Annexe B : Évaluation des activités de prévention, de détection et de lutte contre les maladies entériques d'origine alimentaire à l'Agence de la santé publique du Canada – Éclosion d'E. coli O104:H4 de 2011 en Allemagne

Annexe B : Leçons à retenir à la suite de l’éclosion d’E. coli O104:H4 de 2011 en Allemagne

Contexte

Le 19 mai 2011, le Robert Koch Institute d’Allemagne (organisation nationale de la santé publique en Allemagne) a reçu sa première notification d’une grappe de cas de syndrome hémolytique et urémique (SHU). Le SHU est un signe de maladie grave, généralement causée par une infection générant des toxines et qui endommage souvent les reins. L’éclosion a rapidement été confirmée, et avant le 21 mai 2011, l’Allemagne a signalé une éclosion grave de la bactérie Escherichia coli produisant la toxine de Shiga, qui sera plus tard identifiée comme le stéréotype O104:H4.

Le 26 juillet 2011, quand le Robert Koch Institute a déclaré la fin de l’éclosion, 908 cas de SHU (34 décès) et 3 167 cas d’ECEH non liés au SHU (16 décès) ont été signalés à l’échelle internationale (consulter le tableau suivant de l’Organisation mondiale de la Santé). Au total, 4 075 personnes ont été malades et 50 en sont mortes pendant l’éclosion.

Cette éclosion était unique sur plusieurs points par rapport aux récentes éclosions d’origine alimentaire. Les femmes adultes étaient particulièrement à risque, et on a observé une proportion beaucoup plus grande que prévu de cas de SHU (environ 22 pour cent comparativement au taux prévu de moins de 10 pour cent). Les résultats pour le patient étaient également pires que prévu, incluant une hausse accrue des complications neurologiques graves et de nombreux décès liés au SHU et aux infections non liées au SHU. Finalement, l’ampleur et la croissance rapide de l’éclosion ont alarmé le public et plusieurs organisations de santé publique (consulter la figure ci-dessous sur la courbe épidémiologique).

Détection

La souche de l’éclosion a été déterminée comme étant une souche d’E. coli O104:H4 produisant une toxine de Shiga. Cette souche rare et imprévue a la capacité de produire une toxine dangereuse, et d’adhérer aux intestins, ce qui explique la gravité de la maladie observée chez plusieurs personnes touchées.

Il y a eu un délai de détection du pathogène responsable de l’éclosion. Près d’une semaine s’est écoulée entre la confirmation initiale de la maladie et la réception des rapports du Robert Koch Institute. Cela était conforme aux délais acceptables de signalement des éclosions en Allemagne à l’époque (le courrier étant un moyen de transmission des renseignements) :

  • les médecins doivent aviser les organismes de santé locaux des infections à signaler dans un délai de 24 heures
  • l’organisme de santé local a alors jusqu’au troisième jour ouvrable de la semaine suivante pour les signaler aux autorités gouvernementales
  • les autorités gouvernementales ont une semaine de plus pour en informer les autorités nationales (ce processus a été réduit à une journée pendant cette éclosion).Note en bas de page 98

Certains ont dit que le manque de centralisation compromettait l’échange de renseignements entre les laboratoires de santé publique et les organisations fédérales.Note en bas de page 99 Au moment de l’éclosion, il n’y avait aucun système électronique permettant un échange de renseignements en temps réel sur les maladies humaines entre tous les laboratoires locaux de santé publique et les laboratoires fédéraux.

Enquêtes (épidémio-logiques et de laboratoire)

À la suite de la caractérisation du pathogène en laboratoire, les enquêtes, appuyées par une collaboration internationale, ont été rapides et complètes. Dans un délai d’une semaine à partir de l’enquête en laboratoire, des outils de détection et une nouvelle méthode de détection du pathogène pour des échantillons cliniques ont été conçus, essayés et présentés aux réseaux nationaux et internationaux.

L’impact de cette éclosion d’origine alimentaire était à la fois significatif et rapide. L’éclosion exigeait des efforts considérables et coopératifs des organisations sanitaires locales, régionales, nationales et internationales. On estime que plus de 100 épidémiologistes ont été nécessaires pour le Robert Koch Institute seulement pour enquêter sur cette éclosion.

La détermination de la source de l’éclosion s’est avérée difficile et a nécessité de nombreuses études épidémiologiques, combinées à une enquête de détection. Cela a souligné l’importance d’une collaboration entre les partenaires en santé publique et les organismes de réglementation de la salubrité des aliments dans le cadre de l’enquête. Les méthodes épidémiologiques comprenaient des entrevues des cas, trois études cas-témoins et une étude des cohortes de restaurants.

Communications

La communication avec le public représente un défi pour toute organisation de santé publique en plein cœur d’une éclosion. La croissance rapide et l’étendue de cette éclosion amplifiaient ce défi, alors que le Robert Koch Institute cherchait à fournir suffisamment de renseignements pour informer et protéger le public, au milieu de cette incertitude quant à la cause de l’éclosion.

Une attribution précoce erronée fut le problème.Note en bas de page 100 Au départ, le public a été mis en garde contre la consommation de tomates, de concombres et de laitue. Par la suite, les concombres espagnols ont été pointés du doigt à tort, avant que le public ne soit mis en garde contre la consommation de légumes en général. Finalement, les graines germées et les pousses ont été ajoutées à la mise en garde, alors que l’enquête poursuivait son cours pour déterminer la source. Il a été conclu que les germes crus étaient la cause de cette éclosion.

Comparaison avec l’Agence de la santé publique

Collaboration

Le système de santé de l’Allemagne est semblable à celui du Canada en ce sens qu’il repose sur une collaboration entre les autorités locales, provinciales et nationales. Après l’éclosion de listériose de 2008, le Canada a réalisé que les rôles et les responsabilités devaient être précisés, donc les lignes directrices relatives aux éclosions d’origine alimentaire ont été renforcées et un plan fédéral d’intervention d’urgence a été conçu. Des mises à l’essai, des formations et des mises à jour sont constamment appliquées. Ces protocoles et plans permettent un cadre solide pour une intervention canadienne en cas d’éclosion d’origine alimentaire, un atout dont l’Allemagne aurait pu tirer profit.

Mis à part ce cadre officiel, le Canada bénéficie aussi depuis longtemps de bonnes relations entre l’Agence de la santé publique et ses partenaires en santé publique provinciaux et territoriaux. En partie à cause de la décentralisation obligatoire suivant la guerre, des relations étroites entre le Robert Koch Institute et les organisations de santé publique d’État de l’Allemagne sont absentes. Cela compromet l’efficacité et l’efficience de l’échange de renseignements et d’une intervention coordonnée.Note en bas de page 101

Systèmes

Le dépistage de tous les agents pathogènes, y compris les imprévus tels que la E. coli O104, est facilité au Canada grâce aux plateformes du Réseau canadien de renseignements sur la santé publique et de PulseNet. Une détection rapide et un échange de renseignements en temps réel dans l’ensemble des laboratoires canadiens (tant au niveau provincial que fédéral) par l’intermédiaire de PulseNet permettent au système canadien de détecter rapidement les menaces d’origine alimentaire, de communiquer les renseignements et d’évaluer les situations. L’Agence de la santé publique a également réalisé des progrès considérables dans l’amélioration de sa capacité en laboratoire parmi ses homologues provinciaux, grâce à une formation et à un transfert de technologie. Grâce à son système de laboratoires interreliés plus fort, le Canada est en meilleure position que l’Allemagne, ou qu’avant l’éclosion de listériose de 2008, pour détecter rapidement la menace et intervenir en temps opportun.

Capacité épidémiologique

L’éclosion en Allemagne a créé une demande soudaine et massive de ressources épidémiologiques au sein du Robert Koch Institute, afin de mener l’enquête sur l’éclosion. Même si l’Agence de la santé publique embauche une vaste gamme d’épidémiologistes dans le cadre de ses programmes en santé publique, elle ferait face à un défi semblable si elle devait mobiliser rapidement un nombre suffisant d’épidémiologistes formés et qualifiés en cas de maladie d’origine alimentaire.

Communications

Lors de l’éclosion en Allemagne, les obstacles liés à la communication se sont présentés, ce qui caractérise tous les pays et tous les types d’éclosions. Il est toujours difficile de satisfaire les demandes de renseignements du public et de fournir un message coordonné et cohérent de la part de tous les partenaires, au plein cœur de la confusion, d’une enquête en cours et de sources de renseignements en concurrence pour obtenir l’attention du public. Malgré ces défis, l’Agence de la santé publique est bien préparée pour communiquer de manière efficace avec le public canadien au cours d’une éclosion d’origine alimentaire. Après l’éclosion de listériose de 2008, un Protocole de communications liées à la salubrité des aliments et un Plan de communication stratégique des risques ont été mis sur pied (ils ont été présentés à l’Allemagne à leur demande après l’éclosion de la souche E. coli O104:H4). Ces outils orientent l’Agence de la santé publique et ses partenaires fédéraux quant à leurs rôles et responsabilités respectifs, tout en servant de guide lors d’éventuels scénarios d’éclosion. Le plan de communication des risques présente à l’Agence de la santé publique des approches pouvant être adaptées à divers scénarios d’éclosion.

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