Chapitre 6 : Rapport de l'administrateur en chef de la santé publique sur l'état de la santé publique au Canada 2009 – Conditions et priorités pour un avenir en santé


Chapitre 6 - Grandir sainement – Conditions et priorités pour un avenir en santé

Les progrès que nous avons accomplis pour assurer aux enfants un environnement sain ont eu, au fil des années, un effet bénéfique sur la santé de tous les CanadiensNote de bas de page 30 Note de bas de page 566. En effet, nous avons fait de grands pas dans le but de réduire la mortalité infantile, de limiter et prévenir les cas de maladies infectieuses et de mieux comprendre les facteurs qui ont une incidence sur la santé et le développement des enfants en bas âge. Et c’est grâce à cette suite de succès que l’espérance de vie des Canadiens est parmi les plus élevées du mondeNote de bas de page 566.

Malgré tout, certains problèmes inquiétants récents ou persistants peuvent compromettre, à court et à long terme, la santé et le bien-être des enfants au Canada. Les six sujets préoccupants abordés dans le présent rapport nuisent à la santé actuelle et future des Canadiens, et certains groupes de population (comme les enfants des familles à faible revenu et les enfants autochtones) en souffrent encore davantage. Les données montrent également que d’autres pays ou d’autres administrations réussissent mieux que le Canada à en réduire ou à en atténuer les résultats négatifsNote de bas de page 162 Note de bas de page 231 Note de bas de page 232 Note de bas de page 274.

Le Canada a fait de la santé et du développement des enfants une de ses prioritésNote de bas de page 93. On peut néanmoins déterminer si les actions qui ont été prises en ce sens sont à la mesure de nos préoccupations en se demandant si bien faire est suffisant.

Si l’on répond par la négative, alors le Canada doit trouver une façon de mobiliser ses efforts pour produire des résultats encore plus efficaces et plus bénéfiques. Le présent rapport fait état d’une série de mesures individuelles, familiales, communautaires et sociétales qui ont été prises pour s’attaquer à ces six sujets préoccupants. Grâce à leur efficacité à améliorer la santé des enfants, aujourd’hui et tout au long de leur vie, ces mesures ont démontré que les effets négatifs engendrés par ces six sujets préoccupants n’étaient pas nécessairement insurmontables ni irréversibles. Rien ne nous empêche de les reproduire ou de s’en inspirer.

Le présent chapitre décrit les secteurs où il est prioritaire d’intervenir pour assurer la santé et le développement tout au long de la vie. Les données qui figurent dans le rapport mettent en lumière des secteurs où des progrès doivent être faits pour donner aux enfants toutes les chances possibles de bien grandir : l’amélioration des données et de l’information, l’amélioration et le maintien des efforts d’éducation et de sensibilisation, la création des milieux sains et stimulants et l’adoption de stratégies concertées et viables.

Conditions favorables au sain développement des enfants

L’état de santé actuel des enfants, les facteurs influant sur la santé et le succès de certaines interventions en disent long sur les conditions qui sont les plus propices à la santé et au développement des enfants. Ces conditions sont les suivantes :

  • des collectivités dynamiques, saines et viables;
  • un accès à un apprentissage préscolaire, une éducation et des soins primaires de qualité;
  • un milieu aidant et sécuritaire;
  • la capacité d’acquérir un sentiment de contrôle, un sens des responsabilités et un sentiment d’appartenance;
  • la possibilité de faire des choix santé.

Il est essentiel de disposer d’un revenu suffisant pour combler ses besoins fondamentaux. Le statut socioéconomique et, en particulier, le revenu familial ne devraient pas réduire les chances d’accéder à une bonne santé et de bénéficier des conditions nécessaires à un bon développementNote de bas de page 161 Note de bas de page 220 567. Il est possible de réduire la pauvreté et ses effets sur la santé par des programmes et des investissements sociaux à grande échelle (par exemple, les allègements fiscaux, les allocations et l’assurance-emploi)Note de bas de page 345. Des programmes et des services adaptés et facilement accessibles peuvent, de façon générale, favoriser le développement sain d’un enfant et atténuer les effets d’un faible revenu, par exemple, en lui donnant accès à des activités de loisir et de promotion de la sécurité ou encore en lui permettant d’acquérir la maturité scolaire et diverses autres compétences. Les enfants peuvent s’épanouir au sein d’une collectivité qui se consacre à offrir aux familles un soutien adéquat et facilement accessibleNote de bas de page 367.

Les enfants doivent avoir accès à des programmes adéquats de santé et d’aide au développement tel que des soins primaires et des programmes destinés à la petite et la grande enfanceNote de bas de page 345 Note de bas de page 367. Au Canada, les enfants sont couverts par un régime de soins universel qui, au fil des années, a aidé à améliorer et à préserver l’état de santé des enfants. Toutefois, des obstacles à l’accès demeurent. Ainsi, même si les enfants canadiens ont un accès universel à l’enseignement primaire et secondaire public, ils doivent également avoir la possibilité de participer à des activités parascolaires ainsi que des programmes et des services de garde destinés à la petite enfance. Les enfants qui, pour toutes sortes de raisons, n’ont pas accès à ces services commencent avec un net désavantage, surtout si l’on tient compte du fait que ces programmes interagissent avec d’autres déterminants de la santé, en atténuant les effets négatifs des uns et en renforçant les effets positifs des autres.

En plus de ces programmes et de ces services, les familles et les collectivités doivent inspirer un sentiment de sécurité, de respect et de soutien afin d’instaurer les conditions les plus propices au progrès. Tous les enfants méritent de grandir dans un milieu stimulant et attentionné, où ils se sentent aimés et en sécurité et où le respect de soi et des autres est valorisé. La maison, l’école et la collectivité, voilà où l’enfant vit, grandit, apprend et socialise. Les rapports qu’il entretient avec les autres peuvent être déterminants et influencer ses choix et ses futures relations. Les enfants doivent aussi interagir avec les autres, notamment par l’entremise du jeu et l’exposition à diverses situations, afin d’apprendre le partage, la coopération et l’empathie. Si ces compétences sont acquises pendant l’enfance, il est fort probable qu’elles seront encore présentes à l’âge adulte.

De plus, les enfants doivent participer a la vie familiale, scolaire et communautaire afin d’apprendre qu’il y a des choix a faire, des responsabilites a assumer et des risques a soupeser. En cotoyant des parents, des enseignants et des amis soucieux de leur bien-etre et sur qui ils peuvent compter, ils peuvent developper la conscience de soi et la conscience de l’autre. Lorsqu’ils se sentent compris, qu’ils ont un sentiment d’appartenance et qu’ils sont appeles a faire des choix, les enfants ont l’impression d’exercer un controle sur leur vie et se sentent importants472. Dans les relations avec leurs proches, les responsabilites sont realistes et bien definies, et ils peuvent ainsi evaluer les risques en toute confiance. Ce processus fait partie d’un  eveloppement sain, et les enfants doivent s’initier a la prise de risques calcules en soupesant les pour et les contre, en anticipant les resultats et en acquerant l’habilete a prendre de bonnes decisions. Et tout cela est possible, a la condition de leur offrir un environnement stimulantNote de bas de page 545.

Il faut aussi amener les enfants à faire des choix santé. Il n’est pas toujours facile de choisir, car nos décisions – et c’est particulièrement vrai dans le cas des enfants – dépendent souvent des décisions des autres (les parents, les fournisseurs de soins, les collectivités et les gouvernements) et sont influencées par des facteurs externes, comme la publicité, les coûts et la disponibilité des programmes et des services. Il est essentiel de pouvoir faire la différence entre un choix santé et un choix moins bon pour la santé et de créer, à la maison, à l’école et dans la collectivité, les conditions qui favorisent la prise de décisions.

Domaines d’intervention prioritaires

Le présent rapport met en lumière six problèmes de santé qui méritent une attention particulière. L’étude des forces et des faiblesses de l’approche adoptée jusqu’à maintenant pour faire face à ces problèmes a révélé quatre domaines d’intervention sur lesquels le Canada devrait s’attarder en priorité pour offrir aux enfants toutes les chances possibles de vivre en santé et de s’épanouir. Ces quatre domaines sont les suivants :

  • amélioration des données et de l’information;
  • amélioration et maintien des efforts d’éducation et de sensibilisation;
  • création de milieux sains et stimulants;
  • adoption de stratégies concertées et viables.

Amélioration des données et de l’information

Au Canada, la santé des enfants et l’efficacité des programmes conçus à leur intention sont mal documentées. Les données servent à mettre en relief les tendances à long terme et à cerner les facteurs de réussite sur lesquels s’appuyer pour planifier les prochaines interventions. Elles peuvent également indiquer si les programmes actuels font du sur-place et s’ils sont mûrs pour être renouvelés afin de mieux répondre aux besoins de tous les enfants.

Il y a plusieurs domaines où il serait avantageux d’avoir de meilleures données; c’est le cas par exemple du comportement des enfants, c’est-à-dire leurs habitudes alimentaires, leur niveau d’activité physique et leur perception d’eux-mêmes à la maison, à l’école et dans la collectivité. De même, on dispose de peu d’information sur la santé mentale des enfants. Pourtant, la sensibilisation aux troubles mentaux et aux facteurs de risque, la réduction de la stigmatisation et la gestion des maladies mentales et des problèmes de santé mentale ne peuvent se réaliser sans avoir accès à des données appropriées et à des résultats d’études qui ciblent les enjeux et font état des réussites.

En revanche, les données concernant la santé maternelle, foetale et infantile, y compris les comportements de la mère et les services de santé qui lui sont offerts, sont compilées et analysées par le Système canadien de surveillance périnatale. Ce système mène sa propre enquête sur l’expérience de la maternité et utilise également des bases de données nationales sur la santé, comme les statistiques démographiques, pour rendre compte des indicateurs de la santé périnatale au Canada. Toutefois, il faut faire davantage de travail pour renforcer la surveillance des anomalies congénitales et mieux comprendre l’état de santé périnatale chez les Premières nations, les Inuit et les MétisNote de bas de page 312 Note de bas de page 449.

Le Canada a fait des progrès relativement à la surveillance des blessures et à la cueillette de données sur la violence et la négligence. En effet, l’ECI recueille des données sur les cas de mauvais traitements et de négligence qui ont été signalés aux services canadiens de protection de l’enfance et qui ont fait l’objet d’une enquête par ces derniersNote de bas de page 246. Toutefois, on n’en sait que trop peu sur les mesures qui contribuent – ou non – à réduire la violence et la négligence envers les enfants au Canada. Pour sa part, le SCHIRPT est une base de données unique en son genre; il rassemble de l’information sur les blessures subies par les personnes traitées dans les urgences de 15 hôpitaux au Canada, mais surtout sur les circonstances de l’accident, par exemple, ce que le patient faisait et où il se trouvait au moment de l’incidentNote de bas de page 568. Bien que ce système soit un bon point de départ pour faire un suivi des blessures subies par les enfants et les jeunes, l’information recueillie tend à être trop spécifique et peut difficilement être associée à des facteurs socioéconomiques précis. Ces deux exemples démontrent néanmoins que des progrès ont été faits et que les données qui sont recueillies pourraient, au fil du temps, aider à préciser les besoins et les exigences en matière de nouvelles normes pour la collecte de données.

Dans les pays de l’Europe du Nord, les données sur la santé et les systèmes de surveillance sont solidement implantés. Ceux établis dans les pays scandinaves sont particulièrement élaborés, puisqu’ils gardent un suivi de l’état de santé de la population de la naissance jusqu’au décès, en fonction des consultations pour soins primairesNote de bas de page 362. Les renseignements sur les enfants couvrent les soins prénataux, les soins à la naissance, les problèmes de santé infantile, la vaccination, les ordonnances et les visites chez le médecin et le dentiste. Au Canada, les provinces et les territoires ont chacun développé leur propre processus de collecte de données, dont certains font d’importants liens avec les données socioéconomiques; le système d’information sur la santé du Manitoba en est un bon exemple. Cependant, aucun lien ni aucune coordination n’est établi à l’échelle nationaleNote de bas de page 569 570.

Tandis que l’état de santé de la population en général pourrait être mieux documenté, l’information au sujet de certains groupes de population et sur l’efficacité des programmes ciblés est quant à elle, encore moins disponible et coordonnées. De même, aucun suivi n’est fait sur la santé de la population canadienne, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Il faudrait, pour cela, s’engager à long terme à compiler et actualiser les données. Des programmes tels que le High/Scope Perry Preschool Program montrent l’avantage qu’il y a à faire un suivi, de la petite enfance à l’âge adulte, auprès d’un même groupe d’enfantsNote de bas de page 386 Note de bas de page 387. En recueillant ce type de données à l’échelle nationale et en évaluant le succès des interventions, il serait plus facile et plus efficace de tracer un portrait général de la santé actuelle et à long terme des enfants et de mieux cerner les mesures qui s’imposent. Le Canada a besoin d’un système coordonné national d’évaluation, d’examen et de surveillance.

Amélioration et maintien des efforts d’éducation et de sensibilisation

L’éducation et la sensibilisation influencent les comportements et contribuent à prévenir les maladies et les invalidités. Pour maximiser les chances de réussite, le message d’information doit être entendu régulièrement et le plus tôt possible, l’idéal étant de combiner l’enseignement formel et les campagnes de marketing social. Cette approche a d’ailleurs fait ses preuves lors des deux campagnes canadiennes : le renoncement au tabac pendant la grossesse et Dodo sur le dosNote de bas de page 548. Les données montrent en effet une diminution graduelle des risques à la suite de ces campagnesNote de bas de page 549.

L’éducation préventive permet d’adopter de saines habitudes grâce à des connaissances qui ont été acquises avant que le besoin d’information ne survienneNote de bas de page 323. Par exemple, les questions telles que la santé mentale et la résilience, ou encore, l’alimentation équilibrée et l’activité physique devraient être abordées lorsque les enfants sont jeunes et qu’ils commencent à se familiariser avec les choix et les saines habitudes de vieNote de bas de page 463 Note de bas de page 472 Note de bas de page 520. De même, le meilleur moment pour s’informer sur le rôle parental et sur les éléments clés d’une grossesse en santé est idéalement avant la grossesse ou, à tout le moins, pendant la période prénataleNote de bas de page 323. Il faut également garder en tête que l’éducation est un travail de longue haleine qui doit être sans cesse renouvelé pour mieux sensibiliser les nouvelles générations mais aussi pour transmettre aux autres générations les renseignements les plus actuels.

Le Canada a également fait preuve d’initiative en établissant et en promouvant des lignes directrices, des recommandations et des avis sur les habitudes alimentaires et les niveaux d’activité physique. Les organismes de prévention des blessures comme SécuriJeunes Canada, Pensez d’abord et Sauve-Qui-Pense font également leur part en proposant une vaste sélection de méthodes d’éducation (par exemple, le mentorat et les jeux de rôle) afin d’accroître la sensibilisation et encourager la gestion du risqueNote de bas de page 79 Note de bas de page 545 Note de bas de page 554 Note de bas de page 555. Par ailleurs, les vastes stratégies nationales, telles que l’Initiative de lutte contre la violence familiale, permettent de faire la lumière sur les vraies questions, de mieux définir les droits et d’aplanir les obstacles grâce à une meilleure sensibilisation et une meilleure compréhension entre les secteursNote de bas de page 417. La stratégie canadienne en matière de santé mentale devra miser sur l’éducation et la sensibilisation afin d’éliminer les obstacles et la stigmatisation liés à promotion de la santé mentale et à la question des troubles mentauxNote de bas de page 463 Note de bas de page 464.

Bien que l’éducation et la sensibilisation soient essentielles pour améliorer la santé des enfants au Canada, les études montrent que les résultats sont encore plus marqués si ces activités s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie plus vaste, qui comprend la surveillance, la législation, la réglementation ainsi que les services et le soutien communautaires. En Suède, par exemple, la diffusion des messages concernant la stratégie de prévention des blessures fait partie des politiques de santé publiqueNote de bas de page 561 Note de bas de page 562.

Création de milieux sains et stimulants

Le milieu de vie – que ce soit le milieu prénatal, familial, scolaire et communautaire – joue un rôle important dans la santé et le bien-être des enfants. Les enfants ont besoin d’être aimés, d’être cajolés et de se sentir en sécurité et non menacés pour pouvoir s’épanouir. Les parents, les frères et les soeurs sont aussi des modèles pour les enfants, qui les regardent, les écoutent, prennent exemple sur eux et à partir desquels ils façonnent leur comportements et attitudesNote de bas de page 520. Les données montrent, entre autres choses, que les habitudes alimentaires et le mode de vie actif d’un enfant reflètent ceux de ses parents et des autres membres de sa famille.

Les collectivités et les gouvernements ont également un rôle à jouer dans la création de milieux sains et stimulants. Grâce aux plans d’urbanisme, les collectivités peuvent en effet favoriser la pratique d’activités physiques, l’aménagement d’aires récréatives et le transport sécuritaire. Par exemple, le programme In Motion met à contribution tous les secteurs afin d’offrir aux jeunes des itinéraires et des jeux sécuritaires et de les amener à intégrer l’activité physique dans leur vie quotidienneNote de bas de page 542 Note de bas de page 544. De même, les approches qui favorisent la vie de famille encouragent les parents qui travaillent à atteindre un juste équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle (par exemple, les garderies à prix abordable au Québec ou le congé parental au Canada et en Suède)Note de bas de page 161 Note de bas de page 376 Note de bas de page 571. Les gouvernements peuvent également passer des lois ou émettre des directives pour fournir de l’information sur l’exposition au risque (par exemple, les avis sur la consommation minimale de poisson contenant du méthylmercure pendant la grossesse), l’adoption de nouvelles mesures de sécurité (notamment les dispositifs de retenue dans les véhicules automobiles) et la promotion de comportements sains (par exemple, le Guide alimentaire canadien)Note de bas de page 302 Note de bas de page 491 Note de bas de page 556.

Les collectivités et les programmes gouvernementaux peuvent aussi atténuer les risques chez les enfants en favorisant des milieux sécuritaires et stimulants. Par exemple, le Programme d’aide préscolaire aux Autochtones est un programme familial à part entière qui permet aux enfants autochtones vivant dans les familles à faible revenu d’acquérir une maturité scolaire, de se familiariser avec leurs traditions et leur culture et d’adopter de saines habitudes de vieNote de bas de page 406 Note de bas de page 407. De même, des mesures telles que le PCNP, le PACE et le programme Bébés en santé, enfants en santé à l’intention des Autochtones viennent en aide aux parents et aux familles dans le besoin en offrant des programmes pour les enfants et en favorisant la création d’un milieu familial et communautaire où les enfants peuvent s’épanouirNote de bas de page 394-Note de bas de page 396 Note de bas de page 402 Note de bas de page 403 Note de bas de page 442.

Lorsque le milieu où l’enfant se sent en sécurité est ébranlé, il faut donner aux parents les moyens d’interagir de façon positive avec leur enfant. Le programme de visites à domicile de Olds, montre que c’est possible en intervenant rapidement auprès des parents et en apportant des améliorations au milieu de vie des nouveaux parents et des enfantsNote de bas de page 430. Pour sa part, l’étude longitudinale de Kauai, à Hawaï, démontre que certains enfants ont la capacité de surmonter les difficultés familiales s’ils ont tissé, au préalable, des liens avec un adulte attentionné ou avec l’appui des membres de leur collectivitéNote de bas de page 472. Par ailleurs, l’initiative RDE révèle que le fait d’expliquer aux enfants les conséquences de leurs actes sur les autres peut réduire à long terme les comportements agressifsNote de bas de page 424. Enfin, bien qu’il soit difficile d’offrir aux familles des programmes à prix abordable, certaines administrations réussissent à combler ce besoin, comme le montre le programme Sure Start, au Royaume-UniNote de bas de page 371 Note de bas de page 382 Note de bas de page 572.

Créer des milieux sains et stimulants est une lourde responsabilité qui ne peut s’accomplir sans un effort collectif. Et ce sont les collectivités qui doivent en être les initiatrices, car les personnes les plus près de la situation sont sans doute les mieux placées pour trouver des solutionsNote de bas de page 573. D’ailleurs, la gamme de programmes communautaires décrite dans le présent rapport en donne la preuve. Il y a de nombreux exemples qui montrent le travail réalisé par des personnes, des écoles et des collectivités pour créer un milieu sain et positif et ainsi changer le cours des choses. Au Canada, nos efforts sont entravés par un manque de connaissance. Il nous faut mettre en place dans les familles, les écoles et les collectivités des façons plus efficaces de mesurer les perceptions, les activités et les services de soutien. Lorsque nous aurons acquis une meilleure connaissance de nos forces et de nos faiblesses, nous serons alors mieux armés pour améliorer et renforcer les milieux dans lesquels les enfants évoluent.

Adoption de stratégies concertées et viables

Bien que chaque programme ait son importance, les données révèlent que, pour s’attaquer aux six sujets préoccupants abordés dans le présent rapport, l’idéal serait d’adopter des stratégies concertées et viables mettant à contribution plusieurs secteurs (par exemple, la santé, l’éducation et le secteur privé) et combinant différentes approches (les programmes d’action communautaire, les campagnes de sensibilisation, la législation, etc.). Ce genre de stratégie a montré son efficacité à réduire les comportements à risque et à améliorer l’état de santé de la population, surtout si elles s’inscrivent dans la durée. Les données semblent également indiquer que ces stratégies s’adressent à un plus vaste public (chaque approche d’une même stratégie suscitant l’intérêt d’un groupe en particulier) et peuvent créer la différence entre bien faire et se surpasser. Par exemple, la stratégie nationale de prévention des blessures adoptée par la Suède privilégie une approche stratégique axée sur la promotion de la santé publique, qui a d’ailleurs fait de ce pays un chef de file dans le domaineNote de bas de page 561–563. La réussite de ce programme intersectoriel repose en grande partie sur une volonté communautaire, des programmes d’éducation et de sensibilisation concertés, un système de surveillance global et un ensemble cohérent de lois qui font de la sécurité leur priorité.

De vastes initiatives axées sur les besoins des enfants et des familles ont réussi, dans une certaine mesure, à s’attaquer directement au problème d’interdépendance entre le revenu et d’autres facteurs socioéconomiques. La Finlande et le Royaume-Uni ont en effet vu leur niveaux de pauvreté infantile diminuer après l’adoption de vastes politiques familiales qui, en plus de fournir des services de garde aux enfants et un appui aux parents, offrent des allègements fiscaux ou des allocations aux familles avec des enfantsNote de bas de page 219 Note de bas de page 362 Note de bas de page 365. De la même façon, la Politique familiale au Québec vise à s’assurer que l’accès aux services de garde éducatifs soit le même pour tous, indépendamment du revenu familialNote de bas de page 375 Note de bas de page 377 Note de bas de page 378.

Le Canada a déjà commencé à s’attaquer aux problèmes mis en lumière dans le présent rapport, mais les travaux en sont encore à leurs premiers balbutiements. Pour aller de l’avant, il faudra obtenir l’engagement et la collaboration des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. J’encourage fortement la poursuite des travaux et je propose de faire porter les efforts sur les quatre secteurs suivants, susceptibles de produire de bons résultats :

  • Les blessures constituent l’une des principales causes de décès chez les enfants. Savoir les prévenir devient donc une question de première importance, qui pourrait s’inscrire dans le cadre d’une vaste initiative.
  • Les programmes coordonnés de développement de l’enfance et de réduction de la pauvreté ont connu un certain succès dans d’autres administrations. Une stratégie spécialement adaptée aux enfants, qui serait plus coordonnée, aurait des chances de réussir au Canada.
  • La Commission de la santé mentale du Canada travaille actuellement à une stratégie nationale en matière de santé mentale. Elle espère ainsi améliorer les conditions des personnes atteintes de troubles mentaux et de maladies mentales, créer des programmes concertés de sensibilisation et de lutte contre la stigmatisation et mettre sur pied des centres du savoir où il y aura échange des connaissancesNote de bas de page 464 Note de bas de page 475.
  • Les nouveaux problèmes de santé, tels que l’obésité chez les enfants, pourraient tirer profit d’une approche publique qui traiterait efficacement de tous les aspects de la question.

Aller de l’avant pour influencer le cours des choses

Avec le recul du temps, l’histoire nous révèle que le Canada a fait une réelle différence dans la vie des enfants aux points de vue de la prévention des maladies et des blessures, de la promotion de la santé et du développement social. Aujourd’hui, le Canada récolte les fruits des investissements qu’il a faits pour promouvoir une approche préventive en matière de santé, de sécurité et de bien-être. À l’occasion du 20e anniversaire de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, il convient de regarder vers l’avenir et de réitérer notre engagement à donner à tous les enfants le droit de jouir du meilleur état de santé possibleNote de bas de page 90 Note de bas de page 93.

Il reste des tendances inquiétantes dans le domaine de la santé et, à ce point de vue, le Canada ne réussit pas aussi bien que d’autres pays, ce qui nous rappelle que des efforts additionnels doivent être faits pour assurer un meilleur avenir à tous les citoyens. Certains enfants canadiens se portent à merveille, car ils ont la chance de vivre dans des conditions de santé et de développement optimales. Et c’est ce même traitement que l’on espère offrir à un nombre encore plus grand d’enfants si, à force de travail, des progrès sont réalisés dans les quatre domaines d’intervention détaillés dans le présent rapport.

Prendre des mesures exige du temps, des efforts et des ressources. Ces investissements, s’ils sont faits aujourd’hui, seront bénéfiques pour la santé de nos enfants, aujourd’hui et pour le reste de leur vie. Il est généralement reconnu que les ressources qui appuient les familles avec des enfants, plus précisément celles investies avant la naissance et dans la petite enfance, peuvent avoir le plus d’effet à long terme. Il s’agit donc d’un investissement sensé tant sur le plan financier que sur le plan social.

Pour que des progrès se réalisent, nous devrons mobiliser nos efforts vers les problèmes tenaces ou émergents qui nuisent à la santé actuelle et à long terme des enfants au Canada et qui, selon toute vraisemblance, pourraient être évités. Il nous faudra lutter contre l’augmentation des taux d’obésité et de sédentarité chez les enfants et continuer de suivre de près les cas de blessures et l’état de santé prénatale pour nous assurer de réduire au minimum les risques qui y sont associés. Il faudra également chercher à mieux comprendre la santé mentale de nos enfants et à prévenir et éviter les cas de violence et de négligence. En particulier, nous devrons faire porter nos efforts sur les trajectoires de santé des populations vulnérables, notamment les enfants des familles à faible revenu, les enfants autochtones et les enfants aux prises avec un handicap. Enfin, les inégalités qui existent sur le plan du statut socioéconomique et des possibilités de développement, leur effet à long terme sur la santé et leur omniprésence intergénérationnelle resteront au coeur de nos préoccupations.

Bien que les services de soutien social offerts aux enfants et aux familles continuent de préparer la voie à un avenir en santé, les données indiquent que le travail est loin d’être terminé. L’approche à privilégier doit prévoir une alternance entre les programmes ciblés et les programmes universels et doit être le fruit d’un travail collectif, coordonné à l’échelle nationale, afin de bien refléter l’étendue et la diversité du Canada et de mieux répondre aux besoins des plus vulnérables. Cette approche doit aussi s’inscrire dans la durée pour voir les retombées de ces investissements. Si l’on parvient à un tel équilibre, tous les enfants, indépendamment des circonstances de leur naissance, auront l’occasion de s’engager dès le départ sur la voie de la santé.

Les nouvelles données auxquelles nous accéderons grâce à une surveillance et à une évaluation plus poussées nous permettront d’avoir une idée plus juste de l’état de santé de nos enfants ainsi que d’évaluer les mesures qui auront été mises en place pour obtenir de meilleurs résultats. Nous pouvons nous donner les moyens de changer les choses pour améliorer le sort de ceux qui en ont le plus besoin. Les stratégies utilisées au Canada pour mesurer le succès des initiatives ne sont pas au point. Cela fait en sorte que le relâchement des efforts passe souvent inaperçu, nous laissant dans l’incapacité d’apporter les changements qui s’imposent avant que d’autres ne nous devancent.

Nous devons faire fond sur les activités d’éducation et de sensibilisation déjà en place afin d’éviter de travailler chacun pour soi ou de déployer des efforts ponctuels qui n’auront que des effets à court terme. Pour des résultats durables, le travail de sensibilisation doit s’amorcer le plus tôt possible auprès de la population et être sans cesse renouvelé.

Il n’existe aucune solution qui pourrait s’appliquer à tous les enfants et à toutes les collectivités. Toutefois, comprendre les raisons d’un succès – ou d’un échec – et définir un cadre qui mettrait en lumière ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas constitue le plus grand défi à surmonter pour dépasser les limites actuelles en ce qui concerne la santé des enfants.

En tant que membres d’une société solidaire et attentionnée qui considère que tous les enfants sont aptes à mener une vie saine et productive, nous ne pouvons nous contenter de bien faire si nous savons qu’il y a encore place à amélioration.

De la parole aux actes

J’ai rédigé ce rapport pour faire connaître au public l’état de santé et le bien-être actuels des enfants au Canada, mais aussi pour mieux sensibiliser la population au fait que les conditions et les milieux de vie dans lesquels les enfants évoluent dès leur tout jeune âge peuvent avoir des répercussions tout au long de leur vie. Je désirais aussi montrer les progrès que nous avons faits pour améliorer la vie de nos enfants, aujourd’hui et à l’avenir. Ce processus a clairement mis au jour un certain nombre de défis et de préoccupations et a aussi fait ressortir le besoin de collaborer pour régler les problèmes et offrir, de façon générale, de meilleurs soins à nos enfants.

Au Canada, nous avons réussi à améliorer les conditions de santé et de bien-être des enfants. Nous devons miser sur ces réussites pour nous attaquer aux problèmes qui se posent aujourd’hui et aux questions de santé publique qui se présenteront demain. Que l’on soit parent, enseignant, professionnel de la santé, membre de la collectivité ou décideur, nous avons tous un rôle à jouer pour créer les conditions physiques, économiques, sociales et culturelles les plus propices à la santé et au développement des enfants. Nos actions, même les plus petites, peuvent être déterminantes, surtout dans la vie d’un enfant. Comme société, le Canada peut engager le pas et être un leader dans le domaine de la santé et du développement de l’enfant. Cet engagement à agir signifie toutefois que l’on s’attend à ce que chacun fournisse sa part d’efforts.

En tant qu’administrateur en chef de la santé publique, je m’engage à :

  • collaborer avec mes collègues fédéraux et d’autres secteurs pour concevoir et promouvoir des politiques quifavorisent le développement sain des enfants;
  • suivre l’état de santé et le développement des enfants au Canada et surveiller leur croissance jusqu’à l’âge adulte;
  • examiner régulièrement la question de la santé des enfants afin d’évaluer et de faire connaître les progrès réalisés;
  • continuer de financer et d’appuyer les initiatives de santé publique qui ont des répercussions sur la santé et le développement à long terme des enfants.

– Dr David Butler-Jones

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