif est inférieure au seuil de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) à partir duquel peut être accordée une exemption de l’obligation de présenter des données sur l’inhalation découlant des utilisations à l’extérieur (pression de vapeur inférieure à 7,5 × 10-4 mm Hg; ALENA, 1999); par ailleurs, si un délai d’attente d’au moins 12 heures est respecté, les travailleurs pénétrant dans un site traité ne devraient pas être exposés au bromoxynil par inhalation. C’est pourquoi la voie cutanée est considérée comme la principale voie d’exposition chez les travailleurs qui se rendent dans des sites traités pour y accomplir des tâches après le traitement. L’exposition par voie cutanée devrait être à court ou à moyen terme.

Des délais de sécurité (DS) sont établis à l’intention des travailleurs devant se rendre dans des sites traités afin qu’on sache combien de temps doit s’écouler avant que les personnes puissent retourner sur les lieux en toute sécurité après un traitement pour y accomplir des tâches manuelles. Le DS est le temps qu’il faut attendre pour permettre aux résidus de diminuer à un niveau auquel il n’y a pas de risque préoccupant pour les activités des travailleurs après le traitement. Les étiquettes des préparations commerciales actuelles prévoient un DS de 24 heures pour toutes les utilisations.

Les résidus foliaires à faible adhérence (RFFA) et les coefficients de transfert (CT) propres aux différentes activités ont été utilisés pour estimer les expositions par voie cutanée le jour de l’application (jour 0) chez les travailleurs se rendant dans des sites traités pour y accomplir des tâches après le traitement. Un CT, habituellement exprimé en cm2 par heure, indique la relation entre l’exposition par voie cutanée subie par un travailleur et les résidus à faible adhérence observés sur les végétaux traités au bromoxynil. Les CT sont propres à une combinaison précise de culture (et de stade de culture) et d’activité, et ils tiennent compte de la tenue de travail que portent normalement les travailleurs agricoles adultes après le traitement. Les CT propres à chaque activité visée par l’évaluation des risques ont été établis par l’Agricultural Re-Entry Task Force (ARTF). En l’absence de RFFA propres à certains produits chimiques, des RFFA par défaut ont été établis en fonction d’un taux de dépôt de 25 % des résidus de bromoxynil à la suite d’un traitement par la dose d’application maximale, ainsi que d’un taux de dissipation quotidienne de 10 % de ces résidus. Les autres hypothèses utilisées étaient une journée de travail de 8 heures et un poids corporel moyen de 80 kg pour les travailleurs. Dans le cas des cultures traitées deux fois par la dose maximale, le délai d’attente entre les traitements a été fixé à 10 jours pour l’oignon (conformément au mode d’emploi figurant sur les étiquettes actuelles) et à 21 jours pour le maïs sucré et la luzerne établie (conformément aux pratiques actuelles). Comme la dose de référence du bromoxynil par voie cutanée était fondée sur une étude de la toxicité par voie cutanée (annexe II), aucune valeur d’absorption cutanée n’était nécessaire pour l’évaluation.

Le tableau 2 de l’annexe III de la version intégrale du document PSRD2019-01 présente l’évaluation des risques liés à l’exposition par voie cutanée chez les travailleurs exécutant des tâches sur des cultures extérieures traitées. La ME cible par voie cutanée de 100 a été respectée ou dépassée à l’égard de toutes les cultures et activités applicables avec le DS de 24 heures indiqué sur les étiquettes actuelles, sauf en ce qui concerne l’irrigation manuelle (maïs sucré et ail) et la récolte manuelle (maïs sucré). Par conséquent, il est proposé d’ajouter les DS ci-dessous sur l’étiquette des préparations commerciales actuelles :

  • maïs sucré, irrigation manuelle – DS de 5 jours;
  • maïs sucré, récolte manuelle – DS de 20 jours;
  • ail, irrigation manuelle – DS de 2 jours.

4.4.1 Conclusion générale concernant les risques en milieu professionnel

À la lumière des évaluations des risques en milieu professionnel, l’ARLA est arrivée aux conclusions suivantes :

  • Le risque potentiel pour les préposés au mélange, au chargement et à l’application du bromoxynil qui utilisent des rampes de pulvérisation n’est pas jugé acceptable en raison de l’EPI indiqué sur l’étiquette de certaines préparations commerciales. Pour assurer l’uniformité et améliorer la clarté, il est proposé d’apporter des mises à jour aux exigences concernant l’EPI. Le risque potentiel pour les préposés au mélange, au chargement et à l’application du bromoxynil qui utilisent des rampes de pulvérisation est jugé acceptable avec les nouvelles exigences relatives à l’EPI (annexe V de la version intégrale du document PSRD2019-01).
  • Le risque potentiel pour les préposés au mélange et au chargement du bromoxynil ainsi que pour les préposés à l’application en vue d’une application par voie aérienne, est jugé acceptable dans les conditions d’utilisation actuelles. Aucune autre mesure de réduction des risques n’est nécessaire.
  • Le risque potentiel pour les travailleurs durant la période suivant le traitement est jugé acceptable pour tous les sites et toutes les activités au DS (24 heures) indiqué sur les étiquettes actuelles, sauf en ce qui concerne les travailleurs participant à l’irrigation manuelle (maïs sucré et ail) et à la récolte manuelle (maïs sucré). Des mesures d’atténuation supplémentaires (DS) sont proposées (annexe V de la version intégrale du document PSRD2019-01) dans le but de réduire les risques potentiels pour les travailleurs participant à l’irrigation manuelle (maïs sucré et ail) et à la récolte manuelle (maïs sucré).

En outre, pour améliorer la clarté des étiquettes des préparations commerciales, il est proposé d’ajouter des instructions précises (deux applications à au moins 21 jours d’intervalle) concernant la luzerne établie et le maïs. L’annexe V de la version intégrale du document PSRD2019-01 résume les modifications proposées à l’étiquetage.

4.5 Caractérisation des risques potentiels pour les habitats aquatiques

Dans le cadre du présent examen spécial, les risques potentiels que posent les applications de bromoxynil pour les organismes aquatiques non ciblés ont été évalués d’après les renseignements disponibles (Canada, 2008a; Canada, 2008b; États-Unis, 2013a; États-Unis, 2013b). Lorsqu’il est utilisé conformément à son mode d’emploi, le bromoxynil peut pénétrer dans l’environnement après avoir été appliqué dans des prairies et des champs agricoles. Il est possible que les habitats aquatiques non ciblés soient exposés à des résidus de bromoxynil par dérive de pulvérisation ou par ruissellement.

L’octanoate de bromoxynil ne devrait pas persister dans l’environnement; les esters se dégradent rapidement en phénols dans les milieux aérobies (demi-vie de la biotransformation dans les sols aérobies = 2 jours; demi-vie dans les milieux aquatiques aérobies = 0,6 jour), et ces phénols se dégradent à leur tour en dioxyde de carbone (CO2). L’octanoate de bromoxynil devrait présenter une légère mobilité dans le sol, compte tenu de son profil d’adsorption dans le sol. Si le bromoxynil pénètre dans l’eau par dérive de pulvérisation ou par ruissellement, il ne devrait pas y demeurer, car il n’est pas persistent dans les systèmes aquatiques.

Selon les études toxicologiques, le bromoxynil présente une toxicité aigüe très élevée pour les poissons d’eau douce (concentration létale à 50 % [CL50] chez le crapet arlequin = 29 µg/L) et la concentration sans effet observé (CSEO) à la suite d’une exposition chronique chez le tête-de-boule est de 9 µg/L. En ce qui concerne les invertébrés aquatiques d’eau douce, les études indiquent que le bromoxynil présente aussi une toxicité aigüe très élevée pour les invertébrés aquatiques (concentration efficace pour 50 % de la population [CE50] chez Daphnia pulex = 11 µg/L) et que la CSEO chronique chez les invertébrés aquatiques est de 2,5 µg/L (Daphnia magna). Les études de la toxicité aigüe ont révélé que le bromoxynil est hautement toxique pour les poissons estuariens et marins (méné tête-de-mouton, CL50 = 170 µg/L) et très hautement toxique pour les invertébrés estuariens et marins (mysidacé, CL50 = 65 µg/L). Dans le cas des diatomées et des algues aquatiques, la CE50 traduisant la plus grande sensibilité était de 51 µg/L (Navicula pelliculosa); chez les plantes vasculaires aquatiques (Lemma gibba), la CE50 était de 219 µg/L.

Risque potentiel du bromoxynil pour les organismes aquatiques : L’évaluation des risques pour l’environnement intègre des données sur l’exposition environnementale et sur l’écotoxicologie en vue de l’estimation du potentiel d’effets nocifs chez les espèces non ciblées. L’intégration de ces données est réalisée en comparant les concentrations d’exposition aux concentrations auxquelles les effets nocifs se produisent. Les CEE correspondent aux concentrations d’un pesticide donné dans divers milieux, comme l’eau. Les CEE sont établies à l’aide de modèles normalisés tenant compte de la ou des doses d’application du pesticide, de ses propriétés chimiques et de son devenir dans l’environnement, y compris sa dissipation entre les applications. Les données écotoxicologiques utilisées pour établir des critères d’effet toxicologique de référence sont des données sur la toxicité aigüe et chronique chez divers organismes et groupes d’organismes aquatiques, y compris des invertébrés, des vertébrés et des végétaux

. En premier lieu, une évaluation préliminaire prudente des risques est effectuée afin de déterminer les pesticides et les profils d’emploi précis qui ne posent aucun risque pour les organismes non ciblés, de même que les groupes d’organismes potentiellement à risque. L’évaluation préliminaire des risques repose sur des méthodes simples, des scénarios d’exposition prudents (par exemple, utilisation de la dose d’application cumulative maximale) et les critères d’effet toxicologique traduisant la plus grande sensibilité. Le quotient de risque (QR) est établi en divisant la CEE par une valeur toxicologique appropriée (QR = exposition/toxicité). On compare ensuite ce QR au niveau préoccupant (NP) établi par l’ARLA à l’égard des organismes aquatiques (NP = 1).

Les QR issus de l’évaluation préliminaire (pulvérisation directe dans l’habitat aquatique) ont été dépassés dans l’évaluation des risques pour les organismes aquatiques : les QR fondés sur les critères d’effet chez l’espèce aquatique la plus sensible allaient de 1 à 25. Les risques pour les habitats aquatiques liés à la dérive de pulvérisation et au ruissellement ont donc été caractérisés séparément.

Les CEE dans l’eau liées au ruissellement (CEE correspondant au seuil de toxicité aigüe = 10 µg p.a./L; CEE correspondant au seuil de toxicité chronique = 1,0 µg p.a./L) ont été modélisées à l’aide du programme Generic Expected Environmental Concentration (GENEEC) (Canada, 2008a), qui utilise des paramètres prudents concernant le devenir et la dose d’application. L’ARLA a aussi examiné les données de surveillance disponibles concernant les eaux de surface, et la plus forte concentration de bromoxynil observée dans les eaux canadiennes (18 µg p.a./L) a été comparée aux valeurs de toxicité pour les organismes aquatiques. Tous les QR fondés sur la concentration de bromoxynil dans le ruissellement (données de modélisation et de surveillance) étaient inférieurs à 10. Compte tenu du profil d’emploi au Canada (application terrestre ou par voie aérienne), le risque pour les organismes aquatiques lié à la dérive de pulvérisation ont aussi été caractérisés. Cette évaluation s’appuyait sur la dose d’application cumulative maximale du bromoxynil indiquée sur les étiquettes canadiennes et sur le dépôt de résidus de pesticide à 1 mètre sous le vent par rapport au site d’application. Les QR (fondés sur la dérive de pulvérisation) étaient inférieurs à 2 dans tous les scénarios de culture et d’application.

Pour réduire au minimum l’exposition au bromoxynil dans l’habitat aquatique, l’étiquette des préparations commerciales actuelles doit décrire les pratiques exemplaires à suivre afin de réduire le ruissellement découlant du traitement et établir des zones tampons (annexe IV de la version intégrale du document PSRD2019-01) qui réduisent le risque de dérive de pulvérisation. Par conséquent, à la lumière des renseignements disponibles, le risque potentiel que pose l’utilisation du bromoxynil pour les organismes aquatiques non ciblés est jugé acceptable lorsque le mode d’emploi du produit est respecté. Aucune autre mesure de réduction des risques n’est proposée.

Pour satisfaire aux normes actuelles en matière d’étiquetage et assurer l’uniformité, il est proposé de mettre à jour l’énoncé relatif à la toxicité pour les organismes aquatiques, les énoncés relatifs au ruissellement et le mode d’emploi (annexe V de la version intégrale du document PSRD2019-01).

5.0 Rapports d’incidents

Une recherche a été menée dans la base de données de l’ARLA pour faire ressortir les rapports d’incidents où les aspects préoccupants du bromoxynil étaient en cause. En date du 28 mai 2018, l’ARLA avait reçu 12 rapports d’incidents touchant l’humain et 1 touchant l’environnement qui mettaient en cause les aspects préoccupants du bromoxynil pour la santé en milieu professionnel (mélange, chargement et application) et dans l’environnement. Aucun rapport d’incident n’a révélé de cancérogénicité ou d’effets sur le plan du développement.

Les 12 incidents liés au risque pour la santé en milieu professionnel sont survenus au Canada. Ils ont tous été classés comme mineurs, et tous sauf un impliquaient d’autres principes actifs en plus du bromoxynil. L’unique incident où le bromoxynil était le seul produit en cause concernait un préposé à l’application qui avait été vaporisé au visage du produit concentré. Des expositions par voie oculaire, orale et cutanée ont été signalées, de même que des symptômes mineurs comme des douleurs pharyngolaryngées, la paresthésie et des nausées. Tous les symptômes ont disparu en 24 heures. Les 11 autres incidents en milieu professionnel étaient dus au bromoxynil et à d’autres principes actifs associés à divers scénarios d’exposition.

Un incident touchant l’environnement était pertinent en matière de risque pour les organismes aquatiques. L’incident, classé comme grave, s’est produit au Canada : de l’eau utilisée pour éteindre un incendie dans un entrepôt de produits chimiques s’est déversée dans un cours d’eau, provoquant la mort d’un grand nombre de poissons. Toutefois, il a été déterminé qu’il était peu probable que le bromoxynil ait contribué à la mort des poissons, car les échantillons d’eau recueillis contenaient plusieurs autres composés pesticides et la concentration détectée de bromoxynil n’était pas suffisante pour provoquer la mort de poissons.

Dans l’ensemble, aucun motif de préoccupation pour la santé humaine ou l’environnement n’est ressorti dans les rapports d’incidents lorsque les produits avaient été utilisés conformément au mode d’emploi figurant sur leur étiquette. Par conséquent, aucune nouvelle mesure de réduction des risques n’est proposée à la suite de ces incidents.

6.0 Projet de décision découlant de l’examen spécial du bromoxynil

L’évaluation des renseignements scientifiques disponibles sur les aspects préoccupants a permis de déterminer que les risques potentiels pour la santé humaine liés aux expositions par le régime alimentaire et dans les milieux autres que professionnels et les risques potentiels pour les organismes aquatiques non ciblés sont acceptables dans les conditions d’utilisation actuelles. Aucune autre mesure de réduction des risques n’est proposée. Toutefois, pour satisfaire aux normes actuelles en matière d’étiquetage et assurer l’uniformité, il est proposé de mettre à jour l’énoncé relatif à la toxicité pour les organismes aquatiques, les énoncés relatifs au ruissellement et le mode d’emploi.

Les évaluations indiquent que le risque potentiel du bromoxynil pour les préposés au mélange et au chargement ainsi que pour les préposés qui utilisent des équipements d’application en vue d’une application par voie aérienne, est acceptable lorsque le produit est utilisé conformément au mode d’emploi figurant sur son étiquette. Aucune autre mesure de réduction des risques n’est proposée.

Le risque potentiel du bromoxynil en milieu de travail pour les préposés au mélange, au chargement et à l’application par rampe de pulvérisation est jugé non acceptable avec l’EPI indiqué sur l’étiquette de certaines préparations commerciales. Pour assurer l’uniformité et améliorer la clarté, il est proposé d’apporter des mises à jour aux exigences concernant l’EPI.

Le risque potentiel du bromoxynil pour les préposés au mélange, au chargement et à l’application par équipement terrestre est jugé acceptable avec les nouvelles exigences relatives à l’EPI. Les risques potentiels pour les travailleurs durant la période suivant le traitement sont jugés acceptables pour tous les sites et toutes les activités dans les conditions d’utilisation actuelles, sauf en ce qui concerne les travailleurs accomplissant certaines tâches (irrigation manuelle dans les cultures de maïs sucré et d’ail, et récolte manuelle dans les cultures de maïs sucré). Par conséquent, des mesures de réduction des risques supplémentaires sont proposées dans le but d’atténuer les risques pour les travailleurs participant à l’irrigation manuelle (maïs sucré et ail) et à la récolte manuelle (maïs sucré). La mise en œuvre des mesures de réduction des risques proposées (DS) rendrait acceptable le risque potentiel pour les travailleurs participant à l’irrigation manuelle dans les cultures de maïs sucré et d’ail et à la récolte manuelle dans les cultures de maïs sucré durant la période suivant le traitement.

À la lumière des observations ci-dessus, l’ARLA de Santé Canada propose de maintenir l’homologation des produits contenant du bromoxynil aux fins de vente et d’utilisation au Canada avec des mesures d’atténuation supplémentaires, conformément au paragraphe 21(1) de la Loi sur les produits antiparasitaires. L’annexe V de la version intégrale du document PSRD2019-01 résume les modifications proposées à l’étiquetage des produits.

Le Projet de décision d’examen spécial PSRD2019-01 est un document de consultation. L’ARLA acceptera les commentaires écrits au sujet du PSRD2019-01 pendant une période de 45 jours à compter de sa date de publication. Tous les commentaires doivent être acheminés aux Publications.

7.0 Prochaines étapes

Avant de rendre une décision définitive à la suite de l’examen spécial du bromoxynil, l’ARLA examinera tous les commentaires reçus du public en réponse au PSRD2019-01. Cette décision définitive concernant le bromoxynil sera le fruit d’une démarche scientifique. L’ARLA publiera ensuite un document de décision d’examen spécial, dans lequel elle présentera sa décision, les raisons qui la justifient, un résumé des commentaires formulés au sujet du projet de décision et sa réponse à ces commentaires.

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