Résumé : Rapport de l'administrateur en chef de la santé publique sur l'état de la santé publique au Canada 2009

Résumé

Le présent rapport annuel sur l’état de la santé publique au Canada est le deuxième rapport à être présenté au Parlement par l’administrateur en chef de la santé publique du Canada. Il aborde les questions de santé selon une approche basée sur le cycle de vie – axée sur les conséquences à long terme des expositions et des influences subies pendant la petite enfance. Il étudie également l’état de santé actuel des enfants canadiens âgés de 11 ans et moins.

Le rapport montre que certaines tendances préoccupantes persistent ou se font de plus en plus présentes chez les enfants et chez certains groupes en particulier. Éliminer ces tendances négatives et réduire leurs conséquences sur la santé et le développement des enfants exige des approches diversifiées, qui se distinguent par leur nature et par leur portée, allant d’une intervention communautaire ciblée à un programme d’envergure national. Les études indiquent que, dans certains cas, une approche concertée s’impose, alors que, dans d’autres cas, il faut réorienter les efforts actuels afin de joindre toutes les personnes dans le besoin. Les initiatives et les travaux de recherche éprouvés ou prometteurs, qui ont été menés au Canada ou à l’étranger, définissent les priorités et les conditions optimales susceptibles d’aider les enfants à naître en santé et à le rester.

Le rôle de la santé publique sur la trajectoire de vie

Pour bien comprendre l’approche basée sur le cycle de vie, une discussion sur la trajectoire de vie s’impose. La trajectoire de vie est le chemin parcouru de la naissance à la mort. Ainsi, les expositions à différents facteurs et les expériences subies au cours d’une vie peuvent influencer, positivement ou négativement, l’évolution de la santé. Les expériences vécues, en particulier pendant l’enfance, ont des conséquences majeures sur la santé tout au long de la vie, car il s’agit d’une étape importante dans le développement physique, neurologique et émotif.

Du point de vue de la santé publique, le modèle basé sur la trajectoire de vie peut aider à cerner les tendances en matière de santé et à établir des liens entre les expositions à différents facteurs et les résultats observés. Les interventions, y compris les politiques publiques, peuvent ensuite être planifiées en fonction de ces tendances et de ces liens afin d’en arriver à établir des conditions de santé et de bien-être optimales dans les moments les plus critiques de la vie. Les études révèlent que les mesures qui sont prises au début de la vie – avant la naissance et pendant la petite enfance – afin de réduire ou d’atténuer les influences négatives sur la santé donnent les meilleurs résultats. De même, un regard rétrospectif sur la santé des enfants au Canada montre que les tentatives pour améliorer les conditions et les résultats de santé chez les enfants et les familles ont eu des effets positifs durables, notamment sur la mortalité infantile, la mortalité par maladie infectieuse et l’espérance de vie.

La santé des enfants canadiens

Dans l’ensemble, la plupart des enfants au Canada sont en santé. Leur espérance de vie, qui s’établit à un peu plus de 80 ans, est l’une des plus élevées du monde. Au cours du dernier siècle, le nombre de cas de mortalité infantile a diminué considérablement, atteignant un taux de 5 décès pour 1 000 naissances vivantes. Cependant, depuis les dix dernières années, le Canada ne fait plus autant de progrès dans ce domaine, comparativement à d’autres pays développés de niveau comparable.

Durant la première année de vie, les causes de décès des enfants sont principalement liées à des malformations congénitales, des déformations et des anomalies, comme le spina bifida et le syndrome de Down, suivies des troubles causés par la naissance prématurée ou l’insuffisance de poids à la naissance. De 1 an à 11 ans, la plupart des décès sont provoqués par des blessures non intentionnelles, particulièrement les accidents de la route.

Parmi les affections chroniques chez les enfants de ce groupe d’âge, on retrouve l’asthme, le diabète et le cancer, tandis que l’obésité, les problèmes de santé mentale et les troubles comportementaux comptent parmi les problèmes les plus troublants. En effet, les taux d’obésité chez les enfants et les adultes sont à la hausse au Canada, comme dans beaucoup d’autres pays développés de niveau comparable. Entre 1978 et 2004, les taux d’obésité mesurée ont presque triplé chez les enfants et les jeunes canadiens âgés de 2 à 17 ans. Bien qu’il existe peu de renseignements sur le nombre d’enfants présentant des troubles comportementaux, on estime que Parmi les affections chroniques chez les enfants de ce groupe d’âge, on retrouve l’asthme, le diabète et le cancer, tandis que l’obésité, les problèmes de santé mentale et les troubles comportementaux comptent parmi les problèmes les plus troublants. En effet, les taux d’obésité chez les enfants et les adultes sont à la hausse au Canada, comme dans beaucoup d’autres pays développés de niveau comparable. Entre 1978 et 2004, les taux d’obésité mesurée ont presque triplé chez les enfants et les jeunes canadiens âgés de 2 à 17 ans. Bien qu’il existe peu de renseignements sur le nombre d’enfants présentant des troubles comportementaux, on estime que peu importe le temps de mesure, 15 % des enfants et des jeunes au Canada éprouvent, des troubles de santé mentale. 

Bien que les taux de maladie chez les jeunes enfants soient relativement faibles au Canada, certains d’entre eux – notamment les enfants autochtones et les enfants de familles à faible revenu – semblent être plus vulnérables à certains problèmes ou troubles de la santé.

Les répercussions des facteurs sociaux et physiques sur la santé

La santé et le développement des enfants reposent sur un grand nombre de facteurs, notamment de nature sociale et physique. Le statut socioéconomique peut, par exemple, entraîner des inégalités en matière de santé. Les besoins essentiels des enfants (c’est-à-dire un revenu familial suffisant, une alimentation adéquate et un logement décent) sont moins susceptibles d’être comblés dans les familles à faible statut socioéconomique. En même temps, ces enfants sont plus sujets à une mauvaise santé. Au Canada, 12 % des enfants de moins de 12 ans vivent dans la pauvreté, un taux qui a diminué avec les années mais qui demeure plus élevé que dans d’autres pays. De plus, 10 % des familles ayant des enfants déclarent une grande vulnérabilité à l’insécurité alimentaire en raison de leur revenu, et 13 % des ménages canadiens se disent incapables d’accéder à un logement acceptable. Et ces taux sont encore plus élevés dans certains groupes de population, en particulier chez les Autochtones.

Les possibilités de développement peuvent également influencer les résultats en matière de santé et d’intégration sociale. L’évaluation de la maturité scolaire permet de mesurer les connaissances, les compétences, le niveau de langage, la maturité et le développement cognitif de l’enfant avant la maternelle. Environ 28 % des enfants de la maternelle (5 ans) sont considérés comme vulnérables sur le plan de la maturité scolaire, ce qui signifie qu’ils ont obtenu de faibles résultats à au moins une des cinq mesures du développement de l’enfant. Les enfants qui ne sont pas prêts, sur le plan du développement, à fréquenter l’école risquent d’obtenir de moins bons résultats scolaires et d’avoir de la difficulté à s’intégrer.

Le dysfonctionnement familial, la violence et la négligence, la faible qualité des soins, les quartiers non sécuritaires et l’exposition à des substances nocives (par exemple, la fumée de tabac, les moisissures et les risques prénataux) prédisposent davantage les enfants à des problèmes de santé. La violence et la négligence continuent d’être des problèmes préoccupants. En 2003, on recensait au Canada plus de 75 000 cas fondés de mauvais traitements infligés aux enfants (âgés de 11 ans et moins), et tout indique que ce nombre continuera d’augmenter. Qu’elle se produise à la maison, en milieu scolaire ou entre pairs, la violence a un effet nuisible sur la santé et peut se poursuivre jusqu’à l’âge adulte et même se transmettre de génération en génération.

En revanche, les milieux propices à l’apprentissage où les enfants ont accès à des soins attentionnés, à une saine alimentation et à des soins de santé et où ils peuvent interagir avec d’autres enfants et s’épanouir dans un environnement sain et sécuritaire (par exemple, grâce à une bonne qualité de l’air) peuvent favoriser le développement social et physique et même aider à atténuer les effets d’un faible statut socioéconomique.

Les parents, par leurs actions et leurs choix, influencent eux aussi la santé et les comportements de leurs enfants. Par exemple, même si le Canada a connu récemment une diminution du taux de tabagisme pendant la grossesse, 11 % des femmes déclarent avoir fumé pendant les trois derniers mois de leur grossesse, et ce taux grimpe à près de 17 % dans l’année suivant la naissance. Par contre, l’allaitement maternel augmente au Canada, et 90 % des mères déclarent avoir pratiqué l’allaitement initial et environ 50 % disent avoir allaité pendant six mois ou plus. Toutefois, les taux d’allaitement restent faibles dans certains groupes de population, notamment chez les Autochtones, les jeunes mères et les mères ayant un faible revenu.

À mesure que les enfants grandissent, leur propre comportement entre aussi en ligne de compte. Ceux qui font régulièrement de l’activité physique, qui adoptent de saines habitudes alimentaires, qui montrent une forte résilience et qui apprennent à gérer les risques sont plus susceptibles de vivre heureux et en santé et de maintenir ces comportements – et ces résultats – à l’âge adulte. Par exemple, 84 % des enfants canadiens âgés de 6 à 11 ans sont actifs plus de sept heures par semaine. De plus, la majorité d’entre eux consomment les portions quotidiennes recommandées de céréales (73 %) et de lait et produits laitiers (63 %). Toutefois, seulement 30 % mangent les portions quotidiennes recommandées de fruits et de légumes.

Établir les trajectoires d’une vie en santé

Grâce aux efforts déployés par le Canada tout au long de son histoire, les enfants d’aujourd’hui jouissent généralement d’une bonne santé et sont bien adaptés à la société. Cependant, six problèmes méritent d’être étudiés plus à fond, soit parce qu’ils ont des répercussions négatives importantes sur la santé des enfants canadiens, soit parce qu’ils subsistent ou s’accentuent au fil des années mais surtout parce que, selon certaines données, ils sont évitables. Ces six problèmes sont les suivants :

  • le statut socioéconomique et les possibilités de développement;
  • la violence et la négligence;
  • les risques prénataux;
  • la santé mentale et les troubles mentaux;
  • l’obésité;
  • les blessures non intentionnelles.

Des efforts sont déployés afin de réduire la fréquence de ces problèmes ou, du moins, d’en atténuer les effets en établissant les conditions requises pour maximiser la santé et le bien-être des enfants.

Le statut socioéconomique et les possibilités de développement jouent un rôle important dans la santé des enfants. En effet, les enfants dont les besoins essentiels ne sont pas comblés risquent d’éprouver des problèmes de santé dans l’immédiat et à long terme. En effet, dans un environnement peu propice à leur épanouissement, ils n’ont pas toutes les chances de se développer, de grandir et de s’intégrer à leur milieu scolaire et communautaire. Les meilleurs investissements sont ceux qui favorisent le bien-être des enfants, car l’argent investi dans la petite enfance permet de réduire, à plus long terme, les coûts en services de santé, en services sociaux et en services juridiques. Cependant, si les nombreux investissements dans les services sociaux ont permis d’alléger la pauvreté infantile au Canada, la réduction de la pauvreté semble stagnante. Certaines administrations ont élaboré – ou sont en train d’élaborer – de vastes stratégies visant à régler ce problème important. Pour donner aux enfants la possibilité de s’épanouir, des programmes parascolaires et des programmes de développement de la petite enfance ont été mis en place, mais leur accès n’est pas toujours uniforme ni abordable.

Sachant que la violence et la négligence peuvent avoir des effets à long terme et même des effets intergénérationnels, il est essentiel de bien comprendre ce problème et de chercher à en atténuer les répercussions. À ce jour, des progrès ont été faits au point de vue de la collecte de données et de la sensibilisation de la population, et ce, dans différents secteurs et à différents niveaux. L’utilité d’une intervention précoce dans ce domaine est évidente, et les initiatives qui visent en particulier les femmes en période prénatale devraient donner de bons résultats. On reconnaît également l’importance des mesures de protection pour s’assurer que les enfants sont retirés d’un environnement non sécuritaire et non salubre et placés dans un milieu sain et stimulant. Le placement auprès d’un membre de la famille élargie, qui permet ainsi à l’enfant de demeurer dans sa collectivité, semble être une solution fort prometteuse, mais d’autres options doivent être examinées et évaluées.

Comme il est souligné tout au long du rapport, la période prénatale offre une occasion sans précédent pour établir une trajectoire de vie permettant à l’enfant de demeurer en bonne santé toute sa vie. Le Canada a mis en place une gamme complète de soins prénataux et a mené des campagnes de sensibilisation pour mieux faire comprendre à la population le lien entre les comportements prénataux et la santé des enfants. Cependant, ce ne sont pas toutes les femmes qui sont en mesure de profiter de ces services. Pour sensibiliser les femmes qui, par leurs comportements ou par leur environnement, sont les plus à risque, les études montrent que la méthode la plus efficace est peutêtre de leur offrir un soutien non menaçant et dépourvu de préjugés. De plus, les services d’éducation préventive (préférablement avant la grossesse) et les initiatives qui font participer le partenaire et les membres de la famille peuvent également réduire les risques prénataux.

Environ 15 % des enfants et des jeunes éprouvent des troubles de santé mentale, peu importe la période pendant laquelle ce phénomène est mesuré. Les programmes qui visent à dissiper les mythes et à augmenter la sensibilisation à la santé mentale peuvent réduire la stigmatisation et aider les enfants et leurs familles. Les soins spécialisés et les services communautaires, comme les activités d’intégration sociale, les services adaptés à la culture et les ateliers ou les activités de formation sur les compétences parentales, peuvent également améliorer la résilience, favoriser l’adaptation et renforcer les relations. Les études ont d’ailleurs mis en évidence la nécessité de réaliser des stratégies et des investissements coordonnés, ce qui a incité le Canada à mettre en branle une stratégie nationale sur la santé mentale, par l’entremise de la Commission de la santé mentale. Cette stratégie tiendra compte des problèmes de santé mentale pendant l’enfance, fera la promotion d’un développement sain et assurera un suivi des résultats chez les enfants canadiens.

Il a été démontré que l’augmentation du taux d’obésité chez les enfants était liée à un niveau d’activité physique insuffisant et à de mauvaises habitudes alimentaires, résultat d’un mode de vie sédentaire et de la consommation d’aliments prêts-à-servir. De même, les quartiers à faible potentiel piétonnier, qui offre peu d’espaces récréatifs et où les épiceries sont rares peuvent également ajouter au problème. Des lignes directrices nationales sur les choix alimentaires sains et sur le niveau d’activité physique ont été élaborées en guise d’outil d’information et de sensibilisation destiné à la population et, en particulier, aux parents et aux enfants. On a également mis de l’avant une initiative plurigouvernementale visant à augmenter l’activité physique tout en recueillant des données sur le niveau d’activité actuel et futur. D’autres mesures visant à réduire les taux d’obésité sont actuellement à l’étude, notamment le resserrement des règlements sur la publicité à l’intention des mineurs (par exemple, la publicité alimentaire), l’imposition d’une taxe sur la malbouffe, le versement d’une subvention pour les aliments sains, une meilleure planification de voisinage et la promotion de milieux familiaux, scolaires et communautaires stimulants.

Bien que les blessures non intentionnelles soient la principale cause de décès chez les jeunes enfants et qu’il en résulte souvent des problèmes de santé ou des handicaps, le Canada a réussi à réduire les taux de blessures qui surviennent pendant l’enfance et à en atténuer les effets, notamment grâce à des campagnes de sensibilisation et d’information, à des lois sur la sécurité et à des normes de produits. Il est également important de montrer aux enfants à évaluer le risque. Des pays comme la Suède ont mis en place une stratégie nationale de prévention des blessures et ont ainsi réduit les taux de décès attribuables à des blessures chez les enfants.

Grandir sainement – Conditions et priorités pour un avenir en santé

Le fait que la majorité des enfants au Canada soient en bonne santé et peuvent s’attendre à vivre plus longtemps que la plupart des autres enfants est le fruit des efforts déployés au cours des cent dernières années pour améliorer leur santé et leur bien-être. Malheureusement, ce ne sont pas tous les enfants qui ont cette chance, et l’apparition de nouveaux risques peut empêcher certains d’entre eux de tirer parti des progrès réalisés. Les données contenues dans le présent rapport mettent en évidence les conditions idéales au développement et à la santé des enfants qui, si elles sont réunies, peuvent permettre à tous les enfants d’en bénéficier : des collectivités dynamiques, saines et viables; un accès à un apprentissage préscolaire, une éducation et des soins primaires de qualité; un milieu aidant et sécuritaire; la capacité d’acquérir un sentiment de contrôle, un sens des responsabilités et un sentiment d’appartenance; et la possibilité de faire des choix santé.

Il y a quatre principaux domaines où le Canada peut prendre des mesures en priorité pour tendre vers ces conditions optimales, à savoir : l’amélioration des données et de l’information; l’amélioration et le maintien des efforts d’éducation et de sensibilisation; la création de milieux sains et stimulants; l’adoption de stratégies concertées et viables. La participation de tous les secteurs et de tous les ordres de gouvernement est toutefois nécessaire pour aller de l’avant et ainsi donner à tous les enfants la chance de parvenir à un état de santé optimal et de mener une existence plus productive tout au long de leur vie.


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