Chapitre 2 : Rapport de l'administrateur en chef de la santé publique sur l'état de la santé publique au Canada 2009 – Rôle de la santé publique sur la trajectoire de vie

Chapitre 2 - Rôle de la santé publique sur la trajectoire de vie

Trajectoire de vie

La trajectoire de vie, dans son acception la plus simple, renvoie au chemin parcouru de la naissance à la mort. C’est le trajet qui mène d’un point de départ à un point d’arrivée. Par exemple, quand on lance une balle, la force déployée pour la propulser, la direction dans laquelle elle est lancée et les obstacles placés sur sa route déterminent l’endroit et le moment où elle tombera. Le déplacement de cette balle avant son atterrissage est sa trajectoire.

Trajectoire de la santé : Chemins empruntés par une personne tout au long de sa vie et qui déterminent son état de santé. Ce parcours évolue au fil du temps, en fonction des actions qu’elle pose et des situations auxquelles elle est exposéeNote de bas de page 5.

En santé, la notion de trajectoire renvoie à un cheminement propre à chaque personne et qui est susceptible de changer à tout moment de sa vie (enfance, adolescence, âge adulte) en fonction de facteurs (biologiques, comportementaux, physiques, sociaux) qui, en interagissant, influent sur la santé. Ces facteurs, qu’ils soient positifs ou négatifs, évoluent et s’influencent mutuellement au cours d’une ou de plusieurs étapes de la vie. À terme, ils peuvent avoir un effet bénéfique ou néfaste sur la santé d’une personne, à différents moment de sa vie. Au Canada, les chercheurs utilisent trois modèles pour expliquer la corrélation entre ces facteurs et l’état de santéNote de bas de page 5. Le modèle des effets différés explique les liens entre une exposition subie à un moment ou à une autre de la vie et la probabilité d’en voir les conséquences ultérieurement (sans égard aux interventions ou aux mesures d’atténuation)Note de bas de page 5. Par exemple, le fait d’avoir été largement exposé aux rayons ultraviolets du soleil durant l’enfance peut engendrer un cancer de la peau à l’âge adulte. Ou encore, l’adoption d’une saine alimentation durant la période prénatale et pendant la première année de vie peut réduire à long terme les risques de maladies cardiaquesNote de bas de page 6–11.

Le modèle des effets cumulatifs explique l’incidence sur la santé d’expériences multiples ou récurrentes au cours d’une vieNote de bas de page 5. Par exemple, grandir dans un milieu à faible revenu et être constamment exposé à la pauvreté peut avoir des conséquences néfastes sur la santé qui se manifestent à l’âge adulte par une tension artérielle élevée, des maladies circulatoires ou un affaiblissement du système immunitaire. En revanche, une personne dont le père occupait un emploi bien rémunéré lorsqu’elle était enfant et qui, à l’âge adulte, gagne elle aussi un bon salaire est moins susceptible de développer une maladie cardiaque ischémiqueNote de bas de page 12 13.

Le modèle des effets évolutifs examine les conséquences d’une suite d’expériences, c’est-à-dire la probabilité qu’une expérience vécue à un certain moment dans la vie entraîne, plus tard, d’autres conséquences, qui peuvent même se répercuter de génération en générationNote de bas de page 5. Par exemple, les enfants dont les parents connaissent des difficultés financières ou conjugales sont plus susceptibles de présenter des problèmes cognitifs ou comportementauxNote de bas de page 14 Note de bas de page 15. De plus, les enfants qui éprouvent des difficultés d’apprentissage et qui ont une mauvaise conduite en classe sont prédisposés à obtenir de moins bons résultats scolaires et, une fois adolescents, ils sont plus sujets à des comportements à risque, comme fumer, consommer des drogues, avoir une grossesse non désirée ou abandonner l’écoleNote de bas de page 15 Note de bas de page 16. Ils peuvent ainsi limiter leurs chances de se trouver un emploi ou de réussir financièrement et peuvent aussi voir des répercussions sur leur santé à l’âge adulteNote de bas de page 5 Note de bas de page 15. En revanche, faire la lecture à un enfant, lui épeler des mots ou lui chanter des chansons peut favoriser le développement de son langage et, plus tard, sa capacité à lire, à écrire et à apprendreNote de bas de page 17 Note de bas de page 18. De même, un enfant qui est prêt, sur le plan du développement, à fréquenter l’école a de meilleures chances de réussite scolaire et de socialisation, ce qui pourrait l’aider à éviter les comportements à risque et à être en meilleure santé à l’âge adulteNote de bas de page 19 Note de bas de page 20.

Santé publique et trajectoire de vie

En santé publique, le modèle basé sur la trajectoire de vie présente un intérêt parce qu’il aide à comprendre les liens entre l’exposition (ponctuelle ou sur une période donnée) à un ou plusieurs facteurs et l’apparition ultérieure d’effets sur la santéNote de bas de page 5 Note de bas de page 21–24. Il permet ainsi de reconnaître et de comprendre les tendances en santé et les liens entre les différentes étapes de la vie. Il devient alors possible d’agir en aval par l’adoption de nouvelles politiques ou de nouvelles mesuresNote de bas de page 5 Note de bas de page 22. Les politiques basées sur ce modèle peuvent être perçues comme étant « préventives », puisqu’elles définissent les conditions les plus susceptibles de contribuer à la santé et au bien-être à des moments déterminants de la vieNote de bas de page 5 Note de bas de page 22.

Trajectoires de vie et investissements dans l’enfance

Les événements qui influent sur la santé sont importants à tous les âges, mais c’est durant l’enfance qu’il est crucial d’établir les bases d’une vie en bonne santéNote de bas de page 22. Durant les premières années de vie, les fonctions physiques, cérébrales, mentales et affectives se développent rapidement. L’éducation, les soins et l’attention que l’enfant reçoit durant cette période peuvent avoir un effet déterminant sur son bien-être et sa santé futurs. C’est essentiellement pendant la période prénatale et au cours des six premières années de vie (surtout les trois premières) que s’acquièrent les capacités de base, dont la capacité d’adaptation, qui influeront sur l’apprentissage, les comportements et la santé tout au long de la vieNote de bas de page 25. L’enfance est également l’étape où l’alimentation et les soins reçus agissent directement sur la formation des circuits cérébraux qui, entre autres choses, déterminent les risques de maladie plus tard dans la vieNote de bas de page 25.

Il est possible à tout moment de demeurer ou de se refaire une santé, mais l’enfant qui bénéficie dès le départ de conditions favorables et qui montre une résilience aura plus de facilité à rester en santé malgré les obstaclesNote de bas de page 26. Des études révèlent que les investissements faits dans la période prénatale et dans l’enfance sont les plus rentables pour promouvoir la santé et la qualité de vie à long termeNote de bas de page 25 27–29.

Bref historique des mesures prises au Canada pour favoriser un départ en santé

Des progrès importants ont été réalisés au Canada pour aider les enfants à s’engager dès le départ sur la voie de la santé, comme en témoigne l’historique des 150 dernières années, présenté ci–après. Cet historique montre en effet à quel point les mesures adoptées en santé publique ou dans d’autres domaines ont évolué pour favoriser la santé et le bien–être des enfants. Prendre un peu de recul permet de voir où nous en sommes et sur quelles bases nous pouvons nous appuyer pour planifier les prochaines interventions. (Pour une histoire plus détaillée de la santé publique au Canada, lire le Rapport de l’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada, 2008)Note de bas de page 30.

Avant le 20e siècle

Avant le 20e siècle, la santé et la sécurité des enfants au Canada ne faisaient pas, en tant que telles, l’objet de politiques gouvernementales ou d’interventions communautaires. Dans la plupart des cas, il n’y avait pas de suivi de la grossesse, et les complications à l’accouchement présentaient un risque pour la mère et l’enfant, surtout parce que les soins de santé de l’époque étaient peu efficaces et peu accessiblesNote de bas de page 31. Au début des années 1890, le taux de mortalité infantile (TMI) au pays était de 145 décès pour 1 000 naissances vivantesNote de bas de page 32 33.

À l’époque, on jugeait naturel que les enfants participent aux corvées familiales, aux travaux de la ferme, à l’entreprise familiale ou à d’autres activités générant un revenu, ou encore qu’ils occupent un emploi rémunéré. Des mesures législatives, telles que la Orphan’s Act de 1799 et la Apprentices and Minors Act de 1851, avaient été adoptées à l’égard des enfants abandonnés et des orphelins. Ces deux textes accordaient à ces enfants une reconnaissance légale, mais uniquement en échange de leur travail, car ils les obligeaient à travailler comme apprentisNote de bas de page 34–36. Les enfants travaillaient souvent dans des conditions pénibles et dangereuses, entraînant un taux élevé de blessures et de décèsNote de bas de page 37 Note de bas de page 38.

Dans la seconde moitié du 19e siècle, il était généralement admis que les mauvaises conditions de vie et de travail (particulièrement dans les zones industrielles et chez les populations pauvres et ouvrières) avaient une incidence sur la santé et la sécurité, ce qui a donné lieu à de nouvelles initiatives.Par exemple, des lois et des mesures telles que la Factory Act, adoptée par l’Ontario en 1884, établissaient un salaire minimum, limitaient le nombre d’heures de travail et interdisaient de faire travailler les femmes et les enfants à des tâches où ils risquaient de se blesserNote de bas de page 39 Note de bas de page 40. Des lois semblables ont par la suite été adoptées ailleurs au Canada, au début des années 1900Note de bas de page 39.

Les enfants abandonnés ou les orphelins ont également vu leur sort s’améliorer pendant cette période. En effet, des organismes de bienfaisance ont été habilités à intervenir en cas de mauvais traitements infligés à des enfants placés comme apprentis. Ces organismes ont également contribué à mettre en place de nouvelles mesures en guise de solutions de rechange à l’apprentissage, comme l’adoption, le placement en foyer d’accueil ou les soins en établissement. En 1888, l’Ontario a franchi un pas de plus en adoptant la loi sur la protection et la réadaptation des enfants négligés (également appelée la Loi sur la protection des enfants). Aux termes de cette loi, les tribunaux étaient autorisés à confier tout enfant négligé – qu’il soit ou non orphelin ou abandonné – à des établissements et des organisations de bienfaisance en tant que pupille de l’ÉtatNote de bas de page 41 42.

C’est pendant cette période que les écoles ont commencé à se remplir. À la fin du siècle, la Colombie-Britannique, l’Ontario, l’î le-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse avaient rendu l’école obligatoire. La plupart des autres provinces leur ont emboîté le pas dans la décennie qui a suiviNote de bas de page 43.

Il y a peu d’information sur la santé et la sécurité des enfants autochtones à cette époque. On peut présumer que leur situation était comparable à celle des adultes. L’arrivée des explorateurs et des colons européens a eu un effet nuisible sur la santé des Autochtones, en raison notamment de l’introduction de maladies, de l’exposition à des aliments non traditionnels et de l’épuisement des ressources, cette population étant restreinte à des zones géographiques délimitéesNote de bas de page 44–46. La santé et le bien-être des enfants inuits et des Premières nations ont connu un autre déclin en 1849, lors de l’instauration du système de pensionnats. Ce système devait permettre l’assimilation des peuples autochtones à la culture canado-européenne par l’apprentissage de l’anglais, l’adoption des coutumes européennes et la conversion au christianismeNote de bas de page 47. Les enfants ont donc été retirés de leur foyer et éloignés de leur famille. Beaucoup d’entre eux ont été victimes de violence verbale, psychologique, physique et sexuelle, ont été soumis à une discipline rigoureuse, ont souffert de négligence et ont perdu leur identité culturelle. Ces conditions ont laissé leurs marques non seulement sur les pensionnaires, mais aussi sur leurs enfants et leurs petits-enfantsNote de bas de page 47–51.

Au 20e siècle – de 1900 au début de la Seconde Guerre mondiale

Au début du 20e siècle, des programmes communautaires destinés aux parents et aux jeunes enfants (par exemple, les cliniques de puériculture, la vaccination, la promotion de la santé dentaire, les inspections médicales dans les établissements scolaires et un meilleur accès aux soins) ont été instaurés dans l’espoir de contrer les taux élevés de mortalité et de maladies infectieuses chez les enfantsNote de bas de page 37. Un vaccin contre la diphtérie est apparu en 1926 et, grâce à la vaccination massive contre la variole, le Canada était parvenu à éradiquer cette maladie en Note de bas de page 52 Note de bas de page 53.

Des programmes municipaux de fluoration de l’eau ont également été mis en place, et on a reconnu leur efficacité à prévenir la carie dentaireNote de bas de page 54. D’autres améliorations à l’approvisionnement en eau ont permis de réduire les maladies et la mortalité associée aux maladies d’origine hydriqueNote de bas de page 30 Note de bas de page 55. Dans les années 1920, la vitamine D a été ajoutée à l’alimentation des nourrissons, ce qui a contribué à atténuer l’incidence du rachitisme chez les enfantsNote de bas de page 56. De même, l’obligation de pasteuriser le lait destiné à la consommation humaine a permis de prévenir, dans une certaine mesure, les intoxications alimentairesNote de bas de page 57 Note de bas de page 58.

Dans les villes, certaines femmes, surtout celles issues des classes moyenne et supérieure, ont commencé à recevoir des soins prénataux, et beaucoup d’entre elles accouchaient à l’hôpitalNote de bas de page 31. Sont également apparus durant cette période, les soins destinés aux nourrissons et aux enfants. C’est aussi à ce moment que la pédiatrie, à titre d’exemple, a été reconnue en 1937 comme une spécialité à part entière par le Collège royal des médecins et chirurgiens du CanadaNote de bas de page 59.

Cette époque a aussi été marquée par de grandes initiatives sociales. Au Manitoba et en Ontario, par exemple, l’allocation familiale a été établie après la Première Guerre mondiale afin de soulager la pauvreté des familles dont le père est mort au combatNote de bas de page 60. Pour sa part, le gouvernement fédéral accordait déjà, depuis 1918, une exemption d’impôt pour les familles ayant des enfantsNote de bas de page 61.

Entre-temps, la scolarisation continuait d’augmenter : les élèves étaient plus nombreux et fréquentaient l’école plus longtemps. L’école était d’ailleurs obligatoire dans toutes les provinces du Canada, sauf au Québec et à Terre-NeuveNote de bas de page 43. La fréquentation scolaire a eu une incidence importante sur la santé, car l’école était souvent le seul endroit où les enfants avaient accès à des soins de santéNote de bas de page 43 Note de bas de page 62. L’enseignement de l’hygiène, les inspections et les examens médicaux, courants dans les écoles, ont fait prendre conscience de l’importance des soins dentaires et de la prévention de la carie chez les enfantsNote de bas de page 62. Quelques provinces ont même mis sur pied des consultations dentaires mobiles afin de mieux servir les régions éloignées (par exemple, Terre-Neuve, le Nord de l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique)Note de bas de page 63–65.

Le système scolaire avait toutefois un autre visage pour les enfants inuits et des Premières nations qui fréquentaient les pensionnats indiens où, bien souvent, ils étaient victimes de négligence et vivaient dans des conditions insalubres. En 1907, le médecin-inspecteur en chef avait signalé au ministère des Affaires Indiennes de nombreux problèmes de santé dans les écoles, dont la prévalence de la tuberculose, une mauvaise alimentation, le non-respect des normes de salubrité et la formation inadéquate du personnelNote de bas de page 44 Note de bas de page 46 Note de bas de page 66 Note de bas de page 67. En 1920, la fréquentation scolaire était devenue obligatoire pour tous les enfants inuits et des Premières nations âgés de 6 à 15 ans et, onze ans plus tard, le système de pensionnats était à son apogée, comptant environ 80 établissements au CanadaNote de bas de page 66 Note de bas de page 68.

De 1936 à 1940, les TMI et maternelle ont diminué, surtout dans les familles à revenu élevéNote de bas de page 69 Note de bas de page 70. À la fin de cette période, le TMI moyen s’établissait à 71 décès pour 1 000 naissances vivantesNote de bas de page 71.

Au 20e siècle – de la fin de la Seconde Guerre mondiale à l’an 2000

La santé des enfants continuait de s’améliorer, car le Canada s’appuyait sur les mesures de prévention et les changements sociaux et structuraux qui s’étaient mis en place avant la Seconde Guerre mondiale. Les programmes de vaccination ont permis l’éradication complète ou quasi complète d’un grand nombre de maladies frappant habituellement les enfants. L’introduction du vaccin inactivé contre la polio, en 1955, et l’implantation des programmes de vaccination scolaires ont permis au Canada d’être certifié exempt de la polio en 1994Note de bas de page 52 Note de bas de page 72. De même, grâce à la vaccination massive contre la diphtérie, la coqueluche et la rougeole, ces maladies étaient devenues rares à la fin du siècleNote de bas de page 52.

La Loi sur les soins médicaux, adoptée en 1966, visait à fournir à tous les Canadiens une assurance-maladie. Dans les années 1970, toutes les provinces participaient au programme de santé universelNote de bas de page 62 Note de bas de page 73. La Loi canadienne sur la santé, votée en 1984, précisait quant à elle les conditions de financement des soins de santé et avait établi, pour ce faire, cinq grands principes à respecter : la gestion publique, l’intégralité, l’universalité, la transférabilité et l’accessibilitéNote de bas de page 74 Note de bas de page 75.

La sécurité des enfants évoluait elle aussi grâce à l’adoption de lois, de normes et de règlements destinés à prévenir les blessures causées par les jouets, l’équipement, les meubles, les vêtements de nuit ou les dispositifs de transport. À la fin du siècle, ces mesures avaient permis de réduire le nombre de blessures non mortelles chez les enfantsNote de bas de page 76–80. Grâce aux lois provinciales et territoriales sur la sécurité des dispositifs de retenue dans les véhicules automobiles et la réduction des limites de vitesse, les taux de mortalité associés aux collisions routières ont également diminuéNote de bas de page 76 78 Note de bas de page 81–83.

Il existe peu d’information sur les habitudes alimentaires des femmes enceintes. Néanmoins, la décision du Canada d’imposer la fortification des produits céréaliers en acide folique (devenue obligatoire en novembre 1998) et de recommander à toutes les femmes aptes à concevoir de prendre de l’acide folique a contribué à diminuer de façon importante le nombre de malformations du tube neural avec lésion ouverte, comme l’anencéphalie et le spina bifida. Une étude réalisée dans sept provinces révèle que le taux général de malformations du tube neural a diminué de 46 % (voir la figure 2,1) Note de bas de page 84–86.

En ce qui concerne les investissements réalisés auprès des mesures sociales à grande échelle, des programmes et des politiques de soutien à la famille ont aussi vu le jour au cours de cette période.

  • La Loi sur les allocations familiales de 1944 prévoyait le versement de prestations aux mères ayant des enfants de moins de 16 ans (cette limite d’âge a, par la suite, été repoussée à 18 ans) afin d’aider les familles en période d’après-guerreNote de bas de page 84–73
  • La Loi sur l’assurance-chômage de 1971 offrait un soutien au revenu à tous les Canadiens au chômage qui y étaient admissibles et accordait des prestations de maternité aux familles qui venaient d’avoir ou d’adopter un enfantNote de bas de page 87.
  • Le Crédit d’impôt remboursable pour enfants, voté en 1978, venait en aide aux familles dont le revenu net était inférieur à un seuil donnéNote de bas de page 61.
  • La Prestation fiscale pour enfants de 1993 regroupait les allocations familiales et les crédits d’impôt remboursables et non remboursables pour enfants en une seule prestation mensuelle, basée sur le nombre d’enfants et sur le revenu familial. Elle incluait également le Supplément de revenu gagné, alloué aux familles de travailleurs à faible revenu ayant des enfants. En 1998, la Prestation fiscale pour enfants a été remplacée par la Prestation fiscale canadienne pour enfants, qui vient en aide aux familles à faible revenu ou à revenu moyen. Le Supplément de revenu gagné a, pour sa part, été remplacé par le Supplément de la prestation nationale pour enfants, qui s’adresse aux familles à faible revenuNote de bas de page 88 Note de bas de page 89.

En 1991, le Canada a ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, garantissant ainsi à tous les enfants le droit de « jouir du meilleur état de santé possible»Note de bas de page 94 Note de bas de page 95. L’année suivante, il a lancé son initiative Grandir ensemble : Plan d’action canadien pour les enfants afin de réduire les risques chez les enfants grâce à des programmes ciblés, tels que le Programme d’action communautaire pour les enfants (PACE) et le Programme canadien de nutrition prénatale (PCNP)Note de bas de page 93 Note de bas de page 96. Par ailleurs, pour répondre aux besoins spécifiques des enfants et des familles inuits, métis et des Premières nations, deux programmes ont également été mis en place : le Programme d’aide préscolaire aux Autochtones dans les collectivités urbaines et nordiques (1995) et le Programme d’aide préscolaire aux Autochtones des réserves (1998)Note de bas de page 97 Note de bas de page 98. En 1997, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ont aussi convenu de mettre en oeuvre un Plan d’action national pour les enfants, qui prévoyait une série de mesures destinées à offrir à tous les enfants canadiens la meilleure chance possible de se réaliserNote de bas de page 99.

Vers le milieu des années 1950 et jusqu’à la fin de cette décennie, les enfants des Premières nations ont commencé à fréquenter les écoles publiques ordinairesNote de bas de page 100 Note de bas de page 101. En 1972, la Fraternité des Indiens du Canada (qui allait devenir l’Assemblée des Premières Nations) a réclamé « la maîtrise indienne de l’éducation indienne », demande à laquelle le gouvernement fédéral a acquiescé en 1973Note de bas de page 102–104. Mais ce n’est qu’en 1996 que le dernier pensionnat indien a fermé ses portes, soit l’année où la Commission royale sur les peuples autochtones a recommandé la tenue d’une enquête publique sur les mauvais traitements subis par les enfants dans les pensionnatsNote de bas de page 105 Note de bas de page 106. Selon l’Enquête régionale longitudinale sur la santé des Premières nations (ERS) de 2002-2003, les quatre expériences reconnues par les anciens élèves des pensionnats comme étant les plus négatives sur le plan de la santé et du bien-être étaient l’isolement de leur famille, la violence verbale ou psychologique, la discipline rigoureuse et la perte de leur identité culturelleNote de bas de page 50.

Entre 1995 et 1999, le Canada affichait un TMI moyen de 5,6 décès pour 1 000 naissances vivantes, une baisse par rapport au taux de 45 décès pour 1 000 naissances vivantes enregistré dans les cinq années qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondialeNote de bas de page 70 Note de bas de page 107.

Figure 2,1 Prévalence des malformations du tube neural dans sept provinces canadiennes, de 1993 à 2002Note de bas de page 85

Figure 2,1
Équivalent textuel – Figure 2,1

Texte équivalent - Description longue - Figure 2.1

Sommaire : Le taux d’anomalies du tube neural pour 1 000 naissances a reculé de 1,6 en 1993 à 0,9 en 2002. L’enrichissement des aliments à l’acide folique est devenu obligatoire en 1998. Cette diminution tient compte non seulement des naissances vivantes qui avaient ce problème, mais aussi des mortinaissances et des avortements provoqués. Les catégories de diagnostic incluaient les catégories CIM-9 655.0 et 740.0 à 742.0 et CIM-10 Q00, Q01, Q05 et O35.0.

Source :De Wals, P., F. Tairou, M. I. Van Allen, S.-H. Uh, R. B. Lowry, B. Sibbald et coll., 2007.

Figure 2,1 - Prévalence des malformations du tube neural1 dans sept provinces canadiennes (Terre-Neuve–et–Labrador, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, le Québec, le Manitoba, l’Alberta et la Colombie-Britannique), de 1993 à 2002
Année Taux pour 1 000 naissances2
1993 1,6
1994 1,6
1995 1,6
1996 1,7
1997 1,5
1998 1,1
  Note: L’enrichissement des aliments à l’acide folique est devenu obligatoire en 1998
1999 1,0
2000 0,9
2001 0,9
2002 0,9

Notes en bas de page :

Les sept provinces canadiennes sont Terre-Neuve–et–Labrador, la Nouvelle-Écosse, l’î le-du-Prince-Édouard, le Québec, le Manitoba, l’Alberta et la Colombie-Britannique.

Diagnostics de la CIM-9 655,0 et 740,0 à 742,0 et CIM-10 Q00, Q01, Q05 et O35,0.

La diminution des malformations du tube neural n’a pas été calculée uniquement pour les naissances vivantes, mais également pour les mortinaissances et les avortements provoqués.

Source : De Wals, P., F. Tairou, M. I. Van Allen, S.-H. Uh, R. B. Lowry, B. Sibbald et coll., 2007.

Le 21e siècle

Le Canada continue de promouvoir les expériences positives pour les enfants et les familles au moyen de stratégies et de mesures favorisant la sécurité et la santé physique et mentale des enfants. D’ailleurs, l’Entente fédérale-provinciale-territoriale sur le développement de la petite enfance, adoptée en 2003, avait pour objectif de promouvoir la santé et le développement de l’enfance et d’instaurer, pour les familles et les collectivités, des mesures axées sur l’emploi, la formation et les soins aux jeunes enfantsNote de bas de page 93 Note de bas de page 108. Les modifications apportées en 2001 à la Loi sur l’assurance-emploi, entre autres, ont apporté un soutien supplémentaire aux familles, notamment en prolongeant (de six mois à un an) le congé de maternité ou le congé parentalNote de bas de page 87 Note de bas de page 93. De nombreux programmes ont également été ajoutés à l’initiative Grandir ensemble (par exemple, le Programme d’aide préscolaire aux Autochtones, le PACE et le PCNP) dans le but de limiter encore davantage les risques auxquels les enfants sont exposésNote de bas de page 96 Note de bas de page 109 Note de bas de page 110. On constate d’ailleurs une diminution constante des taux de blessures, résultat des lois, normes et règlements adoptés dans la seconde moitié du 20e siècle pour prévenir les blessures, mais aussi grâce à de nouvelles mesures prises par le Canada, telles que l’interdiction des marchettes pour bébés (2004)Note de bas de page 78 Note de bas de page 111.

Plus récemment, le Canada a mis sur pied de nouvelles mesures ou a apporté des améliorations aux mesures en place afin de mieux protéger la santé et le bien-être des enfants. Par exemple, la Prestation universelle pour la garde d’enfants (2006) offre un soutien financier qui sert à couvrir les frais de garde des enfants âgés de moins de six ans, tandis que le Crédit d’impôt pour la condition physique des enfants (2007) fait la promotion d’un mode de vie actif et s’attaque aux facteurs de risque d’obésité chez les enfantsNote de bas de page 112–114. Il est toutefois trop tôt pour évaluer l’efficacité de ces nouveaux programmes.

En juin 2008, le premier ministre Stephen Harper a présenté, au nom de tous les Canadiens, des excuses aux victimes des pensionnats indiensNote de bas de page 115. La Commission de vérité et de réconciliation relatera l’histoire des pensionnats en évoquant les répercussions que ce système a eues sur la vie des Premières nations et des Inuit. Elle présentera également des recommandations sur la façon dont les politiques publiques pourraient favoriser le passage à l’étape suivanteNote de bas de page 116.

Au cours des dernières décennies, le Canada a vu son TMI chuter à 5 décès pour 1 000 naissances vivantes (voir la figure 2,2), une amélioration remarquable par rapport aux 145 décès pour 1 000 naissances vivantes qu’il affichait un siècle plus tôtNote de bas de page 32 Note de bas de page 33 Note de bas de page 117. Même s’il faut faire preuve de prudence dans les comparaisons entre pays en raison des différences de méthodes, le Canada semble se laisser distancer par d’autres pays qui, eux, continuent de faire des progrèsNote de bas de page 70 Note de bas de page 117–127. La portion agrandie de la figure 2,2 montre en effet que les taux de la Suède, de la Finlande et du Japon ont continué de décroître, tandis que ceux du Canada se maintiennent depuis dix ans.

La Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant

En vertu de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, il incombe aux gouvernements d’assurer à tous les enfants le droit de vivre, de grandir en santé, d’être protégés et de pouvoir exprimer leurs opinions sur tout ce qui les concerne. Les quatre principes fondamentaux de la Convention sont la non-discrimination; l’intérêt supérieur de l’enfant; le droit de vivre, de survivre et de se développer; et le droit d’exprimer librement ses opinionsNote de bas de page 90.

La Convention s’accompagne de deux protocoles facultatifs, qui fournissent aux enfants une protection additionnelle dans des situations particulières, le Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, ratifié en 2000, et le Protocole facultatif concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants, ratifié en 2005Note de bas de page 91 Note de bas de page 92. Le Canada a adopté des politiques, des lois et des programmes afin de promouvoir l’application des principes directeurs de la Convention et de ses protocoles facultatifs et ainsi améliorer la condition des enfants. Lancée en 2004, le plan d’action national pour les enfants Un Canada digne des enfants est sans doute la mesure la plus importante prise à cet égardNote de bas de page 93.

En tant que partie à la Convention, le Canada doit produire des comptes rendus périodiques des mesures qu’il a prises pour se conformer à cette entente et à ses protocoles facultatifs. Depuis la présentation de son premier rapport, en 1994, il a toujours respecté cette obligation et il présentera cette année un rapport sur les suites données à certains engagements.


Figure 2,2 Taux de mortalité infantile dans certains pays, de 1925 à 2005Note de bas de page 70 Note de bas de page 117–127


Figure 2,2
Équivalent textuel – Figure 2,2

Texte équivalent - Description longue - Figure 2.2

Sommaire : Entre 1925 et 2005, le taux de mortalité infantile est tombé de 93 à 5,4 au Canada; de 53 à 5,0 en Australie; de 75 à 5,1 au Royaume-Uni; de 72 à 6,9 aux États-Unis; de 58 à 2,4 en Suède; de 85 à 3,0 en Finlande et de 142 à 2,8 au Japon. Au Canada, les données excluent le Québec en 1925, Terre-Neuve en 1925 et 1926, et le Territoire du Yukon et les Territoires du Nord-Ouest de 1925 à 1949. Au Royaume-Uni, les mortalités infantiles sont basées sur les naissances vivantes survenues au cours de l’année, sauf de 1931 à 1956 lorsqu’elles étaient basées sur les naissances vivantes relatives. Aux États-Unis, le taux de mortalité infantile exclut les mortinaissances de 1925 à 1940.

Source : Australian Bureau of Statistics; Office for National Statistics; Grove, R. D. et A. M. Hetzel, 1968; Linder, F. E., R. D. Grove et H. L. Dunn, 1947; Statistique Canada; Statistics Sweden; Ministry of Health, Labour and Welfare; Human Mortality Database; Agence de la santé publique du Canada.

Figure 2,2 - Taux de mortalité infantile dans certains pays, de 1925 à 2005
Pays

Taux pour 1 000 naissances
vivantes de 1925

Taux pour 1 000 naissances vivantes de 2005

Suède 58 2,4
Japon 142 2,8
Finlande 85 3,0
Australie 53 5,0
Royaume-Uni 75 5,1
Canada1 93 5,4
États-Unis2 72 6,9

Notes en bas de page :

* Excluant le Québec en 1925, Terre-Neuve en 1925 et 1926 ainsi que le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest de 1925 à 1949.

† Les taux de mortalité infantile sont basés sur le nombre de naissances vivantes durant l’année, sauf de 1931 à 1956, où ils sont établis en fonction du nombre de naissances vivantes déclarées.

‡ Les taux de mortalité infantile de 1925 à 1940 ne comprennent pas les mortinaissances.

Source : Australian Bureau of Statistics; Office for National Statistics; Grove, R. D. et A. M. Hetzel, 1968; Linder, F. E., R. D. Grove et H. L. Dunn, 1947; Statistique Canada; Statistics Sweden; Ministry of Health, Labour and Welfare; Human Mortality Database; Agence de la santé publique du Canada.

Résumé

Ce bref historique montre que, dans ses efforts pour favoriser la santé et le développement des nourrissons et des enfants, le Canada ne fait pas que réagir à l’éclosion de maladies, comme c’était le cas à ses débuts; au fil des années, il a pris un nouveau tournant, davantage axé sur la prévention, la protection et la promotion de la santé et du bien-être de la population. Il a aussi changé radicalement sa façon de concevoir la santé des enfants, qui est aujourd’hui considérée indépendamment de celle de la population en général, puisque l’enfance est désormais reconnue comme une étape à part entière, qui prédétermine la santé à long terme. En plus d’améliorer les chances de survie des enfants pendant les premières années de vie, le Canada s’emploie maintenant à leur offrir les conditions et les moyens de grandir en santé et de le rester, afin de leur assurer une vie longue et productive. C’est pourquoi il investit dans les soins prénataux et postnataux, la vaccination, les services de soutien, les programmes sociaux, les mesures de sécurité et les lois, qui ont montré leur efficacité à prévenir les maladies et les blessures à tout âge. Dans l’ensemble, les mesures mises en place depuis 150 ans par le Canada afin d’améliorer la santé des enfants ont fait chuter considérablement le TMI et ont haussé l’espérance de vie des Canadiens, qui est maintenant l’une des plus élevées du monde. Toutefois, il y a des signes que, sur certains plans, nous ne progressons pas au même rythme que d’autres pays. Le chapitre 3 examinera l’état de santé actuel des enfants canadiens âgés de moins de 12 ans, notamment les causes de décès, la nature des problèmes de santé et les profils d’incapacité observés dans ce groupe d’âge en particulier.

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