Chapitre 5 : Rapport de l'administrateur en chef de la santé publique sur l'état de la santé publique au Canada 2009 – Établir les trajectoires d'une vie en santé

Chapitre 5 - Établir les trajectoires d’une vie en santé

Examiner la santé dans le contexte du modèle de trajectoire de vie, comme il est expliqué au chapitre 2, fournit un point de vue sur la santé qui prend en compte les relations complexes entre les facteurs biologiques, comportementaux, psychologiques et sociaux qui contribuent à l’état de santé tout au long de la vieNote de bas de page 24. De la première année de vie jusqu’à l’âge adulte, en passant par l’enfance, surviennent des événements qui peuvent avoir de bonnes ou de mauvaises conséquences sur la santé3. Le plus grand avantage de cette approche est qu’elle permet de cerner les stades où il est crucial de prendre des mesures afin de favoriser les facteurs les plus propices pour la santé tout en atténuant ceux qui la compromettentNote de bas de page 23. L’enfance compte plusieurs périodes décisives, comme la phase prénatale, l’âge préscolaire et l’âge scolaire, pendant lesquels il est possible de réunir les conditions les plus favorables pour la santé et le développement.

Cet examen de la santé et du bien-être des enfants permet de cerner six problèmes préoccupants, soit : le statut socioéconomique et les possibilités de développement; la violence et la négligence; les risques prénataux; la santé mentale et les troubles mentaux; l’obésité; et les blessures non intentionnelles. Il est essentiel d’attirer l’attention sur ces domaines, car ils peuvent avoir des conséquences néfastes, tant immédiates qu’à long terme, sur la santé des enfants au Canada, et car ils persistent ou s’aggravent (par exemple, les écarts tant entre les populations qu’au sein de celles-ci sont plus marqués). De plus, les données tendent à démontrer que ces problèmes sont, en partie, évitables grâce à la mise en place de mesure appropriées, autant individuelles que sociales.

Dans le présent chapitre, des exemples de pratiques exemplaires tirées d’interventions réelles, dont certaines sont appuyées par des études longitudinales, vont permettre de constater la valeur des résultats obtenus lorsqu’on établit des trajectoires de vie saine et que l’on aide les enfants à recouvrer la santé. Bien qu’il existe fort probablement un bon nombre d’exemples de mesures déjà éprouvées et fort prometteuses, seuls quelques-uns d’entre-eux sont présentés ici. Ces exemples mettent en évidence les progrès réalisés ainsi que les manières de poursuivre les avancées dans chacun de ces domaines.

Statut socioéconomique et possibilités de développement

L’environnement socioéconomique établit le contexte des déterminants de la santé dans lesquels les enfants naissent, grandissent et se développent. Les environnements qui favorisent un développement harmonieux accroissent les possibilités de mener une vie saine. À l’inverse, les conséquences pour la santé à court et à long terme seront néfastes en l’absence d’environnements favorablesNote de bas de page 22. Les lignes qui vont suivre mettent en lumière trois grands types d’interventions qui contribuent à redresser les inégalités au chapitre du statut socioéconomique et des possibilités de développement chez les enfants :

  • stratégies générales sur la pauvreté;
  • stratégies générales pour les familles et les enfants;
  • programmes pour les familles et les enfants.

Chacune de ces interventions est : soit efficace et mériterait d’être plus répandue, soit prometteuse, bien qu’elle nécessite davantage de travaux et de recherche.

Stratégies générales sur la pauvreté

Les efforts visant à répondre aux besoins fondamentaux des familles sont d’une importance cruciale puisque certains ménages n’ont pas le revenu, le logement ou la sécurité alimentaire voulus afin de réunir les conditions nécessaires au sain développement des enfantsNote de bas de page 345.

Les investissements actuels ont contribué à la prévention et à la réduction de la pauvreté au Canada. Des efforts nationaux, comme le crédit pour taxe sur les produits et services et l’assurance-emploi (qui aident les Canadiens à faible revenu et ceux confrontés à des périodes de chômage), jouent un rôle important dans la prévention de la pauvreté chez les enfants et les famillesNote de bas de page 229. Des investissements ont été consentis afin d’améliorer l’accessibilité à des logements salubres pour les familles à faible revenu (par exemple la Loi nationale sur l’habitation) et respecter les exigences minimales en matière de santé et de sécurité à la maison (par exemple le Programme d’aide à la remise en état des logements et le Programme de réparations d’urgence)Note de bas de page 241 346–348. De plus, les investissements des administrations fédérale, provinciales et territoriales ont contribué à accroître l’accès à des logements abordables pour les Autochtones vivant à l’extérieur des réserves grâce, entre autres, à l’Initiative en matière de logement abordableNote de bas de page 349. Parmi les autres investissements généraux qui aident à réduire la pauvreté, on compte l’augmentation des soutiens financiers versés aux familles vulnérables (par exemple la Prestation fiscale canadienne pour enfants, le Supplément de prestation nationale pour enfant, le Crédit d’impôt pour enfants et la Prestation fiscale pour le revenu gagné) Note de bas de page 350 Note de bas de page 351.

Même si la réduction de la pauvreté est reconnue presque universellement comme une importante politique économique et sociale, des données probantes suggèrent que davantage de mesures pourraient être prises pour réduire la pauvreté au CanadaNote de bas de page 30 Note de bas de page 352. Par exemple, le Comité sénatorial permanent des droits de la personne, le Sous- Comité sénatorial sur la pauvreté, le logement et le sansabrisme et le Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts ont fortement recommandé la création d’une stratégie nationale pour lutter contre la pauvreté, en plus de proposer l’élaboration de mesures préventives visant en particulier les familles à risque élevéNote de bas de page 353–355. Le Comité permanent du développement des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées fait rapport sur la contribution fédérale en vue de réduire la pauvreté au CanadaNote de bas de page 356. D’autres pays aussi bien nantis (par exemple la Finlande et le Royaume-Uni), ainsi que des provinces et des organisations canadiennes (par exemple le Québec, Terre-Neuve-et-Labrador, l’Ontario et l’Assemblée des Premières nations) examinent cette approche de la réduction de la pauvreté (voir l’encadré Pauvreté chez les enfants en Finlande et au Royaume-Uni)Note de bas de page 219 Note de bas de page 357–361. Comme c’est le cas pour d’autres pays nordiques, le faible taux de pauvreté chez les enfants de la Finlande peut être en partie attribuable aux transferts et aux crédits d’impôt, ainsi qu’aux vastes politiques familiales qui soutiennent les familles à deux revenusNote de bas de page 362. Au Canada, la politique familiale du Québec (1997) en est un exemple, compte tenu de son rôle pour aider la province à réduire de façon constante le taux de pauvreté chez les enfants au cours des 10 dernières années (voir l’encadré Vastes stratégies pour les familles et les enfants)Note de bas de page 360 Note de bas de page 363.

Pauvreté chez les enfants en Finlande et au Royaume-Uni

Lorsqu’on examine le taux de pauvreté chez les enfants, on constate que certains pays ont eu plus de succès que d’autres. La Finlande et le Royaume-Uni font partie de ces pays, leur taux étant plus faible que celui des autres en raison d’investissements dans des politiques familiales et sociales générales.

Bien que la Finlande soit actuellement reconnue pour ses politiques sociales réussies, ce ne fut pas toujours le cas. Pendant la majeure partie du siècle dernier, la Finlande affichait un taux de pauvreté chez les enfants supérieur à celui des autres pays nordiques. Cependant, lorsque la Finlande a adopté des politiques sociales semblables à celles de ses voisins, elle a enregistré une réduction de son taux de pauvretéNote de bas de page 362. Actuellement, le pays déclare un taux de moins de 5 % de pauvreté chez les enfants — le troisième plus faible taux parmi les 40 pays de l’OCDE, après la Suède et le DanemarkNote de bas de page 362 Note de bas de page 364.

La réussite de la Finlande peut être attribuée aux mesures suivantes :

  • une vaste redistribution du revenu par l’entremise de transferts et de crédits d’impôt par rapport aux autres pays362;
  • des politiques familiales ainsi que du soutien aux familles dont les deux conjoints travaillent (par exemple services de garde subventionnés pour les enfants)362;
  • un soutien public pour la politique familiale et sociale généraleNote de bas de page 362.

En 1999, le Royaume-Uni s’est fixé pour mission de réduire de moitié la pauvreté chez les enfants d’ici 2010 et d’y mettre fin d’ici 2020Note de bas de page 219 Note de bas de page 365. Cela s’est traduit par la mise en oeuvre d’une série de politiques intégrées qui comprenaient le renforcement de politiques familiales ainsi que l’augmentation du taux de participation au marché du travail pour ceux qui le peuvent, le soutien et la promotion de la sécurité financière pour les familles, et un meilleur accès à des services publics de qualité élevéeNote de bas de page 219 Note de bas de page 365. À ce jour, le Royaume-Uni a introduit ou établi : des changements dans la fiscalité, des augmentations du salaire minimum, des crédits d’impôt pour les familles à faible revenu, du soutien aux parents, et des dépenses en éducation, en emploi, en santé et dans l’aide au logementNote de bas de page 219. Bien qu’il soit peu probable que le Royaume-Uni atteigne ses objectifs de 2010, on constate une diminution de 21 % du nombre d’enfants qui vivent dans la pauvreté depuis la mise en oeuvre de ces mesuresNote de bas de page 365. Tout en reconnaissant qu’il reste du travail à faire, le gouvernement britannique a commencé à augmenter, dès 2006, le nombre de ressources disponibles en faveur de cette initiativeNote de bas de page 365 Note de bas de page 366.

Stratégies générales pour les familles et les enfants

La Commission des déterminants sociaux de la santé de l’OMS a demandé aux gouvernements de mettre en place un plan d’action ou une stratégie intégrés en faveur du développement des jeunes enfantsNote de bas de page 345 Note de bas de page 367. Un tel plan d’action nécessiterait un effort de coordination et une en faveur des familles et des enfants, accroissent les possibilités des ménages et misent sur l’éducation pendant la petite enfance, font état de meilleurs résultats en ce qui à trait à la maturité scolaire, en plus d’enregistrer de plus faibles taux de pauvreté chez les enfantsNote de bas de page 268 Note de bas de page 368 Note de bas de page 369.

Le Canada ne possède pas une telle stratégie et, comme indiqué au chapitre 4, il continue de faire mauvaise figure dans le bulletin de l’UNICEF. Lorsque comparé à d’autres nations aussi bien nanties, il performe mal en matière de pauvreté chez les enfants, au chapitre de leur bien-être et en terme de mise en application de programmes de développement de la petite enfanceNote de bas de page 274 Note de bas de page 345 Note de bas de page 365. Dans de nombreux cas, si les plans proposés tiennent compte de l’importance générale des problèmes (comme la pauvreté durant l’enfance et le développement de la petite enfance), ils demeurent souvent conceptuels plutôt qu’axés sur des mesures concrètesNote de bas de page 274. Il est important de noter qu’au Canada, un plan d’action ou une stratégie qui respecte l’approche de l’OMS risque d’être plus difficile à implanter compte tenu des paliers fédéral, provinciaux et territoriaux dans lequel il doit s’articuler.

Bien que le Canada ne possède pas de stratégie générale pour la famille et les enfants, d’autres pays et certaines provinces au Canada examinent cette approche (voir l’encadré Vastes stratégies pour les familles et les enfants). Enfants en santé Manitoba et la Politique familiale du Québec, par exemple, visent à assurer le développement de politiques axées sur les enfants et à établir des chances équitables pour tous les enfants, peu importe leur région ou leur situation économiqueNote de bas de page 30 Note de bas de page 370 Note de bas de page 371. Un programme comme Enfants en santé Manitoba repose sur une stratégie de prévention interministérielle à long terme, destinée aux enfants et aux familles, et qui vise à favoriser la santé physique et affective des enfants, leur sécurité ainsi que leur apprentissageNote de bas de page 30 Note de bas de page 372. Il est fondé sur des données probantes selon lesquelles le soutien aux familles permet de renforcer les collectivités. De plus, ce programme a permis d’établir des coalitions axées sur les parents et les enfants qui bénéficient à la collectivité partout dans la province, y compris dans les régions rurales et du NordNote de bas de page 30 Note de bas de page 372. L’Ontario a récemment annoncé son intention de mettre en oeuvre des journées complètes d’apprentissage optionnel pour les enfants de quatre à cinq ans et ce, dans le cadre d’une initiative à long terme qui vise à intégrer les enfants (de 0 à 12 ans) dans un réseau consolidé de soins pour la famille ainsi que des centres d’apprentissage qui soutiennent les enfants et les familles en partenariat avec les écoles localesNote de bas de page 373. Les avantages escomptés à long terme visent un meilleur taux d’alphabétisation et une plus grande maîtrise des notions de calcul afin d’améliorer la réussite scolaire des enfants, en plus de favoriser leur résilience et leur état de santé générale. En collaboration avec la Stratégie de réduction de la pauvreté de l’Ontario, cette première phase du programme sera mise en oeuvre dans les quartiers à faible revenuNote de bas de page 373.

Vastes stratégies pour les familles et les enfants

Politique familiale du Québec

Lorsque le gouvernement du Québec a présenté sa nouvelle politique familiale en 1997, il poursuivait entre autres ces objectifsNote de bas de page 374: la réduction de la pauvreté, la mise en place des possibilités égales pour tous, l’implantation d’une économie de marché sociale, la transition de l’aide sociale vers le marché du travail et le soutien accru aux parents qui travaillent. La politique favorisait en général des investissements sociaux dans les familles afin de s’attaquer aux inégalités en matière de revenu, de soutenir les parents, de protéger l’éducation des enfants et de subvenir aux besoins de services de garde. Grâce à sa politique familiale, le Québec garantit aux parents un accès aux services de garde éducatifs subventionné pour les enfants de moins de cinq ans. Pour les parents à faible revenu, ces services sont gratuitsNote de bas de page 375. Des indemnités spéciales sont également versées afin de contribuer à l’intégration des enfants handicapés dans les services de gardeNote de bas de page 376. Les frais de garde éducative sont minimaux (7 $ par jour) et incluent un maximum quotidien de 10 heures consécutives, des collations, des repas et du matériel d’apprentissageNote de bas de page 377. Les défenseurs des réformes axées sur les services de garde éducatifs au Québec ont souligné l’importante de leur répercussion sur la réduction des obstacles qui freinaient l’accès au marché de l’emploi pour les mères d’enfants de moins de cinq ans. On estime que le taux d’emploi de ce groupe s’est accru, passant d’environ 61 % à 69 % au cours des dernières années, ce qui signifie qu’il a dépassé la moyenne canadienne, alors qu’il était en deçà avant l’implantation de ces mesures. Les recettes fiscales perçu par le du gouvernement suite à ces emplois additionnels couvriraient, en une seule année, près de 40 % des coûts de ces programmes et servicesNote de bas de page 378. D’après des évaluations réalisées suite à cette initiative, bien que toutes les familles, peu importe leur revenu, y aient accès, il subsiste un besoin disproportionné chez les familles à faible revenu qui n’est pas encore en voie d’être satisfaitNote de bas de page 374 Note de bas de page 378. En outre, les programmes ne répondent pas toujours aux besoins en matière de services de garde pour les enfants de certaines familles (par exemple parents qui travaillent par quart de travail). De plus, la qualité et l’accessibilité des programmes peuvent varierNote de bas de page 379. Selon certains commentaires, les familles d’enfants handicapés et les familles ethniques font moins appel aux programmes; de plus, ceuxci pourraient être davantage implantés dans les collectivités autochtonesNote de bas de page 374.

Programmes Sure Start locaux

En 1998, le programme Sure a été lancé en Angleterre afin de fournir des programmes et des services visant à améliorer la santé et le bien-être de tous les enfants (jusqu’à cinq ans), en particulier les enfants et les familles qui habitent dans des collectivités défavorisées. L’objectif final consiste à promouvoir le développement physique, intellectuel et social des nourrissons et des jeunes enfants, tout en soutenant les autres besoins de la famille et ce, en vue de favoriser leur réussite à la maison, à l’école et tout au long de leur vie. Les programmes et les services offerts par l’entremise des centres pour enfants Sure Start sont à la fois universels et ciblés. Chaque centre est différent et tient compte des besoins précis de la collectivité desservie. Les ressources offertes par les centres varient et peuvent comporter des volets comme les services de garde et l’éducation précoce, les services de santé et le soutien à la famille sous forme de cours axés sur les compétences parentales ainsi que l’aide à la recherche d’emploi. Chaque centre doit offrir des visites à domicile et des services de sensibilisation auprès de tous les nouveaux parents. Il existe actuellement plus de 2 900 centres, partout au pays, et l’on planifie en ouvrir un dans toutes les collectivités du pays d’ici 2010. Des programmes ont également été lancés en Écosse, en Irlande et au Pays de Galles. Par contre, il est à noter que ceux qui en ont le plus de besoin ne profiteraient toujours pas de l’initiative, tandis que la participation au programme est bien meilleure dans les ménages à revenu plus élevéNote de bas de page 371 Note de bas de page 380–382.

Programmes pour les familles et les enfants

Le réseau de connaissances sur le développement de la petite enfance de la Commission des déterminants sociaux de la santé de l’OMS considère le développement des jeunes enfants (DJE) comme un puissant levier d’égalité des chances, car il jette les fondations essentielles à leur épanouissement, peu importe le SSE. D’ailleurs, on constate que ce sont les personnes défavorisées qui retirent les plus grands bénéfices du DJENote de bas de page 345 Note de bas de page 367. Des investissements dans le DJE peuvent permettre aux enfants de devenir des adultes en santé qui vont ensuite contribuer à la société sur le plan économique et socialNote de bas de page 345. Des mesures visant à améliorer le DJE peuvent également avoir des effets bénéfiques importants sur la santé des enfants puisque celle-ci peut être largement compromise par un SSE précaire. Alors qu’un SSE faible peut entrainer des répercussions néfastes sur le DJE, les efforts consentis pour l’améliorer peuvent contribuer à en minimiser les impacts et même l’améliorer à mesure que l’enfant devient un adulteNote de bas de page 345 Note de bas de page 367.

Les meilleurs retours sur les investissements des contribuables sont ceux qui s’adressent aux enfantsNote de bas de page 29 Note de bas de page 383. Leur permettre de commencer leur vie en santé réduit les coûts à long terme associés aux soins de santé, à la toxicomanie, au crime et au chômageNote de bas de page 29 Note de bas de page 383. En fait, on estime que chaque dollar dépensé pendant les premières années de vie permet d’épargner entre 3 et 9 $ en dépenses futures dans les services de santé, de même que dans les services judiciaires et sociauxNote de bas de page 384. Les investissements axés sur le bien-être des enfants favorisent une meilleure scolarisation, ce qui leur permet de devenir des adultes bien adaptés et productifsNote de bas de page 383.

L’un des domaines où le retour est le plus important est celui des services de garde éducatifs pour les jeunes enfants. Une étude longitudinale américaine, le High/ Scope Perry Preschool Programme, illustre l’importance des investissements dans la petite enfance; en effet, les enfants qui ont participé aux programmes jouissent d’un meilleur SSE une fois devenus adultes (voir l’encadré High/Scope Perry Preschool Program)Note de bas de page 385 Note de bas de page 386.

Le Canada a investi considérablement pour appuyer les familles avec des enfants, comme l’Entente fédérale-provinciale- territoriale sur le développement de la petite enfance (2000) et le Cadre multilatéral pour l’apprentissage et la garde des jeunes enfants (2003), qui comportent des initiatives ciblées sur les enfants de moins de six ans et leur familleNote de bas de page 93. Plus récemment, la Prestation universelle pour la garde d’enfants (100 $ par mois pour chaque enfant de moins de six ans) a été implantée dans le but de contribuer à la garde d’enfants. En outre, le Canada a consenti des investissements de manière à prolonger le congé parentalNote de bas de page 388. Des sommes considérables ont également été dégagées pour fournir de l’aide aux collectivités des Premières nations par l’entremise du Programme des services à l’enfance et à la famille des Premières nations. Ce programme offre des services de prévention et de protection adaptés à leur culture et destinés aux enfants et aux familles en tous points comparables à ceux offerts ailleurs dans la province ou le territoire de résidenceNote de bas de page 389. De même, des investissements considérables dans le Programme d’établissement et d’adaptation des immigrants aident les familles de nouveaux arrivants à s’adapter à la société canadienne. Dans le cadre de ce programme, le Canada verse des fonds et établit des partenariats avec les provinces, les territoires, de concert avec des établissements de prestation de services et les intervenants du milieu, afin de créer des réseaux de soutien pour les soins de santé, la promotion et la prévention. Par exemple, ces investissements, par le truchement d’hôpitaux comme le Hospital for Sick Children de Toronto, facilitent l’accès des nouveaux immigrants à des services adaptés sur le plan culturelNote de bas de page 390 Note de bas de page 391.

Grâce aux investissements déjà mentionnés et ceux réalisés par les administrations provinciales, territoriales et municipales (par exemple éducation publique et maternelle à temps plein), le Canada fait bonne figure dans plusieurs domaines de la santé, du développement et du bien-être des enfants. Cependant, comme il est mentionné plus haut, le Canada ne fait pas aussi bien que d’autres pays sur certains points, et les efforts actuels ne permettent pas de répondre aux besoins de tous les Canadiens. Par exemple, une étude canadienne de 2006 sur les services de garde éducatifs pendant la petite enfance montre que, malgré l’implantation du congé parental prolongé, de nombreuses mères n’en profitent pasNote de bas de page 392. Certaines n’y sont pas admissibles (par exemple travailleuses autonomes), certaines choisissent de ne pas s’en prévaloir et d’autres ne peuvent pas se permettre de vivre sur la seule base des prestations d’assurance-emploi (55 % de leur salaire) quand elles ne sont pas complétées par leur employeurNote de bas de page 392.

À l’échelle internationale, les statistiques démontre que les enfants jouissent d’une meilleure qualité de vie dans les pays qui ont prolongé la durée du congé parental. La Suède (qui fait état d’un plus faible taux de pauvreté chez les enfants et de meilleurs résultats en matière d’éducation et de soins des enfants) a établi un congé parental dont la couverture et la souplesse s’étendent durant une bonne partie de l’enfanceNote de bas de page 161 Note de bas de page 231 Note de bas de page 571. Elle offre jusqu’à un an et demi de congé parental accompagné de prestations gouvernementales couvrant 80 % du salaire (avec un plafond salarial mensuel). Un mois supplémentaire pour l’autre parent, ainsi que 90 jours de congé supplémentaires pour l’un ou l’autre des parents, sont offerts au besoinNote de bas de page 161 Note de bas de page 571. Un congé supplémentaire peut également être pris à tout moment pour un enfant malade, et les parents peuvent réduire leur horaire de travail d’un maximum de 25 % jusqu’à ce que le benjamin ait huit ansNote de bas de page 161.

En ce qui concerne les besoins de populations spécifiques, à savoir les enfants de nouveaux immigrants, les Autochtones, les personnes qui sont handicapées ou qui ont une maladie mentale ou qui vivent dans une famille dont l’un des parents est confronté à l’une de ces difficultés, et les enfants des familles monoparentales, il semble que leur situation demeure encore précaireNote de bas de page 30 267 Note de bas de page 393. Cependant, des initiatives bien ciblées auprès de ces populations plus vulnérables peuvent efficacement leur apporter de l’aideNote de bas de page 394.

Le PACE en est un exemple. S’appuyant la capacité des collectivités et des partenariats intersectoriels à déterminer et satisfaire les besoins des enfants dans la collectivité, il fournit des fonds aux groupes communautaires afin de les aider à faire porter leurs efforts sur la santé et le développement des enfants qui vivent dans des conditions à risque (par exemple faible revenu, monoparentalité, nouveaux immigrants au Canada)Note de bas de page 394–396. Les évaluations nationales et régionales du programme ont permis de constater les nombreux avantages qu’en retirent les familles participantes, à savoir des taux plus faibles de dépression et de sentiment d’isolement chez les mères, ainsi qu’un nombre moins élevé de problèmes affectifs et comportementaux chez les enfantsNote de bas de page 397.

Le Programme d’aide préscolaire aux Autochtones des réserves, dont on reconnaît l’influence favorable sur le développement de nombreux enfants autochtones (voir « Accès des enfants à une aide préscolaire » dans l’encadré Enfants autochtones au Canada), est un autre exemple d’initiatives ciblées réussies. Toutefois, le programme offre des services à seulement 9 000 enfants des Premières nations (soit de 13 % à 15 %) de la naissance à six ans, ce qui montre qu’il est nécessaire d’étendre ce type d’initiative à l’ensemble des populations vulnérables ou encore de créer d’autres programmes de ce type et tout aussi bien ciblésNote de bas de page 398.

Même si les personnes et les populations vivent des expériences qui leur sont uniques et qu’une population en particulier n’est pas universellement plus vulnérable qu’une autre, de toute évidence il est nécessaire de rejoindre davantage de Canadiens, ce que justement permettent d’accomplir les programmes ciblés. L’encadré Enfants autochtones au Canada décrit quelques-uns des programmes autochtones qui offrent de bons exemples de la manière dont les gens et les collectivités se mobilisent pour répondre aux besoins spécifiques de leur population.

Parmi les leviers les plus efficaces qui permettent d’influer sur le développement des enfants, on compte le contexte scolaire qui peut s’avérer essentiel à la promotion de pratiques saines tout au long de la vie. Par exemple le Consortium conjoint pour les écoles en santé (2005) réunit des représentants clés provenant des administrations fédérale, provinciales et territoriales responsables de la santé et de l’éducation dont l’objectif est de promouvoir la santé des enfants à l’écoleNote de bas de page 411 Note de bas de page 412. Reconnaissant les problèmes liées à la santé auxquelles sont confrontés les enfants de nos jours, le Consortium sert à l’échange des renseignements de manière à tirer des leçons des expériences d’autrui en plus de cerner les meilleures pratiques qui tendent à améliorer les divers aspects de la santé, comme l’activité physique, la nutrition, la santé mentale, la santé sexuelle et la prévention des blessuresNote de bas de page 411. Le Consortium fait également la promotion de la santé en général en milieu scolaire selon un cadre qui englobe l’ensemble du contexte scolaire et ce, grâce à des mesures qui touchent à l’environnement social et physique, l’enseignement et l’apprentissage. Le Consortium, en plus de faire la promotion de politiques pour une vie saine à l’école, permet d’établir divers partenariats entre les nombreux fournisseurs de services disponiblesNote de bas de page 411. D’après la recherche, promouvoir la santé en général en milieu scolaire représente une manière efficace de tirer parti des relations étroites qui lient la bonne santé à l’éducation, en plus d’encourager l’habitude de comportements sains qui peuvent durer toute une vieNote de bas de page 357 Note de bas de page 388.

Il est également possible de favoriser le développement de l’enfant et de promouvoir des comportements sains après les heures de classe, entre le moment où l’enfant finit sa journée scolaire et, en général, le moment où il se retrouve en famille (une période cruciale dans la journée des enfants d’âge préscolaire dont les parents travaillent). C’est à ce moment, lorsqu’ils sont peu ou pas surveillés, que les enfants et les jeunes risquent de faire de mauvais choix pouvant conduire à des accidents et des blessures, à la consommation d’aliments malsains pour la santé, au visionnement excessif et non supervisé de la télévision et à l’utilisation excessive et non supervisée de l’ordinateur. L’influence des pairs peut également jouer un rôle important dans le choix du type d’activités auxquelles prennent part les enfants à ce moment de la journéeNote de bas de page 413 Note de bas de page 414. Par conséquent, la période après l’école a été déterminée comme étant cruciale lorsqu’il est question d’infléchir les trajectoires en matière de santé des enfants d’âge scolaireNote de bas de page 415.

Les enfants, les familles et les collectivités peuvent tirer parti de cette période grâce à des programmes parascolaires de qualité. Ceux-ci permettent aux parents de moins s’inquiéter, en sachant où sont leurs enfants et ce qu’ils font, tandis que les enfants, de leur côté, peuvent profiter de l’occasion pour développer davantage leurs capacités sociales, physiques, créatives et de leadership. Lorsque les collectivités y participent, cela permet aux villes et aux organisations locales d’établir des partenariats plus solidesNote de bas de page 414. De plus, lorsque l’activité physique et la saine alimentation sont intégrées aux activités organisées après l’école, des nombreux avantages en découlent (voir l’encadré L’Australie s’active après l’école). Le Bulletin canadien de l’activité physique chez les jeunes de 2009 recommande un certain nombre de mesures que les collectivités et les programmes communautaires peuvent adopter pendant les heures après l’école dans le but d’atteindre certains objectifs en matière d’activité physique chez les enfants et les jeunes. De la sorte, ces programmes permettent de partager, avec les écoles et les familles, la responsabilité d’atteindre ces objectifs en matière d’activité physiqueNote de bas de page 414.

High/Scope Perry Preschool Program

Le High/Scope Perry Preschool Program représente un exemple par excellence de la pertinence d’investir dans le DJE. Il met en évidence non seulement les avantages à long terme de ces investissements, mais démontre aussi l’importance de la cueillette des données longitudinales. Le High/Scope Perry Preschool Program est une initiative américaine lancée dans les années 1960 dans le but d’arrimer à l’apprentissage actif un volet de visites à domicile pour les enfants de familles à faible revenu et réputés être à risque d’échouer à l’école. L’objectif du programme consistait à stimuler ces enfants pour les disposer à mieux réussir dès le commencement de leur apprentissage scolaireNote de bas de page 385–387. D’après l’étude, les adultes âgés de 40 ans qui avaient participé au programme préscolaire gagnaient de meilleurs revenus, avaient de meilleures chances de conserver leur emploi, risquaient moins de commettre des crimes et avaient obtenu de meilleures chances de terminer leur secondaire par rapport à leurs pairs qui n’y avaient pas participéNote de bas de page 385 Note de bas de page 386. Une recherche récente sur les limites de cette étude indiquait que le ratio entre les coûts des prestations et le retour sur l’investissement est moins considérable que ce qu’on avait originalement prévu; cependant, les gains en terme économiques et sociaux demeurent statistiquement significatifs et importantsNote de bas de page 28.

Violence et négligence

Au Canada, il y a environ 22 cas déclarés de maltraitance par 1 000 enfants âgés de 0 à 11 ans, et ce nombre serait à la hausseNote de bas de page 246. Les données indiquent que la maltraitance peut accroître les facteurs de risque pour la santé et le bien-être en plus de nuire à l’apprentissage, miner la confiance en soi ou envers les autres, générer de l’agressivité, rompre les liens d’appartenance sociale et perturber les comportements sexuels. De plus ces effets indésirables qui compromettent la santé au cours de l’enfance, peuvent perdurer au cours de leur vie et même se transmettre d’une génération à l’autreNote de bas de page 30 Note de bas de page 246 Note de bas de page 250 Note de bas de page 259 Note de bas de page 261. Les enfants peuvent être affectés par la violence à la maison, à l’école, ainsi que de la part de leurs pairsNote de bas de page 246 Note de bas de page 262. Même avant la naissance, il y existe un risque de violence prénatale. En effet, on estime que 6 % des femmes sont victimes de violence pendant la grossesse, et les traumatismes qui en résultent peuvent avoir des effets néfastes chez le foetusNote de bas de page 251–254. Les lignes qui suivent mettent en lumière trois grands types d’interventions qui contribuent à la réduction de la violence et de la négligence à l’atténuation de ses conséquences sur la santé et le bien-être des enfants, à savoir :

  • éducation et sensibilisation;
  • services communautaires et de soins de santé;
  • services de protection.

Chacune de ces interventions est : soit efficace et mériterait d’être plus répandue, soit prometteuse, bien qu’elle nécessite davantage de travaux et de recherche.

Enfants autochtones* au Canada

« Nous élèverons une génération d’enfants et de jeunes inuits, métis et des Premières nations qui n’auront pas à se remettre de leur enfance. Cela commence maintenant, avec tout notre courage, notre force, notre sagesse et notre détermination. [traduction] »

– Déclaration tirée de Rassemblés autour d’un rêve
Victoria (Colombie-Britannique) 2005.


En 2006, le Canada comptait environ 1,17 million d’Inuits, de Métis et de personnes des Premières nationsNote de bas de page 130. De ce nombre, 273 000, soit près du quart (23 %), étaient des enfants de moins de 12 ans dont la majorité (70 %) vivait à l’extérieur des réservesNote de bas de page 130. Comparée à la population canadienne, la population autochtone est en moyenne beaucoup plus jeune et affiche un taux de fécondité plus élevé; tendance qui ne devrait pas changer dans un avenir rapprochéNote de bas de page 45. Les interventions relatives à la santé et au bien-être des enfants représentent une excellente occasion de jouer un rôle significatif sur la santé des populations autochtones grâce à des investissements qui profitent aux plus jeunes de ses membres. Offrir aux femmes enceintes et aux parents de nourrissons et de jeunes enfants tout le soutien dont ils ont besoin pendant la grossesse, à la naissance et pendant la période où ils élèvent leurs enfants, revêt une grande importance afin d’assurer la meilleure santé et le meilleur développement possibles aux nourrissons et aux jeunes enfants. En fait, en offrant ce soutien de façon constante, le Canada réussira fort probablement à réduire les disparités en matière de santé et de développement entre les divers segments de la société canadienne, et ainsi réduire l’écart qui sépare le Canada de certains autres pays.

Voilà une occasion qui offre un double avantage. D’une part, elle peut être perçue comme une façon d’améliorer la santé des Autochtones. D’autre part, elle donne la chance de revenir aux racines de la conception autochtone de la santé, du bien-être et de la guérison, qui englobe à la fois les enfants, la famille, la collectivité et l’environnement en général. Au fil des siècles de colonisation, des expériences de vie et des valeurs culturelles ont été perdues au même titre que des connaissances spécifiques ou des pratiques spirituelles millénairesNote de bas de page 44. La colonisation a poussé ces peuples à quitter leurs territoires traditionnels, ce qui s’est traduit, pour les Premières nations, les Métis et les Inuits, par l’assimilation de leur culture, leur marginalisation politique, en plus de générer des inégalités en matière de santéNote de bas de page 399. Tout particulièrement, les pensionnats ont causé un important bouleversement au chapitre du transfert de connaissances liées aux soins données enfants, ce qui a grandement nui au maintien des compétences parentales chez les populations inuites et des Premières nationsNote de bas de page 400 Note de bas de page 401. Comme il a été mentionné aux chapitres 3 et 4, il existe de grandes disparités entre l’état de santé des enfants autochtones et les enfants non autochtones. Voici des exemples de la manière dont les collectivités métisses, inuites et des Premières nations parviennent à réunir des conditions favorables à la santé et au développement de leurs enfants tout au long de la vie.

Aboriginal Healthy Babies, Healthy Children Program

Le programme Aboriginal Healthy Babies Healthy Children (AHBHC) s’inscrit dans la Stratégie de ressourcement pour le mieux-être des Autochtones. Il repose sur un partenariat qui regroupe 14 organisations autochtones indépendantes, politiques, territoriales et des Premières nations, ainsi que le gouvernement de l’Ontario. Il vise à promouvoir la santé et la guérison dans la population autochtone de la province. L’objectif du programme AHBHC est d’améliorer les perspectives de santé à long terme des enfants autochtones, de la naissance à six ans. Les activités du programme comprennent des visites à domicile, l’identification précoce des problèmes, des soins de dépistages et la coordination des services et des ressources. Le programme AHBHC se concentre sur la préparation au rôle de parent, ainsi que sur les soins prénataux et postpartum en s’appuyant sur les connaissances et les pratiques propres à la culture autochtone. Dans le cadre de cette stratégie, on cherche à enrayer la violence et les mauvais traitements à la maison et dans la collectivité grâce à des activités d’éducation et de sensibilisation qui font la promotion de modes de vie exempts de violence. On vise également une meilleure coordination des services et un aiguillage plus efficace vers d’autres programmes et services offerts par les travailleurs communautaires, comme les refuges, les programmes de guérison liée à la violence familiale, les pavillons de ressourcement et le bureau central d’information de lutte contre la violence. Les enseignements traditionnels des Autochtones font partie de tous les services afin de s’assurer que les besoins spécifiques des enfants, des familles et des collectivités autochtones soient satisfaits. Grâce à des services de sensibilisation pour les parents et les familles on compte, parmi les touts premiers succès du programme AHBHC, une augmentation du taux d’allaitement naturel, une meilleure santé dentaire chez les nourrissons et les enfants, une meilleure alimentation chez les femmes enceintes et leur famille et une diminution des taux de tabagisme et d’exposition à la fumée secondaireNote de bas de page 402. Selon une évaluation du programme, les enfants participants à cette initiative ont de meilleurs résultats au niveau des indicateurs lié au développement de l’enfant, par exemple, ils ont une plus grande débrouillardise, une meilleure motricité, tant globale que fine, ainsi qu’une maîtrise accrue du langage. Les parents ont également indiqué éprouver un plus grand sentiment de confiance à l’égard de leurs compétences parentales en plus d’utiliser plus judicieusement les services communautairesNote de bas de page 403.

Accès des enfants à une aide préscolaire

Créé en 1965, le programme Head Start, le plus vieux programme national de préparation à l’école des États-Unis, a permis de rejoindre efficacement les enfants de famille à faible revenu par l’offre de services complets d’éducation, de santé, de nutrition et de participation parentale. Du soutien est fourni à l’ensemble de la collectivité Head Start par l’entremise de la Head Start Association qui préconise des politiques visant à renforcer les services afin d’aider les enfants et leur famille. Elle offre en outre une formation complète et du perfectionnement professionnel au personnel de Head Start, en plus d’élaborer et de diffuser des recherches, de l’information et des ressources de manière à enrichir le programme Head Start. À ce jour, près de 25 millions d’enfants d’âge préscolaire ont profité du programme Head StartNote de bas de page 404. Une évaluation qui porte sur des enfants de trois ans ayant participé au programme a permis de constater que les programmes Head Start favorisent grandement le développement cognitif, le développement du langage, le développement socio-affectif des enfants, en plus de profiter aux parents, notamment au chapitre de l’emploi et des interactions entre les pères et leurs enfantsNote de bas de page 405.

Inspirés du plan d’action américain, le Programme d’aide préscolaire aux Autochtones dans les collectivités urbaines et nordiques (1995) et le Programme d’aide préscolaire aux Autochtones des réserves (1998) du Canada ont été établis pour faire face aux difficultés spécifiques des enfants inuits, métis et des Premières nations et de leur famille. Les programmes sont conçus pour préparer les enfants autochtones (jusqu’à six ans) à l’école en répondant à leurs besoins affectifs, sociaux, sanitaires, nutritionnels et psychologiques. Ils offrent la possibilité aux enfants d’âge préscolaire de s’approprier leurs langues, leurs cultures et leurs valeurs traditionnelles — en plus de les préparer à l’école — tout en leur permettant d’acquérir des comportements sains. Ces programmes sont conçus et dirigés à l’échelle locale. Ils se déclinent en six volets : éducation, nutrition, culture et langue, soutien social, participation des parents et promotion de la santé. Offrir la possibilité aux enfants autochtones d’apprendre leur langue traditionnelle constitue un moyen efficace de renforcer leur identité culturelle, leurs connaissances et leur sentiment d’appartenance avec leur collectivité. L’identité culturelle — un élément important de l’estime de soi — est un déterminant de l’aptitude sociale lié à un développement sain et à la réussite scolaireNote de bas de page 406. L’évaluation du processus de 2002-2003 du Programme d’aide préscolaire aux Autochtones des réserves a permis de constater son efficacité à promouvoir des changements positifs qui aident les enfants dans leurs apprentissages, en plus de contribuer au maintien des traditions linguistiques chez les Premières nations. Au niveau de la maternelle, les enseignants des participants au Programme indiquaient que ces enfants avaient une meilleure estime d’eux-mêmes, démontraient de meilleures compétences de base, de meilleures capacités d’apprentissage et qu’ils se montraient plus indépendants et confiants par rapport à ceux qui n’avaient pas eu la chance de participer au ProgrammeNote de bas de page 407.

École de la Première nation d’Eel Ground

Plus de 800 Mi’kmaq font partie de la Première nation d’Eel Ground, dans le nord-est du Nouveau-Brunswick. Leur collectivité compte une école pour leurs enfants (de la maternelle à la huitième année) qui a attiré l’attention partout au Canada et à l’étranger. Cette école se distingue en raison de ses programmes uniques et des possibilités qu’elle offre aux enfants afin de se développer sans rien perdre de leurs traditions, même dans un environnement où, en raison de la technologie, les valeurs se bousculent à un rythme effrénéNote de bas de page 408. Parmi les ressources de l’école d’Eel Ground, on compte des laboratoires informatiques entièrement équipés et des salles de classe qui favorisent l’utilisation d’ordinateurs pour l’ensemble du programme éducatif et ce, dès les premières années. S’appuyant sur la technologie, l’école favorise l’apprentissage par projets dans lesquels les élèves bâtissent leur savoir à l’intérieur d’un cadre qui tient compte de la planification, de l’élaboration du processus, de l’évaluation et de la réflexionNote de bas de page 409. Le recourt à la vidéoconférence permet également les visites interactives, et en temps réel, de diverses personnes (des aînés des Mi’kmaq, des élèves des collectivités inuites et des Premières nations partout au Canada, des auteurs pour enfants renommés) ce qui permet d’élargir la mise en commun des renseignements entre les collectivitésNote de bas de page 408 Note de bas de page 410. Tous les élèves apprennent à connaître leur culture et leurs traditions Mi’kmaq, y compris la langue Mi’kmaq, souvent à l’aide d’un programme informatique. D’autres activités comprennent des projets dirigés par les élèves, dont certains ont remporté des prix, et qui traitent de questions sociales et sanitaires comme par exemple les problèmes causés par l’alcoolisation foetale, la toxicomanie et le virus du Nil occidental. En outre, par l’entremise d’initiatives comme le programme de dépistage du diabète de l’école, les élèves acquièrent des connaissances à propos d’autres modes de vie ou sur d’autres questions de santé qui sont importantes pour leur croissance et leur développementNote de bas de page 408. Le thème spécifique de l’école, à savoir les traditions et la culture combinées à l’intégration de nouvelles technologies, a contribué à l’augmentation du nombre d’inscriptions, laquelle a triplé au cours des 30 dernières annéesNote de bas de page 408.

* Le terme « Autochtone » renvoie aux trois groupes reconnus par la Constitution - les Amérindiens, les Inuits et les Métis. Bien que le nouveau terme « Première nation » ne soit pas reconnu par la Constitution, il est utilisé pour décrire les Indiens inscrits reconnus en vertu de la Loi sur les Indiens. Lorsque des données qui concernent ces groupes distincts de population sont disponibles, des détails précis sont fournis par souci de clarté.

Éducation et sensibilisation

Le Canada a pris des mesures pour améliorer les connaissances et favoriser la sensibilisation à l’égard de la violence familiale, en plus de mettre en place des moyens plus efficaces pour lutter contre elle. L’Initiative de lutte contre la violence familiale du Canada, par exemple, a été lancée en 1988 à titre d’effort pangouvernemental visant à favoriser la sensibilisation du public à l’égard des facteurs de risque liés à la violence familiale tout en faisant valoir la nécessité d’un engagement général pour lutter contre ce problème. On propose donc de renforcer les capacités d’intervention de la justice pénale et des établissement de santé, d’élargir les programmes d’habitation et de soutenir les efforts en matière de collecte de données, de recherche et d’évaluation dans le but de déterminer quelles sont les interventions les plus efficacesNote de bas de page 417. En outre, le Canada recueille de l’information sur l’incidence de la maltraitance des enfants (voir l’encadré intitulé Surveillance de la violence et de la négligence envers les enfants) afin d’accroître la sensibilisation à la violence familiale et renforcer la capacité d’intervention face à la violence et à la négligence envers les enfantsNote de bas de page 246.

Bien que de mesurer l’ampleur du problème puisse contribuer à la sensibilisation et à la compréhension de ces problèmes, les interventions pédagogiques restent très utiles afin d’informer les enfants sur leurs droits et leur donner les moyens nécessaires pour dépister les situations de violence, les déclarer et obtenir de l’aideNote de bas de page 255. Ces interventions peuvent également apprendre aux enfants des compétences sociales, affectives et l’empathie. Les initiatives à cet égard ont permis de réduire les niveaux d’agressivité chez les participants (voir l’encadré intitulé Racines de l’empathie)Note de bas de page 419. Des études ont démontré que les enfants agressifs sont plus susceptibles d’intimider leurs pairs et d’être les auteurs de violence familiale à l’âge adulteNote de bas de page 205 Note de bas de page 420 Note de bas de page 421. L’OMS soutient qu’il est possible de réduire les mauvais traitements infligés aux enfants par les parents et les tuteurs par des programmes de formation sur le développement des enfants, la discipline sans violence et les techniques de résolution de problèmesNote de bas de page 422 Note de bas de page 423. Les programmes de formation visant à sensibiliser davantage les intervenants et à accroître leurs compétences (juges, procureurs, enseignants, policiers, travailleurs de la santé, travailleurs sociaux et psychologues qui sont en contact avec des enfants victimes de violence) permettent également d’entreprendre des actions efficacesNote de bas de page 255.

Les programmes scolaires qui visent à enseigner aux enfants en quoi consiste la violence et comment s’en protéger sont largement offerts par les collectivités dans le cadre de stratégies élargies de prévention de la violenceNote de bas de page 425. Les programmes d’éducation préventive peuvent aider les enfants à comprendre ces concepts, à les encourager à la divulgation, à réduire les sentiments de culpabilité et à favoriser la diffusion d’information sur la violenceNote de bas de page 426. Une étude récente a permis de constater une réduction de l’incidence de cas déclarés de violence envers les enfants chez les participants exposés à un programme scolaire contrairement à ceux qui n’avaient pas participé à de tels programmesNote de bas de page 427. Bien que les recherches montrent que les programmes scolaires favorisent l’apprentissage de connaissances générales et l’adoption de comportements de protection chez les enfants, les données témoignaient également du fait que la sensibilisation peut accentuer la perception des risques, la peur des étrangers, en plus d’induire un comportement agressif envers les pairs et la fratrieNote de bas de page 425. Étant donné la variabilité des résultats, qui est attribuable à la durée et la méthodologie des enquêtes, sans non plus oublier l’influence des facteurs culturels et affectifs, d’autres enquêtes doivent être entreprises pour évaluer l’efficacité globale des approches scolaires afin de réduire la prévalence de la violence et accroître la sensibilisation aux problèmes qu’elle poseNote de bas de page 426 Note de bas de page 427.

L’Australie s’active après l’école

Établi en 2005, le programme australien Active After-school Communities est une initiative nationale qui offre aux enfants du primaire l’accès à des programmes parascolaires d’activité physique gratuits et structurés. Le programme fait en sorte que des enfants, partout au pays, puissent participer à des activités physiques structurées et gratuites après l’école en fournissant des installations, des gymnases, des piscines, des jeux, des programmes sportifs et des choix de collations sainesNote de bas de page 415. Il vise à faire participer les enfants habituellement inactifs à des activités physiques structurées au sein d’organisations communautaires, dont des clubs sportifsNote de bas de page 415.

D’après une évaluation du programme réalisée en 2008, les enfants qui y participent passent presque le double du temps à pratiquer des activités sportives, et les deux tiers ont exprimé le désir de se joindre à un nouveau club sportifNote de bas de page 415 Note de bas de page 416. Les clubs sportifs communautaires ont également connu une hausse du nombre de leurs inscriptions. Cela contribue à la création d’un plus grand nombre de programmes destinés aux enfants, ce qui, en contrepartie, les incite à s’y inscrire à mesure qu’ils prennent goût à la pratique de sports au sein d’un environnement aussi stimulant que celui du programme Active After-school CommunitiesNote de bas de page 416. D’après les données probantes, il existe des avantages indirects associés à ces programmes, comme une amélioration tant sur le plan du sommeil et de l’alimentation que de la concentration à l’école chez les enfants qui, auparavant, avaient éprouvé des difficultés scolairesNote de bas de page 416. Cette évaluation révèle que les enfants participants ont acquis, entre autres, de meilleures habiletés motrices, de meilleures capacités de leadership et de raisonnement ainsi qu’une meilleure confiance en soiNote de bas de page 415.

Services communautaires et de soins de santé

Le rapport de l’OMS sur la prévention de la maltraitance (2006) suggère que l’adoption d’une approche qui touche l’ensemble de la population et offre un équilibre entre une saine politique publique et des interventions préventives et curatives, peut contribuer à combattre la maltraitance chez les enfantsNote de bas de page 250 Note de bas de page 422. Il souligne également que même si la prévention de la violence envers les enfants est un objectif social important et presque universellement reconnu, les initiatives pour mesurer et améliorer l’efficacité des interventions actuelles ont été insuffisantesNote de bas de page 250.

Le renforcement des liens communautaire et le leadership, à l’échelle locale, contribuent à la prévention de la violence, objectif qui peut être atteint à l’aide d’initiatives telles qu’une formation en connaissances pratiques de la vie à l’intention des enfants et des parents, et par des incitatifs pour que les adolescents à haut risque terminent l’écoleNote de bas de page 428. Les programmes de prévention du crime qui ciblent les personnes à risque, telles que celles qui affichent des comportements agressifs et anti-sociaux et qui s’adonnent à la consommation précoce de drogues et d’alcool, peuvent également avoir des effets positifs à long termeNote de bas de page 428. Dans le cas d’initiatives à l’intention des parents et des tuteurs, certains obstacles (tels que l’accès aux programmes, le calendrier des programmes, les dépenses encourues et la perception de la valeur des programmes) pourraient les empêcher d’acquérir les habiletés souhaitables et de profiter des ressources et du soutien nécessaires à la prévention de la violenceNote de bas de page 255.

De récents travaux de recherche indiquent que les programmes de prévention précoce à l’intention des familles à risque obtiennent de bons résultats. Une analyse de 40 programmes de prévention offerts aux États-Unis a permis d’en constater les effets positifs lorsque ces programmes sont dispensés auprès de familles ayant des enfants âgés de 0 à 3 ans et qui sont à risque de violence physique et de négligenceNote de bas de page 429. Cette constatation est corroborée par le succès obtenu dans la foulée d’un programme américain de visites à domicile effectuées par une infirmière (voir l’encadré intitulé Offrir des soins prénataux aux mères à haut risque)Note de bas de page 430. Les résultats obtenus grâce à ce programme témoignent de l’importance de communiquer avec les femmes à faible revenu pendant leur première grossesse pour favoriser l’adoption de comportements sains avant que des habitudes malsaines ne se développentNote de bas de page 430. Le programme met également en évidence les effets positifs de l’aide apportée à ces mères afin de gérer les facteurs sociaux et économiques qui pèsent sur leurs choix et leurs comportements (par exemple éducation, emploi, dysfonctionnement de la famille élargie)Note de bas de page 430.

Le Canada prend aussi des mesures pour prévenir la violence au sein des collectivités vulnérables. Le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MAINC), par exemple, a octroyé des fonds, à l’aide de son Programme pour la prévention de la violence familiale, qui permettent d’offrir des services d’hébergement et des activités communautaires de prévention dans les réserves. Le Programme des services à l’enfance et à la famille du MAINC aide les Premières nations à offrir des programmes adaptés à la culture de leurs communautés et s’assure de faire en sorte que ces derniers soient comparables à ceux offerts aux résidents des provinces et des territoires vivant dans des contextes similairesNote de bas de page 389 Note de bas de page 431.

Services de protection

Le milieu de vie est un élément essentiel du développement d’un enfant en santé. Pour la plupart des enfants, il s’agit d’un milieu où règnent l’amour et la confiance. Mais pour d’autres, il s’agit d’un milieu traumatisant. Bien que le meilleur endroit pour un enfant soit habituellement avec sa famille, certaines situations peuvent justifier de prendre des mesures de protection pour le soustraire à des menaces ou un danger imminent (par exemple lorsque le bien-être physique ou mental d’un enfant est à risque ou lorsque les parents ne se croient pas en position de prendre soin de leur enfant)Note de bas de page 255. Dans de tels cas, les enfants sont placés dans des familles d’accueil jusqu’à ce que les problèmes de dysfonctionnement aient été résolus dans le milieu familial. Lorsque les enfants sont dans l’impossibilité de retourner dans leur milieu familial, ils demeurent en famille d’accueil ou dans des services de placement de l’État ou encore deviennent admissibles à l’adoption.

Le fait d’être retiré de sa collectivité et éloigné de sa culture, en plus de sa famille, est souvent troublant. Les ministères et organisations responsables des enfants et des familles reconnaissent que, lorsque cela est possible, les options de placement en famille d’accueil les plus favorables sont celles qui permettent de garder ensemble les frères et soeurs dans la même collectivitéNote de bas de page 432 Note de bas de page 433. Le placement chez un membre de la famille élargie représente la meilleure option afin de perturber le moins possible les enfants qui sont retirés de leur milieu familial (voir l’encadré intitulé Placement chez un membre de la famille)Note de bas de page 432 Note de bas de page 433.

Surveillance de la violence et de la négligence envers les enfants

L’ECI est le fruit de la collaboration entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, ainsi que des chercheurs, des organisations représentant les Premières nations, des groupes pour la défense des droits des enfants, des fournisseurs de services de bien-être pour les enfants, et qui tous ensemble cherchent à mieux comprendre les phénomènes de violence et de négligence à l’égard des enfantsNote de bas de page 246. L’ECI se penche sur la gravité des mauvais traitements ayant fait l’objet d’une enquête et sur certains déterminants de la santé (par exemple le revenu des ménages, la qualité du logement), en plus de surveiller les résultats à court terme des enquêtes (par exemple le recours aux placements à l’extérieur et le tribunal de la jeunesse). L’ECI permet de recueillir des données sur les cas présumés ou fondés de violence et de négligence, ainsi que sur les caractéristiques des enfants, des jeunes et des familles qui font l’objet d’enquêtes d’organismes de protection de l’enfance. À ce jour, deux ECI nationales ont été entreprises (1998 et 2003), et les résultats d’une troisième étude devraient être diffusés en 2010. L’ECI a jeté les bases d’un système national de surveillance de la maltraitance des enfants qui pourra être amélioré afin de permettre des comparaisons au fil du temps et, par ricochet, de parvenir à une meilleure compréhension des facteurs de risqueNote de bas de page 246. L’évaluation des résultats de l’ECI montre que la majorité des variables (telles que : la forme et la durée des mauvais traitements; les signes de dommages corporels et affectifs; les sources de références ainsi que les caractéristiques des familles et des personnes s’occupant des enfants), sont fiables au fil du tempsNote de bas de page 418.

Risques prénataux

Le Canada a connu un certain succès dans la réduction des risques prénataux et la promotion de comportements prénataux sains. Toutefois, il n’a pas été possible de joindre toutes les femmes enceintes. Certains risques prénataux peuvent entraîner de graves problèmes de santé chez le foetus ou chez l’enfant après la naissance, y compris des problèmes de santé et de développement permanentsNote de bas de page 323 Note de bas de page 435.

Les lignes qui suivent mettent en lumière trois grands types d’interventions qui contribuent à réduire les risques prénataux et à promouvoir les comportements sains au cours de cette période critique, à savoir :

  • éducation et sensibilisation;
  • soins prénataux;
  • ciblage des comportements à risque élevé.

Chacune de ces interventions est : soit efficace et mériterait d’être plus répandue; soit prometteuse; bien qu’elle nécessite davantage de travaux et de recherche.

Racines de l’empathie

Racines de l’empathie (RDE) est un programme fondé sur des données probantes, et qui est destiné aux salles de classe. Il a permis de réduire considérablement les niveaux d’agressivité chez les enfants d’âge scolaire — de la maternelle à la 8e année — tout en améliorant les compétences sociales et affectives et en favorisant l’empathie. Au Canada, le programme est offert en anglais et en français dans les régions urbaines, rurales et éloignées, notamment dans les collectivités autochtones. Racines de l’empathie est également offert en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis et dans l’île de ManNote de bas de page 424.

Le programme requiert qu’un parent du quartier, accompagné son bébé, visite la classe à neuf reprises au cours de l’année scolaire. Un instructeur compétent guide les élèves alors qu’ils observent le développement du bébé et il les aide à reconnaître les sentiments du bébé. Dans ce contexte d’apprentissage par l’expérience, le bébé devient le « professeur » et donc un moyen qui sert à l’instructeur pour aider les enfants à identifier et à révéler leurs propres sentiments de même que ceux des autres. Cet « éveil affectif » jette les bases d’une vie en classe plus sécurisante et chaleureuse. Les enfants deviennent mieux aptes à comprendre leurs propres sentiments, ainsi que ceux des autres et, par conséquent, sont moins susceptibles de s’agresser les uns les autres, physiquement, psychologiquement ou affectivement, soit par intimidation ou en raison d’autres types de comportementsNote de bas de page 419.

Depuis l’an 2000, huit évaluations indépendantes de l’efficacité du programme RDE ont été effectuées ainsi que deux examens de l’ensemble du programme. Les résultats montrent que, comparativement à des groupes témoins, les enfants participant au programme RDE possèdent des compétences sociales et affectives accrues et adoptent des comportements sociaux responsables (par exemple partage, aide et inclusion). Ils font en outre preuve de moins d’agressivité envers leurs pairs. L’évaluation de ces comportements, avant et après la participation au programme (six mois; un, deux et trois ans), révèle une amélioration continue sur une période de trois ans, et même après la fin du programme. Les participants ont également déclaré éprouver un sentiment d’appartenance accru en classe et ressentir une meilleure acceptation de la part de leurs camarades. La majorité des élèves (88 %) ont rapporté une diminution de l’intimidation au sein de la classe. En revanche, 50 % des enfants n’ayant pas participé au programme ont fait preuve d’une agressivité accrueNote de bas de page 424. Circonscrire les problèmes d’agressivité au cours de l’enfance peut diminuer les tendances violentes à l’âge adulteNote de bas de page 421.

Éducation et sensibilisation

Des campagnes de marketing social, de concert avec d’autres tactiques, ont été utilisées pour informer la population et favoriser l’adoption de comportements plus sains liés aux grossessesNote de bas de page 323. Par exemple, les campagnes nationales contre la consommation d’alcool et le tabagisme au cours de la grossesse, et dont le niveau de rétention des messages véhiculés a été bon, a favorisé une sensibilisation accrue à court terme et à moyen terme, ce qui aurait contribué à l’adoption de comportements plus sainsNote de bas de page 435. Les initiatives provinciales, telles que la campagne Born Free (Alberta, 2000) et la campagne Enceinte — Sans alcool (Manitoba, 2001) ont obtenu des résultats similaires en terme de sensibilisation aux risques que posent la consommation d’alcool pendant la grossesse (particulièrement le risque de l’ETCAF)Note de bas de page 435. La transmission de messages à grande échelle, par le truchement d’étiquettes de mise en garde (par exemple mises en garde relatives à la santé apposées sur l’emballage des produits) a donné de modestes résultats en matière de diffusion des connaissances et de changements de comportement. En outre, ces bienfaits sont rapportés principalement chez les gens à faible risque d’adopter des comportements malsainsNote de bas de page 323. Ces constatations concordent avec les conclusions de travaux de recherche sur l’efficacité d’autres programmes de prévention qui s’adressent à la population (bien que bon nombre de programmes restent à évaluer), ce qui démontre que l’assimilation des messages se fait davantage au sein des populations à faible risque. Ainsi, même si ces initiatives sont importantes pour rejoindre la population en général, elles sont souvent moins aptes à informer les populations à risque élevé — particulièrement lorsque ces campagnes sont lancées individuellementNote de bas de page 323.

Les recherches indiquent également que le partenaire ou le conjoint peut avoir une grande influence, qu’elle soit bénéfique ou nuisible, sur l’environnement immédiat des femmes enceintesNote de bas de page 323. Parmi les influences négatives, notons la consommation ou l’abus de drogues ou d’alcool, de même que la violence physique ou mentale (par exemple la consommation d’alcool par les partenaires est associée à la consommation d’alcool par les femmes enceintes). L’adoption de comportements sains et la participation aux activités de soins prénataux sont des exemples d’influences positivesNote de bas de page 323 Note de bas de page 436. Les pairs, les autres membres de la famille et l’ensemble de la collectivité peuvent aussi avoir une influence sur les milieux dans lesquels vivent ces femmes. Les initiatives d’éducation et de sensibilisation qui ciblent ces groupes peuvent favoriser la création de milieux de vie plus sains pour les femmes enceintes, et faciliter par le fait même l’adoption de comportements bénéfiques pour la santéNote de bas de page 437–440.

Prendre les mesures nécessaires pour informer les femmes des bienfaits des soins prénataux adéquats représente un élément important de la gestion des risques prénatauxNote de bas de page 323 Note de bas de page 441. Toutefois, les recherches indiquent que l’éducation des femmes, à cet égard, devrait être entreprise dès que possible étant donné que les choix bénéfiques pour la santé, ainsi que les comportements sexuels responsables, sont en partie déterminés par les expériences de vie antérieures323 Note de bas de page 441. Les programmes officiels, tels que les initiatives en milieu scolaire à l’intention des enfants et des adolescents, peuvent sensibiliser les gens à propos de divers sujets, notamment les drogues et la santé, le développement sexuel, la croissance personnelle et l’acquisition d’aptitudes pour bien gérer sa vie (par exemple de saines relations fondées sur les droits, le respect et la responsabilité). Cela peut conduire à l’adoption de comportement sains, tôt dans la vie, et avoir des conséquences favorables avant, pendant et après la grossesseNote de bas de page 323.

Placement chez un membre de la famille

Les enfants qui doivent être retirés de leur milieu familial de façon involontaire sont de plus en plus souvent placés chez un membre de la famille, des amis proches de la famille ou dans leurs collectivités conformément à des ententes de placement négociées avec la famille comme solution de rechange au placement en famille d’accueil. Le placement chez un membre de la famille est particulièrement pertinent dans les collectivités autochtones, où — en tant que pratique de longue date — il a permis aux enfants de parler leur langue d’origine et de maintenir des liens avec leurs familles et leur culture. Dans un autre contexte, ces liens pourraient être rompus. Une étude récente sur le placement chez un membre de la famille dans une collectivité crie au Manitoba a permis d’établir que de nombreux parents-substituts étaient déterminés à assurer la continuité culturelle et d’offrir les soins nécessaires en vertu des liens traditionnels qui unissent l’enfant, le parent-substitut et la collectivité. En outre, plusieurs parentssubstituts sont d’anciens bénéficiaires du placement chez un membre de la famille qui ont su tirer parti de leurs expériences passéesNote de bas de page 432.

Certains avantages ont été associés au placement chez un membre de la famille. Même si peu d’études fondées sur des données probantes ont permis de comparer ce type de placement aux autres types de placement en famille d’accueil, les recherches montrent que si les ressources sont adéquates, les placements chez un membre de la famille offrent plus de stabilité que les placements-types en famille d’accueilNote de bas de page 434. Les placements chez un membre de la famille peuvent atténuer le traumatisme de la séparation des parents en maintenant l’enfant dans un environnement familier avec des parents-substituts connusNote de bas de page 434. Ils peuvent également conférer un sentiment d’appartenance plus fort et contribuer à prévenir la réadmission des enfants dans le système de placement une fois qu’ils retournent habiter dans leur foyer naturel. Une étude américaine fondée sur la National Survey of Child and Adolescent Well-Being a permis de conclure que, trois ans après leur placement, les enfants vivant chez un membre de la famille présentent moins de troubles de comportement que les enfants placés en famille d’accueilNote de bas de page 434.

Toutefois, les données montrent également que dans certains contextes de placement chez un membre de la famille, la sécurité de l’enfant reste une préoccupation en raison du risque accru de contact avec les parents abusifs, ainsi que de la possibilité que les parents-substituts connaissent des problèmes similaires à ceux des parents. Les parents-substituts sont plus susceptibles d’être célibataires, plus âgés, en moins bonne santé et de SSE inférieur. En plus de ces difficultés, les parents-substituts ont tendance à avoir peu d’accès aux ressources et au soutien offert par les services d’aide sociale à l’enfance, et à recevoir moins d’aide en général que les parents de familles d’accueilNote de bas de page 432 Note de bas de page 434.

Dans plusieurs provinces et territoires canadiens, le placement chez un membre de la famille est une option de plus en plus populaire pour les enfants devant être retirés de leur milieu familialNote de bas de page 432. Parmi les facteurs qui contribuent à cette tendance : notons une meilleure mise en valeur des politiques de préservation de la famille; une diminution du nombre de familles d’accueil combinée au nombre croissant d’enfants nécessitant un placement en milieu familial; des lois qui favorisent le placement des enfants chez un membre de la famille ou d’autres adultes avec lesquels ils ont des relations antérieures significatives; et enfin une volonté affirmée de garder les enfants en contact avec leur collectivité et leur patrimoine culturelNote de bas de page 432.

Soins prénataux

Il est important de bénéficier de soins prénataux continus afin de vivre une grossesse en santé et un accouchement sans complication de manière à favoriser la santé de l’enfant au cours des premières années de son existenceNote de bas de page 335. Grâce aux soins prénataux, une femme enceinte peut avoir accès à de l’information pertinente pour le maintien de sa santé et pour déterminer les risques qui peuvent affecter son bien-être et celui de son foetus ou de son enfantNote de bas de page 335. Les soins prénataux peuvent inclure des activités qui s’adressent aux partenaires afin de leur permettre d’identifier les enjeux cruciaux, tels que les problèmes liés à la pauvreté ou à la santé mentale, et de leur offrir par la suite du counselling, de la formation axée sur les compétences, de l’éducation parentale, du soutien à l’allaitement et des services de garde à l’enfance.

Environ 95 % des femmes enceintes déclarent recevoir des soins prénataux au cours du premier trimestre de leur grossesseNote de bas de page 311. Au fil du temps, le Canada a réussi à accroître l’offre de soins prénataux et à améliorer la santé maternelle et infantile. Toutefois, pour que ce succès perdure, il est nécessaire de maintenir la prestation de ces services, voire de les améliorer lorsque possible. Parmi les raisons citées par les femmes ayant déclaré avoir obtenu des soins prénataux inadéquats, mentionnons, outre le fait de ne pas avoir d’adresse fixe, un accès limité aux soins de santé, l’absence de moyen de transport, la difficulté d’obtenir des services de gardiennage, la peur des représailles liée à la consommation de drogues ou d’alcool et enfin la peur du dépistage d’une maladie graveNote de bas de page 440. C’est au sein de ce groupe de femmes plus vulnérables que les circonstances et les comportements prénataux à risque sont les plus difficiles à reconnaître et à traiter. Les obstacles à l’obtention de ces soins peuvent également être aggravés dans les collectivités défavorisées où les problèmes sociaux ne permettent pas d’offrir un milieu propice au soutien et à la gestion de grossesses en santé.

Les programmes qui reposent sur une approche communautaire et qui visent à éliminer les obstacles limitant l’accès aux soins prénataux, ont obtenu certains succès en ciblant des collectivités et des personnes défavorisées. Le PCNP, par exemple, offre du financement et un soutien aux femmes enceintes à risque, ainsi qu’à leurs enfants, dans plus de 2 000 collectivités au paysNote de bas de page 442 Note de bas de page 443. L’avantage du PCNP est qu’il permet la prise de décisions à l’échelle de la communauté de manière à ce que les besoins particuliers de chaque administration soient comblés. Les évaluations, après 10 ans, indiquent que cette approche a permis l’adoption de meilleurs comportements sanitaires chez les participants et leurs enfantsNote de bas de page 442. La composante des Premières nations et des Inuits du PCNP cible principalement les femmes enceintes et les femmes ayant des enfants âgés d’au plus 12 mois dans les collectivités inuites et des Premières nations. Le cadre souple de cette composante des Premières nations et des Inuits du PCNP permet aux travailleurs communautaires d’adapter leurs interventions selon les priorités propres à la culture de leur collectivitéNote de bas de page 444. Les femmes à faible revenu et sans abri sont plus susceptibles de répondre positivement à un travailleur de la santé ou à un travailleur social en qui elles ont confiance. Une étude de la Colombie-Britannique indique que les femmes enceintes déclarent plus ouvertement leur consommation de drogues ou d’alcool dans un milieu qu’elles considèrent comme sûr, où elles ne craignent pas d’être jugées et où de l’aide leur est fourni pour prendre soin d’elles-mêmes et de leur enfantNote de bas de page 445 Note de bas de page 446. Par ailleurs, elles évitent les situations qu’elles perçoivent comme pouvant leur causer des problèmes (par exemple arrestation ou perte de la garde)Note de bas de page 446 Note de bas de page 447. Les interventions thérapeutiques et non punitives sont par conséquent considérées comme les plus efficaces pour assurer l’atteinte des objectifs de santé visés pour ces femmes et leurs enfants. Bien que les programmes d’action communautaire puissent avoir une certaine influence sur le niveau de sensibilisation et sur les comportements des populations à haut risque, il est maintenant reconnu qu’il faut s’attaquer aux problèmes sociaux d’envergure qui affligent ces personnes et ces collectivités. C’est pourquoi, certains programmes ont été mis en place dans le but d’y parvenir (voir l’encadré intitulé Offrir des soins prénataux aux mères à haut risque).

La compréhension des expériences prénatales et maternelles est essentielle pour établir et offrir des services pertinents et maximiser le potentiel des soins prénataux. Le Système canadien de surveillance périnatale (SCSP) est un programme national de surveillance continue de la santé qui vise à améliorer la santé des femmes enceintes, des mères et des nourrissons en recueillant et en analysant systématiquement les renseignements pertinents qui concernent leur état de santé ainsi que les facteurs susceptibles d’influer sur leur santé. Dans le cadre de cet engagement, le SCSP fait appel à la collaboration des partenaires provinciaux et territoriaux et des intervenants impliqués en vue de définir des variables et des indicateurs normalisés dans le but d’établir des rapports conséquents. Il cherche en outre à intensifier la surveillance dans le domaine des anomalies congénitales. Enfin, il tente d’évaluer les connaissances, les perspectives, les pratiques et les expériences des femmes pendant la grossesse, à la naissance et en tant que parent. D’autres travaux restent à réaliser puisque les objectifs à long terme du SCSP consistent à établir un système national exhaustif de données pour compiler les statistiques propres aux services hospitaliers, communautaires et de l’état civil. En effet, l’objectif est de mieux comprendre les besoins des femmes enceintes ou des mères et de leurs enfants, en fonctions de leurs expériences vécues, et d’évaluer dans quelle mesure elles utilisent ces servicesNote de bas de page 449. Malgré ces efforts, l’insuffisance d’information perdure. Il y existe encore trop peu de renseignements disponibles sur les femmes enceintes à haut risque d’adopter des comportements prénataux malsains et qui n’obtiennent pas de soins prénataux ou qui doivent surmonter des obstacles pour les obtenir.

Offrir des soins prénataux aux mères à haut risque

Offrir des soins prénataux aux mères à haut risque

Le modèle Olds — un programme de visites à domicile par une infirmière aux États-Unis — cible les femmes à faible revenu qui sont mères pour la première fois afin de les aider à mieux prendre soin d’elles-mêmes et de leurs bébés. Le modèle vise trois grands objectifs :

  • l’amélioration des résultats de la grossesse en favorisant la santé prénatale des femmes;
  • l’amélioration de la santé et du développement des enfants en réduisant les pratiques parentales dysfonctionnelles en matière de soins aux nourrissons;
  • l’amélioration du parcours de vie de la mère en l’aidant à développer une vision de son avenir, y compris les grossesses futures, l’éducation et l’obtention d’un emploi.

de travailler avec des personnes qui deviennent parents pour la première fois afin de promouvoir des comportements sains avant même qu’ils ne développent de mauvaises habitudes. Cela consiste en outre à fournir les prestations du programme à la résidence de la mère afin de limiter ses déplacements et de s’assurer que ces visites soient effectuées par une infirmière (car les mères, en ce qui concernent la grossesse et les soins des nourrissons, ont tendance à faire plus confiance aux infirmières et les préfèrent aux médecins). Les visites commencent pendant la grossesse. Elles se poursuivent après la naissance, sur une base hebdomadaires pendant les six premières semaines, puis aux deux semaines jusqu’à ce que le bébé soit âgé de 21 mois, et enfin une fois par mois jusqu’à ce qu’il ait deux ans. Le programme prend fin à cet âgeNote de bas de page 430.

Trois essais cliniques distincts indiquent que les programmes conçus en fonction de ce modèle réduisent les risques de comportements anti-sociaux chez les enfants des participants et préviennent les problèmes liés à la criminalité et à la délinquance chez les jeunes. Cela inclut la violence faite envers les enfants, la consommation abusive de drogues ou d’alcool par la mère ainsi que sa participation à des activités criminelles. Les essais ont également permis d’établir que le programme améliore les résultats de grossesses ainsi que la santé et le développement des enfants. Il aide aussi les parents à établir un parcours de vie positif. Une étude de la RAND Corporation, effectuée en 1998, estimait qu’un des programmes analogues offert dans l’État de New York était susceptible d’économiser jusqu’à 4 $ en dépenses publiques pour chaque dollar investi dans le programmeNote de bas de page 430.

Un suivi récent auprès des participants au programme de l’État de New York — 15 ans après leur participation — confirme des retombées positives à long terme comparées à des populations semblables n’ayant pas reçu de visites d’une infirmière, puisqu’on note :

  • 48 % moins de cas de violence et de négligence envers les enfants jusqu’à l’âge de 15 ans;
  • 69 % moins de condamnations à l’âge de 15 ans;
  • une hausse de 83 % quant à l’accès au marché du travail par les mères participantes dont l’enfant était âgé de quatre ansNote de bas de page 430.

Des programmes fondés sur ce modèle sont actuellement offerts à plus de 20 000 mères dans 20 États américainsNote de bas de page 430.

Programme de Sheway

En 1993, Sheway a été créé comme programme d’action communautaire dans le Downtown Eastside de Vancouver. Il offre des services aux femmes enceintes et aux mères qui consomment des drogues et de l’alcool. Le secteur représente un des quartiers les plus pauvres au Canada et où les taux de criminalité, de violence, de VIH, de consommation de drogues, de prostitution et de logements insalubres y sont élevés. Le programme de Sheway vise à promouvoir le bien-être des femmes enceintes en tenant compte du contexte dans lequel elles vivent et qui se caractérise par la pauvreté, la faim, des conditions de vie instables, de faibles niveaux de soutien social et, souvent, la violence et l’exploitation sexuelle. Sheway offre des services sûrs, respectueux et adaptés à la culture de chacune tout en visant à réduire les conséquences de la consommation de drogues et d’alcool chez les femmes et leurs enfants. Le programme de Sheway préconise la satisfaction des besoins de base en aidant les femmes à se loger et à se nourrir convenablement, en développant des relations de confiance et en redirigeant les mères vers les sources de traitements qui peuvent le mieux les aider à prendre soin de leurs enfants. Les résultats d’évaluation témoignent d’un accès accru aux soins prénataux et postnatals, de meilleures conditions d’hébergement, d’une meilleure alimentation et d’une probabilité accrue que les participants conservent la garde de leurs enfants après avoir terminé le programmeNote de bas de page 445 Note de bas de page 448.

Ciblage des comportements à risque élevé

Comme il a été mentionné auparavant, des mesures préventives, telles que les soins prénataux et l’éducation, ainsi que les campagnes de sensibilisation auprès du public, ont permis au fil du temps d’améliorer la santé maternelle et infantile. Toutefois, certaines mères et leurs nourrissons demeurent à risque selon leurs antécédents, que ce soit au chapitre des ITS ou de la consommation de drogues et d’alcool. Il faut donc établir un contact avec cette sous-population spécifique pour réussir à cibler ces comportements à haut risque.

Le dépistage prénatal de certaines ITS est réalisé partout au Canada et a permis de réduire la transmission verticale d’infections telles que le VIH et la syphilisNote de bas de page 450–452. Néanmoins, l’accès au dépistage et les méthodes utilisées varient d’une province ou d’un territoire à l’autre. Aucune méthode n’est utilisée de manière uniforme. De plus, les ressources nécessaires pour dépister, soigner et traiter les femmes enceintes à haut risque sont toujours insuffisantesNote de bas de page 437 Note de bas de page 453.

Les données indiquent que les interventions qui ont aidé les femmes enceintes à cesser de fumer, ou tout au moins à réduire l’usage du tabac durant leur grossesse, comprennent les éléments suivants : des stratégies ciblées de prévention du risque (telles que le soutien pour minimiser l’usage du tabac); le counselling; la persistance des professionnels (qui prônent des tactiques de renoncement au tabagisme); les discussions qui traitent des questions d’isolement et de dépression; et la création d’occasions sûres qui permettent aux femmes de s’exprimer ouvertementNote de bas de page 315 Note de bas de page 437. L’élargissement de ces interventions auprès d’autres membres de la communauté, tels que les partenaires ou les membres de la famille qui fument dans la résidence, s’est également avéré fructueux315 Note de bas de page 454.

Les interventions entreprises par des médecins afin de réduire la consommation d’alcool au cours de la grossesse ont eu un certain succès chez des femmes issues de divers milieux socioéconomiques et présentant divers profils de risque. Les données suggèrent que ces programmes pourraient être plus avantageux s’ils s’adressaient à des populations à haut risque, particulièrement lorsqu’ils sont combinés à des visites à domicile durant une longue période (de deux à cinq ans après la grossesse)Note de bas de page 455. Actuellement, 62 % des fournisseurs de soins de santé déclarent avoir recours à un outil normalisé pour dépister la consommation d’alcool chez les patientes en soins prénataux. Toutefois, seulement 40 % des médecins de famille mentionnent avoir discuté des risques de la consommation d’alcool pendant la grossesse avec des femmes en âge de procréer. Ils sont encore moins nombreux (17 %) à fournir de l’information écrite aux femmes sur l’exposition à l’alcool avant la naissanceNote de bas de page 456.

Les femmes qui reçoivent un traitement pour abus de drogues au cours des premiers mois d’une grossesse peuvent réduire les conséquences de cette consommation sur le foetusNote de bas de page 455. Dans certains cas, l’état de santé du nouveau-né peut être comparable à celui d’un nourrisson non exposé aux droguesNote de bas de page 457. Les héroïnomanes qui participent à des programmes de traitement à la méthadone pendant leur grossesse, par exemple, donnent naissance à des bébés dont le poids à la naissance est supérieur à ceux de mères héroïnomanes n’ayant pas participé à un programmeNote de bas de page 457. En outre, certaines administrations établissent des milieux novateurs pour soutenir et traiter les mères à risque et leurs nouveauxnés (voir l’encadré intitulé La Fir Square Combined Maternity Care Unit)Note de bas de page 458.

La Fir Square Combined Care Unit de la British Columbia Women’s Hospital

Le programme de la Fir Square Combined Care Unit (unité des soins de maternité combinés Fir Square) est la première unité de soins combinés au Canada pour les femmes consommant des drogues et les nouveaux-nés qui y sont exposés. Les bébés et les mères y restent jusqu’à ce que la mère soit capable de prendre convenablement soin de son enfant, et elle y reçoit les traitements adéquats pour faire en sorte qu’elle devienne un bon parent. Les bébés reçoivent des soins spécialisés pour assurer leur sevrage en raison de l’exposition prénatale aux drogues, de manière à ce qu’ils puissent être en meilleure santé possible. Des professionnels de la santé sont sur place et offrent des soins en milieu hospitalier et en clinique externe. Le programme vise à faciliter le sevrage des femmes et de leurs nouveaux-nés, tout en aidant les femmes à conserver la garde de leurs enfants, lorsque cela est possible. Il vise également à favoriser l’accès aux soins médicaux appropriés, à réduire la consommation de drogues et les comportements à risque, et à améliorer la santé des nourrissons et les compétences parentales des mères. Des évaluations sont en cours et bien que les résultats préliminaires soient prometteurs, des questions restent à élucider concernant le suivi et les prestations des soins subséquents offerts aux mères et aux enfants ainsi que les résultats obtenus une fois le traitement terminéNote de bas de page 458.

Santé mentale et troubles mentaux

Au Canada, il existe très peu de données sur la santé mentale des enfants. Cependant, comme il a été mentionné au chapitre 3, on estime qu’en tout temps, 15 % des enfants et des jeunes canadiens sont atteints d’un trouble mentalNote de bas de page 201 Note de bas de page 459. Les problèmes affectifs ou de santé mentale qui touchent les enfants et les jeunes peuvent les affecter dans l’immédiat ainsi qu’à l’âge adulteNote de bas de page 27.

Les Canadiens atteints d’un trouble de santé mentale doivent faire face à plusieurs défis qui sont très différents de ceux associés à aux problèmes de santé physique. Le rapport définitif du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, intitulé De l’ombre à la lumière — La transformation des services concernant la santé mentale, la maladie mentale et la toxicomanie au Canada, décrit comment ces défis peuvent prendre de l’ampleur à mesure que les personnes atteintes et leur famille cherchent du soutien social, professionnel et public pour les aider. Cette réalité touche particulièrement les parents qui cherchent de l’aide pour leurs enfantsNote de bas de page 201. Le Comité souligne également l’importance d’augmenter les efforts en amont dans le but de promouvoir le bien-être social et affectif et, si possible, de prévenir les troubles de santé mentale et les maladies mentales dès le jeune âgeNote de bas de page 460.

Les lignes qui suivent mettent en lumière trois grands types d’interventions qui jouent un rôle dans la promotion de la santé mentale chez les enfants, la prévention des maladies mentales et le soutien des familles touchées par des troubles de santé mentale et de maladies mentales, à savoir :

  • éducation et sensibilisation;
  • soutien communautaire;
  • stratégies générales en matière de santé mentale.

Chacune de ces interventions est : soit efficace et mériterait d’être plus répandue, soit prometteuse, bien qu’elle nécessite davantage de travaux et de recherche.

Éducation et sensibilisation

Bien qu’il n’existe aucune donnée d’enquête indiquant si les enfants sont touchées par la stigmatisation liée à la maladie mentale ou, le cas échéant, comment ils le sont, environ 63 % des jeunes Canadiens souffrant d’un trouble mental quelconque signalent que l’embarras, la pression des pairs et la stigmatisation représentent des obstacles qui les découragent de demander de l’aideNote de bas de page 461. De plus, 38 % des Canadiens adultes affirment qu’ils auraient honte d’avouer que leur enfant est atteint d’une maladie mentale (comme un trouble anxieux ou dépressif)Note de bas de page 461 Note de bas de page 462.

Les efforts visant à sensibiliser et à comprendre davantage la santé mentale, les troubles mentaux et les maladies mentales peuvent avoir un effet positif sur la santé mentale de tous les Canadiens. En effet, le manque de connaissances et la stigmatisation peuvent freiner la diffusion de l’information sur la santé mentale et décourager les personnes atteintes de troubles et de maladies de santé mentale de chercher à se faire traiterNote de bas de page 463. Les stratégies de lutte contre la stigmatisation ont connu un succès mitigé, mais les mesures suivantes semblent s’avérer utiles :

  • accroître l’éducation et la sensibilisation pour dissiper les mythes répandus au sujet de la maladie mentale;
  • lutter contre les attitudes discriminatoires communes;
  • favoriser un contexte où la maladie mentale serait mieux connue.

Selon les études, les efforts visant à mettre la maladie mentale en contexte constituent la meilleure manière de contrer la stigmatisation et la discriminationNote de bas de page 463. Ces pourquoi la Commission de la santé mentale du Canada a récemment lancé une campagne décennale visant à réduire la stigmatisation et la discriminationNote de bas de page 461 Note de bas de page 464. Cette campagne va représenter l’effort le plus important jamais mené au Canada pour lutter contre la stigmatisation liée à la maladie mentale. On aura recours à des techniques de marketing social semblables à celles utilisées dans le cadre des campagnes antitabac et des campagnes contre l’alcool au volantNote de bas de page 464. La Commission travaillera de concert avec les collectivités, les intervenants et certains groupes à risqueNote de bas de page 464. D’autres pays, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les États-Unis, ont mis sur pied des initiatives de lutte contre la stigmatisation qui partagent la même vision : modifier les attitudes et les comportements des gens à l’égard des maladies et des troubles de santé mentale en vue d’éliminer la stigmatisationNote de bas de page 465.

Soutien communautaire

Les programmes communautaires de prévention qui s’adressent directement aux familles et enfants afin d’établir des mesures de protection et renforcer la résilience ont connu certains succèsNote de bas de page 466 Note de bas de page 467. Par exemple, les programmes de prévention de la dépression psychologique destinés aux enfants et aux familles à risque ont réussi à prévenir des troubles dépressifs et à en réduire le nombre à court termeNote de bas de page 466. D’autres tactiques de promotion de la santé mentale (voir l’encadré Partir d’un bon pas pour un avenir meilleur) ont réussi à diminuer la prévalence de problèmes de santé mentale en s’attaquant aux facteurs de risque comme le dysfonctionnement familialNote de bas de page 467.

Les recherches montrent également que la résilience se crée et se développe à partir de facteurs individuels, familiaux et communautaires. Chacun d’entre-eux a le pouvoir de contribuer favorablement au niveau de la résilience de l’enfant et de ses capacités à composer avec des situations stressantes (voir l’encadré Étude longitudinale de Kauai).

  • Facteurs individuels — Ces facteurs, qui font de chacun une personne unique, comportent des éléments liés à l’hérédité et à la personnalité. Il en résulte des comportements qui influent sur la résilience en fonction de la capacité d’apprentissage, de l’estime de soi, des capacités d’adaptation, des aptitudes sociales et de la santé physique en généralNote de bas de page 471 Note de bas de page 472.
  • Facteurs familiaux — Le fait d’être membre d’une famille, le sentiment d’appartenance et d’attachement, une bonne communication, une structure familiale solide, de bonnes relations avec parents, frères et soeurs, une attitude parentale positive, de bonnes possibilités d’emploi chez les parents, la bonne santé des parents et un bon soutien communautaire pour la famille (y compris de l’aide en cas de problèmes de santé mentale) peuvent tous influer sur la résilienceNote de bas de page 471 Note de bas de page 472.
  • Facteurs communautaires — Il a été démontré que le sentiment d’appartenance et d’inclusion, l’identité culturelle, les programmes communautaires, l’accès aux services (par exemple services de santé et visites à domicile) et la possibilité de participer à de la collectivité favorisent une meilleure santé à long termeNote de bas de page 471 Note de bas de page 472.
Partir d’un bon pas pour un avenir meilleur

Partir d’un bon pas pour un avenir meilleur, un projet de recherche longitudinale de démonstration portant sur la prévention, vise à fournir de l’information sur l’efficacité de cette stratégie auprès des enfants. Le projet, lancé par le gouvernement de l’Ontario en 1991, respecte un modèle basé sur la prévention primaire au sein de la communauté et destiné aux familles avec de jeunes enfants. Ce projet est actuellement mené dans huit collectivités à risque élevé de la provinceNote de bas de page 468. Les buts du projet sont les suivants :

  • favoriser un développement social, affectif, physique, comportemental et cognitif optimal;
  • renforcer les capacités de la collectivité de répondre aux besoins sociaux et économiques des enfants et de leur famille;
  • réduire l’incidence de graves problèmes affectifs et comportementaux à long termeNote de bas de page 467.

Une partie de l’évaluation menée dans le cadre du projet Partir d’un bon pas pour un avenir meilleur consistait en une étude longitudinale quasi expérimentale. Les enfants participants et leur famille étaient divisés en deux groupes : un groupe ayant fait partie du programme Partir d’un bon pas pendant 4 ans, et un groupe témoin. Dans les sites où se trouvaient les enfants plus âgés (programmes visant les enfants de 4 à 8 ans), les données ont été recueillies à l’aide de plus de 100 indicateurs de résultats lorsque les enfants étaient à la maternelle, puis en première, deuxième, troisième, sixième, neuvième et douzième année. La diversité des collectivités participantes (par exemple autochtones, francophones, urbaines et multiculturelles) permet, en les généralisant, d’appliquer les résultats de recherche à des collectivités défavorisées de partout au CanadaNote de bas de page 469.

Les données recueillies chez le groupe d’enfants plus âgés, six ans après qu’ils eurent suivi le programme (c’est-à-dire lorsqu’ils étaient en neuvième année), ont permis de noter des résultats généralement positifs. Les effets étaient plus importants au niveau des indicateurs liés à l’école : les participants au programme étaient mieux préparés pour l’école, moins susceptibles de redoubler une année et moins susceptibles d’avoir besoin de services d’éducation spécialisée. Les participants au programme Partir d’un bon pas étaient en mesure de résoudre des conflits avec leurs parents plus facilement et affichaient moins de comportements associés à des troubles affectifs et à l’hyperactivité. Les parents participant au programme signalent un plus grand soutien social, un meilleur fonctionnement familial, une plus grande satisfaction dans leur vie de couple et de meilleures interactions avec leur voisinage. De plus, une analyse économique a permis de constater une diminution des coûts liés aux programmes de prévention dès la neuvième annéeNote de bas de page 470.


Étude longitudinale de Kauai

Dans le cadre de l’étude longitudinale de Kauai, à Hawaii, des chercheurs ont suivi le développement d’un groupe d’enfants nés en 1955 et ce, de la naissance à la quarantaine. Ils ont étudié une multitude de facteurs de risque biologiques et psychosociaux, d’événements stressants de la vie et de facteurs protecteurs qui influent sur le développement de l’enfant et les effets qu’ils ont eu jusqu’à la quarantaine. Des représentants de la santé ont assuré le suivi des participants à des âges clés — 1 an, 2 ans, 10 ans, 18 ans, 32 ans et 40 ans.

Environ 30 % des enfants participant à l’étude étaient considérés à risque de connaître des troubles de développement en raison de complications prénatales ou périnatales, de pauvreté, de conflits familiaux chroniques, de divorce, de psychopathologie chez les parents ou du fait d’être élevés par une mère à faible niveau de scolarité (moins d’une huitième année). Deux tiers des enfants à risque ont développé des troubles d’apprentissage ou de comportement avant l’âge de deux ans. Dans le cas de l’autre tiers — ceux qui n’ont pas développé de tels troubles —, la résilience de ces enfants découle de facteurs de protection leur permettant de surmonter les situations à risque. L’étude a permis de cerner trois facteurs de protection principaux à l’origine de cette résilience : facteurs individuels (par exemple sociabilité, connaissance de soi et empathie), facteurs familiaux (par exemple milieu stimulant) et facteurs communautaires (par exemple divers services de soutien).

Plus particulièrement, les facteurs familiaux offraient à ces enfants la possibilité d’établir, dès un jeune âge, une relation avec au moins une personne compétente et stable sur le plan affectif et qui soit à l’écoute de leurs besoins. Même dans un milieu familial dysfonctionnel, ces enfants pouvaient trouver du soutien parmi d’autres membres de la famille, comme les grands-parents, les frères et soeurs aînés, les tantes et les oncles. Il a également été déterminé que les facteurs communautaires — appui des aînés, des pairs, des enseignants, des voisins, des parents du copain ou de la copine, des jeunes leaders, des pasteurs et des membres de l’église — contribuent au développement de la résilience à différents niveauxNote de bas de page 472.

Stratégies générales en matière de santé mentale

Au Canada, le traitement des maladies et des troubles de la santé mentale constitue principalement un service de soins de santé spécialisé. Dans certaines collectivités par contre, les services offerts ne suffisent pas pour répondre aux besoinsNote de bas de page 203. Même si 92 % des familles canadiennes avec enfants déclarent avoir accès à un médecin de famille régulier, des sondages menés au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni indiquent que moins d’un enfant sur quatre ayant besoin de services de santé mentale spécialisés les reçoit réellementNote de bas de page 203 Note de bas de page 204 Note de bas de page 473. Si l’on investit dans le domaine, le fardeau lié aux maladies et aux troubles de santé mentale chez les enfants se verra réduit de beaucoup. Cependant, il faut adopter une approche plus globale, qui tient compte du rôle et de la portée des soins spécialisés, de la promotion, de l’éducation et de la sensibilisation en matière de santé mentale, ainsi que du soutien à apporter aux familles touchéesNote de bas de page 203.

Bien que le Canada soit actuellement le seul pays du G8 à ne pas avoir de stratégie en matière de santé mentale, des progrès sont en train d’être réalisés à cet égard grâce à la Commission de la santé mentale du Canada, un organisme national indépendant appuyé par tous les ordres de gouvernementNote de bas de page 474 Note de bas de page 475. La Commission a pour but de lancer des initiatives majeures, qui comprennent l’établissement d’une stratégie nationale, la promotion de la santé mentale, la prévention et le traitement des maladies mentales, ainsi que des campagnes de lutte contre la stigmatisation, l’appui de la recherche sur le sans-abrisme et la mise sur pied d’un centre d’échange des connaissancesNote de bas de page 475. Une telle stratégie s’attaquerait spécifiquement aux problèmes de santé mentale chez les enfants grâce à la promotion d’un développement sain pour tous les enfants, à la prévention de la maladie chez les enfants à risque, à l’accès au traitement pour les enfants atteints et au suivi des cas de maladie mentale (voir l’encadré KidsMatter, Australie)Note de bas de page 476.

KidsMatter, Australie

Avec le plan d’action national de l’Australie en matière de santé mentale 2006–2011, environ 4 milliards de dollars seront investis sur une période de cinq ans pour financer de nombreuses initiatives en santé mentaleNote de bas de page 477. KidsMatter est l’une des initiatives du plan qui cible spécifiquement les enfants, les jeunes et leurs parents. Il s’agit d’une initiative nationale qui vise à donner aux écoles les outils pour faire la promotion de la santé mentale fondée sur des données probantes, pour aussi prévenir la maladie et adopter des stratégies d’intervention précoce en vue d’améliorer la santé mentale et le bien-être, et pour enfin réduire le nombre de problèmes de santé mentale et offrir un meilleur appui aux personnes en difficulté.

L’évaluation et l’analyse de KidsMatter ont été effectuées en quatre périodes de collecte de données et ce, à l’aide de sondages, d’entrevues et de groupes de discussion auprès de parents, d’enseignants et d’enfantsNote de bas de page 478 Note de bas de page 479. Le rapport d’évaluation sera publié vers la fin de 2009. On cherche actuellement à augmenter la portée de KidsMatter pour que le projet tienne compte des milieux destinés à la petite enfance, comme les services de garde et les programmes préscolaires. Cette nouvelle initiative, KidsMatter Early Childhood, sera mise à l’essai dans plus de 100 centres de services à la petite enfance de partout en Australie en 2010 et en 2011 Note de bas de page 480.

Obésité

Au Canada et dans d’autres pays, la lutte contre l’obésité constitue un défi majeur en santéNote de bas de page 30 Note de bas de page 481 Note de bas de page 482. L’incidence d’obésité chez les enfants augmente avec le temps. Généralement, ceux qui font moins d’activité physique quotidiennement et qui ont de mauvaises habitudes alimentaires sont plus susceptibles de faire du surpoids. Ils courent un risque plus élevé de développer des maladies connexes et d’en subir les effets indésirables sur la santé au cours de leur vieNote de bas de page 179 Note de bas de page 180 Note de bas de page 188 Note de bas de page 483–485. Cependant, le problème n’est pas simplement une question d’équilibre entre les apports et les dépenses caloriques. Par exemple, les prédispositions génétiques ainsi que le milieu physique et social d’une personne peuvent lui permettre d’atteindre un poids-santé ou, à l’inverse, présenter des obstacles à l’atteinte de ce butNote de bas de page 183 Note de bas de page 486–488. Depuis plusieurs dizaines d’années, l’environnement physique et social dans lequel les Canadiens vivent, s’éduquent, travaillent et jouent a beaucoup changé : « marchabilité » des quartiers, promotion d’aliments destinée aux enfants, proximité et accessibilité d’épiceries et jeux de plus en plus sédentairesNote de bas de page 161 Note de bas de page 489 Note de bas de page 490.

Les lignes qui suivent mettent en lumière quatre grands types d’interventions qui pourraient aider à diminuer le nombre d’enfants qui souffrent de surpoids et d’obésité :

  • éducation et sensibilisation;
  • publicité, taxes et subventions;
  • environnement bâti;
  • approches axées sur le foyer, l’école et la collectivité.

Chacune de ces interventions est : soit efficace et mériterait d’être plus répandue, soit prometteuse, bien qu’elle nécessite davantage de travaux et de recherche.

Éducation et sensibilisation

Les initiatives visant la population générale ont pour rôle d’apporter du soutien aux enfants et aux familles en vue d’une croissance saine pour l’atteinte d’un poids-santé. Par exemple, Bien manger avec le Guide alimentaire canadien fait des recommandations sur le nombre de portions quotidiennes de chaque groupe alimentaire que doivent manger les enfants pour avoir un apport suffisant en vitamines, en minéraux et en nutriments. Ces recommandations permettent de rester en bonne santé, d’avoir suffisamment d’énergie et d’être moins susceptibles de développer certaines maladies chroniquesNote de bas de page 491. De plus, il existe une version du Guide d’activité physique canadien pour une vie active saine adaptée aux familles. Il fournit des conseils sur la façon de s’assurer que les enfants atteignent les objectifs quotidiens en matière d’activité physique (voir l’annexe C)Note de bas de page 492.

Certes, il est important de sensibiliser les gens aux recommandations sur l’alimentation et l’exercice physique. Mais on veut avant tout que les choix et les comportements des enfants soient un reflet de cette sensibilisation. Pour suivre les progrès réalisés, il faut déterminer le nombre d’enfants qui atteignent les objectifs minimaux. À la suite d’une entente récente entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, des objectifs nationaux ont été fixés en vue d’augmenter le niveau d’activité physiqueNote de bas de page 493. L’Étude sur l’activité physique des jeunes au Canada a permis d’établir les tout premiers objectifs nationaux d’activité physique, pour les enfants et les jeunes, et que l’on peut désormais mesurer en fonction des données de base actuelles. Les objectifs à atteindre d’ici 2015 sont les suivants :

  • faire passer de 9 % à 16 % la proportion d’enfants et de jeunes qui participent à 90 minutes d’exercice physique, d’intensité modérée à élevée, en plus de leurs activités quotidiennes;
  • faire passer de 11 500 à 14 500 le nombre moyen de pas que font par jour les enfants et les jeunes (ce qui équivaut à une augmentation de 30 minutes par jour du temps consacré à l’activité physique)Note de bas de page 494.

Bien qu’il soit trop tôt pour déterminer les taux de réussite, les objectifs ont déjà été établis et la collecte de données liées aux niveaux d’activité physique se poursuit.

Celles-ci indiquent que l’on accumule de plus en plus d’information sur le poids, le niveau d’activité physique et la santé des enfants. Il faudrait investir le même genre d’effort pour surveiller les habitudes alimentaires des enfants canadiens.

Publicité, taxes et subventions

Les études montrent que la commercialisation d’aliments et de boissons contribue aux mauvaises habitudes alimentaires chez les enfants — surtout parce que les publicités font souvent la promotion d’aliments qui, riches en calories et pauvres en oligoéléments, ne sont pas considérés comme nécessaires à une saine alimentationNote de bas de page 495. À la Technical Meeting on Marketing of Food and Non-alcoholic Beverages to Children (réunion technique sur la commercialisation d’aliments et de boissons non alcoolisées aux enfants) de l’OMS en 2006, on a recommandé qu’un code international soit établi pour protéger les enfants d’aujourd’hui, comme ceux des générations futures, contre les effets nuisibles de la consommation d’aliments malsains et de promouvoir la commercialisation responsable d’aliments chez les enfantsNote de bas de page 495.

Au Canada, les publicités télévisées destinées aux enfants sont réglementées par le Code de la publicité radiotélévisée destinée aux enfants quant à leur durée et à leur natureNote de bas de page 496. Les publicités destinées aux enfants ne peuvent pas profiter du manque d’expérience des enfants ni présenter de l’information susceptible de leur nuireNote de bas de page 496 Note de bas de page 497. Toutes les publicités d’aliments et de boissons au Canada (sauf au Québec, où les annonces destinées aux enfants sont interdites) doivent faire l’objet d’une autoréglementation de l’industrie par l’intermédiaire d’un ensemble de directives facultatives : le Code de la publicité radiotélévisée destinée aux enfants (voir encadré Publicité alimentaire destinée aux enfants du Québec)Note de bas de page 496 Note de bas de page 497. De plus, les publicités qui font la promotion d’aliments à l’heure des repas doivent clairement montrer un produit qui cadre bien avec un régime alimentaire équilibréNote de bas de page 496. Les réseaux de télévision publics, comme la Société Radio-Canada, interdisent les annonces d’aliments lors de la diffusion d’émissions pour enfants et limitent ces annonces à la diffusion d’émissions destinées au grand public ou à la familleNote de bas de page 496. Les organisations provinciales de télédiffusion publique interdisent également de faire passer des annonces publicitaires et des annonces éclairs pendant la diffusion d’émissions pour enfants d’âge préscolaireNote de bas de page 498. Malgré les restrictions sur la présentation de publicités destinées aux enfants, l’accès à la télévision par câble ou par satellite, dont la programmation ne fait l’objet d’aucune contrôle, pourrait miner ces efforts.

Certains pays et certaines administrations ont envisagé d’établir des mesures d’incitation économique, comme des « taxes sur le gras » et des « subventions pour aliments santé », en vue de décourager l’achat d’aliments ayant une valeur nutritionnelle limitée et afin de favoriser l’achat d’aliments nutritifs. Dans sept provinces canadiennes, les bonbons, les tablettes de chocolat et les boissons à forte teneur en calories sont taxés, mais on ne peut conclure avec certitude que cette mesure contribue à diminuer leur consommationNote de bas de page 500. Aux États-Unis, le gouvernement de la Californie a imposé, en 1991, une taxe de vente générale de 8,25 % sur certaines grignotinesNote de bas de page 501 Note de bas de page 502. Cette année-là, les ventes de grignotines ont apparemment diminué. Cependant, la taxe a été abrogée à la suite de pressions exercées par l’industrie alimentaireNote de bas de page 501 Note de bas de page 503 Note de bas de page 504. La France a connu le même genre de problème quand le pays a tenté d’augmenter les taxes imposées sur certains aliments. Non seulement l’adoption de ces mesures entraîne certaines difficultés lorsque vient le temps de choisir les aliments à taxer, mais cela mène à des pressions exercées par l’industrie. Cependant, l’incertitude persiste quant aux effets que peuvent avoir ces taxes sur l’accessibilité et l’abordabilité des aliments chez les personnes à faible revenuNote de bas de page 505 Note de bas de page 506. Bien que la taxation des aliments malsains ne peut, à elle seule, s’attaquer à la lutte contre les problèmes de surpoids et d’obésité, elle peut cependant aider à générer des fonds publics qui peuvent servir à financer des activités de promotion de la santéNote de bas de page 501 Note de bas de page 505 Note de bas de page 507. Par ailleurs, les subventions pour l’achat d’aliments nutritifs bénéficieraient aux consommateurs à faible revenu en rendant ces aliments relativement plus abordables (par exemple approvisionnement en aliments frais dans les collectivités isolées)505 Note de bas de page 506.

Publicité alimentaire destinée aux enfants du Québec

En 1980, le gouvernement du Québec, en vertu de la Loi sur la protection du consommateur, a interdit la publicité — dans les journaux et revues, à la radio et à la télévision — de tout produit ou service (y compris les aliments) destinés aux enfants de moins de 13 ans499. Les restrictions établies au Québec reposent sur le principe selon lequel il est injuste de faire passer des annonces publicitaires destinées aux enfants, puisque ces derniers n’ont pas les capacités des adultes de faire la distinction entre le contenu des émissions et celui des annonces. Toutefois, ces restrictions publicitaires ne s’appliquent pas aux diffuseurs et organismes publicitaires qui proviennent de l’extérieur de la province.

En général, les taux d’obésité chez les enfants et les adultes au Québec sont inférieurs à la moyenne canadienne. Ceci s’explique par divers facteurs tels que les pratiques culturelles et sociales. Même si la Loi sur la protection du consommateur du Québec n’a pas été conçue pour lutter spécifiquement contre l’obésité chez l’enfant et qu’elle n’est pas nécessairement à l’origine des taux de surpoids et d’obésité moins élevés au Québec, les mesures visant à diminuer l’exposition des enfants à certaines annonces publicitaires d’aliments et de boissons sont recommandés en tant que moyens de réduire les effets négatifs de cette pratique. Par conséquent, de telles mesures, en combinaison avec d’autres, pourraient s’avérer prometteuses pour la promotion d’une saine alimentation.

Environnement bâti

L’environnement bâti influe également sur l’activité physique, la nutrition et les habitudes alimentaires. Les habitants de quartiers à vocation multiple (contenant divers services résidentiels, commerciaux et communautaires) se servent moins de l’automobile, ont plus tendance à marcher, ont plus facilement accès à des aliments sains et accusent des taux d’obésité moins élevésNote de bas de page 508. La conception de rues destinées à améliorer la sécurité des piétons et des cyclistes ainsi que la conception de quartiers donnant accès à des aliments sains peuvent donner des résultats positifs pour la santéNote de bas de page 509–511. De plus, les études montrent que dans les milieux où il est plus facile de se déplacer à pied, les niveaux d’activité physique sont beaucoup plus élevés et les taux d’obésité, plus basNote de bas de page 508 Note de bas de page 512–514.

Comme il a été mentionné au chapitre 3, la proportion d’enfants obèses ou en surpoids est plus élevée dans les quartiers défavorisés, où l’accès aux aliments sains et aux installations de loisir est limité, et où il existe des risques accrus en matière de sécuritéNote de bas de page 181 Note de bas de page 289 Note de bas de page 515–517. Parmi les points à prendre en considération en matière de planification urbaine et d’amélioration des collectivités, mentionnons : une utilisation plus diversifiée des espaces, une déviation du flot de circulation autour des zones résidentielles, une meilleure conception des trottoirs et des pistes cyclables et un meilleur éclairage le soir et la nuit. La conception d’ensembles résidentiels constitue également un élément critique qui peut conduire à des comportements plus sains. L’établissement d’espaces de jeu qui sont verts et sécuritaires, ainsi que des espaces destinés à la marche et aux sports, constitue une prioritéNote de bas de page 518.

Approches axées sur le foyer, l’école et la collectivité

L’environnement résidentiel influe beaucoup sur les habitudes d’activité physique. Les parents peuvent encourager l’activité physique à l’intérieur du domicile et s’assurer qu’il y a des espaces de jeu sécuritaires à l’extérieur (par exemple cours clôturée). Les enfants qui ont moins d’occasions de participer à des activités physiques à domicile ont un niveau d’activité moins élevé en général : ils passent plus de 80 % de leur temps à rester couchés, assis ou deboutNote de bas de page 519. Il existe une corrélation positive entre la durée des périodes de temps que les enfants passent à l’extérieur et leur niveau d’activité physique.

Les choix et habitudes alimentaires des enfants sont également influencés par ceux de leurs proches : parents (32 %), pairs (31 %), amis (6 %) et famille en général (7 %)Note de bas de page 520. Ces rapports avec leur entourage peuvent mener à de bonnes habitudes alimentaires chez l’enfant (ce qui favorise une bonne santé) ou à de mauvaises habitudes alimentaires (ce qui peut contribuer à une mauvaise santé). En revanche, les enfants peuvent également influencer les choix alimentaires de la famille : il a été démontré que leur influence peut s’exercer sur jusqu’à 80 % du budget familial consacré à la nourriture, d’où l’importance de prendre des mesures à l’égard des annonces publicitaires destinées aux enfants (voir section précédente, intitulée Publicité, taxes et subventions)Note de bas de page 521. Les enfants dont la famille mange régulièrement à la table sont moins susceptibles d’être obèses ou en surpoids : ils consomment des aliments plus sains et ne mangent pas devant le téléviseur. Cette pratique favorise d’ailleurs la communication, le soutien et les relations parmi les membres de la familleNote de bas de page 180. De plus, les personnes qui mangent à l’extérieur ont tendance à consommer plus de calories que celles qui mangent des repas préparés à la maison. Par exemple, selon les études, les enfants qui achètent leur repas à l’école sont plus susceptibles (de 47 %) de faire du surpoids que les enfants qui apportent un repas préparé à la maisonNote de bas de page 180 Note de bas de page 522–524.

Chez les enfants atteints de surpoids ou d’obésité, les interventions qui combinent régime alimentaire et exercice semblent plus efficaces que celles qui ne modifient que le régime alimentaire ou le niveau d’exerciceNote de bas de page 525. Plus particulièrement, les interventions familiales qui ciblent à la fois les parents et les enfants ont montré que le poids des parents est un important indicateur du poids de leurs enfants et que le fait de traiter simultanément un problème d’obésité chez les enfants et les parents mène à des résultats probantsNote de bas de page 526 Note de bas de page 527. Selon l’examen systématique d’études contrôlées, les interventions familiales qui modifient le niveau d’activité physique et l’alimentation, et qui comprennent une thérapie comportementale, aident les enfants obèses à perdre du poids et à ne pas le reprendre pour au moins six moisNote de bas de page 528.

L’école peut également constituer un milieu où il est possible d’appliquer des stratégies de prévention de l’obésité chez les enfants (voir encadré Annapolis Valley Health Promoting School Project [projet de promotion de la santé — écoles de la vallée de l’Annapolis]). L’école peut être source d’éducation et d’information sur des choix santé, en plus d’offrir des installations pour la pratique d’activités physiquesNote de bas de page 529–531. Bien que les programmes scolaires d’activité physique varient d’une province ou d’un territoire à l’autre, la plupart ont mis en place des programmes obligatoires d’éducation physique pour les élèves de la maternelle à la neuvième année. Certaines provinces exigent un temps minimum consacré à l’activité physiqueNote de bas de page 532–534. Par exemple, le minimum d’activité physique qu’exige l’Ontario est parmi les plus élevés au pays, soit 165 minutes par semaine pour les enfants de la maternelle à la dixième annéeNote de bas de page 532.

Il a également été démontré que les approches en milieu scolaire, comme celles déjà mentionnées, réussissent à augmenter le taux quotidien d’activité physique (activités à l’école et activités parascolaires), ce qui aide les élèves à atteindre les objectifs de base quotidiens et à adopter des habitudes de vie saines — maintenant et pour le reste de leur vieNote de bas de page 519 Note de bas de page 525 Note de bas de page 535. Cependant, il faut mener des recherches et des études plus approfondies afin de mieux comprendre et mesurer les résultats qui découlent des initiatives en milieu scolaire, et déterminer comment certains programmes pourraient s’appliquer chez d’autres populations ainsi qu’à l’extérieur du milieu scolaireNote de bas de page 530 Note de bas de page 536.

Les mesures prises en milieu scolaire qui améliorent les habitudes alimentaires grâce à des approches comportementales conduisent à des résultats positifs, mais il ne faut pas négliger certaines autres variablesNote de bas de page 525. Par exemple, il faut tenir compte du sexe, puisqu’une même intervention mène parfois à des résultats différents chez les filles et les garçonsNote de bas de page 530. Selon l’analyse qualitative de plusieurs interventions, les filles répondent mieux à des éléments éducatifs fondés sur l’apprentissage social, alors que les garçons obtiennent de meilleurs résultats à l’aide de changements structurels et d’un milieu qui favorisent l’activité physique et une meilleure alimentationNote de bas de page 530 Note de bas de page 537.

Les initiatives communautaires peuvent également influer sur les habitudes alimentaires et les niveaux d’activité physique chez les enfants. Les quartiers offrant des programmes récréatifs abordables et donnant accès à des zones de jeu sécuritaires — centres communautaires, écoles, parcs et terrains de jeu — encouragent les enfants à pratiquer certaines activités (par exemple jouer dehors ou participer à des sports d’équipe) et leur offrent l’occasion de le faire. Selon des études récentes, les programmes communautaires d’activité physique sont rentables et, comparativement aux interventions qui visent à soigner, mènent à de bons résultats en proportion des montants investis (voir encadré Communities in motion)Note de bas de page 541.

Annapolis Valley Health Promoting School Project (projet de promotion de la santé dans les écoles de la vallée de l’Annapolis)

En 1997, un groupe de parents de huit écoles de l’Annapolis Valley Regional School Board, en Nouvelle-Écosse, ont décidé de créer un environnement scolaire plus sain pour les enfants, grâce au Annapolis Valley Health Promoting School Project (AVHPSP)Note de bas de page 538. Les objectifs du projet étaient les suivants : permettre aux élèves de faire des choix plus sains en matière d’alimentation et d’activité physique au quotidien, leur fournir des outils qui leur permettent d’adopter de bonnes habitudes alimentaires et de rester actifs pour la vie, et diminuer les risques qu’ils ne développent des maladies chroniques comme le diabète de type 2 Note de bas de page 538 Note de bas de page 539.

Une évaluation menée en 2003, à l’échelle provinciale, a permis de comparer les élèves des écoles participantes à ceux fréquentant des écoles sans programme d’alimentation ou d’activité physique ainsi qu’à ceux fréquentant des écoles ayant mis sur pied un programme nutritionnel autre que l’AVHPSP. Les élèves des écoles participant à l’AVHPSP affichaient des taux de surpoids et d’obésité moins élevés, et avaient de meilleures habitudes alimentaires — ils consommaient plus de fruits et de légumes, et leur apport en calories provenant de matières grasses était moindre. Ils déclaraient également participer davantage à des activités physiques plutôt qu’à des activités sédentairesNote de bas de page 540. Avec le temps, et grâce aux résultats obtenus dans le cadre du projet, presque toutes les écoles participant à l’AVHPSP s’apprêtent à devenir des écoles qui font la promotion de la santé.


Communities in motion (Collectivité « en mouvement »)

In Motion, une stratégie communautaire visant à augmenter les niveaux d’activité physique en vue d’améliorer la santé, a été mis sur pied au printemps 2000 à Saskatoon, en SaskatchewanNote de bas de page 541. Cette stratégie, qui a pour objectif d’intégrer l’activité physique dans le quotidien des gens grâce à des efforts de collaboration au sein de la collectivité, part du principe que l’activité physique constitue la pierre angulaire de la santé individuelle et qu’elle génère des économies pour le système de santé. In Motion a placé dans sa mire les six points suivants: enfants et jeunes; santé au travail; professionnels de la santé; personnes âgées; prévention primaire du diabète; adultes inactifsNote de bas de page 542.

Si l’on veut augmenter le niveau d’activité physique chez les enfants et les jeunes, il faut établir des objectifs, comme un minimum de 30 minutes d’exercice par jourNote de bas de page 543. De plus, les écoles peuvent aider les enfants et leur famille en leur recommandant une foule d’activités communautaires, de sentiers pédestres, d’idées de jeux et de ressources pour une saine alimentationNote de bas de page 544.

Depuis le lancement de In Motion, le nombre de résidents de Saskatoon suffisamment actifs pour que leur santé se soit améliorée a augmenté de 39 %Note de bas de page 542. Il a également été révélé que les capacités communautaires ont été renforcées grâce aux partenariats intersectoriels (par exemple avec les écoles), ainsi qu’à une meilleure sensibilisation des collectivités à l’aide de stratégies ciblées qui s’appuient sur la mesure et la communication des réussitesNote de bas de page 542. En outre, le nombre d’écoles participant à In Motion a significativement augmenté. Ainsi, 100 % des écoles du milieu urbain de Saskatoon et la majorité des écoles en région rurale se sont engagées à atteindre les objectifs de In Motion. Dans les écoles élémentaires, on signale également que les élèves sont actifs une journée de plus par semaine depuis l’adoption de la stratégie. In Motion, considérée comme une stratégie fondée sur des pratiques exemplaires, est en voie d’être mise sur pied dans diverses collectivités et provinces à la grandeur du CanadaNote de bas de page 541.

Blessures non intentionnelles

Au fil de temps, le Canada a réussi à réduire le nombre des blessures non intentionnelles chez les enfants. Cependant, les taux de mortalité liés à l’ensemble des blessures chez les enfants sont toutefois plus élevés que ceux observés dans les pays aussi bien nantis. De plus, ces taux sont plus élevés dans certaines sous-populations canadiennesNote de bas de page 79 Note de bas de page 163. La plupart des blessures subies par les enfants sont mineures et se soldent par une guérison complète ou du moins n’affectent pas leur qualité de vie. Toutefois, la gravité des blessures entraîne dans certains cas la mort prématurée, une déficience grave (à la suite de quoi il peut être difficile de recouvrer la santé) ou dans certains cas, des années d’interventions chirurgicales, de suivi médical ou psychologique, ou encore de réadaptation. De plus, une blessure grave peut être le catalyseur d’autres problèmes de santé qui se manifestent plus tard.

Il existe au Canada, et dans d’autres administrations, des programmes ayant réussi à modifier les comportements à risque et à réduire les taux de blessures non intentionnelles. Ces efforts peuvent être regroupés selon les trois grands champs d’intervention suivants :

  • éducation et sensibilisation;
  • législation, produits et normes;
  • stratégies et initiatives de prévention intersectorielles.

Chacune de ces interventions est : soit efficace et mériterait d’être plus répandue, soit prometteuse, bien qu’elle nécessite davantage de travaux et de recherche.

Éducation et sensibilisation

Les apprentissages qui touchent à la santé et la sécurité, ainsi que la prise de conscience des actions et des responsabilités qui les conditionne, commencent tôt dans la vie. Bien que tous les enfants méritent d’être en sécurité, il n’est pas facile de prévoir et de gérer les risques de blessures (voir l’encadré La nature du risque).

Tous les secteurs de la société ont un rôle à jouer pour veiller à ce que les enfants, les parents et ceux qui en prennent soin, ainsi que les collectivités, soient bien au fait des enjeux de sécuritéNote de bas de page 163. Un certain nombre d’initiatives éducatives ont permis de mieux sensibiliser la population aux notions de sécurité, grâce, entre autres, à des mises en garde et des avis sur la sécurité des produits, à des programmes de sécurité interactifs (villages de la sécurité) et à de vastes campagnes de marketing social (voir l’encadré Dodo sur le dos)Note de bas de page 163.

L’éducation et la sensibilisation est l’approche la plus souvent employée pour réduire les blessures non intentionnelles (ou pour éviter tout autre résultat négatif), mais cette approche n’entraîne pas toujours à elle seule la réduction des blessures ni la modification des comportements. Les efforts qui combinent plus d’une approche à la fois semblent être plus efficaces (voir aussi Stratégies et initiatives de prévention intersectorielles)Note de bas de page 550–553. À titre d’exemple, un examen systématique de l’utilisation des sièges d’appoint a montré que les interventions qui jumèllent les messages éducatifs avec des mesures incitatives (comme des sièges d’appoint gratuits) avaient des effets d’entraînements sur l’acquisition et l’utilisation de ce dispositif de protectionNote de bas de page 551 Note de bas de page 552. Des organismes sans but lucratif, comme SécuriJeunes Canada, la Fondation canadienne Pensez d’Abord et Sauve- Qui-Pense, ont aussi intégré un éventail d’activités (y compris du mentorat et des jeux de rôles) à leurs efforts d’éducation destinés aux enfants et aux jeunesNote de bas de page 545 Note de bas de page 554 Note de bas de page 555.

La nature du risque

Les risques font partie de la vie. Des risques sont associés à une foule d’activités comme prendre place dans un véhicule motorisé, traverser la rue, nager, se rendre au magasin à pied et d’innombrables autres gestes que nous posons quotidiennement. Pour les enfants, la prise de risques est un passage obligé de l’apprentissage et de la croissance. Cette prise de risques développe, chez l’enfant, la capacité, d’évaluer le danger et de faire de bons choix. Cela lui permet de se forger un l’esprit critique, de consolider ses aptitudes à prendre des décisions. Toutes ces compétences lui seront essentielles pour accéder à son indépendance, laquelle commence à s’affirmer dès l’adolescente pour ensuite le conduire jusqu’à l’âge jeune adulte. L’essentiel, afin d’éviter les blessures est de réfléchir avant d’agir; de savoir prendre du recul afin d’évaluer la nature d’un risque (risque raisonnable ou risque menaçant) et d’agir en fonction de cette évaluation. Pendant la petite enfance, ce sont les adultes qui prennent ces décisions à la place de l’enfant. Mais à mesure qu’il grandit, l’enfant a de plus en plus l’occasion de faire ses propres choix. Pour gérer le risque, il faut trouver un juste équilibre afin que l’enfant, exposé à des niveaux de risque acceptables, se voit offrir l’occasion de prendre ses responsabilités et d’accroître sa confiance en soiNote de bas de page 545–547.

Législation, produits et normes

Le Canada, grâce à des lois et règlements, fait des progrès en matière de réduction des blessures, notamment les blessures de la route. De façon générale, les décès et les blessures de la route ont diminué au fil du temps. Une partie de cette diminution peut être attribuée à l’augmentation du port de la ceinture et l’utilisation de sièges d’autos. Le port de la ceinture ainsi que l’utilisation de sièges d’autos pour bébés et pour jeunes enfants sont obligatoires pour la plupart des véhicules motorisés dans l’ensemble des provinces et des territoires canadiens. En raison de données probantes qui, à ce chapitre, montrent une nette amélioration de la sécurité des enfants, certaines administrations provinciales et territoriales ont adopté des lois qui rendent obligatoire l’utilisation de sièges d’appoint pour les enfants devenus trop grands pour les sièges d’autos pour enfants, mais encore trop petits pour porter la ceinture de sécuritéNote de bas de page 163 Note de bas de page 556.

Le Canada fait aussi des progrès en matière de protection des enfants contre les traumatismes crâniens et la mort prématurée en prônant le port obligatoire du casque à bicyclette. Une étude pancanadienne a montré que les taux de traumatismes crâniens chez les enfants et les jeunes qui font de la bicyclette sont inférieurs de 25 % dans les provinces et territoires ayant adopté des lois sur le port du casque, aux taux de ceux n’ayant pas de telles loisNote de bas de page 79 Note de bas de page 557 Note de bas de page 558.

Des produits de consommation, comme des produits ménagers, des jouets ou du matériel de terrains de jeu, peuvent aussi entraîner des blessures chez les enfants. Les normes et les réglementations qui encadrent ces produits permettent de réduire les risques au minimum soit par l’ajout de mesures de sécurité, l’amélioration de la qualité ou le contrôle de l’accès, en particulier pour les produits destinés aux enfants de tranches d’âges spécifiques. Les normes nationales qui régissent les équipements de terrains de jeu en fournissent un bon exemple. Au Canada, les blessures subies au terrain de jeu sont communes, bien que la plupart d’entre elles soient mineures. Cependant les chutes faite à partir d’équipements de terrains de jeu et qui surviennent sur une surface dure, peuvent notamment entraîner des traumatismes crâniens, des traumatismes à la colonne vertébrale et des fracturesNote de bas de page 163 Note de bas de page 559. Les normes nationales mises au point par l’Association canadienne de normalisation (CSA) fournissent des méthodes acceptées pour évaluer la sûreté du matériel de terrains de jeu. Bien que le respect de ces normes soit volontaire, certaines administrations provinciales et territoriales ont adopté les exigences prévues par cette loi. Ils obligent les établissements agréés de garde d’enfants (à l’exception des services de garde d’enfants en établissement résidentiel) à subir une inspection pour vérifier que leurs installations sont conformes aux normes de la CSA ainsi qu’à dresser un plan pour réduire au minimum les risques de blessuresNote de bas de page 79 Note de bas de page 163 Note de bas de page 560. Dans les écoles, l’utilisation de matériel respectant les normes de la CSA est variable. Des chercheurs de l’Hôpital pour enfants malades de Toronto ont observé une diminution de 49 % des blessures dans les terrains de jeu des écoles de Toronto qui respectaient les normes de la CSA comparée aux écoles dont le matériel n’avait pas encore été mis à niveauNote de bas de page 79.

Dodo sur le dos

La campagne canadienne Dodo sur le dos a employé une approche à messages multiples (dépliants, messages sur produits, affiches, vidéos) dans une optique de sensibilisation destiné à réduire les risques associés au syndrome de MSN en incitant les parents et les gardiens à coucher les enfants sur le dosNote de bas de page 548. De 2000 à 2004, la moyenne nationale annuelle de décès associés à ce syndrome s’élevait à environ 105Note de bas de page 157. Bien que les causes du syndrome demeurent incertaines, certains facteurs de risques sont connus, comme la posture adoptée pendant le sommeil, l’exposition à la fumée du tabac (tabagisme de la mère pendant la grossesse et exposition à la fumée secondaire après la naissance), l’allaitement au biberon plutôt qu’au sein et le fait de dormir en compagnie d’un adulte ou sur un divan. La campagne Dodo sur le dos est le fruit d’un partenariat entre le gouvernement et le secteur privé (Pampers Canada). Elle a permis d’ajouter un dépliant à la trousse pour nouveaux parents de Pampers (donnée à plus de 500 000 exemplaires) et d’imprimer un message associé à la campagne Dodo sur le dos sur la ceinture des couches pour nourrissons et des couches de taille 1Note de bas de page 548. Les résultats d’une enquête de suivi montrent que huit parents et gardiens sur dix ont dit se souvenir de l’un des messages sur le syndrome de MSN et que 79 % ont dit avoir pris des mesures pour en réduire le risqueNote de bas de page 548. Environ un quart des répondants ont dit se souvenir d’un dépliant, d’une affiche ou d’un message imprimé sur une coucheNote de bas de page 548. Bien que la campagne Dodo sur le dos ne puisse pas, à elle seule, en être la cause, le nombre de cas du syndrome a décliné depuis le lancement de la campagneNote de bas de page 549. Les informations sur lesquelles repose cette campagne font actuellement l’objet d’une révision afin de refléter les données probantes le plus récentes portant sur les risques et les facteurs de protection, par exemple, les avantages de partager la chambre du bébé (berceau placé à proximité du lit des adultes).

Stratégies et initiatives de prévention intersectorielles

Le Canada ne compte pas de stratégie coordonnée de prévention des blessures, malgré l’existence d’un grand nombre de plans d’action de ce genre au pays. Certains éléments sont déjà en place, notamment la surveillance (par l’entremise du Système canadien hospitalier d’information et de recherche en prévention des traumatismes [SCHIRPT]), la législation et la réglementation. Mais, à ce jour, la coordination des efforts fait toujours défaut. Beaucoup d’experts, de partout au pays, réclament la mise en place d’une telle stratégie. D’autant plus que les pays de l’OCDE qui ont mis en place des stratégies analogues et bien coordonnées ont effectivement réussi à réduire davantage les taux de blessures (voir l’encadré Réussite de la Suède en matière de réduction des blessures chez les enfants)Note de bas de page 561.

L’expérience d’autres pays, comme la Suède, démontre qu’une stratégie coordonnée est plus avantageuse pour s’attaquer aux risques de blessures chez les enfants. Il a été prouvé que des efforts multisectoriels, un leadership fort, une surveillance continue, une recherche et une évaluation soutenue, une sensibilisation et une éducation largement diffusées ainsi qu’un vaste appui populaire comptent parmis les plus importants facteurs de réussiteNote de bas de page 562.

Réussite de la Suède en matière de réduction des blessures chez les enfants

La Suède s’est attaquée à son haut taux de mortalité infantile dû aux blessures non intentionnelles dans les années 1950, pour atteindre, en 2008, le taux le plus faible de tous les pays. L’approche employée en Suède pour prévenir les blessures se fonde sur une « politique publique saine » et sur la notion selon laquelle les blessures représentent un problème de santé publique qui touche l’ensemble de la sociétéNote de bas de page 561–563. En conséquence, de nombreux intervenants (notamment les gouvernements, les services sanitaires et sociaux, les écoles, les omnipraticiens, les organismes communautaires et bénévoles, les groupes environnementaux, les responsables des transports, les centres sportifs et les médias) participent à l’élaboration d’approches destinées à réduire les blessures chez les enfants. De plus, la loi exige que la priorité soit accordée à la sécurité des enfants dans l’élaboration de nouvelles politiques ou la conception d’infrastructures. L’accent est aussi mis sur les manières de tenir les enfants hors de danger et sur les efforts de sensibilisation dans les domaines de la sécurité et de la surveillanceNote de bas de page 562 Note de bas de page 563.

Le succès de la Suède peut être attribué aux facteurs qui suivent.

  • La création d’un système exhaustif de surveillance nationale des blessures mortelles et non mortelles, qui comprend aussi l’évaluation de l’efficacité des mesures de protection. En effet, dans le but de promouvoir des mesures préventives, les données probantes apportent la crédibilité nécessaire afin d’obtenir l’appui des politiciens, des médias et de la populationNote de bas de page 561 Note de bas de page 562.
  • Le soutien à la recherche qui a favorisé la compilation de données épidémiologiques probantes ainsi que leur utilisation, de manière à poursuivre les études et à mettre en place des projets pilotes efficacesNote de bas de page 562.
  • Des législations et des réglementations qui ont mis la priorité sur la création de milieux plus sécuritaires pour les enfants au coeur du processus d’élaboration des politiques et de conception des infrastructuresNote de bas de page 561 Note de bas de page 562 Note de bas de page 564.
  • Un large éventail d’intervenants (par exemple secteur privé, organisations gouvernementales et non gouvernementales) qui ont joué le rôle de leaders561 Note de bas de page 562.
  • De vastes campagnes d’éducation sur la sécurité qui ont permis d’établir des partenariats entre différentes organisations et augmenter la portée des interventions en plus de mettre en commun l’expertise de chacunNote de bas de page 561 Note de bas de page 562 Note de bas de page 564 Note de bas de page 565.
  • Des campagnes de sensibilisation qui ont mis l’accent sur le caractère « évitable » de la plupart des blessures, ce qui a entraîné une modification du comportement des parents et des gardiensNote de bas de page 562.
  • L’aisance de la population en général (ou la relative égalité des revenus, de l’éducation, du logement et du développement de la petite enfance) qui a favorisé une plus grande mise en application des pratiques de préventionNote de bas de page 563.
  • La prévention qui est devenue une valeur socialeNote de bas de page 561 Note de bas de page 564.
  • Un sentiment de responsabilité collective qui a permis d’ancrer la conviction selon laquelle tous ont un rôle à jouerNote de bas de page 561 Note de bas de page 562.

La Suède est l’un des seuls pays ayant suivi les recommandations de l’OMS pour l’élaboration de programmes de prévention des blessures. Ces recommandations consistaient à établir des politiques en matière de sécurité, à organiser un programme multisectoriel national de promotion de la sécurité et à permettre aux établissements d’enseignement de prendre part à l’élaboration de politiques publiques sur la santéNote de bas de page 562 Note de bas de page 565.

Résumé

Les six problèmes préoccupants traitées dans ce chapitre (statut socioéconomique et possibilités de développement, violence et négligence, risques prénataux, santé mentale et troubles mentaux, obésité, blessures non intentionnelles) permettent de cibler les domaines dans lesquels la société canadienne peut intervenir afin de contribuer à la santé et au développement actuels et futurs des enfants. L’exploration de chacun de ces domaines d’intervention a cependant permis de mettre au jour des problèmes fondamentaux qui illustrent bien tout le travail qu’il reste à accomplir.

Les inégalités socioéconomiques et en matière de santé montrent à quel point les principaux facteurs qui influent sur la santé et le développement des enfants sont interdépendants, qu’il s’agisse de répondre à leurs besoins de base, de leur fournir des occasions de se développer, de les aider à grandir, à jouer un rôle au foyer, à l’école ou dans la société. Il existe, en outre, des populations plus vulnérables, comme les Autochtones du Canada, chez qui les problèmes de santé et de pauvreté des enfants sont nombreux en raison des piètres conditions de vie et des obstacles qui nuisent à leur développement. Au Canada, les indices de pauvreté chez les enfants demeurent plus élevés que ceux d’autres pays aussi bien nantis. Il existe bien sûr des programmes de développement de la petite enfance, mais ceux-ci ne sont pas coordonnés. De plus, leur accès est souvent limité ou leurs coûts trop élevés. Il est donc essentiel de tirer le meilleur parti de l’ensemble des politiques publiques et sociales canadiennes destinées aux enfants afin d’éliminer les obstacles associés aux inégalités socioéconomiques et en matière de santé.

Les statistiques indiquent que les mauvais traitements et la négligence envers les enfants pourraient être en hausse au Canada. La prévention et la diminution des mauvais traitements et de la négligence représentent des problèmes complexes qui nécessitent une meilleure compréhension du milieu et du SSE dans lequel l’enfant baigne tout en prenant en compte des facteurs tels que les liens intergénérationnels ou la résilience. Cela exige également de parvenir à une meilleure évaluation de l’efficacité des interventions actuelles et des options en terme de soins et de prévention. Il est essentiel de tirer parti des efforts de surveillance actuels et de maintenir cette approche à long terme afin de mieux identifier les milieux les plus à risques et qui ont le plus besoin d’interventions.

Le soutien aux femmes enceintes et l’accès aux soins prénataux continuent d’avoir une influence positive sur la santé des mères et des bébés. Ces mesures favorisent l’adoption de comportements plus sains et réduisent les risques pendant la grossesse. La plus grande part de ce succès est sans doute attribuable aux mesures de dépistage et aux soins prénataux, de même qu’aux campagnes de promotion de grossesses en santé ainsi qu’à d’autres initiatives fondé sur une éducation préventive. Ces programmes d’éducation et de sensibilisation qui comblent déjà des besoins sur une base permanente, demandent que l’on fasse encore plus d’efforts pour s’assurer que les messages soient reçus par l’ensemble de la population. Il demeure en effet difficile de rejoindre les personnes qui sont le plus à risque d’adopter des comportements nocifs pour la santé. Des programmes d’approche ciblés, implantés dans des environnements sécuritaires où les personnes visées sont à l’abri des jugements de valeur et de la stigmatisation ont obtenu un certain succès. Malheureusement, ils sont trop peu nombreux et leur portée reste limitée. Il est essentiel de rester particulièrement attentif aux conditions et aux milieux dans lesquels vivent les femmes enceintes. De plus, il faut recueillir davantage de données pour mieux comprendre les habitudes alimentaires des femmes enceintes, les soins qu’elles requièrent, en fonction des liens qu’elles entretiennent avec leur famille et leur collectivité, afin d’être ainsi en mesure de mieux adapter les programmes à leurs besoins.

Un obstacle important à la promotion de la santé mentale chez les enfants, c’est le manque de connaissances sur le sujet. On ignore le nombre précis d’enfants atteints de maladies ou de troubles mentaux. Les pratiques ou les méthodes de promotion de la santé mentale n’ont pas toutes été évaluées, pas plus que celles destinées à prévenir et à gérer les maladies et les troubles mentaux. Il est important de s’attaquer à la stigmatisation, d’accroître la sensibilisation et d’augmenter le nombre de moyens de prévention, de traitement et de soutien au sein des collectivités et des familles. La meilleure façon d’atteindre ce dernier objectif est d’acquérir une meilleure compréhension de l’efficacité des interventions actuelles. Ces efforts exigeront une approche coordonnée dont la mise en oeuvre pourrait être facilitée par les travaux en cours à la Commission de la santé mentale du Canada afin d’élaborer une stratégie nationale en matière de santé mentale.

L’obésité chez les enfants canadiens est source de préoccupations. Bien que les effets néfastes de l’obésité sur la santé soient bien connus, l’information manque au sujet des facteurs de risque (comme les habitudes alimentaires et la pratique de l’activité physique chez les enfants et leurs familles) et les données sur l’efficacité des interventions restent limitées. Il faudrait développer des stratégies intégrées afin de s’attaquer aux nombreux facteurs qui mènent à l’obésité, qu’ils soient individuels ou sociaux. À titre d’exemple, le foyer et la collectivité sont des endroits cruciaux où on doit promouvoir l’adoption de comportements sains pour toute la durée de la vie. C’est dans ces mêmes lieux qu’il faut prévoir des infrastructure et des stratégies qui favorisent la pratique d’activités physiques sécuritaires en offrant l’accès à des loisirs abordables, à des aliments nutritifs et à d’autres ressources complémentaires. Enfin, les efforts de prévention et de réadaptation réalisés de manière ponctuelle semblent ne pas être aussi efficaces que les approches coordonnées et concertées qui reposent sur la collaboration de tous les secteurs pertinents de la société.

Les blessures représentent l’une des principales causes de décès chez les enfants de 11 ans et moins. Il est possible de les éviter ou de réduire la gravité de la plupart d’entre elles par une meilleure compréhension des risques et par la mise en place de mesures d’atténuation. Les programmes d’éducation ont beaucoup contribué à augmenter la sensibilisation et la compréhension des risques, tant auprès des parents que des enfants, qui sont ainsi en mesure de faire des choix plus judicieux. La législation et la réglementation ont aussi joué un rôle en réduisant les risques associés à l’utilisation de certains produits et services destinés aux familles ayant des enfants. Toutefois, comme c’est le cas pour beaucoup des problèmes de santés étudiées dans le présent rapport, les efforts coordonnés restent les plus efficaces. Les pays, comme la Suède, qui ont réussi à complètement renverser la tendance au chapitre des blessures chez les enfants, se sont appuyés sur de vastes stratégies et initiatives qui donnent une direction claire en vue de coordonner la surveillance, la réglementation, l’éducation, les moyens de prévention, le soutien communautaire ainsi que la conception d’infrastructure.

Les interventions et les initiatives qualifiées de réussies, présentées dans le présent chapitre, n’offrent qu’un début de réponse à tous ces problèmes. Cependant, elles illustrent et confirment le fait que tous les secteurs de la société peuvent contribuer à la mise en oeuvre de programmes efficaces qui donnent des résultats concrets. Tous ces efforts peuvent contribuer à nourrir une réflexion qui tend vers une planification soucieuse du bien-être des enfants et une action concertée de l’ensemble de la société. Le chapitre 6 présente la voie à suivre en ce qui concerne la création de conditions favorisant un avenir en santé.

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