Rapport de l’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada, 2013 – La résistance aux antimicrobiens – Une responsabilité partagée

Points Saillants

  • La résistance aux antimicrobiens est inévitable, mais peut être retardée.
  • Les micro-organismes résistants aux antimicrobiens ne sont pas présents que dans les établissements de santé.
  • L’usage inadéquat des antimicrobiens et le nombre limité de travaux de recherche visant à découvrir et à mettre au point de nouveaux agents ont contribué à accélérer la résistance aux antimicrobiens.
  • Le traitement des maladies causées par des micro-organismes résistants aux antimicrobiens exige plus de temps et de ressources et est plus coûteux.
  • La gestion de l’usage des antimicrobiens est l’affaire de tous.
  • L’Organisation mondiale de la Santé considère la résistance aux antimicrobiens comme l’une des principales menaces pour la santé publique dans le monde entier sur le plan du traitement des maladies infectieuses.

Il est généralement reconnu que le début de l’ère révolutionnaire moderne des antimicrobiens coïncide avec la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming dans les années 1920 et sa mise au point comme agent thérapeutique par Howard Florey dans les années 1940Note de bas de page 1. Depuis l’arrivée des agents antimicrobiens, la probabilité de se rétablir d’une infection a augmenté considérablementNote de bas de page 2-Note de bas de page 5. Cependant, leur mauvais usage ou leur usage excessif pour traiter les individus, les animaux et les cultures, couplé à la capacité innée des micro-organismes de s’adapter, réduit l’efficacité de ces médicamentsNote de bas de page 3, Note de bas de page 4, Note de bas de page 6-Note de bas de page 8.

Les antimicrobiens sont des substances naturelles, semi‑synthétiques ou synthétiques qui tuent les micro-organismes ou en inhibent la multiplicationNote de bas de page 9, Note de bas de page 10.

Les antibiotiquessont soit des substances produites par des micro-organismes, soit des substances semi‑synthétiques issues de micro-organismes. Ils servent à traiter les infections causées par une bactérieNote de bas de page 7.

Une mutation est une modification permanente et transmissible de l’ADN d’un micro-organisme qui peut entraîner la création de nouveaux traits ou caractéristiquesNote de bas de page 11.

Le transfert horizontal de gènes est le processus par lequel une bactérie intègre du matériel génétique provenant d’une bactérie voisineNote de bas de page 11.

La multirésistance est une résistance acquise à au moins un agent dans trois catégories d’antimicrobiens ou plusNote de bas de page 12.

L'ultrarésistance est une résistance à au moins un agent dans toutes les catégories d’antimicrobiens sauf deux ou moinsNote de bas de page 12.

La panrésistance est une est une résistance à tous les agents de toutes les catégories d’antimicrobiensNote de bas de page 12.

L’apparition et la transmission de la résistance

Il est inévitable que les micro-organismes deviennent résistants aux antimicrobiensNote de bas de page 7, Note de bas de page 8. Ils se multiplient rapidement et ont la capacité de muter et de s’adapter à des milieux hostilesNote de bas de page 7, Note de bas de page 13, Note de bas de page 14. Les micro-organismes existent sur la Terre depuis plus de trois milliards d’années et ont acquis avec le temps une capacité naturelle à résister aux antimicrobiens pour survivre; c’est l’une des principales raisons pour lesquelles ce sont les micro-organismes les plus adaptables qui prospèrentNote de bas de page 7, Note de bas de page 13.

Les antimicrobiens sont des substances naturelles, semi‑synthétiques ou synthétiques qui tuent les micro-organismes ou en inhibent la multiplicationNote de bas de page 9, Note de bas de page 10.

Les antibiotiques sont soit des substances produites par des micro-organismes, soit des substances semi‑synthétiques issues de micro-organismes. Ils servent à traiter les infections causées par une bactérieNote de bas de page 7.

Une mutation est une modification permanente et transmissible de l’ADN d’un micro-organisme qui peut entraîner la création de nouveaux traits ou caractéristiquesNote de bas de page 11.

Le transfert horizontal de gènes est le processus par lequel une bactérie intègre du matériel génétique provenant d’une bactérie voisineNote de bas de page 11.

La multirésistance est une résistance acquise à au moins un agent dans trois catégories d’antimicrobiens ou plusNote de bas de page 12.

L’ultrarésistance est une résistance à au moins un agent dans toutes les catégories d’antimicrobiens sauf deux ou moinsNote de bas de page 12.

La panrésistance est une résistance à tous les agents de toutes les catégories d’antimicrobiensNote de bas de page 12.

Les antimicrobiens, qu’il s’agisse d’antiviraux, d’antibiotiques, d’antifongiques ou d’antiparasitaires, tuent la plupart des micro-organismes (virus, bactéries, champignons et parasites, respectivement) ou en ralentissent la multiplicationNote de bas de page 7, Note de bas de page 9, Note de bas de page 10, Note de bas de page 15. Cependant, les micro-organismes plus résistants survivent et continuent d’infecter leur hôte, phénomène qui illustre bien la loi du plus fort, énoncée par DarwinNote de bas de page 8, Note de bas de page 16.

La résistance aux antimicrobiens est la capacité des micro-organismes à résister aux effets des antimicrobiensNote de bas de page 7, Note de bas de page 11, Note de bas de page 17. Les micro-organismes se modifient d’une façon qui rend moins efficaces ou totalement inefficaces les médicaments, les substances chimiques ou les autres agents mis au point pour guérir ou prévenir les infections ou les maladies qu’ils causentNote de bas de page 7, Note de bas de page 11, Note de bas de page 17. Une bactérie peut être naturellement résistante, ou insensible, à un antimicrobien (résistance intrinsèque) ou le devenir après y avoir été exposée (résistance acquise); par ailleurs, une résistance intrinsèque couplée à une résistance acquise peut contrer les effets des antimicrobiensNote de bas de page 10, Note de bas de page 11. La majorité des souches bactériennes peuvent avoir une résistance intrinsèque; la résistance acquise peut survenir par suite d’une mutation, d’un transfert horizontal de gènes ou d’une combinaison des deuxNote de bas de page 11, Note de bas de page 18. La résistance acquise est moins courante que la résistance intrinsèque et ne s’observe que chez certaines souches ou sous‑populations d’espèces bactériennesNote de bas de page 11. Une bactérie peut rendre un antimicrobien inefficace en modifiant ou en dégradant certaines de ses parties, en l’expulsant ou en modifiant sa propre structure de façon à réduire la capacité de l’antimicrobien à se fixer ou se raccorder à elleNote de bas de page 11, Note de bas de page 19.

Même si les antimicrobiens n’entraînent pas eux-mêmes de résistance, ils peuvent créer un milieu favorable aux bactéries résistantes en ne tuant que les bactéries sensibles et en permettant ainsi la survie et la multiplication des souches résistantesNote de bas de page 10, Note de bas de page 11, Note de bas de page 20. Avec le temps, certaines souches peuvent devenir insensibles à de multiples médicaments ou, dans des cas extrêmes, à tous les médicamentsNote de bas de page 11, Note de bas de page 12, Note de bas de page 21. Certaines maladies courantes telles que la salmonellose, la gonorrhée, la tuberculose et la grippe peuvent être causées par des souches de micro-organismes résistantes à au moins un antimicrobienNote de bas de page 22, Note de bas de page 23. Par exemple, si la gonorrhée était autrefois facile à traiter par des antibiotiques de première intention, on compte actuellement 32 souches différentes de gonocoque qui sont résistantes aux antibiotiquesNote de bas de page 24-Note de bas de page 26. À l’échelle mondiale, le pourcentage annuel de cas de gonorrhée causée par des souches multirésistantes peut atteindre jusqu’à 60 %Note de bas de page 23.

L’usage des antibiotiques et la recherche

Les antimicrobiens sont abondamment utilisés dans de nombreux secteurs de la société (voir la figure 1); leurs effets sur les humains, les animaux et l’environnement peuvent avoir une grande portée et contribuer directement ou indirectement à l’apparition d’une résistance aux antimicrobiensNote de bas de page 18, Note de bas de page 27, Note de bas de page 28. Pour cette raison, lorsqu’on décide d’avoir recours à des antimicrobiens, on doit tenir compte des risques possibles qui leur sont associésNote de bas de page 7, Note de bas de page 10, Note de bas de page 17, Note de bas de page 29, Note de bas de page 30.

Figure 1 Secteurs touchés par l’usage des antimicrobiensNote de bas de page 7, Note de bas de page 27, Note de bas de page 31

Figure 1
Équivalent textuel - Figure 1

Cette figure décrit la façon dont les antimicrobiens utilisés dans divers secteurs contribuent à l’apparition et à la propagation de microorganismes résistants dans divers contextes. Tous ces contextes sont reliés par des voies directes et indirectes (p. ex. contact direct entre un animal de compagnie et un être humain, contact indirect par la consommation d’eau ou d’aliments).

Adapté de A.H. Linton (1977) et R. Irwin (2007).

Les animaux

Plus des trois quarts des antimicrobiens utilisés au Canada sont administrés aux animaux et environ 90 % d’entre eux servent à favoriser la croissance ou à prévenir les maladies et les infections (prophylaxie)Note de bas de page 7, Note de bas de page 32, Note de bas de page 33. L’apparition d’agents pathogènes résistants aux antimicrobiens chez les animaux peut menacer la santé publique lorsque ces agents sont transmis à l’humain par les aliments ou l’eauNote de bas de page 32. De 2003 à 2011, le Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens a permis l’analyse de 26 428 échantillons de Salmonella provenant d’humains ayant été exposés à des aliments contaminésNote de bas de page 34. Dans 28 % de ces échantillons, les souches de Salmonella étaient insensibles à un ou plusieurs antimicrobiensNote de bas de page 34. En 2011, les données du Programme ont révélé des taux de résistance systématiquement élevés à un antimicrobien précis, le ceftiofur, dans les isolats de Salmonella provenant de produits de volaille vendus au détail et dans les souches de Salmonella causant des infections chez l’humainNote de bas de page 35. Cette résistance aux antimicrobiens a été attribuée à l’usage d’antibiotiques dans des couvoirs de pouletsNote de bas de page 36. Dès qu’on a cessé d’utiliser des antibiotiques, on a observé une diminution considérable des cas de Salmonella résistante chez les humains ainsi que dans les produits de volaille vendus au détailNote de bas de page 36.

Les antimicrobiens sont aussi souvent employés chez les animaux domestiques, par exemple les chats, les chiens ou les chevauxNote de bas de page 37-Note de bas de page 39. Malheureusement, il existe en général peu de données accessibles sur la résistance aux antimicrobiens et sur l’usage de ces produits chez les animaux domestiquesNote de bas de page 37, Note de bas de page 38. Étant donné que plus de la moitié des ménages canadiens possèdent au moins un chat ou un chien, il serait important de disposer de plus de renseignements sur l’utilisation des antimicrobiens et la résistance dans ces groupes d’animauxNote de bas de page 40.

L’aquaculture

Au Canada, on utilise aussi des antimicrobiens dans l’élevage d’animaux aquatiques (ou aquaculture)Note de bas de page 10. Bien qu’il existe peu d’information accessible au public sur la résistance aux antimicrobiens et l’usage de ces produits chez les animaux aquatiques, l’utilisation des antimicrobiens connaît une baisse constante en Colombie‑Britannique depuis 1995Note de bas de page 10, Note de bas de page 41-Note de bas de page 43. Le recours accru à la vaccination en aquaculture a en effet réduit la nécessité des antimicrobiens comme mesure de protectionNote de bas de page 10. La majorité des antimicrobiens utilisés (97 %) sont administrés à de jeunes poissons non destinés au commerceNote de bas de page 10.

La végétation, la culture de semence et les fruits

Depuis les années 1950, on se sert d’antibiotiques pour contrôler certaines maladies bactériennes (p. ex. le feu bactérien et la tache bactérienne) qui s’attaquent aux fruits, aux légumes ou aux plantes ornementalesNote de bas de page 44. Aux États-Unis, les antibiotiques appliqués sur les plantes représentent moins de 0,5 % de l’ensemble des antibiotiques utilisésNote de bas de page 10, Note de bas de page 44.

Les produits chimiques industriels ou domestiques

Des substances analogues à des antibiotiques ou à des agents antibactériens sont maintenant couramment employés dans divers produits domestiques tels que les vêtements, les cosmétiques, les dentifrices, les nettoyants et les détergentsNote de bas de page 7, Note de bas de page 10, Note de bas de page 21, Note de bas de page 45-Note de bas de page 47. Bien que ces substances ne permettent pas de réduire de façon significative les infections ou la contamination microbienne et qu’elles puissent favoriser l’apparition d’une résistance aux antibiotiques, le nombre de produits qui en contiennent ne cesse d’augmenterNote de bas de page 47-Note de bas de page 50. En 1993, 23 produits domestiques courants en vente aux États-Unis renfermaient des agents antibactériens; à peine 10 ans plus tard, ce nombre était passé à plus de 700Note de bas de page 21, Note de bas de page 51.

Les humains

Les antibiotiques ont révolutionné la médecine : les fournisseurs de soins peuvent prescrire à leurs patients une vaste gamme de traitements qui aident à réduire les risques de décès ou de complications gravesNote de bas de page 7, Note de bas de page 23. Cependant, les bactéries peuvent devenir résistantes si les antibiotiques ne sont pas employés comme il se doit ou si les doses requises ne sont pas prises en totalitéNote de bas de page 7, Note de bas de page 10, Note de bas de page 30, Note de bas de page 52. Les fournisseurs de soins doivent souvent poser un diagnostic et décider d’un traitement en n’ayant en main que des renseignements partiels ou approximatifsNote de bas de page 30. Des antimicrobiens peuvent être donnés « au cas où », ou des antimicrobiens à large spectre peuvent être prescrits alors que des antibiotiques à spectre étroit auraient suffiNote de bas de page 7, Note de bas de page 30. De plus, certains patients exigent une ordonnance d’antibiotiques dont ils n’ont pas besoin, allant même jusqu’à chercher un fournisseur de soins disposés à la leur prescrireNote de bas de page 20, Note de bas de page 53, Note de bas de page 54.

Le nombre d’ordonnances d’antimicrobiens administrés par voie orale a diminué depuis 2000. Néanmoins, pour 1 000 Canadiens, plus de 670 ordonnances ont été exécutées dans les pharmacies de détail en 2009 (voir la figure 2)Note de bas de page 55. Les estimations laissent croire que la moitié des patients ne prennent pas toutes les doses prescrites de médicaments, y compris d’antibiotiques, ce qui les rend plus vulnérables aux bactéries résistantesNote de bas de page 56. En décidant d’interrompre le traitement, on peut créer un milieu favorable aux bactéries résistantesNote de bas de page 7, Note de bas de page 17.

Les milieux de soins de santé sont souvent aux prises avec la résistance aux antimicrobiens, car l’usage d’antibiotiques y est fréquentNote de bas de page 28, Note de bas de page 30, Note de bas de page 57. Les micro-organismes résistants peuvent se propager rapidement et facilement à l’intérieur des établissements lorsque les procédures de prévention et de contrôle des infections sont inadéquates ou inexistantes (voir « Les infections associées aux soins de santé : une diligence raisonnable »)Note de bas de page 57, Note de bas de page 58. Le Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM), les entérocoques résistants à la vancomycine et les entérobactéries productrices de carbapénémases figurent parmi les agents pathogènes de plus en plus courants qui peuvent causer des infections multirésistantes associées aux soins de santéNote de bas de page 59-Note de bas de page 62. En 2009, plus de 2 000 cas confirmés d’infection et plus de 4 500 cas confirmés de colonisation par le SARM ont été déclarés au Programme canadien de surveillance des infections nosocomiales; de 1998 à 2005, plus de 3 000 nouveaux cas d’entérocoques résistants à la vancomycine ont été détectésNote de bas de page 60, Note de bas de page 61.

Les infections résistantes aux antimicrobiens, comme la tuberculose et l’infection à SARM d’origine communautaire, peuvent aussi se transmettre d’une personne à une autre à l’extérieur des milieux de soins de santéNote de bas de page 17, Note de bas de page 59, Note de bas de page 63-Note de bas de page 65. En 2011, au Canada, sur les 139 isolats de bacille tuberculeux qui étaient insensibles aux médicaments, 18 étaient multirésistants et un était ultrarésistant (voir « La tuberculose : d’hier à aujourd’hui »)Note de bas de page 66. De 1995-1999 à 2004-2007, le pourcentage de patients canadiens aux prises avec une infection à SARM d’origine communautaire est passé de 6 % à 23 %Note de bas de page 67. Une hygiène déficiente, par exemple un lavage des mains inadéquat, peut favoriser la propagation de la bactérieNote de bas de page 65.

La recherche

Pour diverses raisons, on observe une diminution dans la production de nouveaux antimicrobiensNote de bas de page 13, Note de bas de page 14, Note de bas de page 68-Note de bas de page 70. Leur taux d’efficacité global et le faible rendement des investissements les rendent moins avantageux pour les entreprises pharmaceutiquesNote de bas de page 13, Note de bas de page 68, Note de bas de page 69. Étant donné que les antibiotiques sont habituellement prescrits pour soigner une maladie précise pendant une courte période (une ou deux semaines), le traitement des maladies chroniques est généralement plus rentableNote de bas de page 13, Note de bas de page 68. De 1983-1987 à 2008-2011, l’homologation par la Food and Drug Administration des États‑Unis de nouveaux agents antibactériens à usage systémique a diminué de 87 % comparativement à la période de 1983 à 1987 (voir la figure 3)Note de bas de page 13, Note de bas de page 71. En 2004, seulement cinq nouveaux antibiotiques figuraient sur la liste des produits en voie d’élaboration des plus grandes entreprises pharmaceutiques; en comparaison, cette même liste comptait quatre nouveaux médicaments contre la dysfonction érectileNote de bas de page 13.

Figure 2 Nombre total d’ordonnances d’antimicrobiens oraux délivrées dans des pharmacies de détail au Canada pour 1 000 habitants, de 2000 à 2009Note de bas de page 55

Figure 2
Équivalent textuel - Figure 2
Année Nombre d’ordonnances
pour 1 000 habitants
2000 739,0
2001 735,6
2002 706,6
2003 710,9
2004 677,9
2005 705,0
2006 714,5
2007 677,4
2008 670,8
2009 671,1

Figure 3 Nombre de nouveaux agents antibactériens à usage systémique homologués par la Food and Drug Administration des États-Unis par période de cinq ans, de 1983‑1987 à 2008‑2011Note de bas de page 71

Figure 3
Équivalent textuel - Figure 3

Nombre de nouveaux antibiotiques administrés par voie générale ayant été homologués par la Food and Drug Administration des États-Unis par période de 5 ans. Seules les nouvelles entités moléculaires sont prises en compte. Données exactes en date de février 2011.

* Données exactes en date de février 2011.
Remarque : Seules les nouvelles entités moléculaires sont prises en compte.

Les répercussions de la résistance aux antimicrobiens

La résistance aux antimicrobiens a des répercussions majeures sur la santé humaineNote de bas de page 7, Note de bas de page 19, Note de bas de page 72. Les infections résistantes sont associées à un risque accru de décès, à des problèmes de santé plus complexes, à des périodes d’hospitalisation prolongées et à des traitements plus coûteuxNote de bas de page 7, Note de bas de page 17, Note de bas de page 72, Note de bas de page 73. Les personnes les plus vulnérables sont le plus à risque, par exemple les personnes âgées, les très jeunes enfants, les patients en soins intensifs, les personnes immunodéprimées ou celles recevant un médicament immunosuppresseur et les personnes ayant déjà présenté une infection résistante aux antimicrobiensNote de bas de page 7. À cela s’ajoutent les personnes qui sont fréquemment exposées à des agents pathogènes insensibles aux antimicrobiens (p. ex. dans un établissement de santé, par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés, par contact direct avec un animal infecté)Note de bas de page 7, Note de bas de page 17.

La résistance aux antimicrobiens touche aussi les hôpitaux, où les patients reçoivent des antibiotiques pour combattre de nombreux types d’infectionsNote de bas de page 20. Lorsque le traitement échoue, les patients peuvent transmettre la souche résistante plus longtempsNote de bas de page 7, Note de bas de page 17, Note de bas de page 74. L’utilisation intense des antibiotiques peut entraîner l’apparition de souches résistantes qu’il peut être impossible de traiter même avec les médicaments les plus puissantsNote de bas de page 17, Note de bas de page 20, Note de bas de page 74. Dans les hôpitaux, les profils de résistance aux antibiotiques peuvent varier; c’est pourquoi il est important de conserver des dossiers exacts de l’usage d’antibiotiques et du résultat du traitement afin de mieux cerner l’ampleur du problème et de repérer les populations et les secteurs les plus à risqueNote de bas de page 20.

En plus d’être difficiles à soigner, les infections résistantes aux antimicrobiens sont aussi plus coûteuses à traiter. En effet, si les médicaments de première intention sont inefficaces, un autre traitement plus onéreux, et probablement plus long, peut se révéler nécessaire et entraîner davantage d’effets indésirablesNote de bas de page 7, Note de bas de page 17, Note de bas de page 20, Note de bas de page 74. Selon une étude menée au Canada, les infections causées par le SARM coûtent de 42 à 59 millions de dollars par année en hospitalisation, et les données d’une étude américaine indiquent que le coût de traitement d’une infection résistante aux antimicrobiens, par patient, dépasse de 6 000 $ à 30 000 $ celui d’une infection sensible aux antimicrobiensNote de bas de page 75-Note de bas de page 77.

Les stratégies d’atténuation

La résistance aux antimicrobiens prend de l’ampleur partout dans le mondeNote de bas de page 13, Note de bas de page 57. La gestion des effets de l’usage des antimicrobiens n’est pas un problème que peut résoudre une seule ville, un seul pays ou un seul continentNote de bas de page 28, Note de bas de page 57. Les paragraphes qui suivent décrivent des stratégies efficaces pour gérer l’usage des antimicrobiens.

La surveillance

La surveillance de l’usage des antimicrobiens et de la résistance à ces produits aiderait à suivre les profils et les tendances et à mesurer l’efficacité des politiques et des interventionsNote de bas de page 7, Note de bas de page 57, Note de bas de page 78, Note de bas de page 79. Une telle surveillance doit s’effectuer dans différents milieux (dans les collectivités, dans les établissements, dans les milieux agricoles et d’un bout à l’autre de la chaîne d’approvisionnement alimentaire), à l’échelle locale, nationale et mondialeNote de bas de page 7, Note de bas de page 57, Note de bas de page 78.

De nombreux pays, dont le Canada, ont conçu des systèmes pour mesurer l’étendue et la distribution de l’usage des antimicrobiens et de la résistance à ces agents. Le Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens a été mis sur pied en 2002 afin de surveiller l’usage des antimicrobiens et la résistance de certaines bactéries présentes dans la chaîne d’approvisionnement alimentaireNote de bas de page 80. Le Programme intègre plusieurs volets de surveillance qui sont liés entre eux pour permettre d’examiner la relation qui existe entre l’utilisation d’antimicrobiens chez les animaux destinés à la consommation ou chez les humains et les effets observés sur la santéNote de bas de page 81. Les renseignements recueillis servent à l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes et visant, d’une part, à gérer l’usage des antimicrobiens dans les hôpitaux, la collectivité et les milieux agricoles de façon à en améliorer l’efficacité et, d’autre part, à établir les mesures à prendre pour ralentir l’émergence de bactéries résistantes et limiter leur propagation entre les animaux, les aliments et l’humainNote de bas de page 32, Note de bas de page 81. Le Programme est coordonné par le Centre des maladies infectieuses d’origine alimentaire, environnementale et zoonotique, le Laboratoire de lutte contre les zoonoses d’origine alimentaire et le Laboratoire national de microbiologie de l’Agence de la santé publique du Canada, en partenariat avec l’Agence canadienne d’inspection des aliments, la Direction des médicaments vétérinaires de Santé Canada et les ministères provinciaux de la Santé et de l’AgricultureNote de bas de page 32.

Le Programme canadien de surveillance des infections nosocomiales a été établi en 1994 afin de recueillir des données sur les infections contractées dans les établissements de santé au CanadaNote de bas de page 82. Ces données permettent aux cliniciens et aux responsables des politiques de comparer les taux (références) et les tendances et de recueillir des renseignements qui guideront l’élaboration de lignes directrices nationales sur des questions d’ordre cliniqueNote de bas de page 82. Le Programme est le fruit d’une collaboration entre le Comité canadien d’épidémiologistes hospitaliers, un sous‑comité de l’Association pour la microbiologie médicale et l’infectiologie Canada, et le Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections de l’Agence de la santé publique du CanadaNote de bas de page 82. À l’heure actuelle, 54 hôpitaux sentinelles répartis dans les 10 provinces canadiennes y participentNote de bas de page 82. Le Programme exerce notamment une surveillance du SARM, de l’infection à Clostridium difficile, des entérocoques résistants à la vancomycine et des entérobactéries productrices de carbapénémasesNote de bas de page 83, Note de bas de page 84.

D’autres programmes ont été établis ailleurs dans le monde. Le Danish Integrated Antimicrobial Resistance Monitoring and Research Programme a été mis sur pied en 1995 par le ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Pêcheries et le ministère de la Santé du DanemarkNote de bas de page 85. Le programme surveille la quantité d’antimicrobiens ingérés par les humains et les animaux destinés à la consommation ainsi que le nombre de micro-organismes résistants chez l’humain, chez les animaux destinés à la consommation et dans les aliments d’origine animaleNote de bas de page 85. Il étudie les liens entre l’ingestion d’agents antimicrobiens et la résistance aux antimicrobiens et détermine les voies par lesquelles la résistance se propageNote de bas de page 85. Le programme surveille également les agents pathogènes qui s’attaquent aux humains et aux animaux, les bactéries zoonotiques et les bactéries indicatricesNote de bas de page 85.

Le National Antimicrobial Resistance Monitoring System a été mis en œuvre grâce à la collaboration de trois agences des États-Unis : les Centers for Disease Control and Prevention, la Food and Drug Administration (Center for Veterinary Medicine) et le Department of Agriculture (Agricultural Research Service)Note de bas de page 86. Le système recueille en permanence des données depuis sa mise en place, en 1996, et rend ainsi possible l’analyse des tendances, en plus de fournir des renseignements utiles sur les profils des nouvelles résistances associées à des sources animales et alimentaires et les répercussions de telles résistances sur la santé publiqueNote de bas de page 87. Les données peuvent aussi servir aux enquêtes sur les éclosionsNote de bas de page 87.

La gestion de l’usage des antimicrobiens

La mise au point de nouveaux médicaments ne suffira pas à elle seule à s’attaquer au problème croissant de la résistance, car les micro-organismes évolueront constamment pour réduire l’efficacité de ces médicamentsNote de bas de page 7, Note de bas de page 88. Pour cette raison, il est important de faire une utilisation judicieuse des médicaments actuelsNote de bas de page 52, Note de bas de page 88. La gestion de l’usage des antimicrobiens se définit comme le choix approprié de l’antimicrobien, de la posologie et de la durée du traitement afin d’obtenir un résultat clinique qui est optimal sur le plan du traitement ou de la prévention, qui est le moins néfaste pour le patient et qui est le moins susceptible d’entraîner une résistanceNote de bas de page 89, Note de bas de page 90. Pour y parvenir, chacun doit adopter des comportements et des pratiques propres à atténuer la propagation de la résistance par l’utilisation judicieuse des antibiotiques, par la mise en place de programmes d’éducation et de sensibilisation ciblés et par le rétablissement des mesures d’hygiène préventive courantesNote de bas de page 20.

Des règlements et des mesures pratiques pourraient aider à diminuer la pression externe qui s’exerce sur les bactéries et les rend résistantesNote de bas de page 57. Par exemple, les antibiotiques ne devraient être prescrits qu’aux personnes à qui ils seront bénéfiques et être évités dans les cas de maladies virales tels un rhume ou un mal de gorgeNote de bas de page 20. Une antibiothérapie bien ciblée (qui repose sur un diagnostic exact) réduit la nécessité de recourir de façon aléatoire à plusieurs antibiotiques consécutifs et, par conséquent, le risque d’antibiorésistanceNote de bas de page 20. Dans certains cas, l’administration combinée de multiples antibiotiques peut augmenter les chances de guérir plus rapidement une infection bactérienne et ainsi réduire la possibilité d’une résistanceNote de bas de page 20. Les programmes tels que Des pilules contre tous les microbes? de l’Alberta visent à informer les professionnels de la santé et la population en général du rôle que chacun peut jouer pour gérer l’usage des antimicrobiens et atténuer la résistance (voir l’encadré intitulé « Gestion de l’usage des antimicrobiens : Des pilules contre tous les microbes? »)Note de bas de page 91.

Gestion de l’usage des antimicrobiens : Des pilules contre tous les microbes?

Des pilules contre tous les microbes? est un programme d’éducation communautaire qui encourage le lavage des mains et l’utilisation responsable des antibiotiquesNote de bas de page 91. Le matériel conçu par le programme s’adresse aux professionnels de la santé et à la population en général et explique pourquoi la résistance aux antibiotiques est préoccupante et donne des moyens d’en prévenir l’apparitionNote de bas de page 91. Le lavage adéquat des mains est un élément clé du programme, car il permet de prévenir de nombreuses infections et réduit la nécessité de recourir à un traitementNote de bas de page 91.

Le programme était au départ un petit projet pilote de six mois mis en place à Grande Prairie, en Alberta, en 1998-1999Note de bas de page 91. À l’heure actuelle, il s’agit d’un programme provincial implanté en Alberta et en Colombie-Britannique, et certains éléments du programme sont appliqués ailleurs au Canada, aux États-Unis et dans d’autres paysNote de bas de page 91. Des programmes sont maintenant offerts aux médecins, aux pharmaciens, aux infirmiers, aux enseignants, aux écoles, aux garderies, aux centres préscolaires, aux éducateurs de la petite enfance, aux infirmiers de l’hygiène du travail, aux services de ressources humaines, aux personnes âgées, aux parents, aux enfants et au public en généralNote de bas de page 91. Les évaluations annuelles du programme ont révélé une baisse des ordonnances contre les infections de l’oreille et le mal de gorge et une diminution globale de la prise d’antibiotiquesNote de bas de page 92, Note de bas de page 93.

De même, les antibiotiques ne devraient être employés chez les animaux que pour traiter les infections et ne devraient donc pas être administrés massivement pendant une longue période pour stimuler la croissance et offrir une protection contre les maladiesNote de bas de page 94. L’usage réduit des antibiotiques pourrait aider à réduire l’apparition d’une résistance chez les animaux et la transmission de cette résistance à d’autres animaux ou aux humainsNote de bas de page 33. En plus de ne disposer d’aucune ligne directrice ni politique officielle pour gérer l’usage des antimicrobiens chez les animaux, le Canada est l’un des rares pays industrialisés à autoriser la vente libre d’antimicrobiens pour les animaux destinés à la consommationNote de bas de page 95, Note de bas de page 96. Afin que les vétérinaires puissent aider leurs clients à créer et à mettre en œuvre de solides programmes de gestion des antimicrobiens, l’Association canadienne des médecins vétérinaires a élaboré une série de lignes directrices pour le traitement antimicrobien des bovins de boucherie, des bovins laitiers, de la volaille et du porcNote de bas de page 97. Ces lignes directrices recommandent l’utilisation de médicaments ciblés au besoin seulement et uniquement dans le contexte d’une relation vétérinaire-client-patient valideNote de bas de page 97.

Il est vital de sensibiliser davantage la population aux questions que soulève la résistance aux antimicrobiensNote de bas de page 20, Note de bas de page 98. Des études ont montré que, lorsqu’on fournit les raisons pour lesquelles il est important de bien utiliser les antimicrobiens et qu’on propose une ligne de conduite, il est possible de modifier les comportementsNote de bas de page 20, Note de bas de page 98. De bonnes pratiques d’hygiène et de lavage des mains demeurent la meilleure protection contre la propagation des infections et des micro-organismes insensibles aux antibiotiquesNote de bas de page 99-Note de bas de page 101.

L’engagement et la coopération

Les risques pour la santé attribuables à la résistance aux antimicrobiens sont préoccupants à l’échelle mondialeNote de bas de page 28, Note de bas de page 57. Si l’on veut réunir l’expertise et les ressources nécessaires pour prévenir et combattre la résistance aux antimicrobiens, il faut obtenir l’engagement et la coopération des responsables de l’élaboration des politiques, des décideurs et de la communauté médicale et vétérinaire mondialeNote de bas de page 57.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) réclame une meilleure coordination pour favoriser le contrôle des infections et l’utilisation judicieuse des antimicrobiens, pour aider à combler les lacunes dans les connaissances et pour mettre au point de façon plus efficace de nouveaux médicaments et vaccinsNote de bas de page 28, Note de bas de page 57. À l’occasion de la 51e Assemblée mondiale de la Santé, en 1998, et dans le rapport qui a suivi, Overcoming Antimicrobial Resistance, l’OMS faisait part de son inquiétude au sujet de l’apparition et de la propagation rapides chez l’humain d’agents pathogènes résistants aux antibiotiques actuels et exhortait les États membres à mettre en œuvre des politiques pour s’attaquer au problèmeNote de bas de page 102. En 2001, la Stratégie mondiale OMS pour la maîtrise de la résistance aux antimicrobiens soulignait la nécessité pour les États membres de se pencher sur un certain nombre de principes et de mesures afin de réduire et d’endiguer le problèmeNote de bas de page 28. De plus, en 2008, le Groupe consultatif de l’OMS sur la surveillance intégrée de la résistance aux antimicrobiens a été mis sur pied pour aider à réduire au minimum les répercussions sur la santé publique de la résistance aux antimicrobiens dans les aliments, chez les animaux et chez l’humainNote de bas de page 103, Note de bas de page 104. Dans le cadre de la Journée mondiale de la Santé de 2011, dont le thème était la résistance aux antimicrobiens, un train de mesures ont été élaborées pour aider les pays et les gouvernements à réduire l’usage inadéquat des antimicrobiens chez les humains et les animaux et stopper la propagation de la résistance à ces produitsNote de bas de page 105, Note de bas de page 106.

Au pays, l’Agence de la santé publique du Canada coordonne les actions nationales visant à prévenir et contrôler les maladies infectieuses, y compris celles causées par des micro-organismes insensibles aux antimicrobiens; Santé Canada régit la vente des antimicrobiens destinés aux humains et aux animaux; les Instituts de recherche en santé du Canada appuient la recherche sur tous les aspects des maladies infectieuses, dont la résistance aux antimicrobiens et les stratégies pour la combattre; l’Agence canadienne d’inspection des aliments, en plus de collaborer avec l’Agence de la santé publique du Canada et Santé Canada par l’entremise du Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens, vérifie que les aliments médicamentés destinés au bétail répondent aux normes fédéralesNote de bas de page 6, Note de bas de page 107-Note de bas de page 109. Les ministres provinciaux et territoriaux de la Santé et de l’Agriculture et diverses organisations professionnelles (Association canadienne des médecins vétérinaires, Association pour la microbiologie médicale et l’infectiologie Canada, Ontario Medical Association) et organisations non gouvernementales (Réseau canadien de surveillance des bactéries, Canadian Antimicrobial Resistance Alliance, Northern Antibiotic Resistance Partnership) participent à la lutte contre la résistance aux antimicrobiens par l’éducation et l’établissement de normes et lignes directricesNote de bas de page 110-Note de bas de page 114.

Pour réussir

Les micro-organismes continueront d’acquérir une résistance aux antimicrobiens. Le défi consistera à limiter les pressions indues qui en favorisent l’apparition et à poursuivre la recherche de solutions pour contrer les problèmes actuels et à venir.

  • Un usage judicieux, et au besoin seulement, des antimicrobiens en médecine humaine et en médecine vétérinaire est essentiel si l’on veut réduire l’apparition de la résistance à ces produits.
  • Un suivi rigoureux de l’usage des antimicrobiens dans les hôpitaux, dans les collectivités et dans les secteurs de l’agriculture et de l’aquaculture peut enrichir le corpus de données de surveillance sur les maladies et la résistance antimicrobienne.
  • Il est essentiel de poursuivre la recherche de nouveaux antimicrobiens efficaces si l’on veut empêcher les maladies infectieuses de devenir une cause majeure de morbidité et de mortalité.
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