Sommaire : Évaluation des activités de prévention, de détection et de lutte contre les maladies entériques d'origine alimentaire à l'Agence de la santé publique du Canada

Sommaire

Ce rapport présente les résultats d'une évaluation des activités de prévention, de détection et de lutte contre les maladies entériques d'origine alimentaire à l'Agence de la santé publique du Canada.

But et méthodologie de l'évaluation

La haute direction a demandé cette évaluation afin de favoriser la planification du programme ainsi que le processus décisionnel. Des renseignements évaluatifs s'avéraient également nécessaires pour éclairer les contributions de l'Agence de la santé publique dans le cadre de l'intervention du gouvernement du Canada afin de mettre en œuvre les recommandations formulées par la chercheuse indépendante qui s'est penchée sur l'éclosion de listériose en 2008, Sheila Weatherill.

L'évaluation vise à explorer la pertinence et le rendement actuels des activités de prévention, de détection et de lutte contre les maladies entériques d'origine alimentaire à l'Agence de la santé publique et, s'il y a lieu, à formuler des recommandations afin d'améliorer la conception et la prestation de ces activités. L'évaluation porte sur les activités entreprises entre les mois d'avril 2006 et de décembre 2011.

L'évaluation ne tient pas compte des activités liées à la sécurité alimentaire, aux allergènes, aux produits chimiques, aux maladies d'origine hydrique et zoonotique ou à d'autres maladies non entériques d'origine alimentaire.

L'évaluation analyse des renseignements qui proviennent de plusieurs sources :

  • une revue de la littérature existante
  • une étude des principaux documents internes, y compris des dossiers administratifs, de la correspondance ainsi que des renseignements et des communications sur le rendement
  • l'analytique Web et la recherche sur l'opinion publique
  • des entrevues avec les principaux gestionnaires supérieurs et membres du personnel du programme au sein de l'Agence de la santé publique ainsi qu'avec des cadres supérieurs d'autres ministères
  • des entretiens avec des experts internes.

Activités de prévention, de détection et de lutte contre les maladies entériques d'origine alimentaire

Les maladies entériques d'origine alimentaire sont causées par l'ingestion d'aliments contaminés par des bactéries, des virus, des parasites et des produits chimiques ainsi que par des biotoxines (substances toxiques). Les symptômes fréquents d'une maladie entérique d'origine alimentaire sont des nausées, des vomissements, des crampes abdominales et de la diarrhée. Les causes les plus courantes des maladies entériques d'origine alimentaire sont des bactéries comme E. coli, la listériose, Campylobacter, la salmonelle et Shigella.

L'Agence de la santé publique n'est qu'un des acteurs dans le système global d'assurance de la salubrité des aliments qui vise à prévenir, à détecter et à combattre les maladies entériques d'origine alimentaire. Les administrations locales, les gouvernements provinciaux et territoriaux ainsi que d'autres organismes du gouvernement fédéral (comme l'Agence canadienne d'inspection des aliments et Santé Canada), ont tous un rôle à jouer. Les activités de l'Agence de la santé publique dans ce domaine comprennent une surveillance nationale et internationale (par exemple, la surveillance de la résistance aux antimicrobiens, des sites sentinelles et des maladies entériques), les enquêtes de laboratoire et épidémiologiques, la coordination des interventions contre les éclosions et les communications au public (lorsqu'une maladie humaine se manifeste dans plusieurs administrations).

Compte tenu de l'horizontalité des activités liées aux maladies entériques d'origine alimentaire, il est difficile de déterminer le montant total de ressources alloué à la prévention, détection et à la lutte contre les maladies d'origine alimentaire au sein de l'Agence de la santé publique. Au sein de la Direction générale de la prévention et du contrôle des maladies infectieuses seule il est estimé que plus de 17 millions de dollars sont affectés chaque année pour ce genre d'activités.

Résultats, conclusions et recommandations de l'évaluation

La synthèse et l'analyse des renseignements recueillis pour cette évaluation ont abouti à des résultats et à des conclusions sur la pertinence et le rendement qui ont mené, à leur tour, à trois recommandations (voir la figure 1).

Résumé des résultats et des conclusions

Pertinence

Chaque année, les maladies d'origine alimentaire touchent des millions de Canadiens. Le gouvernement du Canada déclare invariablement que la salubrité des aliments est une priorité. Le gouvernement fédéral a un rôle à jouer en matière de santé publique dans la prévention, la détection et la lutte contre les maladies entériques d'origine alimentaire.

La Loi sur l'Agence de la santé publique du Canada encadre les rôles et les responsabilités de l'Agence dans la prévention et la lutte contre les éclosions de maladies infectieuses. Le gouvernement fédéral a un rôle clair en matière de santé publique afin de coordonner et de faciliter les interventions contre les éclosions d'ampleur multijuridictionnelle. Le document directeur pour y parvenir est le Protocole d'intervention lors de toxi-infection d'origine alimentaire (PRITIOA).

Certaines activités de prévention en amont concordent avec le rôle de l'Agence de la santé publique à l'égard des maladies d'origine alimentaire. La surveillance de la résistance aux antimicrobiens et de l'attribution des sources est un rôle reconnu pour l'Agence de la santé publique qui reflète les activités entreprises par les Centers for Disease Prevention and Control aux États-Unis.

La présente évaluation a toutefois révélé que certaines activités de prévention en amont de l'Agence de la santé publique, notamment les activités de modélisation des risques et de synthèse de la recherche qui se concentrent sur les produits d'origine animale et alimentaire, ne cadrent pas clairement avec le mandat traditionnel de la santé publique.

Rendement

L'Agence de la santé publique a collaboré avec ses partenaires fédéraux du domaine de la salubrité des aliments, comme l'Agence canadienne d'inspection des aliments et Santé Canada, ainsi qu'avec les provinces et les territoires, afin d'améliorer le système d'assurance de la salubrité des aliments, surtout dans le domaine de la détection des maladies entériques d'origine alimentaire et de la lutte contre les éclosions d'ampleur multijuridictionnelle.

Des améliorations considérables ont été apportées à la suite de l'éclosion de listériose en 2008. Le PRITIOA révisé et les exercices subséquents ont clarifié les rôles et les responsabilités pendant une éclosion d'ampleur multijuridictionnelle. Des outils de communication clés ont été conçus, et d'autres données probantes sont générées et utilisées afin de détecter et de combattre les éclosions de maladies entériques d'origine alimentaire.

Cela dit, il y a deux principaux défis qui demeurent. Tout d'abord, les partenaires du domaine de la salubrité des aliments ne semblent pas se servir des renseignements qui découlent de certaines activités de prévention en amont de l'Agence de la santé publique (c'est-à-dire la surveillance de l'attribution des sources, la modélisation des risques, les synthèses de recherche). Deuxièmement, l'Agence de la santé publique n'a pas de plan global pour réagir à tous les scénarios d'éclosions de maladies entériques d'origine alimentaire.

Recommandations

Trois grandes recommandations sont présentées compte tenu des résultats ci-dessus.

Une planification stratégique

Tel qu'il a été mentionné auparavant, certaines activités de l'Agence de la santé publique ne cadrent pas clairement avec le mandat type de la santé publique. Cela transparaît dans certaines activités de prévention en amont, comme la synthèse de la recherche et la modélisation des risques, qui examinent les produits d'origine animale et alimentaire. Lorsque le rôle n'est pas aussi clair, l'utilisation des données probantes générées est limitée. Les activités de surveillance en amont ont, par contre, un rôle clair en matière de santé publique.

Les données probantes engendrées par les activités de prévention en amont ne semblent pas avoir été utilisées par les partenaires du domaine de la salubrité des aliments, sauf en ce qui concerne les renseignements sur la surveillance de la résistance aux antimicrobiens. D'autres activités, comme les travaux de surveillance de l'attribution des sources, s'inscrivent effectivement dans un mandat de santé publique, mais elles ne sont pas encore entièrement fonctionnelles, ce qui a pour effet de limiter leur capacité à fournir des données nationales abondantes susceptibles d'être utilisées par les partenaires fédéraux du domaine de la salubrité des aliments.

Ces activités devraient être examinées afin de s'assurer qu'elles répondent à un besoin ou qu'elles comblent une lacune. L'établissement des priorités devrait se faire conjointement avec les partenaires du domaine de la salubrité des aliments, tant fédéraux que provinciaux et territoriaux.

RECOMMANDATION 1

Adopter une approche plus stratégique à l'échelle de l'Agence et entre les ministères à l'égard des maladies entériques d'origine alimentaire qui comprend, mais sans s'y limiter :

  1. des mécanismes d'établissement des priorités afin de déterminer les principales activités liées aux maladies d'origine alimentaire de l'Agence de la santé publique
  2. une compréhension commune du rôle des activités de prévention en amont et de leur lien avec les activités plus générales associées aux maladies d'origine alimentaire de l'Agence de la santé publique
  3. un mécanisme pour suivre les dépenses liées aux maladies entériques d'origine alimentaire qui tienne compte de l'horizontabilité de ce secteur de programme.
 
Capacités d'intervention en cas d'éclosion

Soutenir les provinces et les territoires pendant une éclosion fait partie du rôle de direction et de renforcement des capacités de l'Agence de la santé publique à l'échelle nationale. Ce rôle consiste à concevoir et à faire connaître des outils, des méthodes et des pratiques exemplaires épidémiologiques et de laboratoire afin d'aider les provinces et les territoires à mener leurs propres enquêtes de laboratoire et épidémiologiques. Cet appui est fort apprécié des provinces et des territoires ainsi que des partenaires fédéraux du domaine de la salubrité des aliments. On ne semble toutefois pas être en mesure de fournir aux provinces et aux territoires des techniques et des outils normalisés pour les aider à mener des enquêtes épidémiologiques.

Même si les épidémiologistes d’autres secteurs de l'Agence de la santé publique peuvent être déployés advenant une éclosion, l’Agence de la santé publique ne possède pas de plan global en matière de capacité d’appoint pour répondre aux éclosions de maladies entériques d’origine alimentaire d’ampleur importante. Comme l’épidémiologie liée aux éclosions d’origine alimentaire s’appuie sur des méthodes et des outils particuliers qui la distinguent des enquêtes épidémiologiques menées relativement à d’autres maladies, des ressources humaines qualifiées doivent être disponibles en cas d’éclosion.

RECOMMANDATION 2

Régler les problèmes concernant la capacité de détecter et de prendre en charge les éclosions d’origine alimentaire dans les domaines suivants :

  1. maintenir la capacité de base de l’Agence de la santé publique liée aux opérations quotidiennes de détection et de prise en charge des éclosions
  2. élaborer un plan en matière de capacité d’appoint à l’échelle de l’Agence de la santé publique pour répondre aux éclosions importantes, avec un accent particulier sur la capacité épidémiologique provinciale/territoriale et celle de l’Agence de la santé publique
  3. continuer d’élaborer et de mettre en œuvre des activités de renforcement des capacités, incluant des outils et des techniques, pour aider les provinces et les territoires à réaliser leurs propres enquêtes épidémiologiques et en laboratoire.
 
Exercices à l'aide des plans et des protocoles

Les exercices liés au Protocole d'intervention lors de toxi-infection d'origine alimentaire ont permis de mieux comprendre les rôles et les processus pendant une éclosion d'ampleur multijuridictionnelle. Les exercices sur le PRITIOA ont été recommandés dans le rapport Weatherill après l'éclosion de listériose en 2008 et mentionnés dans l'examen des leçons tirées de l'éclosion de listériose de l'Agence de la santé publique. Un plus grand nombre d'exercices bilatéraux que prévu ont été réalisés et tous les exercices ont été conçus en collaboration avec les provinces et les territoires. Mme Weatherhill a également recommandé l'élaboration et la mise en pratique du Plan d'intervention d'urgence en cas de maladie d'origine alimentaire. Ce plan devrait être entièrement mis en pratique en février 2013.

Faire des exercices avec les plans et les protocoles aide à faire en sorte que les rôles et les responsabilités demeurent clairs pour toutes les parties concernées. En outre, cela donne à tous les partenaires la possibilité de tisser et d'entretenir des liens, ce qui a été déterminé être un facteur contributif clé de la réussite des activités de détection et d'intervention.

RECOMMANDATION 3

Poursuivre les exercices avec le Protocole d'intervention lors de toxi-infection d'origine alimentaire et le Plan d'intervention d'urgence en cas de maladie d'origine alimentaire.

Figure 1 : Résumé des résultats, des conclusions et des recommandations
  RÉSULTATS CONCLUSIONS RECOMMANDATIONS
Pertinence

De nombreux Canadiens sont victimes de maladies entériques d'origine alimentaire chaque année.

Le gouvernement fédéral doit jouer un rôle en santé publique dans la prévention, la détection et la lutte contre les maladies entériques d'origine alimentaire. En revanche, certaines activités de l'Agence de la santé publique ne cadrent pas nécessairement avec le mandat type de la santé publique. Ces activités devraient être examinées afin de s'assurer qu'elles répondent à un besoin ou qu'elles comblent une lacune.

  1. Adopter une approche plus stratégique à l'échelle de l'Agence et entre les ministères à l'égard des maladies entériques d'origine alimentaire qui comprenne, mais sans s'y limiter :
    1. des mécanismes d'établissement des priorités afin de déterminer les principales activités liées aux maladies d'origine alimentaires de l'Agence de la santé publique
    2. une compréhension commune du rôle des activités de prévention en amont et de leur lien avec les activités plus généralement associées aux maladies d'origine alimentaire de l'Agence de la santé publique
    3. un mécanisme pour suivre les dépenses permanentes liées aux maladies entériques d'origine alimentaire qui tienne compte de l'horizontabilité de ce secteur de programme.
  2. Régler les problèmes concernant la capacité de détecter et de prendre en charge les éclosions d'origine alimentaire dans les domaines suivants : maintenir la capacité de base de l'Agence de la santé publique liée aux opérations quotidiennes de détection et de prise en charge des éclosions élaborer un plan en matière de capacité d'appoint à l'échelle de l'Agence de la santé publique pour répondre aux éclosions importantes, avec un accent particulier sur la capacité épidémiologique provinciale/territoriale et celle de l'Agence de la santé publique continuer d'élaborer et de mettre en œuvre des activités de renforcement des capacités, incluant des outils et des techniques, pour aider les provinces et les territoires à réaliser leurs propres enquêtes épidémiologiques et en laboratoire.
  3. Poursuivre les exercices avec le PRITIOA et le PIUMOA.

Le gouvernement fédéral a un rôle à jouer pour prévenir, détecter et combattre les maladies entériques d'origine alimentaire.

La salubrité des aliments est une priorité pour le gouvernement du Canada et pour l'Agence de la santé publique.

Les partenaires délimitent clairement et comprennent bien le rôle de l'Agence de la santé publique dans la détection des éclosions de maladies entériques d'origine alimentaire et les interventions qui s'y rattachent.

Le rôle de l'Agence de la santé publique dans les activités de surveillance de la prévention en amont, comme la résistance aux antimicrobiens, est clair.

Les activités du Laboratoire de lutte contre les zoonoses d'origine alimentaire dans le domaine de la prévention en amont ne cadrent pas clairement avec le rôle type de la santé publique.

Rendement

Les activités de détection et d'intervention et certaines activités de prévention en amont sont bien coordonnées, ce qui permet un échange de renseignements rapide.

Des améliorations importantes ont été apportées depuis l'éclosion de listériose en 2008.

Des exercices qui ont permis de mieux connaître les rôles et les processus ont été réalisés.

Une plus grande quantité de données probantes sont créées et utilisées afin de détecter et de lutter contre les maladies entériques.

Cela dit, quelques défis existent encore, incluant l'absence d'un plan de renforcement des capacités. De plus, lorsque le rôle de l'Agence de la santé publique est clair et bien compris, les données probantes sont fournies et utilisées rapidement et efficacement. Lorsque le rôle n'est pas clair, l'utilisation des données probantes est limitée, ce qui transparaît dans les activités de prévention en amont.

Des données probantes sur les risques pour la santé publique liés à la salubrité des aliments sont créées et utilisées pour détecter et combattre les maladies entériques d'origine alimentaire.

L'Agence de la santé publique est mieux préparée qu'avant l'éclosion de listériose de 2008 pour communiquer avec la population, car des outils clés ont été conçus et éprouvés.

Les exercices réalisés avec le Protocole d'intervention lors de toxi-infection d'origine alimentaire (PRITIOA) a permis de mieux comprendre les rôles et les processus pendant une éclosion d'ampleur multijuridictionnelle.

Les activités liées aux maladies entériques d'origine alimentaire tendent à être bien intégrées dans l'Agence de la santé publique, mais il y a place à l'amélioration en ce qui a trait à l'échange de renseignements et à la coordination de la gestion de la capacité d'appoint et de certaines activités de prévention en amont.

Comme aucune entente en matière d'échange de renseignements n'a été conclue avec les provinces et les territoires, divers protocoles ont été élaborés pour orienter la collaboration entre les partenaires quant à la détection et à la prise en charge des éclosions de maladies entériques d'origine alimentaire.

Bien que beaucoup de renseignements soient générés dans le cadre de certaines activités de prévention en amont, il existe peu de données probantes sur l'utilisation de ces renseignements.

On ne semble toutefois pas être en mesure de fournir aux provinces et aux territoires des techniques et des outils normalisés pour qu'ils puissent procéder à des enquêtes épidémiologiques. En outre, l'Agence de la santé publique ne présente pas de plan global en matière de capacité d'appoint.

Bien qu'un certain nombre de données sur le rendement soient recueillies, il n'y a pas de stratégie de mesure du rendement générale pour les activités liées aux maladies entériques d'origine alimentaire.

Même si le récent financement à durée limitée pour la salubrité des aliments fait l'objet d'un suivi systématique, il n'y a pas de mécanisme pour surveiller le financement permanent des activités liées aux maladies entériques d'origine alimentaire.

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