Annexe C : Évaluation des activités de prévention, de détection et de lutte contre les maladies entériques d'origine alimentaire à l'Agence de la santé publique du Canada – Éclosion de listériose de 2008

Annexe C : Progrès depuis l’éclosion de listériose de 2008

Contexte : Qu’est-ce qui s’est passé pendant l’éclosion de listériose de 2008?

En août 2008, une éclosion de listériose à l’échelle nationale a donné lieu au plus important rappel d’aliments contaminés dans l’histoire canadienne récente. Au total, on a confirmé 57 cas de listériose et 23 décès liés à l’éclosion. Après l’éclosion de 2008, chaque partenaire fédéral et Sheila Weatherill, une enquêteuse indépendante nommée par le Premier ministre, ont effectué un examen des mesures d’intervention pour faire face à l’éclosion dans le cadre du système d’assurance de la salubrité des aliments du Canada. Le rapport de l'enquêteuse indépendante (appelé aussi Rapport Weatherill) a été publié en juillet 2009. Le rapport a mis en évidence un certain nombre de lacunes systémiques du système d’assurance de la salubrité des aliments du Canada et a formulé 57 recommandations. Le rapport indique que l’Agence de la santé publique doit être responsable de la mise en œuvre de dix recommandations et être co-responsable de la mise en œuvre de neuf recommandations supplémentaires ou y participer. Tel qu’indiqué dans le rapport Weatherill, la chaîne d’événements qui a permis de détecter initialement l’éclosion et de rappeler des produits de viande contaminés de Maple Leaf est complexe. Plusieurs secteurs et trois ordres de gouvernement jouent des rôles différents et ont des mandats différents en cas d’éclosion d’origine alimentaire.Note en bas de page 102

En septembre 2009, le gouvernement du Canada a approuvé un financement de 75 millions de $ pendant trois ans pour mettre en œuvre les recommandations formulées dans le rapport Weatherill. L’Agence de la santé publique du Canada a reçu 17,7 millions de $ pour des activités effectuées par le Centre des maladies infectieuses d’origine alimentaire, environnementale et zoonotique (CMIOAEZ), le Laboratoire national de microbiologie (LNM), la direction des Communications, le Bureau de la pratique en santé publique (BPSP) et le Centre de mesures et d’interventions d’urgence (CMIU). Ces activités sont notamment :

Titre du projet Secteur de programme principal Allocation de fonds pour trois ans
Outils et plateformes de surveillance de la santé publique à l'échelle nationale (Panorama) BPSP 4,5 M $
Renforcer les outils de diagnostic expérimental et de réseautage LNM 2,9 M $
Moderniser et mettre en œuvre le Protocole canadien d'intervention lors de toxi-infection d'origine alimentaire (PRITIOA) CMIOAEZ 2,8 M $
Créer un système de commandement des interventions pour les éclosions de maladies d'origine alimentaire (le plan d'intervention d'urgence pour les maladies d'origine alimentaire) CMIU, CMIOAEZ 2,7 M $
Essai pilote d'un modèle de capacité de pointe BPSP 3,3 M $
Élaborer et mettre en œuvre un plan de communication des risques à volets multiples Communications 1,5 M $
Source : Agence de la santé publique du Canada

L’évaluation a examiné les progrès faits par l’Agence de la santé publique dans la mise en œuvre des recommandations.

Rôles et responsabilités

Les rôles et les responsabilités sont plus clairs. Le PRITIOA, le document d’orientation du Canada pour intervenir en cas d’éclosion de maladies d’origine alimentaire, a été révisé après des longues consultations avec les partenaires fédéraux, provinciaux et territoriaux en juin 2010. Il a été approuvé par les sous-ministres de la santé et de l'agriculture fédéral, provinciaux et territoriaux, le Conseil des médecins hygiénistes en chef et le réseau de santé publique.

Le PRITIOA révisé comporte les changements clés suivants :

  • énonce que l’Agence de la santé publique du Canada est responsable de coordonner les éclosions multi-juridictionnelles
  • énonce des dispositions sur l’échange de données, y compris les données épidémiologiques, pour faciliter la détection des éclosions tout en respectant la vie privée et la confidentialité
  • contient des lignes directrices pour améliorer la coordination des responsabilités en matière de communications entre les organismes fédéraux, provinciaux et territoriaux et une annexe qui explique les méthodes pour communiquer avec le public et les personnes à risque
  • précise le nouveau rôle de l'agent de service du PRITIOA.

Les exercices dans le cadre du PRITIOA ont permis de mieux comprendre les rôles et les processus pendant une éclosion multi-juridictionnelle. Treize exercices de formation bilatéraux dans le cadre du PRITIOA ont eu lieu dans toutes les provinces et tous les territoires. Pour mieux répondre aux besoins en formation de chaque province et territoire, on a mis sur pied des groupes de travail chargés d’établir des objectifs de formation précis. On a élaboré et essayé différents scénarios en collaboration avec les provinces et les territoires et en fonction de leurs besoins. Les participants provenaient des secteurs qui participent aux enquêtes sur les éclosions de maladies d’origine alimentaire multi-juridictionnelles. Le programme a comporté des présentations des partenaires fédéraux, provinciaux et territoriaux et un aperçu du PRITIOA et des exercices de simulation d’une éclosion à l'échelle locale, provinciale et nationale.

Les exercices ont visé un certain nombre d’éléments clés, notamment : outils pour les enquêtes épidémiologiques, processus de laboratoire et analyses d’essai, rôle du comité de coordination de l'enquête sur l'éclosion, communications avec le public et processus de rappel des aliments. On a demandé aux participants de remplir un formulaire avant et après l'exercice pour évaluer l’amélioration de leurs connaissances. Les résultats de l'évaluation ont mis en évidence que les participants étaient plus confiants relativement à leur compréhension d’un grand nombre de processus du PRITIOA. On a proposé de faire les exercices de formation tous les deux à cinq ans pour tenir compte des changements de personnel et des processus. En outre, selon les entrevues avec les informateurs clés, un résultat inattendu des exercices dans le cadre du PRITIOA a été que les provinces et les territoires ont mieux compris leurs rôles et responsabilités dans leur territoire, puisque plusieurs participants ne connaissaient pas bien les protocoles provinciaux et territoriaux avant les exercices dans le cadre du PRITIOA.

En novembre 2011, le comité de coordination de l'enquête sur l’éclosion a dû intervenir quatre fois depuis les révisions du PRITIOA. Selon les informateurs clés, les rôles et les responsabilités sont plus clairs, ce qui a facilité une discussion sur les méthodes pour détecter les éclosions potentielles au moyen d'appels d’évaluation. En outre, on fournit tous les renseignements aux agents de service pour leur permettre de donner un briefing aux cadres supérieurs. On effectue des évaluations après les éclosions lorsque les membres du comité de coordination de l'enquête sur l'éclosion considèrent qu’un compte rendu est nécessaire pour assurer le suivi des leçons apprises. En novembre 2011, on a effectué quatre évaluations après l'éclosion dans le cadre du PRITIOA révisé.

En plus des révisions du PRITIOA, on a élaboré et approuvé le Plan d’intervention d’urgence en cas de maladie d’origine alimentaire (PIUMOA). Le plan a été préparé par le Centre de mesures et d’interventions d’urgence en collaboration avec le Centre des maladies infectieuses d’origine alimentaire, environnementale et zoonotique, Santé Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Actuellement, il s’agit d’un plan du portefeuille de la santé. La structure de gestion des incidents dans le cadre du PIUMOA démontre comment les partenaires fédéraux et provinciaux établiront un lien avec la structure de gestion qui sera mise en œuvre en cas d’intervention d’urgence par suite d’une maladie d’origine alimentaire. Les mesures d’intervention seront adaptées au type de risque. L’Agence de la santé publique prévoit diriger un exercice dans le cadre du plan d’intervention d'urgence avec tous les partenaires d’ici la fin de l'exercice financier 2012-13.

Plateforme de surveillance

Le rapport Weatherill a recommandé une évaluation du programme pancanadien de surveillance de la santé (Panorama). L’Agence de la santé publique a obtenu le financement pour élaborer et évaluer un module de gestion des éclosions dans le cadre de Panorama. Le Bureau de la pratique en santé publique a déterminé que ce système de gestion des cas de santé publique n'est pas conforme aux exigences administratives de l’Agence de la santé publique relatives à la gestion des éclosions de maladies d’origine alimentaire multi-juridictionnelles. Les informateurs clés ont confirmé que l’Agence de la santé publique ne continuera pas ce projet. Plutôt, on devra s’assurer que l’Agence peut recueillir et analyser les données de plusieurs systèmes qui sont utilisés dans les provinces, en plus d’assurer le leadership relativement aux normes de données.

La mise en œuvre de Panorama a été retardée plusieurs fois et certaines provinces ont envisagé d’autres systèmes. Un informateur clé a déclaré :

Au début, Panorama devait être une solution centralisée pour la gestion des cas et des éclosions….mais nous avons compris qu’il ne sera jamais une solution centralisée pour toutes les provinces. Certaines provinces et certains territoires ne prévoient pas adopter le système et peuvent utiliser d’autres systèmes pour une fonctionnalité précise, par exemple, les éclosions. À l’Agence de la santé publique et dans notre unité, nous essayons de synthétiser l’analyse du système et de préparer un rapport qui permettra à l’Agence de prendre une décision définitive, soit si elle doit adopter et mettre en œuvre Panorama ou si elle doit concentrer les efforts sur l’élaboration de normes et d'approches visant l’interopérabilité.

Projet pilote de réserve de santé publique

Le Bureau de la pratique en santé publique a obtenu le financement pour élaborer et évaluer un modèle de la capacité de pointe. Le modèle vise à établir un groupe d’épidémiologistes à l’échelle nationale qui doivent être déployés dans les provinces et les territoires pendant une éclosion.

À la fin de l'exercice financier 2011-12, l’Agence de la santé publique a mis sur pied un bureau de coordination pour élaborer le plan du projet et effectuer une analyse opérationnelle, notamment pour élaborer des cadres administratifs potentiels, y compris des politiques, des procédures et des processus pour recruter, fidéliser et opérationnaliser des épidémiologistes pour la réserve. On a choisi un certain nombre de professionnels de la santé à l’échelle nationale spécialisés dans l'épidémiologie pour la réserve du projet pilote et on a mis en place un portail pour communiquer avec les épidémiologistes en tout temps et dans toutes les circonstances et pour les appuyer. Le projet pilote a permis d’élaborer et d’offrir des cours de formation axés sur les compétences pour les épidémiologistes du projet pilote et le personnel de l’Agence de la santé publique.

Le projet pilote a éprouvé des difficultés à régler des problèmes administratifs, par exemple, les exigences juridiques et les besoins en ressources humaines, puisque la réserve sera formée de personnes qui ne sont pas des employés de l’Agence de la santé publique. Le projet doit déterminer comment intégrer le concept à une approche coordonnée à la capacité de pointe à l’échelle de l’Agence de la santé publique. Malgré ces défis, le projet pilote offrira des options pour une réserve de santé publique d’ici la fin de l'exercice financier 2011-12.

On a communiqué régulièrement les renseignements et les progrès du projet aux secteurs de programme. Toutefois, certains informateurs clés ont souligné que des meilleures consultations au sein de l’Agence de la santé publique auraient été avantageuses pour le projet.

Capacité de pointe des laboratoires

Le Laboratoire national de microbiologie, au moyen de PulseNet Canada, a assuré la capacité de pointe en augmentant le nombre de laboratoires et d’employés qui peuvent effectuer des tests et des analyses de l’empreinte génétique. En 2011, le nombre de laboratoires et d'employés accrédités qui pouvaient effectuer des tests et des analyses pour l’E. coli O157, la Salmonella, la Shigella et la Listeria a augmenté partout au pays. Plus précisément, il y a plus de laboratoires et de personnel de laboratoire accrédités qui peuvent effectuer des analyses de la Listeria monocytogenes par rapport à 2008 (avant l’éclosion de listériose), ce qui permet de compter sur un plus grand nombre de ressources accréditées en cas d’éclosion. L’accréditation des membres de PulseNet et l’uniformisation des méthodes sont des activités permanentes.

Un programme d’études et des cours de formation en ligne pour le personnel de laboratoire élaborés par PulseNet Canada du Laboratoire national de microbiologie seront utilisés en tant que programme de formation et d’accréditation pour les employés de laboratoire nouveaux et existants et constituent des activités clés de renforcement des capacités de l’Agence de la santé publique pour appuyer les laboratoires provinciaux. La formation comporte les composantes des techniques des empreintes génétiques, y compris les tests, les analyses informatisées, l’échange de données et l’interprétation des résultats. La formation en ligne permettra à un plus grand nombre de techniciens de laboratoire d’obtenir une accréditation. Le programme de formation en ligne réduira la nécessité de cours de formation sur les lieux et facilitera l’affectation de ressources. Le site Web officiel devrait être en ligne d’ici le 31 mars 2012.

Élaboration de méthodes pour les laboratoires de la prochaine génération

Le personnel du Laboratoire national de microbiologie a utilisé le séquençage génomique pour faire face à l’éclosion de listériose de 2008 et on a mis en évidence qu’il s'agissait de la première application du séquençage du génome entier visant à appuyer une crise de santé publique causée par des pathogènes bactériens. Le séquençage du génome entier est un nouvel outil de laboratoire utilisé pour étudier les pathogènes liés aux éclosions. Il s’agit d’une plateforme détaillée qui peut fournir le portrait génétique d’un pathogène avec la capacité de distinguer les souches avec précision.

Le Laboratoire national de microbiologie a obtenu le financement pour le séquençage des génomes de la Listeria. Les techniciens de laboratoire ont développé des compétences et ont été en mesure d’effectuer le séquençage d'autres génomes de la Listeria par rapport à ce qui avait été planifié. En plus, le personnel du Laboratoire national de microbiologie a pu aider les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis à prendre des mesures d’intervention pendant l’épidémie de choléra de 2010 en Haïti en analysant les données sur le génome. Selon les informateurs clés, un laboratoire national doit considérer les nouvelles technologies de laboratoire telles que la génomique, les évaluer, les uniformiser et, ensuite, les fournir aux provinces. Lorsqu’il a discuté l’importance des nouvelles technologies de laboratoire, un informateur clé a dit :

Ces nouvelles méthodes donnent la possibilité de comprendre ces organismes qui causent des maladies et de les tracer jusqu’à leur origine et de déterminer les maladies qu’ils causent. Au lieu d’obtenir seulement quelques renseignements sur ces organismes, nous obtenons le portrait complet. Le fait de présenter le travail à l’échelle internationale démontre que les nouvelles technologies ont une place dans les laboratoires de santé publique. Nous pouvons continuer d’utiliser les ensembles d’outils existants ou nous pouvons viser l'innovation et la créativité et adopter ces nouvelles technologies qui peuvent être plus économiques par rapport à celles que nous utilisons maintenant.

Communications

On a fait des progrès relativement aux communications au public pendant une éclosion. On a élaboré des outils clés. L’Agence de la santé publique a élaboré une stratégie de communication des risques détaillée qui comporte des approches qui peuvent être adaptées à différents types d'éclosions. Elle comporte des approches pour les relations avec les médias, les communications en ligne, le marketing et les activités de sensibilisation des intervenants qui peuvent être adaptées de manière à répondre aux besoins du public en cas d'éclosion. On a essayé des concepts et des messages de marketing pour s'assurer qu'ils seront efficaces lorsqu’ils devront être utilisés. En outre, on met au point un outil pour évaluer l’efficacité de ces approches de communication pour continuer à apprendre et, ensuite, les approches peuvent être améliorées après une éclosion.

En outre, on a précisé les rôles et les responsabilités relativement aux communications au public. L'Agence de la santé publique du Canada a collaboré avec Santé Canada et l'Agence canadienne d'inspection des aliments en vue d’élaborer un protocole de communications liées à la salubrité des aliments. Le protocole précise différents scénarios liés aux rôles et aux responsabilités pour les communications au public. Toutefois, certains éléments ne sont pas clairs. Certains informateurs ont souligné que le rôle joué par l'Agence de la santé publique dans la communication de messages de prévention au public soulève des préoccupations. Actuellement, Santé Canada et l'Agence canadienne d'inspection des aliments sont responsables de ce secteur. Puisque l'Agence de la santé publique a le mandat de prévenir les maladies, dans le contexte des communications sur la salubrité des aliments, elle joue un rôle différent par rapport à celui joué dans le passé.

Ententes de partage de l’information

Même si l'allocation de fonds initiale pour l’Agence de la santé publique comportait un montant pour régler le problème des ententes de partage de l'information mis en évidence dans le rapport Weatherill, le Bureau de la pratique en santé publique a décidé de réaffecter les fonds à Panorama. On a pris cette décision puisque l’initiative de l’entente multilatérale relative au partage de l'information ne pouvait atteindre les objectifs prévus pendant la période de financement de trois ans. L’initiative de l’entente multilatérale relative au partage de l'information continue de faire des progrès puisque ce travail vise aussi à combler les lacunes mises en évidence dans les rapports précédents, y compris dans le rapport de la vérificatrice générale de 2008 sur la surveillance des maladies infectieuses.

L’initiative de l’entente multilatérale relative au partage de l'information vise à élaborer des ententes de partage de l'information pour tous les types de maladies infectieuses et ne se concentre pas seulement sur les maladies entériques. On fait des progrès, mais les informateurs clés ont indiqué que les problèmes découlant des ressources limitées et les exigences en matière de données qui ne sont pas claires sont des obstacles relativement à l’élaboration d’ententes de partage de l’information. L’importance de standardiser l'échange de renseignements a été soulignée par les informateurs clés, mais certains informateurs n’étaient pas sûrs que cela soit faisable.

L’initiative a mis en évidence une lacune, soit que les secteurs de programme ne communiquent pas clairement aux intervenants les raisons de la collecte des données et l’utilisation des données. On a souligné que, pour les secteurs de programme des maladies entériques, les critères établis sur le type de renseignements obtenus des partenaires provinciaux et territoriaux et sur leur utilisation sont clairs et bien compris.

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