Chapitre 4 : Rapport de L’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada 2008 – Soutien social et appartenance sociale

Facteurs socioéconomiques qui influent sur notre état de santé et qui contribuent aux inégalités sur le plan de la santé

Soutien social et appartenance sociale

La famille, les amis et le sentiment d’appartenance à une communauté donnent l’impression aux personnes de faire partie de quelque chose de plus grand qu’elles-mêmes. Le degré de satisfaction par rapport à soi et à la communauté, l’aptitude à résoudre des problèmes et la capacité de gérer les situations de tous les jours peuvent contribuer à un meilleur état de santé en général98. La mesure dans laquelle les personnes s’investissent dans leur communauté et cultivent un sentiment d’appartenance peut influer positivement sur leur santé physique et mentale à long terme. 

Quatre Canadiens sur cinq déclarent que, en temps  de crise, ils se tournent vers quelqu’un d’autre (p. ex. des amis ou des membres de la famille) pour se confier, demander conseil et obtenir des soins. Se tourner vers quelqu’un d’autre ou vers la communauté pour obtenir de l’aide en cas de crise est jugé essentiel pour favoriser une bonne santé mentale et de bonnes habiletés d’adaptation2. Environ 62 % des Canadiens affirment cultiver un sentiment de fierté communautaire321. Dans l’ensemble, les personnes qui vivent dans des communautés rurales sont plus susceptibles de déclarer un sentiment d’appartenance que les personnes qui vivent dans des régions urbaines, tout comme celles qui ont un revenu plus élevé. 

La cohésion sociale est une mesure de l’appartenance sociale fondée sur le degré de participation des gens au sein de leur communauté et sur leur degré de satisfaction par rapport à leur vie au sein de leur communauté. La participation électorale est l’une des mesures de cohésion sociale fréquemment utilisée311. La participation au système politique semble indiquer que les personnes croient que leur contribution au processus démocratique est importante et qu’elles considèrent s’investir dans la communauté en s’intéressant aux résultats. Les jeunes adultes ne votent pas aussi souvent que les personnes plus âgées. Toutefois, ils sont plus susceptibles de participer à des activités de nature politique, comme des pétitions, des réunions et des boycotts322. Dans l’ensemble, moins de Canadiens participent aux élections que par le passé. En général, les personnes qui participent sont plus susceptibles de voter dans le cadre d’élections nationales, provinciales ou territoriales que dans le cadre d’élections municipales323. La tendance inverse est observée chez les électeurs des Premières nations, qui s’intéressent relativement peu aux élections nationales, mais qui participent beaucoup aux élections au sein de leur communauté324.  

Le niveau d’appartenance sociale est aussi déterminé par la mesure dans laquelle une personne se sent en sécurité ou par le degré de violence auquel elle est exposée ou qu’elle considère comme menaçant – deux éléments qui peuvent influer sur la santé mentale et physique167. Le taux de criminalité est l’une des mesures de la sécurité au sein d’une communauté. Dans l’esprit des Canadiens, la criminalité augmente325. Les anciennes victimes en sont particulièrement convaincues et ne se sentent pas en sécurité pendant leurs activités quotidiennes326. En réalité, le taux global de criminalité a diminué d’environ 30 % depuis qu’il a plafonné en 1991, et le nombre de crimes violents au Canada n’a pas changé. À l’heure actuelle, la proportion d’infractions violentes est d’environ 951 incidents par 100 000 habitants et elle est plus élevée dans les zones rurales (1 067 incidents par 100 000 habitants) que dans les zones urbaines (830 incidents par 100 000 habitants)327, 328. Dans les territoires du Canada, le taux de victimisation violente est presque trois fois plus élevé et le taux d’agression physique est presque quatre fois plus élevé que les taux signalés dans les provinces329

Il arrive souvent que les actes de violence et les mauvais traitements se produisent dans des endroits où les personnes devraient s’attendre à être le plus en sécurité. Le problème inquiétant de la violence conjugale, qui perdure, englobe divers comportements violents chez un des partenaires dans une relation de confiance ou de dépendance. Environ 8 % des femmes et 7 % des hommes disent avoir été victimes d’un acte de violence de la part d’un ou d’une partenaire actuel ou ancien330. Les actes de violence déclarés par les femmes sont de nature plus grave que ceux déclarés par les hommes et sont plus susceptibles de causer des blessures. Le taux de cas déclarés de violence conjugale chez les femmes et les hommes autochtones qui vivent à l’extérieur des réserves est beaucoup plus élevé que la moyenne nationale (21 % par rapport à 7 % pour les sévices physiques et sexuels en 2004)331. Environ 4 % des aînés vivant dans leur propre maison disent avoir été victimes de mauvais traitements et de négligence, habituellement de mauvais traitements matériels (c’est-à-dire la mauvaise utilisation des fonds ou des biens de la victime par un soignant)332.  

Les enfants sont également victimes de violence et de mauvais traitements. En 2003, plus de 235 000 enquêtes de cas de mauvais traitements envers des enfants de 0 à 15 ans ont été menées au Canada. Dans près de la moitié des enquêtes (49 %), les cas déclarés de mauvais traitements ont pu être prouvés par un organisme d’enquête. Dans 82 % des enquêtes sur les mauvais traitements envers des enfants réalisées au Canada (à l’exclusion du Québec), au moins un des parents était l’agresseur présumé333. Il arrive souvent que les enfants qui assistent à des actes de violence familiale manifestent des signes d’agression physique et d’hyperactivité, des comportements négatifs, des troubles émotionnels et des comportements autodestructeurs331, 334. De plus, l’enfant qui a été victime de violence faite aux enfants est sept fois plus susceptible de devenir alcoolique ou toxicomane et dix fois plus susceptible de tenter de se suicider que les enfants qui n’ont pas connu le même sort335

Les niveaux de violence auxquels sont exposés les adolescents sont quatre fois plus élevés que chez les enfants. Parmi les jeunes de 14 à 17 ans qui déclarent avoir été victimes d’une agression, plus de 50 % auraient été agressés par un ami proche, un collègue de travail ou une connaissance, 20 % l’auraient été par un étranger, et 16 % par un membre de leur famille. Plus souvent qu’autrement, les actes violent se produisent dans des lieux publics336. Chez les plus jeunes (entre 11 et 15 ans), 25 % des garçons et 21 % des filles ont signalé être victimes de taxage attribuable à leur race, à leur ethnie ou à leur religion337

 

Accroître l’appartenance sociale

Santropol Roulant

Santropol Roulant est un organisme montréalais sans but lucratif créé en 1995 qui s’est donné pour mission d’offrir des repas nutritifs et peu coûteux à des personnes âgées et à d’autres personnes aux prises avec une perte d’autonomie338. Au départ, il s’agissait d’offrir à des jeunes sans emploi de l’expérience de travail au sein de la communauté tout en répondant aux besoins alimentaires de populations vulnérables, mais ce projet a évolué et sert maintenant une fin encore plus noble339. En plus de préparer et de livrer des repas, les bénévoles et le personnel offrent amitié et compassion. L’énergie et la perspective rafraichissante des jeunes semblent avoir un effet bien spécial sur la clientèle âgée. Les liens uniques tissés entre les générations sont fondés sur un intérêt mutuel véritable – avec quelquefois des contextes linguistiques et culturels différents – et ne découlent pas de responsabilités familiales ou d’obligations340. Compte tenu du nombre croissant de personnes âgées qui vivent un isolement en milieu urbain, cette nouvelle approche communautaire représente une partie importante de ce que Santropol Roulant a à offrir. Parmi les autres activités de Santropol, on compte l’aménagement d’une terrasse-jardin sur le toit de l’organisme pour pouvoir cuisiner des fruits et légumes biologiques frais ainsi que l’élaboration d’un guide et d’une trousse de démarrage à l’intention des personnes et des groupes qui souhaitent aménager leur propre jardin en milieu urbain341, 342. Le but de cette initiative est d’encourager les gens du quartier à renouer avec les aliments sains, l’environnement et la collectivité environnante343.

Santropol Roulant compte chaque semaine sur l’appui de plus de 100 bénévoles344. En raison de l’escalade des coûts d’hospitalisation (700 $ par jour pour traiter un patient souffrant de malnutrition), on estime que les économies réalisées par les contribuables grâce à ce service auraient été de 2,4 millions de dollars pour les cinq dernières années345.

 

La solitude et l’isolement peuvent avoir des effets négatifs sur la santé de nombreux Canadiens, en particulier chez certains aînés. Plus de 6 % des Canadiens âgés de 65 ans déclarent ne pas avoir d’ami comparativement à 3 % des Canadiens âgés entre 55 et 64 ans. Les aînés qui indiquent ne pas avoir d’amis sont aussi moins susceptibles de déclarer être en excellente ou en très bonne santé123.

Il y a exclusion sociale lorsque des personnes ou des groupes ont un accès limité aux ressources sociales, économiques, politiques et culturelles et qu’elles ont peu de contrôle sur celles-ci145. Depuis toujours, les Autochtones font face à ce problème pour ce qui est de l’éducation, de la santé, des terres et des ressources naturelles. Cela a mené à une rupture sociale216.  

La santé peut être déterminée en partie par des expériences historiques et culturelles qui touchent non seulement des personnes, mais également des communautés entières216. Par exemple, les pensionnats indiens ont eu un effet considérable sur la santé et le bien-être de plusieurs adultes des Premières nations et, par conséquent, sur ceux de leurs enfants et de leurs petits-enfants281, 346. Près de la moitié des survivants des pensionnats ont déclaré que cette expérience avait nui à leur santé mentale et physique, car ils étaient isolés de leur famille, séparés de leur communauté et avaient perdu leur identité et leur langue. Parmi les enfants des survivants, 43 % croient que l’expérience des pensionnats a eu un effet négatif sur les aptitudes de leurs parents à élever des enfants161.

Les taux élevés de suicide chez les Premières nations, en particulier chez les jeunes, sont attribuables en partie à l’exclusion sociale ainsi qu’à une coupure avec les traditions et la culture. Toutefois, les recherches portent à croire qu’il serait incorrect de supposer que ces difficultés sont carrément érigées en système au sein des communautés des Premières nations et soulignent que des facteurs de protection peuvent réduire les risques. Selon une étude réalisée en Colombie-Britannique, 90 % des suicides chez les jeunes Autochtones de la province surviennent dans seulement 10 % des communautés des Premières nations. Les taux de suicide de certaines de ces communautés sont parfois 800 fois plus élevés que la moyenne pour l’ensemble du Canada, mais plus de la moitié des communautés des Premières nations de la province n’ont déclaré aucun suicide depuis de nombreuses années. D’autres études sur les groupes linguistiques et l’identité collective semblent indiquer que la préservation et la continuité de la culture, la vie dans une communauté avec une autonomie gouvernementale, les revendications territoriales réglées et l’accès à des services éducatifs, sanitaires, culturels et policiers autogérés ont tous un effet positif sur la santé des populations locales. Les études réalisées en Colombie-Britannique indiquent que les communautés où il y a un certain niveau d’autonomie gouvernementale ou de multiples facteurs de contrôle communautaires ont les taux de suicide les moins élevés348, 349.

 

L’appartenance sociale par l’autodétermination

Projet sur les soins primaires à Eskasoni

Le projet d’Eskasoni a débuté lorsqu’une communauté de 3 200 Mi’kmaq de l’île du Cap-Breton, en Nouvelle Écosse, a décidé de prendre sa santé en main350. La supervision du projet a été assurée conjointement par un comité directeur tripartite composé de représentants du conseil de bande d’Eskasoni, du ministère de la Santé de la Nouvelle-Écosse, de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits de Santé Canada et du département de médecine familiale de l’Université Dalhousie8. Le projet avait pour but de rendre les soins de santé plus accessibles et de permettre aux membres de la communauté d’acquérir les compétences nécessaires pour planifier, réaliser et évaluer leurs propres programmes de santé. La première étape a été de bâtir un nouveau centre de santé pour réunir l’ensemble des programmes et des services sous un même toit et simplifier les procédures de tenue des dossiers. Les services médicaux ont ensuite été remaniés, c’est-à-dire que les médecins œuvrant en solo et la formule de rémunération à l’acte ont été remplacés par une clinique multidisciplinaire regroupant plusieurs médecins occupant des postes rémunérés. Les résultats, soit une meilleure qualité des soins, une diminution des coûts liés aux soins de santé, un meilleur accès aux services et l’accroissement du taux de satisfaction des clients et du personnel, ont largement valu l’investissement. En effet, 96 % de femmes enceintes au sein de la communauté sont maintenant suivies avant et après la naissance de leur enfant, les coûts des médicaments sur ordonnance ont diminué malgré l’augmentation de la population et le nombre de patients aiguillés par les médecins vers un nutritionniste ou un éducateur en matière de santé pour soigner le diabète a augmenté de 850 %351, 352. En outre, 73 % des clients du complexe disent avoir obtenu un rendez-vous avec leur médecin de famille en moins de 24 heures et 90 % en moins de 48 heures. Le nombre de visites par année chez le médecin a aussi diminué et est passé de onze à environ quatre. Les visites à l’urgence et aux services de consultation externes de l’hôpital régional ont diminué de 40 %. Grâce à la diminution des déplacements hors réserve pour recevoir des soins, les coûts associés au transport médical ont diminué de 200 000 $ dans les trois années suivant l’ouverture du centre351.

En 2004, les cinq Premières nations du cap Breton (Eskasoni, Potlotek, Wagmatcook, We’koqma’q et Membertou) se sont réunies dans le cadre de l’Initiative Tui’kn afin de renforcer et de proposer le modèle Eskasoni des soins de santé primaires destiné à l’ensemble des communautés de Premières nations du Cap Breton.

 

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