L’approche fondée sur le risque et l’approche fondée sur le danger dans l’évaluation des pesticides

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Danger et risque

Le danger, c’est le potentiel de causer un préjudice. Le risque, la probabilité qu’un danger devienne préjudiciable. Ainsi, une mesure d’atténuation du risque, c’est une méthode servant à réduire le risque, à savoir, la probabilité qu’un danger cause préjudice.

Exemple : Supposons que vous marchiez en forêt. L’ours qui s’y trouve représente le danger, tandis que votre randonnée sur son territoire constitue le risque. Faire du bruit, randonner en groupe et rester sur les sentiers, ce sont des mesures d’atténuation du risque.

Figure : Description textuelle

Illustration à deux images montrant la différence entre le danger et le risque. La première image montre un ours dans la forêt et porte l’énoncé « La présence d’un ours dans les bois constitue un danger ». La deuxième image montre un randonneur croisant un ours sur son chemin et porte l’énoncé « Faire de la randonnée au pays des ours constitue un risque ».

Approche de Santé Canada concernant l’évaluation des pesticides

Santé Canada joue un rôle crucial dans la réglementation des pesticides au Canada. Comme toute substance chimique, un pesticide mal utilisé peut s’avérer nocif. C’est pourquoi leur bonne gestion est essentielle pour protéger la santé humaine, la sécurité publique et l’environnement.

Pour réglementer les pesticides, Santé Canada applique une approche scientifique fondée sur le risque. Si d’autres organismes de réglementation peuvent tirer différentes conclusions à l’égard d’un même pesticide selon l’approche qu’ils préconisent, il importe de savoir distinguer une approche fondée sur le risque d’une approche fondée sur le danger pour en comprendre les raisons.

Approche fondée sur le risque

L’approche fondée sur le risque consiste à évaluer, à comprendre et à réduire le risque associé à l’utilisation d’un pesticide donné. On cherche ainsi à connaître la probabilité qu’un effet néfaste se produise et la gravité potentielle. Or, pour limiter le risque et s’assurer que l’utilisation du pesticide sera sécuritaire, Santé Canada met en place des mesures d’atténuation du risque. Si cela est impossible, Santé Canada en refusera la vente et l’utilisation au Canada.

Le processus décisionnel de Santé Canada repose sur un cadre d’évaluation et de gestion des risques bien défini et reconnu à l’échelle mondiale. Il s’agit d’un processus en quatre étapes :

  1. Identification : définir les potentielles préoccupations sanitaires et environnementales (les dangers).
  2. Évaluation : évaluer la probabilité et la gravité potentielle du préjudice (le risque).
  3. Gestion : adopter des stratégies pour réduire ou gérer le risque (atténuation).
  4. Surveillance : veiller continuellement à l’efficacité des mesures de gestion du risque.

Une approche fondée sur le risque se veut flexible et adaptable en fonction des nouvelles données scientifiques. On s’assure ainsi de la disponibilité des pesticides essentiels aux secteurs agricoles, forestiers et industriels, ainsi qu’à la santé publique, sans négliger l’importance d’une bonne gestion du risque que pose leur utilisation.

Approche fondée sur le danger

Une approche fondée sur le danger vise les propriétés dangereuses, à savoir les dangers inhérents, d’une substance, peu importe l’utilisation prévue ou les conditions d’exposition. Elle définit et réglemente une substance exclusivement en fonction de sa capacité à causer un préjudice :

  1. Définition du danger : reconnaître la substance dangereuse.
  2. Réglementation : adopter des mesures préventives pour contrôler ou interdire la substance dangereuse.

Cette approche se concentre sur les propriétés d’une substance plutôt que son contexte d’utilisation. Elle part du principe qu’il vaut souvent mieux éviter toute forme d’exposition, notamment dans certains contextes réglementaires ou lorsque la prudence prévaut. Cependant, elle risque de priver le marché de substances potentiellement très avantageuses lorsqu’elles sont utilisées sécuritairement.

Comparaison entre les deux approches

L’une comme l’autre visent à protéger la santé humaine et l’environnement, mais différemment. Alors que l’approche fondée sur le danger ne traite que des dangers potentiels d’un pesticide et préconise l’interdiction de toute forme d’exposition, l’approche fondée sur le risque examine le mode d’utilisation du pesticide afin d’établir les mesures nécessaires à son utilisation sécuritaire.

Dans une approche fondée sur le risque, l’organisme de réglementation tient compte des conditions réelles, notamment de la voie d’exposition (régime alimentaire, contact cutané ou inhalation), de la quantité et de la fréquence. Tout cela correspond à ce que l’on appelle « l’exposition ». On fait d’abord appel à des données scientifiques pour déterminer si le pesticide peut être utilisé sans compromettre la santé et l’environnement, puis on adopte des mesures et des restrictions à cet effet. Ainsi, les décisions prises selon cette approche ne s’arrêtent pas au danger : elles tiennent aussi compte des solutions qui permettent de gérer le risque de façon responsable.  

Exemples

Exemple 1 : Randonner dans un parc national du Canada

Reprenons l’exemple de tantôt :

Imaginez que vous planifiez des vacances d’été entre amis dans l’un des magnifiques parcs nationaux du Canada pour y faire de la randonnée. Vous savez que cette activité vous emmènera en territoire des ours. Vous et vos amis en convenez : l’ours représente un danger.

Selon une approche fondée sur le danger, vous seriez portés à croire que vous devez éviter le danger, quitte à planifier une différente activité.  

En revanche, l’approche fondée sur le risque vous mènera à évaluer le risque que pose une randonnée où se trouvent des ours. Par exemple, vous pourriez vous renseigner sur la probabilité de croiser un ours à ce temps de l’année afin de mieux comprendre le risque. Vous pourriez aussi convenir d’adopter des mesures pour atténuer le risque de tomber nez à nez avec un ours, comme faire du bruit, vous tenir en groupe, rester sur les sentiers balisés. Il serait également possible de vous informer sur le nombre de fois qu’un ours a été aperçu avant votre randonnée, en vue d’ajuster vos plans ou mesures d’atténuation en conséquence. Enfin, en comprenant le risque et en vous assurant d’avoir prévu de bonnes mesures d’atténuation et de surveillance des risques, vous pourriez en conclure qu’il est possible de faire votre randonnée en toute sécurité.

Exemple 2 : Utiliser du « Pestatrix » en agriculture

Prenons un exemple hypothétique lié à l’agriculture.

Imaginez Jacques et Julie, deux agriculteurs de pays différents qui cherchent la meilleure façon de venir à bout des mauvaises herbes dans leurs champs respectifs. Ils envisagent d’utiliser Pestatrix, un herbicide efficace, mais aussi très toxique s’il est mal utilisé. Jacques et Julie savent que Pestatrix représente un danger.

Au pays de Jacques, l’organisme de réglementation suit une approche fondée sur le danger, où les scientifiques se servent de données sur le danger et de critères bien définis pour relever les dangers potentiels. C’est pourquoi l’organisme de réglementation a décidé que ce produit toxique est fondamentalement dangereux et que son utilisation devrait être interdite.

Chez Julie, l’organisme de réglementation suit plutôt une approche fondée sur le risque, où les scientifiques prennent des décisions en fonction d’une science moderne et reconnue à travers le monde. L’organisme de réglementation analyse des données provenant d’essais sur les pesticides dans l’eau et les aliments, de travaux de recherche publiés et de pratiques exemplaires mondiales. Dans le cas du Pestatrix, il examine l’utilisation prévue et étudie les mesures d’atténuation du risque qui pourraient permettre de gérer l’exposition. En fait, là où Julie habite, seuls les préposés à l’application certifiés et ayant suivi une formation peuvent utiliser du Pestatrix, et ce, en portant un équipement de protection individuelle et en suivant les protocoles de sécurité en place. L’utilisation du Pestatrix est d’ailleurs restreinte à des moments précis de l’année et dans des zones à des distances précises de tout habitat sensible. L’organisme de réglementation au pays de Julie poursuit sa surveillance continue des nouvelles données et preuves scientifiques. Il ajustera au besoin les mesures prises relativement au Pestatrix. Tout ça s’inscrit dans une approche qui vise à comprendre le risque (probabilité d’un préjudice selon les conditions) et qui permet de prendre les mesures (réglementation, formation, surveillance) qui s’imposent pour surveiller et gérer le risque.

Bref, dans le cas de Julie, l’organisme de réglementation autorise les pesticides qui favorisent la production d’aliments sains et de qualité pour tout le monde. Puisque Julie sait que le Pestatrix a fait l’objet d’un examen scientifique rigoureux et qu’elle a reçu une formation sur la bonne utilisation de ce produit, elle se sent apte à l’utiliser de façon sécuritaire pour lutter efficacement contre les mauvaises herbes de ses champs. Pestatrix lui permet d’assurer la productivité et la compétitivité de sa ferme et de contribuer à l’approvisionnement en nourriture saine et la sécurité alimentaire.  

Pourquoi c'est important

Pour bien comprendre la réglementation des pesticides au Canada, il faut savoir distinguer la différence entre l’approche fondée sur le danger et celle fondée sur le risque.

À l’instar de nombreux organismes de réglementation reconnus ailleurs dans le monde, Santé Canada assure la protection de la santé humaine et de l’environnement grâce à une approche fondée sur le risque qui fait appel à la science moderne et à des mesures de gestion du risque. L’approche fondée sur le risque offre aux agriculteurs les outils dont ils ont besoin pour produire des aliments salubres destinés à la population canadienne et à l’étranger, en plus de soutenir d’autres secteurs qui utilisent des pesticides, comme la santé publique et la foresterie.

En misant sur une démarche axée sur l’utilisation des pesticides, l’intégration des nouvelles données scientifiques et une gestion responsable des risques, Santé Canada contribue à la promesse d’un avenir prospère, durable et adaptatif.

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2026-06-16