Chapitre 4 : Rapport de L’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada 2008 – Revenu

Facteurs socioéconomiques qui influent sur notre état de santé et qui contribuent aux inégalités sur le plan de la santé

Revenu

Le revenu – pris seul ou avec d’autres facteurs – est un déterminant important de la santé et donc des inégalités sur le plan de la santé. Selon les études réalisées, il y a une très grande différence quand à la prévalence des maladies et aux années de vie perdues entre le quintile de revenu le plus élevé et chacun des quintiles de revenu inférieurs. Comme il est indiqué au chapitre 3, si tous les quartiers avaient les mêmes taux de mortalité en fonction de l’âge et du sexe que ceux des quartiers ayant le quintile de revenu le plus élevé, le nombre total d’années potentielles de vie perdues pour l’ensemble des quartiers urbains serait réduit d’environ 20 %. C’est donc dire que cette réduction serait supérieure au total des années de vie perdues chaque année en raison des blessures (19 %) dans l’ensemble des quartiers (il s’agit de la deuxième cause de décès prématuré)144, 173.

Au fil du temps, les Canadiens ont constaté une augmentation générale du revenu personnel (ajusté en fonction de l’inflation), compte tenu de la baisse du taux de chômage et de l’augmentation des salaires au taux normal. Cependant, le taux de pauvreté n’a pas diminué proportionnellement. En fait, l’écart entre les revenus les plus élevés et les moins élevés ne cesse de se creuser (voir la figure 4,1)213.

Étant donné que la manière de mesurer la pauvreté ne fait pas l’unanimité et qu’il n’existe pas de définition nationale de la pauvreté, le seuil de faible revenu (SFR) après impôts est utilisé pour le présent rapport. Le SFR est le point de référence du niveau de revenu à partir duquel une personne ou une famille peut avoir de la difficulté à combler ses besoins essentiels213. Toutefois, la pauvreté ne se limite pas au manque d’argent (pauvreté matérielle), elle comprend également la pauvreté sociale (incapacité de prendre part à la société)214. Cet aspect est particulièrement pertinent pour l’étude des effets à long terme sur les enfants élevés dans la pauvreté. Les taux présentés ici peuvent sous-représenter l’étendue de la pauvreté en ce qui a trait au nombre de personnes vivant dans la pauvreté et aux effets sociaux persistants de la pauvreté.

Figure 4,1 Revenus moyens des familles économiques, de deux personnes ou plus, en dollars constants,  Canada, 1996-2005

 

Figure 4,1 Revenus moyens des familles économiques, de deux personnes ou plus, en dollars constants,  Canada, 1996-2005

Source : Statistique Canada, Le revenu au Canada, 2005.


 

En 2005, le taux de pauvreté estimé pour l’ensemble du Canada (c. à d. les personnes ayant un faible revenu après impôt) était de près de 11 %213. Toutefois, les taux de pauvreté seraient beaucoup plus élevés dans certains groupes, notamment les suivants : parent seul (26%); personnes à capacité de travail limitée (21 %); nouveaux immigrants (19 %); et Autochtones hors réserve (17 %). De plus, ces taux sont plus élevés et croissent plus rapidement dans des quartiers de certaines villes canadiennes215. Les familles à faible revenu et les personnes des niveaux de revenu les plus faibles tendent à se regrouper dans les quartiers à faible revenu216. Par conséquent, elles ne sont pas uniquement touchées par la pauvreté individuelle, mais également par les répercussions de la vie dans un milieu désavantagé sur le plan économique. La concentration de la pauvreté ne fait qu’exacerber l’ensemble des effets de la pauvreté individuelle sur la santé lorsque, pour cette raison, les quartiers disposent de très peu de ressources, de services et de soutien social et ont un taux de criminalité élevé261.

Même s’il n’y a aucune stratégie nationale coordonnée et intégrée de lutte contre la pauvreté au Canada, des provinces et des organismes ont créé leurs propres stratégies pour venir en aide principalement aux enfants et aux familles. Le Québec et Terre Neuve et Labrador ont mis en œuvre des stratégies de réduction de la pauvreté et l’Assemblée des Premières nations a récemment mis en place un plan stratégique pour réduire la pauvreté par la création de possibilités, la mise à profit des atouts communautaires et des changements à la structure de gestion des ressources217, 218, 219

Accent sur la pauvreté

Politique familiale du Québec

Le Québec a mis en place sa Politique familiale en 1997. Celle-ci comprend des allocations pour enfants, des congés de maternité et des congés parentaux prolongés, des avantages accrus pour les femmes qui sont travailleuses autonomes ainsi que des services d’éducation et de garde subventionnés pour la petite enfance. Grâce à cette politique, la province a été en mesure de rassembler les garderies sans but lucratif et les garderies en milieu familial en un réseau de garderies pour enfants de quatre ans et moins. Les centres offrent des services de garde à contribution réduite pour la population en général et gratuits pour les parents bénéficiant de
l’aide sociale. De plus, les écoles primaires publiques offrent également des services de garde à contribution réduite avant et après les heures de classe et des classes de maternelle à temps plein pour tous les enfants de cinq ans220, 221. En outre, des commissions scolaires offrent aux enfants de quatre ans de familles à faible revenu la possibilité d’aller à la maternelle à temps plein222. Depuis 1997, la réduction continuelle des taux de pauvretés du Québec a donné lieu dans l’ensemble à la plus grande diminution parmis les provinces, produisant comme résultat en 2005, un taux de pauvreté chez les enfants plus bas que la moyenne nationale213. Bien qu’une bonne partie de cette diminution soit attribuable à la croissance économique, il est estimé que les politiques gouvernementales ont également contribué à réduire les taux de pauvretés217.

Initiative de la Saskatchewan

Compte tenu des effets positifs reconnus de l’emploi sur la santé (comme l’appartenance à un réseau social et l’estime de soi) et du fait que certaines familles à faible revenu ont de la difficulté à payer les dépenses liées à l’emploi (p. ex. impôt sur le revenu et cotisations, frais de transport, vêtements, services de garde à l’enfance) en plus de celles liées aux besoins essentiels, Saskatchewan a mis en œuvre, en 1997, une initiative qui appuie de nombreux programmes et services pour aider les personnes à faible revenu à acquérir une sécurité financière, notamment les suivants : Saskatchewan Employment, Saskatchewan Child Benefit, Family Health Benefits (offre une assurance-maladie supplémentaire pour les enfants)218, 223. D’autres formes d’aide sont offertes, comme des subventions pour les services de garde à l’enfance, des rabais sur les laissez passer d’autobus, des suppléments pour logement locatif et des allocations de transition à l’emploi. L’admissibilité à ces formes d’aide est déterminée en fonction du seuil de revenu plutôt que de l’admissibilité à l’aide sociale. Depuis la mise en œuvre de la stratégie il y a sept ans, le nombre de familles dépendantes de l’aide sociale a diminué de 41 % (6 800 familles et près de 15 000 enfants) et le revenu disponible après impôt des familles travaillant au salaire de base s’est considérablement accru218.

 

Selon les estimations, 788 000 enfants de moins de 18 ans vivent dans la pauvreté, ce qui représente une diminution au cours des dix dernières années, le taux étant passé de 18,6 % en 1996 à 11,7 % en 2005 (voir la figure 4,2)8, 213, 224.

Figure 4,2 Enfants âgés de 0 à 17 ans vivant dans des familles à faible revenu (après impôt), Canada, 1996-2005

 

Figure 4,2 Enfants âgés de 0 à 17 ans vivant dans des familles à faible revenu (après impôt), Canada, 1996-2005

Source : Agence de la santé publique du Canada au moyen du tableau
202-0802 de CANSIM, Statistique Canada.


 

La figure 4,3 montre que, bien que le nombre d’enfants canadiens vivant dans des familles à faible revenu soit inférieur à celui des États-Unis, il est plus de deux fois plus élevé que celui de pays nordiques comme la Finlande, la Suède et la Norvège8. Ces données tendent donc à indiquer que les politiques et les programmes du Canada ne sont pas aussi efficaces que ceux d’autres pays de l’OCDE. En général, les pays de l’Europe de l’Ouest et du Nord qui offrent des prestations universelles aux familles avec enfants ont les taux les plus bas de pauvreté chez les enfants, une fois que les impôts et les transferts sont pris en compte8, 225

Figure 4,3 Pourcentage d’enfants de familles à faible revenu dans les pays de l’OCDE, compte tenu de sources du marché et du revenu disponible : fin des années 1990 et début des années 2000
 
Figure 4,3 Pourcentage d’enfants de familles à faible revenu dans les pays de l’OCDE, compte tenu de sources du marché et du revenu disponible : fin des années 1990 et début des années 2000

Source : Adapté de Corak, M. (fourni par l’Initiative sur la santé de la
population canadienne , 2007).


 

Le Canada n’a que partiellement réussi à améliorer la situation de la pauvreté chez les enfants, mais il a été davantage en mesure de réduire la pauvreté chez les aînés (consultez la zone de texte encadré)123. Même si aucune étude particulière n’établit de liens entre l’amélioration de l’état de santé général chez les aînés et une réduction de la pauvreté chez ces derniers, les données montrant un lien entre la santé et le revenu laissent croire que les investissements sociaux réalisés par le Canada ont permis d’améliorer l’état de santé des aînés. 

 

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