Les femmes autochtones et la violence familiale – Principaux résultats

Principaux résultats

Bien que les chercheurs n'aient consenti aucun effort particulier pour en recruter, on compte de nombreuses victimes de la violence des partenaires intimes parmi les participantes des groupes de discussion. Ces femmes disent avoir subi diverses formes de violence, les deux plus courantes étant la violence contre la personne et la violence psychologique.

Fréquence et causes :

Les premiers intervenants croient que la violence des partenaires intimes s'avère plus fréquente dans les collectivités autochtones que dans les milieux non autochtones, ce qui confirme les résultats d'autres recherches abordant la question.

Les causes profondes de cette violence seraient liées, estime-t-on, à de nombreux facteurs tels que l'érosion de l'identité et la disparition du mode de vie des Autochtones, l'impact prolongé des pensionnatsNote de bas de page 1 et l'existence d'un « cycle acquis ». Cela dit, selon presque toutes les participantes, la consommation de drogues ou d'alcool (par les deux parties) constituerait un facteur aggravant.

Conséquences :

Au dire de toutes les participantes, la violence des hommes envers les femmes autochtones comporte une foule de conséquences physiques, psychologiques, sociales et financières. Pour les victimes et leurs enfants, il s'agit notamment :

  • d'une moindre estime de soi et d'un sentiment de sécurité ébranlé;
  • d'effets préjudiciables sur la santé physique et émotionnelle;
  • de répercussions néfastes sur les enfants (culture de la peur et de l'insécurité ainsi que perpétuation du cycle de la violence entre les générations);
  • d'incidences nuisibles sur la sécurité financière;
  • de la perte du foyer conjugal et, parfois, du relogement à l'extérieur de la collectivité;
  • du fait de s'en prendre à soi (autoaccusation).

À l'inverse, d'aucuns croient que les interventions du système de justice pénale ont souvent des répercussions mineures ou sans effet sur les agresseurs. Selon l'avis largement exprimé par les femmes dans les collectivités autochtones et les premiers intervenants, les sanctions communautaires paraissent clémentes, et les sanctions administrées par le système correctionnel s'avèrent dérisoires. Si certaines lois et politiques permettent aux policiers de porter des accusations contre un agresseur sans le consentement de sa victime, ni les victimes de la violence, ni les premiers intervenants ne jugent adéquate l'application des lois pertinentes. Les participantes de l'étude réclament toutes que les auteurs de violence soient tenus davantage responsables de leurs actes et que le système juridique soit reformé pour permettre la prise de mesures punitives plus sévères.

Pourtant, quelques premiers intervenants accueillent avec optimisme le changement progressif qu'ils perçoivent dans l'attitude des leaders autochtones, dont certains commencent à condamner la violence des hommes envers les femmes. En revanche, les participantes des groupes de discussion expriment des sentiments divers à l'égard des progrès observés dans la collectivité. Si les unes croient que cette dernière s'oppose de plus en plus à la violence masculine, les autres craignent que - faute de mesures visant à favoriser la sensibilisation et la responsabilisation - la culture du secret qui continue d'envelopper cette question dans les collectivités autochtones ne pousse simplement les agresseurs à agir davantage dans la clandestinité.

Principales ressources offertes aux femmes autochtones Victimes de violence :

Parmi les principales ressources abordées figurent :

  • dans les réserves et les établissements - les réseaux informels constitués de parents et d'amis; les professionnels de la santé (personnel infirmier); l'aiguillage par les centres de santé vers des ressources à l'extérieur des réserves ou en milieu urbain (conseils, refuges et autres programmes offrant des services aux victimes); ainsi que la police;
  • dans les centres urbains - les réseaux informels constitués de parents et d'amis; les centres de détresse et les refuges; les services d'écoute téléphonique; les centres d'amitié; ainsi que les services de conseils.

Le recours à ces ressources et services se trouve cependant gêné par :

  • leur faible notoriété;
  • leur éloignement par rapport à la collectivité d'origine;
  • la pénurie de moyens de transport;
  • la piètre qualité des rapports avec la police;
  • le doute concernant l'efficacité des ressources;
  • l'absence de vie privée dans les collectivités et la honte qu'occasionne le recours aux ressources dans un tel milieu;
  • les rapports complexes qui existent entre les victimes, les agresseurs, leur famille et les autres membres de la collectivité;
  • la volonté de préserver à tout prix l'intégrité de la famille (fondée sur la peur de l'inconnu, la crainte du déshonneur et la perspective de perdre ses enfants, son domicile et ses biens).

Mesures à prendre :

La solution idéale consisterait à miser sur des ressources communautaires. Cependant, les petites réserves et les établissements dans le Nord ne disposent pas de moyens suffisants pour soutenir des centres de détresse ou des refuges. En outre, comme le soulignent tous les répondants, la protection de la vie privée et de la sécurité constitue une importante préoccupation dans ces collectivités.

Il serait approprié d'établir les services et les ressources à proximité immédiate des collectivités, à condition cependant que les résidents aient également accès à des moyens de transport adéquats et que les services soient dotés d'un personnel expérimenté et bien formé. Cependant, les répondants expriment leurs inquiétudes à l'égard des qualifications du personnel ainsi que du petit nombre d'Autochtones à l'emploi de tels services (tout particulièrement la police) dans certaines collectivités. Même là où des Autochtones sont recrutés pour veiller au maintien de l'ordre parmi les leurs, les répondants disent craindre que la présence de tels agents ne suffise à garantir aux femmes un traitement adapté à la réalité culturelle.

Par ailleurs, de l'avis des répondants, les femmes ont besoin d'aide pour prendre davantage conscience des ressources qui s'offrent à elles. Les femmes dans les réserves et les petits établissements tiennent tout particulièrement à obtenir des renseignements sans avoir à en faire la demande, étant donné l'absence chronique de vie privée dans de telles collectivités. De surcroît, si Internet peut s'avérer utile pour une petite minorité de gens, cette technologie tient simplement lieu de complément à d'autres moyens d'acquisition de l'information. La plupart des femmes autochtones ne songeraient pas à recourir à Internet, car rares sont celles qui possèdent un ordinateur et ont accès au Web. Aucun des premiers intervenants ne voit en Internet une ressource susceptible d'appuyer de futures activités éducatives ou activités d'appui.

En ce qui touche les communications, les participantes préconisent plutôt le recours :

  • aux journaux régionaux;
  • aux radios régionales;
  • aux répertoires de services;
  • à la publicité et aux programmes éducatifs dans les écoles;
  • à la publicité diffusée dans les bulletins des centres d'amitié;
  • à des encarts distribués à la faveur d'opérations gouvernementales de publipostage;
  • à la diffusion de renseignements sur la violence des hommes envers les femmes lors d'assemblées ordinaires de femmes (en vue d'éclairer ces dernières sur le sujet).

Recommandations

Si l'on en croit les suggestions recueillies, les mesures suivantes aideraient peut-être les femmes autochtones et les premiers intervenants à s'attaquer au problème de la violence des hommes envers les femmes autochtones ou enrichiraient éventuellement leur connaissance du sujet :

  • l'octroi d'un meilleur financement aux ressources qui viennent en aide aux femmes autochtones victimes de la violence des hommes, notamment :
    • les programmes éducatifs qui forment les femmes autochtones à l'instauration de saines relations;
    • les programmes de logement à court ou long terme à l'intention des victimes;
    • les services de conseils à court ou long terme à l'intention des victimes;
    • la prestation de conseils et de ressources essentielles (p. ex., nourriture et vêtements) à l'intention des enfants;
    • l'aide financière provisoire à l'intention des victimes;
    • les services de transport à prix abordable donnant accès aux services disponibles;
  • la mise en place de services d'écoute téléphonique offerts tous les jours 24 heures sur 24;
  • la mise en place de services d'aide aux premiers intervenants, dispensés à proximité raisonnable des collectivités et offerts tous les jours 24 heures sur 24;
  • la prise de mesures permettant de signaler sans inconvénient et en toute discrétion les actes de violence au sein des collectivités situées dans les réserves et les établissements;
  • la prestation d'une formation axée sur la sensibilisation aux réalités culturelles, à l'intention de tous les premiers intervenants (effectifs de la police, professionnels de la santé, éducateurs et autres personnes qui aident directement les femmes victimes de la violence des partenaires intimes ou qui travaillent auprès des collectivités afin de combattre cette violence);
  • l'adoption de mesures incitatives énergiques ou la prestation d'une formation obligatoire pour s'assurer que les leaders des collectivités considèrent la violence des hommes envers les femmes comme un grave problème à l'échelle de la collectivité et comme un enjeu hautement prioritaire;
  • la tenue d'activités en milieu scolaire en vue d'éclairer les enfants autochtones sur le sujet et d'aller à la rencontre des parents;
  • la diffusion de renseignements par voie de jumelage avec des services existants (p. ex., les centres d'amitié ou les installations médicales) ou avec des envois postaux parrainés par le gouvernement (p. ex., l'envoi régulier de paiements), de sorte que les femmes n'aient pas à se mettre en quête d'information sur la question;
  • la promotion de la diffusion, par bouche à oreille, de renseignements sur la manière de composer avec cette violence et d'y mettre un frein;
  • la formation du personnel travaillant auprès des victimes de mauvais traitements afin qu'il se familiarise avec les questions de protection de la vie privée et qu'il sache ce qui surviendrait s'il fallait que soient divulgués des renseignements confidentiels sur les femmes aux prises avec ce problème délicat, dans des collectivités où les liens familiaux sont serrés et se chevauchent.
  • La prestation d'une aide à court ou long terme et de services de prévention des rechutes à l'intention des hommes violents, notamment :
    • des programmes éducatifs tels que des initiatives communautaires de sensibilisation à la question;
    • des programmes de prévention de la toxicomanie;
    • des programmes d'aide à la recherche d'emploi et d'aide à la formation en vue d'un emploi;
    • la participation obligatoire à des programmes éducatifs communautaires dans le cadre de traitements et de conseils à l'intention des agresseurs, assortie de sanctions immédiates, prévisibles et fiables en cas d'absence ou de récidive;
    • le recours au régime correctionnel et au régime de libération conditionnelle pour promouvoir un changement durable, fond sur la prise d ngagements long terme aupr des agresseurs, y compris à la suite de leur libération, grâce à :
      • l'élaboration de programmes d'aide ciblant les hommes dans les collectivités autochtones;
      • la mise au point de conseils de détermination de la peine et l'application des principes de justice réparatriceNote de bas de page 2 en vue, d'une part, de promouvoir des modes de détermination des conséquences des actes de violence qui soient adaptés à la culture et, d'autre part, de cultiver un sens de la responsabilité personnelle et collective à l'égard de la question de la

Signaler un problème ou une erreur sur cette page
Veuillez sélectionner toutes les cases qui s'appliquent :

Merci de votre aide!

Vous ne recevrez pas de réponse. Pour toute question, contactez-nous.

Date de modification :