Questions et réponses : L'orientation sexuelle à l'école – Que peuvent faire les écoles?

Que peuvent faire les écoles pour soutenir et améliorer la santé et la sécurité des étudiants de minorité sexuelle ?

Globalement, la santé à l’école, y compris l’éducation générale en matière de santé sexuelle, exige que l’ensemble du milieu scolaire mette ses efforts en commun pour créer un milieu scolaire intégrateur et qui prône des valeurs de « réciprocité, égalité et respect… comme préalable à des relations sociales et sexuelles plus saines et plus sûres »Note de bas de page 35. Un des programmes qui a contribué à améliorer le sentiment de sécurité chez les étudiants de minorité sexuelle et à réduire les incidences de violence homophobe dans les écoles a été celui des alliances gais/hétéros (AGH)Note de bas de page 36. Les AGH présentent l’avantage d’exiger seulement de leurs membres qu’ils fassent état d’un désir de contrer le harcèlement homophobe, et non pas qu’ils déclarent leur orientation sexuelle. Elles reposent sur le principe que les réseaux sociaux permettent de briser l’isolement ressenti par tant d’étudiants qui sont LGB ou qui sont simplement vulnérables devant la perspective d’être étiquetés gais. Les AGH permettent aussi de créer un espace sécuritaire et de contrebalancer l’intimidation exercée par les harceleurs. Un guide sur la façon de créer une AGH est inclus dans la section consacrée aux ressources à la fin du présent document.

HÉTÉROSEXISME : Ce terme désigne l'affirmation selon laquelle tout le monde est hétérosexuel et que l’hétérosexualité est supérieure aux autres orientations sexuelles. L'hétérosexisme s'exprime souvent de façon plus subtile que l'homophobie.

Par la création d’un espace sécuritaire à l’école, les étudiants LGB affirment peut-être leur identité à l’école avant de le faire à la maison. Il est important que cette décision de s’affirmer demeure le choix personnel de l’étudiant, car ce sont eux qui peuvent à l'école juger si et quand ils peuvent le faire en toute sécurité à la maison. Les écoles qui révèlent prématurément l’identité des étudiants LGB risquent de les exposer à de la violence ou à l’expulsion de la maison.

Ce que vous pouvez faire

Voici des suggestions destinées aux enseignants, aux écoles et à la communauté en général, et qui visent à stimuler la réflexion et la discussion sur ce que les intervenants de l’éducation peuvent faire pour créer des milieux dans lesquels l’éducation générale en matière de santé sexuelle est considérée comme un droit absolu pour tous les étudiants sans égard à leur orientation sexuelle.

À titre personnel

BI-SPIRITUEL : Certains Autochtones se considèrent comme bi-spirituels plutôt que comme gais, lesbiennes ou transgenres. Historiquement, dans nombre de cultures autochtones, les personnes bi-spirituelles étaient des chefs et des chamans respectés. Avant la colonisation, les personnes bi-spirituelles jouissaient d’un statut particulier grâce à leurs aptitudes singulières à comprendre à la fois le point de vue des hommes et des femmes.

  • informez-vous et offrez à votre personnel scolaire, aux parents et aux personnes responsables ainsi qu’aux membres du conseil scolaire des occasions de perfectionnement professionnel;
  • développez une réflexion critique sur vos valeurs personnelles en matière de sexualité. Demandez-vous comment ces valeurs pourraient faire obstacle à votre obligation professionnelle de fournir une éducation et des services qui respectent les droits et les besoins des jeunes de minorité sexuelle;
  • faites de votre salle de classe un espace accueillant et sécuritaire en luttant contre les stéréotypes, les injures et l’intimidation homophobe chaque fois que vous en êtes témoin ou en entendez parlerNote de bas de page 37;
  • dans l’esprit d’une éducation générale en matière de santé sexuelle, apprenez à parler ouvertement de sexe, de sexualité et d’orientation sexuelle;
  • déterminez comment aborder les questions de sexe, de sexualité et d’orientation sexuelle avec vos collègues et avec l’administration scolaire;
  • formulez et soutenez une approche fondée sur les droits dans laquelle les connaissances, les compétences et les attitudes sont liées aux principes des droits humains universellement acceptésNote de bas de page 38;
  • ne conseillez jamais à un étudiant de « changer » d’orientation sexuelle, et n’essayez jamais de le faire;
  • aidez les jeunes de minorité sexuelle à trouver les ressources où ils peuvent obtenir information et soutienNote de bas de page 39;
  • préservez la confidentialité à l’égard des étudiants dans toute circonstance où il est professionnellement approprié de le faire;
  • étudiez la possibilité de soutenir la création d’une alliance gais/hétéros afin d’établir dans votre école un espace sécuritaireNote de bas de page 40;
  • profitez de périodes propices à l’apprentissage pour éduquer les étudiants sur l’orientation sexuelle, les préjugés et l’homophobie;
  • luttez contre le postulat qu’il soit mauvais d’être gai, lesbienne ou bisexuel, et renforcez l’idée que dans le milieu scolaire, chacun mérite d’être respecté;
  • confrontez les stéréotypes et l’information erronée qui se cachent derrière les insultes et la violence à l’encontre des jeunes de minorité sexuelle;
  • confrontez les stéréotypes et l’homophobie de vos collègues;
  • examinez avec les étudiants des répliques plus appropriées aux insultes que la violence physique ou l’injure en retour.

Dans les écoles

ALLIÉ : Une personne qui indépendamment de son orientation sexuelle défend les droits humains, les droits civils et les droits sexuels des minorités sexuelles.

  • Faites la promotion, à l’échelon local, provincial et territorial, de l’utilisation des Lignes directrices nationales pour l’éducation en matière de santé sexuelle comme cadre pour l’élaboration d’un programme éducatif général en matière de santé sexuelle, qui inclut l’orientation sexuelle et l’identité sexuelle;
  • instaurez des politiques scolaires claires afin de soutenir les enseignants dans la discussion et la prestation d’une éducation générale en matière de santé sexuelle en classe;
  • lisez vos programmes d’études provinciaux ou territoriaux afin de trouver où et comment, l’orientation sexuelle est traitée. Si elle n’en fait pas partie, communiquez avec votre représentant auprès du Ministère;
  • encouragez votre arrondissement scolaire à instaurer des politiques précises de sécurité à l’école dans lesquelles l’orientation sexuelle et les familles composées de parents de même sexe font explicitement partie des motifs illicites de discrimination;
  • informez-vous sur les soutiens et services communautaires visant à aider les jeunes de minorité sexuelle et leurs familles dans les processus d’acceptation et d’affirmation de l’orientation sexuelle;
  • aidez les jeunes de minorité sexuelle à déterminer les comportements sains ou nuisibles pour la santé qui ont une incidence sur leur santé mentale, physique et sexuelle;
  • augmentez les soutiens éducationnels et sociaux pour les jeunes de minorité sexuelle en élaborant des programmes basés sur les faits (c.-à-d. les alliances gais/hétéros et des espaces sécuritaires) pour favoriser l’acceptation par les pairs, le sentiment d’appartenance à l’école et la sécurité des étudiants;
  • offrez à tout le personnel des séances de formation sur les questions d’identité de genre. Par exemple, les jours consacrés au perfectionnement professionnel pourraient comprendre des ateliers ou des présentations visant à sensibiliser et hausser les niveaux de connaissance sur les expériences et les besoins des étudiants de minorité sexuelle. Ces ateliers pourraient être l’occasion de discuter des compétences nécessaires pour être un bon allié et pour acquérir un « plan d’action» ou une liste de gestes concrets visant à améliorer le milieu scolaire des personnes de toutes les orientations sexuellesNote de bas de page 41.

Dans la collectivité

  • faites la promotion des droits humains et sexuels fondamentaux et le droit des minorités sexuelles à être traitées dans l’égalité avec dignité et respect;
  • encouragez l’adaptation selon l’âge à tous les niveaux scolaires de l’éducation générale en matière de santé sexuelle;
  • insistez sur le fait que l’éducation offerte par votre école s’adresse à tous les étudiants;
  • contestez les stéréotypes médiatisés ou l’information erronée, inexacte ou sensationnelle.

Que puis-je faire pour appuyer les parents et les personnes responsables des jeunes de minorité sexuelle ?

LGBTTQ : Acronyme courant englobant les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles, transgenres, bi-spirituelles et en questionnement (qui s’interrogent sur leur orientation sexuelle). Le terme « minorité sexuelle » constitue un synonyme.

Les familles ne constituent pas toujours un milieu sûr pour les jeunes de minorité sexuelle. Par conséquent, il ne faut pas inviter les parents de jeunes de minorité sexuelle ou les personnes responsables à intervenir à moins que les jeunes eux-mêmes aient dévoilé leur identité à leur famille ou à moins que vous ayez l’obligation juridique de le signaler, comme dans le cas de risque d’acte autodestructeur. Faire intervenir les parents ou les personnes responsables avant que l’étudiant leur ait divulgué son identité peut mettre l’étudiant en danger de subir un traumatisme mental, physique ou émotionnel chez lui. Les enfants qui divulguent leur identité peuvent susciter diverses réactions chez les parents ou les personnes responsables, allant de l’acceptation affectueuse au rejet et à l’expulsion de l’enfant de chez luiNote de bas de page 42.

Il est possible d’appuyer tous les parents ou les personnes responsables de jeunes de minorité sexuelle en les aiguillant vers des ressources communautaires, du counselling et des groupes de soutien qui pourront les aider à composer avec l’éventail des émotions, notamment le soulagement, le choc, la colère, la peine, la culpabilité et la honte. Les parents et les personnes responsables chercheront probablement à obtenir des réponses à de nombreuses questions et devraient obtenir de l’information sur l’orientation sexuelle pour qu’ils se renseignent sur ce que vit leur enfant et pourquoi, ainsi que sur les préoccupations en matière de santé et de sécurité de leur enfant appartenant à une minorité sexuelleNote de bas de page 43. Les parents et les personnes responsables de jeunes de minorité sexuelle peuvent avoir besoin d’aide pour comprendre que l’orientation sexuelle de leur enfant n’est pas le fait de l’échec de l’art d’être parent et que leur enfant ne l’a pas choisie.

Des parents et des personnes responsables bien renseignés peuvent être des alliés et assurer le développement sain et le ressort psychologique des jeunes de minorité sexuelle. Ils peuvent aider les jeunes à apprendre des techniques permettant de reconnaître et de combattre la stigmatisation, la discrimination, l’abus verbal et à développer des stratégies pour y faire faceNote de bas de page 44. Tous les enfants, quelle que soit leur orientation sexuelle, ont besoin d’être appuyés, acceptés et de bénéficier de compassion de la part de leur famille pour s’épanouir et, dans l’exercice de ce rôle, les parents doivent être appuyés pour garantir le sain développement de leurs enfants.

Comment puis-je aider à renforcer la résilience des jeunes de minorité sexuelle?

QUEER : Terme péjoratif pour désigner l’homosexualité autrefois. Plus récemment, la communauté LGBTTQ s’est approprié le mot et l’utilise pour se désigner elle-même dans un sens positif.

La résilience (ou les facteurs de protection) peut être considérée comme les influences internes et externes qui peuvent avoir un impact positif sur la santé et le développement des jeunes. Elle permet d’éviter que les jeunes adoptent des comportements nuisibles pour la santé, ou des mécanismes d’adaptation destructifs. Les individus ont une résilience innée et possèdent, dès la naissance, la capacité de développer des facteurs de protection.

La recherche a permis de relever les attributs importants suivants, qu’on retrouve souvent chez les enfants et les jeunes résilientsNote de bas de page 45 :

  • aptitude à résoudre des problèmes de façon proactive et à réfléchir de façon personnelle;
  • capacité à comprendre les émotions complexes et à composer avec la frustration;
  • sentiment appuyé de maîtrise de soi intérieure et d’autonomie;
  • conscience des structures de l’oppression, comme un milieu scolaire hostile et homophobe;
  • idée saine de soi-même et optimisme devant l’avenir;
  • résistance à l’intériorisation des dénigrements et refus de s’étiqueter de façon dépréciative;
  • sens de l’humour et peu de goût pour la rancune;
  • sentiment d’être en mesure de vivre une vie fructueuse et enrichissante;
  • désir de développer et d'entretenir des amitiés fondées sur le soutien mutuel et la confiance.

Étant donné ces attributs, « les écoles, les établissements et les groupes communautaires peuvent encourager ces qualités en aidant les jeunes à nouer des relations avec des modèles de rôle adultes empathiques, et en proposant des cadres de vie où l’on reconnaît les accomplissements, où l’on propose des attentes saines, où l’on favorise l’estime de soi et où l’on encourage la résolution de problèmes et la pensée critique »Note de bas de page 46.

Les enseignants et les écoles peuvent faire plusieurs choses importantes pour développer la résilience chez les jeunes, notamment :

  • Créer un groupe de soutien ou un groupe social dans lequel les jeunes se sentent membres d'une collectivité, qui peut susciter un plus grand sentiment de valorisation et augmenter la probabilité qu'ils demeureront à l'école. La recherche menée dans les écoles canadiennes révèle qu'un faible sentiment d'appartenance et de forts sentiments d'aliénation au sein de l'école entraînent un plus grand risque d'abandon scolaireNote de bas de page 47.
  • Rendre les ressources sur l'orientation sexuelle accessibles dans les bibliothèques scolaires et les intégrer aux programmes d'études. Par exemple, envisager de présenter, dans les plans de leçons, des livres qui abordent les préjudices et les questions d'orientation sexuelle (voir la liste de ressources à la fin du présent document). Le fait de parler aux étudiants d'orientation sexuelle et de ressources connexes ne les incitera pas à s'interroger sur leur orientation sexuelle. Cela confère plutôt de l'assurance aux étudiants qui savent déjà qu'ils sont différents et qui, souvent, subissent les conséquences de cette différence (p. ex. injure, harcèlement, etc.) qu'ils ne sont pas seuls.

Bien que certains jeunes de minorité sexuelle vivent des expériences particulièrement négatives à l’école et dans la vie à cause des préjugés et de la stigmatisation liés à la sexualité, d’autres jeunes appartenant à une minorité sexuelle n’ont pas à subir de tels résultats négatifs pour la santé et en matière d’éducation. La différence entre les jeunes qui sont à risque et ceux qui sont résilients réside souvent dans les différents niveaux de soutien qu’ils reçoivent de la part des adultes d’importance dans leur vie, comme leurs parents ou les personnes responsables, leurs enseignants, les administrateurs de leur établissement scolaire, leurs accompagnateurs ou leurs responsables religieux.

Bien que les risques encourus par de nombreux jeunes appartenant à une minorité sexuelle et les facteurs de protection sur lesquels ils peuvent compter soient les mêmes que chez leurs pairs hétérosexuels, plusieurs facteurs cruciaux ont été relevés qui aident à soutenir ces jeunes dans le développement d’un « état d’esprit » résilientNote de bas de page 48. Parmi ces facteurs, on note :

  • des enseignants et des adultes attentionnés et soucieux de leur bien-être;
  • un sentiment d’appartenance et de sécurité à l’école;
  • un sentiment d’attachement profond à la famille; et
  • l’accès à des ressources communautairesNote de bas de page 49.

Tous ces facteurs constituent des cibles pour les interventions visant à aider les jeunes de minorité sexuelle à passer d’une situation à risque à un état de résilience au sein des milieux scolaire et familial, et dans la collectivité. Les interventions ciblées devraient aussi comprendre un travail particulier auprès des familles et des personnes responsables des jeunes de minorité sexuelle afin de les aider à aborder de façon positive les questions liées à l’identité sexuelle. Ainsi, les familles et les personnes responsables seront capables de consacrer leurs efforts à l’amélioration de la santé mentale, la sécurité, le bien-être affectif et la résilience des jeunes de minorité sexuelle dont ils s’occupent.

Perspective

En définitive, les éducateurs qui travaillent auprès des jeunes de minorité sexuelle devraient toujours rechercher le respect des droits humains et la dignité des étudiants. Ils devraient utiliser des stratégies fondées sur les faits pour encourager la discussion sur la sexualité, la santé sexuelle et la prise de décisions éclairées. Les Lignes directrices nationales pour l’éducation en matière de santé sexuelle représentent une ressource importante à la disposition des éducateurs qui les aideront à évaluer leurs programmes actuels d’éducation en matière de santé sexuelle, et à s’assurer qu’ils sont exacts, fondés sur les faits et exempts de jugements de valeur. Les Lignes directrices fournissent également des balises pour la planification, la mise en oeuvre et l’évaluation d’une éducation en matière de santé sexuelle qui répond aux besoins des jeunes de minorité sexuelle sur le plan de la santé, de la sécurité et de l’éducation.

À défaut de répondre adéquatement aux besoins éducationnels, sociaux et culturels des minorités sexuelles en matière d’éducation, tout comme à leurs besoins en matière de santé publique, on prive ces jeunes de soutiens essentiels et de facteurs de protection qui leur seront nécessaires leur vie durant. Ces lacunes fondamentales contribuent à exacerber les facteurs de risque multiples et complexes auxquels ils auront à faire face, alors que, comme jeunes vulnérables, ils ont au contraire besoin de soutien pour développer leur résilience et devenir des adultes en santé, heureux et productifs.

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