Chapitre 4 : Rapport de L’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada 2008 – Scolarité et alphabétisation

Facteurs socioéconomiques qui influent sur notre état de santé et qui contribuent aux inégalités sur le plan de la santé

Scolarité et alphabétisation

En général, un bon niveau de scolarité signifie un meilleur emploi, un revenu plus élevé, une compétence informationnelle accrue en santé, une meilleure compréhension des effets des comportements nuisible sur la santé et une plus grande capacité de s’orienter dans le système de soins de santé – tous des facteurs qui favorisent un meilleur état de santé. Selon les données du chapitre 3, le bilan de santé des Canadiens qui ont un niveau de scolarité moins élevé est souvent moins bon, ce qui inclut une moins grande espérance de vie et un taux accru de mortalité infantile. Par ailleurs, selon une étude américaine récente, les taux de mortalité chez les populations moins instruites sont supérieurs à ceux des populations plus instruites. Toujours selon cette étude, si tous les adultes avaient le même taux de mortalité que celui des personnes les plus instruites, la réduction de la mortalité prématurée (ou des décès précoces) pourrait être équivalente à huit fois le nombre de décès évités grâce aux progrès de la médecine pendant la même période309

En finissant leurs études secondaires, les jeunes peuvent améliorer leur qualité de vie, car ils acquièrent les outils et la confiance dont ils ont besoin pour mener une vie saine, productive et prospère. Cela profite non seulement à eux, mais aussi à leur communauté. Au pays, plus de 17 millions de Canadiens possèdent un diplôme d’études secondaires, soit environ 80 % des adultes canadiens de plus de 25 ans310. Le Canada se classe ainsi parmi les cinq premiers pays de l’OCDE quant au taux de réussite des études secondaires311. Il y a toutefois des différences d’une région à une autre. Le taux de réussite des études secondaires chez les résidants de la Colombie-Britannique est plus élevé que celui des Canadiens en général. Au Québec et dans les régions de l’Atlantique, ce taux se situe sous la moyenne nationale310. Le niveau de scolarité est également inférieur à la moyenne nationale chez les Premières nations, où un peu moins de la moitié de la population possède un diplôme d’études secondaires161.

Au Canada, le taux de décrochage au secondaire chez les 20 à 24 ans a diminué de 10 % depuis les années 1990312.Malgré cette amélioration, de jeunes Canadiens risquent encore d’abandonner l’école prématurément, en particulier les jeunes défavorisés qui n’ont pas le soutien dont ils ont besoin pour réaliser leur plein potentiel. Si on les compare aux Canadiens qui ont terminé leurs études secondaires, les personnes qui les abandonnent sont plus susceptibles de recevoir de l’aide sociale et des prestations d’assurance-chômage et plus susceptibles d’être emprisonnées. Elles risquent aussi d’être plus sujettes aux maladies et aux blessures et plus susceptibles d’avoir une faible connaissance des comportements liés à la santé313. Les personnes qui décrochent sont moins portées et aptes à utiliser des services préventifs de santé et sont moins enclines à participer (p. ex. comme bénévoles) à des activités communautaires314

Il existe des différences entre les hommes et les femmes en ce qui a trait à la poursuite d’études postsecondaires. Le pourcentage de femmes qui possèdent un diplôme universitaire a augmenté brusquement (de 21 % en 1991 à 34 % en 2001), alors que chez les hommes, ce pourcentage a augmenté de façon moins marquée (de 16 % en 1991 à 21 % en 2001)318. Il convient également de souligner que l’écart entre les proportions d’hommes et de femmes qui poursuivent des études postsecondaires s’élargit. Les femmes, qui étaient habituellement sous-représentées dans les établissements d’enseignement postsecondaire, représentent maintenant 60 % des étudiants de 1er cycle dans les universités canadiennes319. Étant donné l’action qu’exerce le niveau de scolarité sur la santé, il se peut qu’un écart en matière de santé causé par un niveau d’études moins élevé chez les hommes fasse son apparition si ceux-ci continuent d’être sous-représentés dans les programmes d’enseignement supérieur. 

Le niveau de scolarité et le revenu sont souvent interdépendants quant à leur incidence sur la santé. Selon les taux de rémunération médiane associés aux niveaux de scolarité atteints, plus le niveau de scolarité atteint est élevé, plus le revenu moyen est élevé (2001). En fait, les personnes qui possèdent un diplôme ou un certificat de niveau universitaire gagnent en moyenne plus du double (48 648 $) de ce que gagnent les personnes qui n’ont pas fini leurs études secondaires (21 230 $)320. Malgré qu’il y ait maintenant plus de femmes que d’hommes qui poursuivent des études postsecondaires, le salaire moyen des femmes qui travaillent à temps plein n’a pas augmenté pour autant. L’écart salarial entre les hommes et les femmes a seulement diminué de 2 % (de 20 % en 1991 à 18% en 2001) pour les emplois à temps plein318.  

En général, il existe une corrélation certaine entre les niveaux de scolarité et d’alphabétisation. En effet, plus une personne est instruite, plus elle sera susceptible de lire et de comprendre des documents écrits. Le terme « alphabétisation » inclut désormais non seulement la capacité de lire, d’écrire et de calculer, mais également de comprendre et d’appliquer la matière apprise dans les activités et les décisions quotidiennes. L’analphabétisme peut nuire directement à la santé, par exemple si une personne utilise incorrectement un médicament ou comprend mal les risques associés à la mauvaise utilisation de produits chimiques potentiellement dangereux à la maison ou au travail.

Le niveau d’alphabétisation d’environ neuf millions de Canadiens (42 % des personnes âgées de 16 à 65 ans) serait inférieur au niveau jugé essentiel pour réussir dans l’économie et la société d’aujourd’hui314. Les statistiques sont encore plus inquiétantes du côté de groupes particuliers, y compris des aînés, des immigrants et des Autochtones.

 

Accroître les possibilités de s’instruire

Passeport pour ma réussite

La communauté de Regent Park, située au centre-ville de Toronto, est considérée comme l’ensemble de logements sociaux le plus désavantagé sur le plan économique au Canada. La communauté a une infrastructure et des ressources limitées et, jusqu’à récemment, offrait peu de raisons aux jeunes d’espérer un meilleur avenir. Plus de 80 % des résidants font partie de minorités visibles et pour 60 % d’entre eux, l’anglais est une langue seconde315. Ce quartier regroupe la plus forte concentration de familles à faible revenu à Toronto et compte deux fois plus de familles monoparentales qu’ailleurs dans la ville. Il n’y a pas d’école secondaire dans la communauté et 56 % des enfants en âge d’étudier au secondaire ont abandonné leurs études en 2001, soit deux fois plus que la moyenne calculée pour Toronto316. Toujours en 2001, les responsables du centre de santé communautaire de Regent Park ont décidé d’entrer en scène et d’agir. Ils étaient convaincus que les jeunes de Regent Park pouvaient devenir les dirigeants de demain. Ils ont donc mis sur pied le programme Passeport pour ma réussite afin de briser le cercle de la pauvreté et d’accroître les chances que les jeunes terminent leurs études secondaires et poursuivent des études postsecondaires315. Le programme offre un soutien scolaire, social, financier et des services de représentation aux jeunes à risque et aux jeunes désavantagés sur le plan économique. Cela comprend les services de tuteurs, d’orienteurs et d’intervenants en soutien aux parents et aux étudiants, l’offre de billets de transport urbain gratuits pour le trajet entre la maison et l’école (à condition de se présenter) et l’attribution de bourses collégiales ou universitaires aux étudiants qui poursuivront leurs études postsecondaires dans un programme agréé317. Selon les résultats d’une évaluation indépendante récente du programme :

  • plus de 90 % des étudiants d’école secondaire de Regent Park ont été inscrits au programme;
  • le taux d’abandon scolaire est passé de 56 % à 10 %, ce qui est considérable, et le taux d’absentéisme a diminué de 50 %;
  • le pourcentage de jeunes de cette communauté qui fréquentent un collège ou une université a quadruplé, passant de 20 % à 80 %;
  • le taux de natalité chez les adolescentes a chuté de 75 %316.
  • Le programme Passeport pour ma réussite a été élargi afin d’inclure cinq autres communautés et des plans sont élaborés pour joindre plus de 20 communautés partout au Canada315.

 

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