Chapitre 4 : Rapport de L’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada 2008 – Accès aux soins

Facteurs socioéconomiques qui influent sur notre état de santé et qui contribuent aux inégalités sur le plan de la santé

Accès aux soins

L’accès aux soins de santé est essentiel à la santé. Environ 80 % des Canadiens ont déclaré consulter régulièrement un médecin de famille et 64 % d’entre eux consultent un spécialiste des soins dentaires392, 393. Plus de femmes que d’hommes déclarent avoir communiqué avec un médecin dans les dernières années et avoir un médecin de famille392

Non seulement les gens se font traiter grâce au système public de santé, mais ils profitent également d’un certain nombre de services de prévention des maladies et de promotion de la santé. Ces services font généralement partie des soins de première ligne (appelés parfois soins primaires) et vont de l’administration de vaccins aux enfants au dépistage de maladies, en passant par l’offre de conseils sur les modes de vie sains et de counseling en santé mentale. 

Malheureusement, certaines personnes ont de la difficulté à obtenir des services de santé, soit à cause d’une inaccessibilité physique ou de questions d’ordre socioculturel, soit à cause du coût trop élevé des services de santé non assurés (p. ex. les soins ophtalmologiques et bucco-dentaires, le counseling en santé mentale et les médicaments sur ordonnance)394, 395. Selon une étude canadienne sur la santé des femmes immigrantes, bien que le point de vue des femmes immigrantes sur la santé et la prévention soit semblable à celui des femmes nées au Canada, leur capacité d’accéder aux ressources requises pour demeurer en bonne santé n’est pas la même396. Parmi les raisons qui expliquent cette situation, il y a les difficultés de langage auxquelles sont confrontées les immigrantes arrivant de pays où le français ou l’anglais n’est pas la langue officielle, le manque de sensibilité aux réalités culturelles chez les fournisseurs de soins de santé (en particulier en ce qui a trait aux femmes) et le fait que bon nombre d’immigrantes ont un emploi peu rémunéré et doivent travailler de longues heures en plus de s’occuper d’un foyer et de prendre soin de jeunes enfants396, 397, 398. Les soutiens sociaux sont souvent insuffisants. Ces difficultés peuvent mener à une détérioration de leur état de santé, tout comme le peut la détresse émotionnelle causée par des sentiments de déracinement et d’isolement396

L’accès aux soins de santé est aussi problématique pour les Autochtones hors réserve car, contrairement à la population générale, ils sont moins susceptibles de consulter régulièrement un médecin (77 % comparativement à 79 %) et plus susceptibles de déclarer avoir des besoins en santé insatisfaits (20 % comparativement à 13 %)402. Les adultes des Premières nations qui vivent dans des réserves ont indiqué que certains obstacles bloquent l’accès au système de santé, comme les temps d’attente considérables, les services non assurés, la pénurie de personnels médical et infirmier, les coûts de transport ainsi que des services inadéquats ou inadaptés sur le plan culturel161.

Les Canadiens qui vivent dans des communautés éloignées sont aussi aux prises avec des problèmes d’accès au système de santé. Dans les Territoires du Nord-Ouest, les populations autochtones (59 %) et non autochtones (76 %) sont moins susceptibles de consulter un professionnel de la santé que la population générale (79 %) et sont également plus susceptibles d’utiliser les services infirmiers disponibles (taux respectifs de 49 % et de 22 %) que la population canadienne en général (10 %), ce qui met en évidence le rôle essentiel joué par les postes infirmiers dans la santé des communautés éloignées402.

 

Accroître l’accès aux soins de santé

Unité sanitaire mobile de Toronto  

Ce projet-pilote unique a été mis sur pied en 1981 afin d’offrir des services de santé aux immigrantes qui ne peuvent prendre du temps sur leurs heures de travail pour s’occuper de leurs propres besoins en santé399. Aujourd’hui, l’Unité sanitaire mobile de Toronto (attachée au centre torontois Immigrant Women’s Health Centre) offre aux femmes dans des usines, des refuges, des centres communautaires et d’autres endroits la possibilité d’obtenir gratuitement des soins primaires offerts par des femmes expérimentées et conscientes des réalités culturelles, des questions féminines et des difficultés auxquelles font face les immigrantes400. Le projet a été lancé après que des discussions avec des immigrantes eurent révélé que celles-ci, même si elles s’occupaient des besoins en santé de leurs enfants, avaient de la difficulté à répondre à leurs propres besoins en raison de certains obstacles.401 Parmi ceux ci, on comptait le refus de prendre un congé sans solde, des problèmes de garde d’enfants, des barrières linguistiques et un malaise lorsqu’il s’agissait de se faire soigner par un fournisseur de soins de santé de sexe masculin396. L’Unité sanitaire mobile permet d’éliminer ces problèmes. Une équipe de conseillères vient d’abord visiter le lieu de travail et discuter avec les femmes, dans leur langue maternelle, de diverses questions de santé, comme le test de Papanicolaou et l’examen des seins399, 401. Il arrive souvent que, une fois détendues, les femmes cherchent à obtenir plus d’information (p. ex. sur la contraception ou la santé mentale). Ensuite, des rendez-vous sont fixés pour le jour où l’unité viendra sur place. Dans les lieux de travail visités par l’unité, les employeurs ont indiqué une diminution du nombre d’absences pour des questions de santé et des consultations médicales à l’extérieur398, 401. Le besoin de soins de santé accessibles et adaptés à la culture continue de se faire sentir dans toutes les régions du Canada où des immigrants et des réfugiés s’installent. L’Unité sanitaire mobile de Toronto a une liste d’attente de trois à quatre mois et reçoit constamment des appels d’employeurs et d’organismes situés en dehors des limites de la ville qu’elle ne peut tout simplement pas servir401.

Programme de télésoins à domicile à l’Île-du-Prince-Édouard   

La région de West Prince, à l’Île-du-Prince-Édouard, est l’endroit où en 1999 débuta le premier service de télésoins à domicile au Canada. Ce service a été créé pour remédier à la pénurie de personnel infirmier dans la région. Il augmente la capacité du personnel infirmier d’offrir des soins à des patients en phase terminale qui vivent dans des communautés rurales et éloignées et qui ont choisi de demeurer à la maison. En raison du succès qu’il remporte, le programme a été élargi afin d’inclure les personnes atteintes de problèmes de santé complexes, tels les maladies mentales, le diabète, l’insuffisance cardiaque congestive et la maladie pulmonaire obstructive chronique403

Grâce à un système de vidéoconférence novateur, le personnel infirmier peut fournir aux patients des soins, des instructions et des renseignements au moyen d’une ligne téléphonique et d’un écran vidéo à liaison bilatérale. La tension artérielle, le rythme cardiaque, le poids et la teneur en oxygène du sang peuvent être contrôlés à l’aide d’appareils. Les patients apprécient le service, car ils peuvent rester à la maison, en toute tranquillité, et consulter du personnel médical au besoin. Bien que la prestation de soins soit facilitée par l’utilisation de la technologie, les patients apprécient le côté interactif et se sentent liés personnellement aux fournisseurs de soins, qu’ils peuvent voir et entendre en temps réel pendant leurs échanges quotidiens. Les aidants naturels apprécient également la possibilité de consulter du personnel infirmier. Depuis le lancement du service de téléhospice, l’autorité sanitaire de la région de West Prince a constaté chez les patients concernés une diminution de 73 % des journées d’hospitalisation, de 15 % des visites à l’urgence, de 46 % d’admissions à l’hopital et de 20 % des visites chez le médecin404

Il a attiré l’attention à l’échelle nationale et internationale en tant que modèle favorisant l’utilisation rentable de la technologie pour satisfaire les besoins en matière de soins des personnes vivant dans des zones rurales et éloignées405.


Résumé 

Pour s’attaquer aux inégalités sur le plan de la santé, l’OMS recommande aux pays d’ajouter la stratification « structurelle » de leur société à leur liste de priorités. C’est-à-dire de réduire l’écart entre les personnes situées aux deux extrêmes de l’échelle de revenu à l’aide de mesures visant à éliminer la pauvreté, à accroître les occasions de travailler et de s’instruire et à assurer le développement sain des jeunes enfants dans l’ensemble de la population. Ces mesures permettent à leur tour de réduire les inégalités sur le plan de la santé au sein de la population canadienne.

Les interventions décrites dans le présent chapitre ne sont qu’un début, mais elles confirment que les partenaires en santé publique de tous les secteurs de la société progressent dans la détermination et la mise en œuvre d’interventions efficaces qui entraînent des changements mesurables dans la vie des Canadiens. Ces réussites constituent un bon point de départ à partir duquel il est possible de s’inspirer, de réfléchir, de planifier et d’agir.

Le chapitre qui suit examine les travaux du Canada, en tant que pays, pour s’attaquer aux inégalités sur le plan de la santé ainsi que les secteurs où devront porter ses efforts.

 

Signaler un problème ou une erreur sur cette page
Veuillez sélectionner toutes les cases qui s'appliquent :

Merci de votre aide!

Vous ne recevrez pas de réponse. Pour toute question, contactez-nous.

Date de modification :