Défaire les liens entre la pauvreté et la violence faite aux femmes: Un guide de ressources – La réalité de la pauvreté et de la violence

La réalité de la pauvreté et de la violence

Lorsqu'on travaille auprès des femmes, il importe de comprendre davantage l'incidence de la violence et de la pauvreté dans leur vie et de quelle façon l'interaction entre ces deux éléments constitue des obstacles à leurs efforts ayant pour but d'améliorer leur sort et celui de leurs enfants.

Nous ne prétendons pas représenter les expériences de toutes les femmes. Nous ne prétendons pas non plus avoir saisi toutes les dimensions de la pauvreté et de la violence. Cependant, les auteurs ont présenté l'analyse et les points de vue saisis pour fournir un contexte dans lequel s'inscrivent les approches, les stratégies et les feuillets de renseignements qui suivent.

Vivre avec la pauvreté

Au Canada, il n'existe pas de définition officielle de la pauvreté; on continue d'en débattre. Dans le présent guide, on entend par « pauvreté » une situation où une personne ou un ménage n'a pas assez d'argent pour se nourrir, se vêtir et se loger convenablement. En plus de cette compréhension sur le plan économique, on peut ajouter que les militants en faveur de la politique sociale ont proposé une définition relative de la pauvreté selon laquelle être pauvre, c'est être tenu à l'écart de la société ainsi que des ressources, des possibilités et des sources de bien-être subjectif et objectif auxquelles d'autres Canadiens ont facilement accès (Conseil canadien de développement social, 2001, p. 2).

Bien que l'on débatte en permanence de la façon dont le Canada définit la pauvreté et recueille des données à son égard, comme le montrent les feuillets de renseignements dans le présent guide, la pauvreté est une réalité pour de nombreuses Canadiennes. Malgré l'accroissement de leurs revenus par rapport à ceux des hommes, les femmes représentent la majorité des pauvres au Canada.

Le taux de pauvreté chez les hommes et les femmes a quelque peu diminué depuis la récession du début des années 1990 (les statistiques pour la présente section sont tirées d'une source secondaire : Institut canadien de recherches sur les femmes, 2005). Néanmoins, en 2004, 2,4 millions de Canadiennes (soit une sur sept) vivaient dans la pauvreté comparativement à 1,9 million d'hommes. Au fur et à mesure où les gouvernements à l'échelle du pays cessent de financer des services sociaux et d'autres programmes, nous voyons cette pauvreté prendre de l'ampleur.

Parmi les Canadiennes qui vivent dans la pauvreté, les femmes monoparentales sont particulièrement vulnérables : 51,6 % des familles monoparentales dirigées par une femme sont pauvres. De plus, les femmes aînées, les femmes ayant une déficience, les femmes autochtones, les immigrantes et les femmes de minorités visibles sont sur- représentées (pour des renseignements plus détaillés sur ces groupes de femmes, voir les feuillets de renseignements). Ces femmes sont également aux prises avec des obstacles additionnels - elles sont souvent victimes de discrimination entre les sexes et de racisme, et dans le cas de celles ayant une déficience, d'un manque de respect et de compréhension à l'égard de leurs capacités physiques et mentales.

Se débrouiller avec très peu d'argent c'est comme travailler sept jours sur sept, sans vacances ni répit.

La pauvreté use le corps et l'âme.

Source : Institut canadien de recherches sur les femmes (2005), p. 4.

Le manque de logements abordables et sécuritaires représente un problème important pour les femmes à faible revenu et leurs enfants, ce qui, en milieu rural et urbain, peut signifier vivre dans un logement insalubre. On force bon nombre de femmes et leurs enfants à vivre dans un logement qu'elles peuvent se permettre de payer, ce qui signifie souvent des appartements en piètre état dont les propriétaires sont malhonnêtes et abusifs et dans des secteurs où le taux de criminalité est élevé. Dans leur recherche d'un logement adéquat, les femmes aux prises avec les obstacles additionnels que sont la déficience, le racisme et la discrimination en vertu de l'âge ou du statut d'immigrant, sont souvent victimes de préjudices.

Si on n'a pas assez d'argent, comment peut-on voir à la santé des enfants, comme les soins dentaires, et ensuite on veut qu'ils fassent partie de la société. S'ils ne semblent pas faire partie de la société, alors personne ne les accepte.

Source : Institut canadien de recherches sur les femmes (2005), p. 3.

Chez les femmes à faible revenu, la lutte constante pour joindre les deux bouts est très stressante, les épuise sur le plan émotif, mine leur confiance en soi et fait en sorte qu'il est plus difficile d'être en santé et de fournir un milieu positif pour les enfants. Au Canada, on reconnaît la pauvreté comme étant un facteur clé pour ce qui est de déterminer la santé physique et mentale. Les personnes à faible revenu ont tendance à vivre moins longtemps et à avoir plus de problèmes de santé (Phipps, 2003, p. 1).

Les femmes vivant dans la pauvreté doivent relever de multiples défis. Ces défis comprennent avoir recours au système d'aide sociale, trouver et conserver un emploi, trouver du logement adéquat et des services de garde d'enfants et composer avec les stigmates et les regards froids associés au fait d'être pauvre. Plusieurs sont prises dans un cycle qui semble sans espoir où les coûts physiques et émotifs de la pauvreté font qu'il leur est difficile de répondre aux défis existants et de faire des changements dans leur vie.

Vivre avec la violence

Le présent guide reconnaît les nombreuses formes de violence qui touchent les femmes, y compris les agressions physiques et sexuelles, l'abus psychologique et émotif, la négligence, l'abus verbal, le harcèlement sexuel et l'exploi tation financière. Chaque année, de nombreuses Canadiennes continuent de vivre des situations de violence et sont victimes de mauvais traitements, et ce, malgré notre sensibilisation à l'égard de la violence et les programmes concertés pour la prévenir. Selon l'Enquête sociale générale (2004) de Statistique Canada, 653 000 femmes (ou 7 %) ont signalé avoir été victimes d'agression physique ou sexuelle de la part de leur partenaire au cours des cinq années antérieures (Canada, Statistique Canada, 2006a, p. 17). Durant cette même période, 18 % des femmes ont dit avoir été victimes d'abus émotif ou d'exploitation financière (Canada, Statistique Canada, 2007, p. 18).

Les femmes autochtones et les jeunes femmes constituent des groupes à risque particulièrement élevé en ce qui concerne la violence. Les taux de violence contre les femmes autochtones sont plus de trois fois plus élevés que dans le cas des femmes non autochtones, taux qui ont d'ailleurs augmenté au cours des cinq dernières années (Canada, Statistique Canada, 2006a, p. 65). Les taux de violence sont les plus élevés chez les jeunes femmes. Par exemple, celles de moins de 25 ans montrent les taux les plus élevés d'agression sexuelle et de harcèlement criminel (p. 36).

Les personnes aux prises avec la violence familiale courent un risque accru de souffrir de troubles mentaux. En outre, leur état de santé en général et leur bien-être risquent tôt ou tard d'en pâtir. Ces personnes peuvent être victimes de blessures, de mutilations ou de négligence et adopter des stratégies d'adaptation qui favorisent la survenue ou l'aggravation de troubles médicaux.

Source : Canada, Centre national d'information sur la violence dans la famille, 2003, p. 4.

La violence a des effets dévastateurs à court et à long terme sur le bien-être physique et psychologique des femmes et de leurs enfants. Sur le plan de la santé, les conséquences de la violence à l'égard de la partenaire comprennent, entre autres, les blessures, l'infertilité, la dépression et l'anxiété (Organisation mondiale de la santé, 2002, p. 101). Les femmes victimes de violence peuvent souffrir de traumatismes physiques et psychologiques importants, ce qui fait qu'il est beaucoup plus difficile de relever les défis quotidiens de la vie - s'occuper des enfants, conserver un emploi, poursuivre des études et acquérir des compétences.

En plus des préoccupations communes à toutes les femmes maltraitées (comme celles relatives à la santé physique, à la sécurité et à la sûreté), les femmes autochtones, les femmes ayant une déficience, les immigrantes et les femmes appartenant à des minorités visibles sont aux prises avec des barrières systémiques qui compliquent davantage leur situation, car elles doivent composer avec des problèmes de stéréotypes, de discrimination raciale, d'isolement social, d'accès aux services et de marginalisation (Conseil canadien de développement social, 2001, p. 36).

Les femmes aux prises avec la pauvreté vivent aussi isolées, se sentent impuissantes et doivent relever de nombreux défis pour maintenir une bonne santé. La similarité des incidences qu'ont la violence et la pauvreté sur les femmes a amené certaines personnes à conclure que le fait de vivre dans la pauvreté est une forme de mauvais traitement social.

Vivre avec la pauvreté et la violence

La pauvreté et la violence font une sorte de danse toxique dans la vie des femmes. La pauvreté marginalise les femmes, augmentant le risque qu'elles soient victimes de violence, tandis que la violence les isole, car les effets mentaux et physiques réduisent leur sentiment de bien-être, limitant les possibilités.

Les effets conjugués de la pauvreté et de la violence créent une barrière énorme par rapport à l'égalité des femmes, à leur bien-être et à leur participation à part entière dans la société. La pauvreté et la violence reflètent les relations de pouvoir inégales, ce qui se traduit par une discrimination systémique contre les femmes. Cette discrimination systémique veut dire que les femmes ont moins de chance de trouver des emplois bien rémunérés et de subvenir adéquatement à leurs besoins en matière de logement, d'éducation, de soins pour les enfants et de services de santé.

Ces effets sont les plus marqués lorsque les taux de violence et de pauvreté sont les plus élevés, par exemple chez les collectivités autochtones. Dans certaines de ces collectivités, particulièrement celles sur réserve, les femmes qui ont été victimes d'agression disent avoir peu accès à de l'information et à des ressources pertinentes (Canada, Centre national d'information sur la violence dans la famille, 2008, p. 18). En général, il manque souvent de ressources et plus particulièrement de services d'intervention et de prévention en matière de violence familiale, et il y a peu d'Autochtones formés pour donner un soutien (p. 28).

Les expériences des femmes d'autres collectivités montrent qu'il existe un lien entre la dépendance économique et la violence. Par exemple, les femmes en milieu rural qui ont un faible revenu trouvent qu'il est difficile de quitter une relation abusive ou d'avoir accès à des services de counselling. Les services peuvent être offerts à grande distance; les appels interurbains peuvent être trop chers pour leurs moyens. Elles n'ont peut-être pas d'automobile et habitent peut-être un secteur où il n'y a pas de transport public. Le fait de se fier à des voisins pourrait compromettre leur vie privée et il pourrait y avoir un manque de confidentialité dans leur collectivité.

Loin du soutien de la famille élargie, les immigrantes et les réfugiées sont souvent fortement dépendantes de leurs époux sur le plan financier, ainsi qu'en ce qui concerne leur statut officiel au Canada. C'est pourquoi ces femmes se retrouvent aux prises avec des défis additionnels lorsqu'elles envisagent de quitter une relation abusive. Le fait qu'elles ne connaissent pas bien les lois et les services sociaux canadiens et/ou l'anglais peut accentuer la marginalisation. Les immigrantes peuvent également avoir de la difficulté à trouver un emploi parce que souvent, on ne reconnaît pas leurs titres de compétences et leur expérience.

Je ne voulais pas en parler parce que je ne savais pas ce qu'ils diraient à la police, et la police me renverrait dans mon pays. Je suis retournée avec lui.

Je n'avais pas d'ami, pas de revenu, pas de permis de travail, pas de logement ni n'aide sociale, puis j'étais enceinte. C'est lui qui me nourrit, qui va s'occuper de mes documents.

Source : Mosher (2004), p. 73.

Souvent, l'appui financier de la famille est la seule chose qui sépare une femme ayant une déficience de la pauvreté (aux dépens du bien-être social ou aux dépens du salaire minimum), mais cet appui est dégradant. Il peut même s'avérer dangereux pour une femme, particulièrement une femme ayant une déficience, de rester dans sa famille, puisque l'agression physique, l'inceste et d'autres formes de mauvais traitements sont endémiques et ne sont pas reconnus par les services de soutien (Meister, 1990, p 42). De plus, de nombreux services de soutien ne sont pas accessibles.

J'aurais été par moi-même, mais je devais vraiment trouver un homme avec qui vivre, un homme qui prendrait soin de moi. C'est ce que je devais faire. Je me suis donc dite que j'avais fait le bon choix, ce qui n'était évidemment pas le cas, mais à ce moment, c'était le meilleur choix possible.

Source : Mosher (2004), p. 19.

Notre défi : mettre fin à la pauvreté et à la violence

Les femmes ne sont pas individuellement responsables de la pauvreté ou de la violence qu'elles subissent. La pauvreté et la violence existent à cause des inégalités dans notre société. Nous avons donc une responsabilité collective de mettre fin à la pauvreté et à la violence faite aux femmes, objectifs que l'on n'atteindra pas du jour au lendemain.

La violence faite aux femmes est coûteuse non seulement pour les victimes, mais pour l'ensemble de la société, et ces coûts continuent d'augmenter. Selon une étude de 1995 portant sur tous les types de violence faite aux femmes, la plus récente de son genre, leurs coûts médicaux directs s'élèvent à 1,1 milliard de dollars (Canada, Centre national d'information sur la violence dans la famille, 2002, p. 7). Par ailleurs, les coupures dans les services sociaux et les défis dans les secteurs de la santé et de l'éducation augmentent la marginalisation des familles vivant sous le seuil de la pauvreté. De plus en plus, les femmes à faible revenu parlent du fait que les situations avec lesquelles elles composent deviennent plus complexes (MacQuarrie, 2004, p. ii-iii).

D'ici, où allons-nous ?

En tant que société, nous devons continuer de travailler pour établir des conditions sociales pour appuyer les femmes afin qu'elles puissent quitter de façon permanente une situation violente, ce qui comprendrait des prestations d'aide sociale adéquates ainsi que l'accès à un logement abordable et sécuritaire, à des services de garde d'enfants et à un emploi qui paie un salaire suffisant (Mosher, 2004, p. v).

Bien que cela puisse sembler un travail colossal, il y a de nombreux exemples, d'un bout à l'autre du pays, de groupes de femmes qui ont essayé de lutter contre les multiples effets de la pauvreté des femmes et de la violence à leur égard et qui ont conçu des programmes et des stratégies qui peuvent aider. On trouvera des exemples de ces initiatives à la section Stratégies et initiatives du présent guide. Ensuite, dans une autre section, on examine des approches d'intervention conçues pour des femmes qui connaissent la violence.

L'indépendance économique va mettre les femmes à l'abri des mauvais traitements. La femme qui a l'argent nécessaire à sa survie et à celle de son enfant a le pouvoir de décider de sa vie, de mieux vivre et de vivre en plus grande sécurité.

Source: Mosher (2004). p.25

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