Défaire les liens entre la pauvreté et la violence faite aux femmes: Un guide de ressources – Travailler avec des femmes vivant dans la pauvreté sur des questions liées à la violence

Travailler avec des femmes vivant dans la pauvreté sur des questions liées à la violence

Stratégies et initiatives

Introduction

De plus en plus, les femmes qui ont connu la violence ont des besoins liés à l'absence d'un revenu adéquat (Canada, Statistique Canada, 2006a, p. 40). Il est de plus en plus apparent que les femmes ne peuvent pas commencer le processus de guérison, à moins de pouvoir d'abord mettre de la nourriture sur la table et obtenir du logement et des vêtements pour leurs enfants. Il faut donc consacrer du temps et de l'énergie à aider les femmes à trouver des logements sécuritaires et abordables, des services juridiques accessibles et des moyens de composer avec les problèmes de transport, et à obtenir les prestations familiales et les autres services auxquels elles ont droit.

En raison des nombreux efforts déployés pour répondre aux nombreux besoins des victimes de violence à faible revenu, les organismes reconnaissent la valeur ajoutée d'une approche concertée. Plusieurs collectivités ont créé des mécanismes de coordination parmi les organismes dans le but de résoudre les questions de violence et de pauvreté. Les membres de ces groupes et de ces coalitions ont établi des protocoles, mis en œuvre des modifications aux politiques au sein de leurs organismes, offert de la formation et établi de nouveaux programmes pour améliorer l'accès des femmes à ces services. Ils ont aussi tenté d'assurer que leurs initiatives tiennent compte de la réalité et des besoins de diverses collectivités.

Les organismes de femmes se sont également joints à des coalitions pour défendre les familles monoparentales à faible revenu et les femmes maltraitées, et se sont mobilisés pour inciter les gouvernements à agir. Parfois, ces initiatives d'action sociale jouissent d'une très grande visibilité. Par exemple, la marche du pain et des roses de Montréal à Québec au printemps 1995, dans le cadre de laquelle on a présenté des demandes au gouvernement du Québec liées à la justice économique, a beaucoup retenu l'attention.

On trouvera ci-dessous des exemples de stratégies et d'initiatives qui font une différence, surtout parce qu'elles sont conçues par des femmes à faible revenu ou par des groupes qui ont pris le temps de comprendre la réalité de la pauvreté et de la violence. Nous vous invitons à communiquer avec l'organisme indiqué pour obtenir plus de renseignements (voir la liste détaillée dans la section Contacts : organismes).

La participation a quadruplé depuis l'aménagement dans les nouveaux locaux.

Un programme d'extension

Un programme d'extension des services pour atteindre les usagères potentielles d'un service, ou pour les attirer vers un centre ou un programme, constitue une étape importe dans l'amélioration de l'accès aux programmes et aux services. Pour les femmes à faible revenu, il peut être difficile de parcourir un long trajet pour trouver un service. De plus, elles peuvent être moins à l'aise à l'extérieur de leur quartier. Des organismes travaillent actuellement à surmonter ces obstacles.

Élimer les barrières aux services

Voici des façons de rendre les programmes et les services plus accessibles aux femmes à faible revenu :

  • situez votre bureau dans le quartier où vivent ces femmes;
  • offrez des services de counselling à des endroits où elles passent du temps;
  • annoncez les groupes de soutien à différents endroits dans le quartier;

rendez vos services accessibles à des femmes ayant une déficience, situez votre bureau dans un édifice donnant accès aux fauteuils roulants; utilisez de gros caractères pour annoncer vos services; obtenez un téléimprimeur; pour les programmes d'extension de services, frappez aux portes pour joindre les femmes chez elles; et, enfin, embauchez des femmes ayant une déficience pour travailler au sein de votre organisme.

Les femmes ayant une déficience ont dû faire beaucoup de sensibilisation au sujet des nombreux obstacles qu'elles doivent surmonter pour utiliser les services reliés à la violence..

Améliorer les services aux femmes ayant une déficience

Les femmes ayant une déficience continuent de faire de la sensibilisation au sujet des nombreux obstacles qu'elles doivent surmonter pour utiliser les services liés à la violence et aux mauvais traitements. Alors qu'elle écoutait la présentation d'une personne qui défend les intérêts de ces femmes, la directrice exécutive de Harmony House, une maison d'hébergement à Ottawa, s'est demandée si la maison était accessible aux femmes ayant une déficience. Elle ne l'était pas. Cette constatation a mené à une initiative comportant plusieurs éléments qui visent tous à fournir de meilleurs services et un meilleur accès à des services destinés aux femmes de la collectivité ayant une déficience.

Pour orienter le projet, on a mis sur pied un groupe d'intervention réunissant des membres de divers organismes, y compris des femmes ayant une déficience qui ont survécu à des mauvais traitements. Ce groupe a conçu et mis en œuvre un sondage portant sur les dimensions physiques et comportementales de l'accès. Le sondage s'est traduit par des améliorations concrètes réalisées par les organismes qui travaillent auprès des femmes. Le groupe d'intervention a appuyé de nombreuses maisons d'hébergement de la région pour qu'elles améliorent leur accessibilité physique. On a également offert de la formation au personnel sur les besoins des femmes ayant une déficience.

Un peu comme l'a fait la Harmony House, le Réseau d'action des femmes handicapées du Canada (RAFH), un organisme national de femmes ayant divers handicaps, a lancé en 2007 le Sondage national sur l'accessibilité et les mesures d'accommodement (SNAA) à l'intention des maisons d'hébergement au Canada. Ce sondage permet à chaque maison d'hébergement d'effectuer la vérification de ces installations et fournit à leurs administrateurs et à leurs gestionnaires des renseignements et des ressources pour apporter des améliorations et établir des objectifs visant une accessibilité à 100 %. RAFH Canada utilisera les résultats du sondage pour fournir des trousses d'outils en ligne et imprimées aux maisons d'hébergement et élaborer d'autres ressources afin d'accroître l'accessibilité. La formation et le perfectionnement continus des employés des maisons d'hébergement et des programmes d'extension sont une autre partie importante de cette initiative continue.

Contacts : Harmony House et RAFH Canada

Joindre les femmes dans leur collectivité

Au cours des dernières années, le Bay St. George Status of Women Council est de plus en plus conscient que les femmes à faible revenu de sa région n'accèdent pas aux programmes et aux services à leur disposition. La pauvreté et la violence peuvent mener à l'isolement social, et il semble que de nombreuses femmes ne savent pas comment obtenir de l'aide et où se rendre pour en obtenir. De plus, bon nombre trouvent qu'il est difficile de s'y retrouver dans les méandres des exigences souvent complexes de certains programmes et services.

En 2008, en réponse à cette situation, le Council a lancé un projet intitulé « Women's Access to Community Resources for Social Inclusion » pour établir le répertoire des programmes et services pour les femmes à faible revenu, répertoire qui sera mis à leur disposition lors d'ateliers. Le projet est appuyé par des personnes-ressources ou des « champions » dans chaque collectivité. Les champions sont des bénévoles de Bay St. George, de Port aux Basques et de Cornerbrook à qui l'on confie le soin d'appuyer d'autres femmes dans leur région. Le projet ne vise pas seulement à fournir un répertoire superficiel, mais également à recueillir des renseignements détaillés sur la façon dont les femmes peuvent accéder à ces programmes et services.

Contact : Bay St. George Status of Women Council

Répondre aux besoins immédiats

Lachute (Québec) compte environ 12 000 habitants. Le taux de chômage y est très élevé en raison de la fermeture d'usines au cours des dernières années, et la violence et la pauvreté font partie de la vie de nombreuses femmes. Le Carrefour des femmes du Grand Lachute est un centre de femmes qui se penche sur ces questions depuis son ouverture en juillet 1983. Pour appuyer les femmes à faible revenu afin qu'elles se sentent plus à l'aise, Le Carrefour a déménagé dans un complexe d'habitations à loyer modique il y a de cela plusieurs années. La participation a quadruplé depuis le déménagement.

Dans ses efforts pour lutter contre la pauvreté et la violence, la priorité du Carrefour est de répondre aux besoins les plus urgents de femmes. Souvent, cela comprend aider les femmes à nourrir leur famille; le Carrefour offre les services d'une banque alimentaire et un programme offrant aux femmes enceintes des œufs, du lait et des oranges. La banque alimentaire est gérée par les clientes, et contrairement à bien d'autres banques, les clientes n'ont pas à justifier leur besoin d'utiliser ce service ou de prouver qu'elles ont un faible revenu.

Le Carrefour a également mis en place un programme d'échange de vêtements et d'articles ménagers ainsi qu'une garderie pour les enfants de 6 ans et moins, ouverte quatre jours par semaine et coûte 0,50 $ l'heure. On offre également des services de garde de relève aux mères qui ont besoin d'un répit et qui ne veulent pas dépendre des organismes gouvernementaux pour la garde de leurs enfants (encore une fois, le coût est minime, soit 5 $ par famille). De plus, le personnel du Carrefour montre aux femmes comment établir un budget.

Pour les femmes qui, en plus, sont victimes de violence, le Carrefour offre un éventail de programmes et d'activités pour les aider à développer une estime de soi ainsi qu'à devenir plus indépendantes et contrôler davantage leur vie.

Contact: Carrefour des femmes du Grand Lachute

Projets et programmes innovateurs pour les femmes à faible revenu

Partout au Canada, il y a de nombreux projets et programmes innovateurs conçus pour répondre aux besoins particuliers des survivantes de la violence qui éprouvent des difficultés financières et qui veulent briser le cycle de la violence et de la pauvreté. Ces projets vont d'aider les femmes à trouver un lieu de résidence sécuritaire, à les aider à accroître leurs chances de trouver un emploi et à devenir indépendante. En voici quelques exemples :

Dans plusieurs endroits au pays, il y a une pénurie critique de logements abordables pour les femmes qui fuient des relations abusives.

Répondre aux besoins des femmes en matière de logement

Dans plusieurs endroits au pays, il y a une pénurie critique de logements abordables pour les femmes qui fuient des relations abusives, et ce, malgré le fait que les femmes maltraitées et leurs familles ont la priorité en matière de logement subventionné. À Ottawa, un groupe de personnes actives dans la collectivité qui travaillent avec les femmes maltraitées voulait améliorer l'accès des femmes au logement subventionné.

Le groupe a amorcé le dialogue entre les fournisseurs de services travaillant auprès des femmes victimes de violence et les organisations de logement subventionné. Cette collaboration a mené à l'adoption, en 2006, d'un protocole pour aider les femmes à avoir davantage accès au logement subventionné et à améliorer les communications entre les deux réseaux. On a tenu des ateliers mixtes pour aider les fournisseurs de logement subventionné à mieux comprendre la situation des femmes maltraitées et les fournisseurs de services à en savoir un peu plus au sujet des règlements régissant le logement subventionné. Les employés de la maison de transition participent activement pour aider les femmes à trouver des logements abordables, et le protocole a permis d'éliminer certaines barrières.

Contact : Maison d'Amitié

Accroître la sécurité des femmes au domicile

Grâce au témoignage de survivantes de la violence, quelques coopératives de logement à travers le Canada se sont déclarées des zones « sans violence familiale » et ont adopté des règlements qui leur permettent d'expulser les résidents accusés de violence familiale. Cette initiative est un exemple concret de mesures prises pour assurer la sécurité des femmes dans leur domicile en imposant à l'agresseur le fardeau de déménager. Les femmes qui ne sont plus en mesure de payer le loyer à la suite de l'expulsion de leur partenaire agresseur peuvent également obtenir des subventions locatives.

Contact : Fédération de l'habitation coopérative du Canada

Améliorer les possibilités d'emploi augmente de beaucoup l'autonomie de ces femmes et influe grandement sur leur possibilité de changer ou de quitter une situation de mauvais traitements.

Aider les femmes en maison de transition en offrant des logements avec services de soutien

La PEI Transition House Association a été créée en 1980. Elle offre des services aux femmes de la province et à leurs enfants qui ont été victimes de mauvais traitements. L'association comprend la Anderson House, une maison d'hébergement d'urgence de Charlottetown, ainsi que des travailleurs de services d'approche qui aident les femmes de plus petites collectivités (Montague, Summerside, O'Leary et la région de Queen's) qui connaissent la violence et qui ont choisi de ne pas quitter leur collectivité.

Reconnaissant le fait que les femmes qui doivent quitter la maison d'hébergement peuvent toujours être à risque en ce qui a trait à la violence, l'association a commencé à offrir des logements transitoires aux femmes (et à leurs enfants) qui souhaitent faire des changements dans leur vie après leur passage à la Anderson House. Les appartements de la Anderson House sont des unités indépendantes très sécuritaires avec des services de soutien sur place. Les femmes peuvent y rester jusqu'à une année, ce qui leur permet de réfléchir à un avenir sans crainte et de le planifier.

Contact : PEI Transition House Association

Améliorer les possibilités d'emploi des femmes

La Bridges for Women Society est un organisme sans but lucratif de Victoria qui aide les femmes à faible revenu ayant survécu à de mauvais traitements à développer les compétences nécessaires pour obtenir un emploi rémunéré et leur indépendance.

Depuis 1988, l'organisme offre des cours pour aider les femmes à surmonter les obstacles à l'emploi liés au rétablissement à un traumatisme. Les cours portent sur des compétences personnelles, telles que des techniques de communication, d'affirmation de soi et de résolution de conflits, des compétences liées à l'employabilité, comme la formation en informatique et la préparation de curriculum vitæ, le perfectionnement d'autres compétences et des compétences de rapprochement telles que la rédaction, la collecte de renseignements sur le lieu de travail et l'établissement de la liste des soutiens communautaires.

La Bridges for Women Society reconnaît que les femmes à faible revenu qui ont été victimes d'agression doivent relever des défis particuliers. Le traumatisme lié au fait d'avoir été victime d'agression peut avoir une multitude d'effets physiques et psychologiques qui ont une incidence sur leur employabilité.

Par exemple, les femmes qui ont été maltraitées peuvent souffrir d'anxiété et de dépression, avoir de la difficulté à se concentrer ou à être disciplinées et être méfiantes ou distraites. Elles peuvent prendre plus de temps que d'autres femmes pour terminer des programmes de formation à l'emploi. Elles peuvent devoir déployer plus d'efforts pour améliorer leur confiance en elles-mêmes et se préoccuper davantage de leur sécurité. L'objectif global des cours de la Bridges for Women Society est d'aider les femmes à briser le cycle de la violence et acquérir les compétences nécessaires pour passer de la dépendance et de la réactivité, à l'indépendance et à l'autodétermination.

Je savais que si je devenais en bonne santé sur le plan affectif, je pourrais le transmettre à mes enfants. J'en ai appris davantage sur la communication, les relations saines, la façon de m'affirmer d'une manière respectueuse, la résolution de conflits et l'importance de l'autonomie en matière de santé. J'ai également appris que j'avais un trésor de forces et de compétences et la façon de les utiliser dans ma vie personnelle et professionnelle.

Une « diplômée » de la Bridges for Women Society

Pour les femmes qui vivent à l'extérieur de Victoria et qui peuvent ne pas avoir accès à des programmes similaires, la Bridges for Women Society offre un programme en ligne. En travaillant à partir de points d'accès informatiques un peu partout dans la région, de bibliothèques et d'organismes de soutien aux femmes, les femmes peuvent suivre des cours en ligne.

Contact : Bridges for Women Society

L'incidence de la pauvreté sur l'employabilité

Souvent, les femmes à faible revenu qui ont été maltraitées vivent dans la pauvreté, soit elles touchent une aide au revenu ou ont un emploi mal rémunéré. Les conséquences de vivre dans la pauvreté se manifestent souvent par des problèmes affectifs et de santé physique.

Quelle est l'incidence de la pauvreté sur l'employabilité?

  • l'incapacité de payer pour obtenir des soins aux enfants adéquats;
  • le coût élevé des soins pour les enfants fait qu'il est difficile pour les femmes de payer la nourriture, les vêtements et les autres nécessités;
  • la pauvreté peut influencer le retour à un emploi sous-payé ou à une activité à risque élevé;
  • une mauvaise nutrition peut mener à une incapacité de se concentrer et à une faiblesse physique;
  • les crises et les ennuis financiers ont une incidence sur la capacité d'être présent au travail ou d'être efficace.

Bridges for Women Society, (2007), p. 35.

Habiliter les femmes à changer non seulement leur vie, mais aussi à modifier les conditions qui les affectent, est une stratégie à long terme de grande importance lorsqu'il s'agit de mettre fin à la violence faite aux femmes.

Répondre aux besoins pratiques des femmes

La Victoria Women In Need Community Cooperative (WIN) est une coopérative sociale sans but lucratif qui exploite des magasins de revente à Victoria (Colombie-Britannique) et qui fournit de façon autonome des programmes aux femmes en transition vers l'autosuffisance.

La coopérative a comme mission de permettre aux femmes (et à leur famille) d'être autosuffisantes, employées, inspirées, préoccupées par les questions sociales et environnementales et concernant leur collectivité. WIN travaille directement avec les maisons de transition de la région de Victoria et les maisons d'hébergement de deuxième étape, ainsi qu'avec de nombreux organismes communautaires qui appuient l'autosuffisance des femmes.

Les programmes de WIN comprennent :

  • Le programme Gift Certificate fournit aux femmes et à leurs enfants des vêtements et d'autres articles essentiels lorsqu'elles entrent dans une maison de transition.
  • Lorsqu'elles quittent la maison de transition, le program me New Start leur fournit tous les articles ménagers et fournitures nécessaires pour démarrer dans leur nouvelle résidence. À ce jour, plus de 1 600 femmes ont reçu l'aide de ce programme.
  • Le programme Community Gifts in Kind fournit des articles essentiels aux organismes pour les appuyer dans l'exécution de programmes pour leurs clients. Les membres individuels de la collectivité peuvent également avoir accès à ce programme en venant sur place.
  • Les magasins de revente sont une source de produits d'occasion abordables de grande qualité pour la collectivité et créent de l'emploi et des occasions de béné volat. WIN se préoccupe également de l'environnement en séparant du flux de déchets destinés au site d'en fouissement 92 % du millier de tonnes de marchandises qu'on leur donne chaque année.

Contact : Victoria Women In Need Community Cooperative

Même si ce n'est pas toujours facile, il importe de reconnaître et de stimuler continuellement la relation traditionnelle entre le client et le fournisseur de services et de la transformer en une expérience mutuelle d'apprentissage.

Lorsque je suis arrivée au refuge, je n'avais absolument rien. Il nous avait laissé des dettes. Je n'avais pas de lit pour les enfants, ni de chaudrons ou de serviettes. Comment allais-je m'y prendre pour fonder un foyer?

Source : Mosher (2004), p. 68.

Services directs

De nombreux organismes qui offrent des services aux femmes qui vivent dans la pauvreté et qui sont victimes de violence, commencent par reconnaître les forces de ces dernières et adoptent une approche de renforcement des avoirs pour les appuyer. Ces organismes élaborent des programmes qui améliorent l'estime de soi de ces femmes et leur sentiment de sécurité. Ces programmes traitent également des barrières/obstacles et des problèmes pratiques, sans oublier d'aborder leurs besoins multiples. Au fur et à mesure où s'accroît la complexité des défis que les femmes doivent relever, les organismes se tournent vers une formule de développement communautaire qui aborde les différentes dimensions de la vie des femmes - personnelle, physique, humaine, sociale et financière.

Défense des intérêts locaux et approche non directive au counselling

Les femmes qui vivent dans la pauvreté et qui sont victimes de violence doivent rétablir la confiance avec leur entourage avant de partager leurs expériences et demander de l'aide. Depuis de nombreuses années, Le North End Women's Centre de Winnipeg met en pratique une approche non directive au counselling. Les conseillères offrent confort et sécurité aux femmes et leur donnent des occasions de se confier, mais attendent que la femme soit prête à parler ouvertement de la violence ou de toute autre question qui la préoccupe. La plupart des femmes qui participent aux activités de ce centre ont de faibles revenus et plusieurs sont autochtones. Pour certaines, des années peuvent s'écouler avant qu'elles soient capables de parler de la violence qu'elles ont vécue.

On fait sentir à de nombreuses femmes qui ont été maltraitées qu'elles sont responsables de la violence dans leur vie. De plus, les femmes à faible revenu ont souvent eu des expériences négatives avec des gens qui les jugent et les blâment de façon subtile pour leur pauvreté. Pour relever ces défis, les femmes en situation de crise ont besoin d'une personne qui défendra leurs intérêts, quelqu'un qui comprend leur situation et qui peut assurer la liaison avec le système de soins de santé, les tribunaux, les groupes de services sociaux et les organismes sœurs. Le North End Women's Centre offre maintenant un service d'avocat pour combler cette lacune, et le personnel compte une personne qui veille non seulement à ce que l'on réponde aux besoins essentiels des femmes, mais également qu'on les traite avec respect et dignité.

Contact : North End Women's Resource Centre

Les femmes en situation de crise ont besoin d'une personne qui défendra leurs intérêts, quelqu'un qui comprend leur situation et qui peut assurer la liaison avec les médecins, les tribunaux, les groupes de services sociaux et les organismes sœurs pour aider à expliquer leur situation et veiller à ce que l'on réponde à leurs besoins. C'est pour que les femmes aident les femmes à répondre à leurs besoins essentiels.

Elyiana Angelova, North End Women's Centre

Répondre aux besoins immédiats et à long terme

Le Downtown Eastside Women's Centre de Vancouver (Colombie-Britannique) est unique parce qu'il est l'un des seuls lieux sécuritaires de la région destiné expressément et exclusivement aux femmes qui vivent dans la pauvreté et à leurs enfants. En plus de fournir un refuge, il répond à leurs besoins fondamentaux, y compris des repas chauds et nutritifs chaque jour, une adresse postale sûre, l'accès au téléphone, des toilettes et des douches opérationnelles et sûres, des articles de toilette, des vêtements, l'accès à un ordinateur, des fournitures de réduction des méfaits et des premiers soins à plus de 250 femmes et enfants chaque jour. Il sert également de centre d'hébergement d'urgence à plus de 50 femmes par nuit.

Le Downtown Eastside Women's Centre vise à appuyer et à habiliter les femmes et les enfants qui vivent dans la pauvreté. Les taux élevés de violence, d'itinérance, de toxicomanie et de pauvreté caractérisent cette collectivité. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables à l'exploitation, à l'injustice et aux blessures. En plus de fournir un soutien pratique, le centre offre aux victimes des services de défense des intérêts, d'extension, de counselling et de développement des compétences pour aider les femmes à effectuer des changements à long terme et à s'engager dans leur collectivité.

Contact : Downtown Eastside Women's Centre

Intervenir auprès des femmes marginalisées

Certaines femmes, comme celles qui sont sans abri, doivent composer avec la pauvreté, l'isolement et la marginalisation extrêmes. Ces femmes ont besoin de services souples et d'un milieu d'aide qui accepte des sautes d'humeur et des comportements peu communs. Sistering est un organisme communautaire de Toronto qui travaille auprès des femmes sans abri et à faible revenu. Bon nombre ont un long historique de maladies mentales, d'éducation interrompue, de vie sans abri, de violence et de pauvreté.

Sistering offre de l'aide à ces femmes par des programmes adaptés à leur réalité. Les programmes de soutien pour les femmes qui ont été maltraitées, par exemple, sont souples en ce sens qu'on n'exerce aucune pression pour que les femmes participent aux groupes de soutien, ou qu'on utilise une approche informelle. Les femmes peuvent aller et venir comme bon leur semble et les animatrices réagissent aux fréquentes éruptions de rage ou de frustration sans porter de jugement. On demande toutefois aux femmes dont le comportement perturbe trop le groupe de partir pour une période précise, mais elles savent qu'elles sont toujours les bienvenues.

Contact : Sistering

L'itinérance, visible et cachée, est une importante question de santé qui touche les femmes. Elle a une incidence considérable sur leur santé affective/mentale, spirituelle et physique.

Source: Sistering (2002). p.x.

Renseignements pour les femmes de tous âges

À tout âge, les femmes qui quittent une situation de violence peuvent ne plus avoir accès à des sources essentielles de soutien personnel et financier. On indique souvent qu'un manque de connaissances au sujet des ressources communautaires constitue un des obstacles que doivent surmonter les femmes maltraitées et vulnérables sur le plan économique. Le Support Network d'Edmonton (Alberta) met à la disposition des victimes de violence et des personnes inquiètes de leurs proches une ligne d'écoute téléphonique 24 heures sur 24. Le personnel qui répond aux appels effectue des évaluations des risques, planifie la sécurité, fournit des ressources, dirige les appelants et enseigne aux tiers comment appuyer les personnes en situation de violence. Environ le quart des appels quotidiens sont liés à la violence - une femme qui veut trouver une solution à une crise, qui cherche des ressources sur la façon de quitter une situation de violence ou qui cherche un soutien pour composer avec un avenir incertain.

Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables à l'exploitation financière et souvent, elles ne savent pas à qui s'adresser quand elles sont exploitées par des membres de la famille ou des soignants. En fait, le personnel de Support Network indique que l'exploitation financière est la forme la plus commune d'exploitation signalée par les personnes âgées. Selon le Support Network, il s'agit d'une tendance croissante. En effet, on y reçoit quotidiennement des appels de personnes âgées à revenu fixe en état de détresse, manipulées par un membre de la famille ou en vertu d'une procuration pour obtenir leurs économies. L'organisme a mis sur pied une ligne de secours pour les personnes âgées pour répondre à ce besoin et offre un programme de suivi pour leur fournir un soutien après la crise et de la planification à long terme.

De plus, le Support Network dispose d'un service d'information et d'aiguillage 211 qui fournit des liens vers des centaines d'organismes de la région d'Edmonton. Contact : The Support Network

Aider les femmes qui vivent dans des collectivités éloignées

Les femmes qui vivent dans des collectivités éloignées du Nunavut doivent relever de nombreux défis lorsqu'elles décident de déménager pour échapper à la violence, situation unique à leur emplacement géographique. En plus des pressions émotionnelles complexes qu'elles subissent lorsqu'elles quittent leur collectivité, particulièrement lorsqu'elles ont des enfants, elles doivent également tenir compte des coûts liés à un déménagement dans une autre ville. Le coût élevé de la vie dans le Nord et le coût d'un billet d'avion pour se rendre à un centre d'hébergement sont d'énormes obstacles financiers. Ayant décidé de partir, certaines femmes sont en mesure d'obtenir un soutien financier de la part des régies de la santé et des services sociaux, lesquelles paient leur billet d'avion.

La maison d'hébergement située à Inuvik, sur l'île de Baffin, offre une sécurité et un soutien à court terme aux femmes de la ville et des collectivités éloignées de la région du delta de Beaufort et à leurs enfants. Étant donné que bon nombre des femmes qui se rendent à la maison ont dû quitter leur collectivité pour être en sécurité, la priorité est de les aider à trouver un logement permanent à Inuvik pour qu'elles puissent s'y établir. Pour cela, il faut défendre leurs intérêts auprès du programme de soutien du revenu pour qu'elles obtiennent un logement, solliciter des dons dans la ville et les aider à passer de la maison d'hébergement à une nouvelle résidence.

Contact : Inuvik Transition House Society

Entraide

Alors que les problèmes deviennent de plus en plus diversifiés et complexes, les collectivités cherchent à s'entraider et à trouver des solutions locales. Les collectivités marginalisées collaborent de plus en plus pour aborder les questions touchant la violence.

Travailler ensemble en tant que collectivité

Le West Flat Citizens Group a été mis sur pied par un groupe de citoyens décidés d'un quartier défavorisé de Prince Albert en Saskatchewan. Ils croyaient qu'ils réussiraient davantage s'ils travaillaient en partenariat avec les services sociaux pour contrer la violence dans leur collectivité. Au départ, un groupe de cinq mères, qui s'inquiétaient du sort de leurs enfants et des autres, ont enquêté pour cerner des problèmes communs. La collectivité était préoccupée par le logement, le crime et la violence, la pauvreté, les services de garde pour les enfants, l'éducation et la pénurie d'installations pour les loisirs.

Leur initiative les a menées à la création d'une association communautaire gérée par un conseil d'administration qui a obtenu des subventions pour des projets. De plus, le conseil a commencé à travailler en partenariat avec les services sociaux pour offrir des programmes par l'entremise du centre communautaire, y compris des cours traditionnels sur le rôle parental, une formation sur l'autonomie fonctionnelle et les modes de vie sains, de la médiation ainsi que des programmes sportifs, de loisirs et de services aux jeunes.

Sous une nouvelle direction, le Group continue de joindre la collectivité pour fournir une approche chaleureuse et informelle qui réunit les aînés et les travailleurs communautaires pour diriger les familles vers le soutien et les services dont elles ont besoin. Son travail repose sur une approche holistique et les enseignements autochtones traditionnels, et est orienté par la roue médicinale et les pratiques spirituelles comme la purification et la prière. Il met l'accent sur les enseignements traditionnels sur le rôle parental qui encouragent le respect et l'autogestion en matière de santé et qui considèrent les enfants comme des cadeaux dans la structure familiale.

Contact : West Flat Citizens Group

The Travelling Song Blanket

Parfois, il faut une activité ou un événement particulier pour réunir les femmes. Le Cercle d'action autochtone a demandé aux femmes du Minwaashin Lodge, un centre d'Ottawa pour les femmes autochtones et les enfants touchés par la violence, de créer une couverture dans le cadre de l'initiative Sœurs d'esprit, dirigée par l'Association des femmes autochtones du Canada et visant à améliorer les droits humains des femmes autochtones et à aborder la violence contre les Autochtones canadiennes, plus particulièrement les taux élevés d'Autochtones disparues et assassinées.

Quatorze femmes de Premières nations, inuites, métis et non autochtones ont participé à la création de « The Travelling Song Blanket », au cours de l'hiver 2007. Des enseignantes traditionnelles étaient sur place pour conseiller les femmes tout au long du processus. La couverture se voulait un objet doté d'un message. On lui a donné un nom et on a tenu une fête traditionnelle.

Ce projet a permis aux femmes du Minwaashin Lodge d'explorer comment leurs propres traditions culturelles pourraient être une source de force et d'inspiration dans leur parcours de guérison. C'était également une façon symbolique d'exprimer leur activisme à l'appui des Autochtones disparues et assassinées.

La couverture à réuni la collectivité. On l'a honorée lors de nombreux événements, y compris des cercles de tambour, des fêtes et des événements communautaires.

Contact : Minwaashin Lodge et Association des femmes autochtones du Canada

Services communautaires pour réduire l'isolement

De nombreuses femmes de diverses cultures et religions ne veulent pas courir le risque d'être isolées socialement de leur collectivité, ce qui les empêche de signaler la violence à leur égard ou de chercher le soutien dont elles ont besoin. Le Muslim Family Safety Project (MFSP) a été créé pour établir des ponts entre la communauté musulmane et les organismes de lutte contre la violence pour aborder la question de la violence faite aux femmes d'une manière adaptée à la réalité culturelle.

L'un des principaux résultats de ce projet a été la création du Muslim Family Support Service (MFSS) à London (Ontario). Le MFSS fournit aux femmes et aux enfants musulmans touchés par la violence faite aux femmes, des ressources et un soutien adaptés à la réalité culturelle. Bon nombre des clientes du MFSS sont des immigrantes et des réfugiées de zones où règnent des conflits et souvent, leur expérience postmigratoire comprend la perte de leur statut, le chômage ou le sous-emploi, le traumatisme et d'autres facteurs de stress qui les exposent au risque de connaître la pauvreté.

Le MFSS brise l'isolement social avec lequel doivent composer les femmes et les familles musulmanes, en travaillant avec le tissu social de la communauté musulmane et en mobilisant cette dernière pour qu'elle prépare sa propre réponse à la violence familiale. Il lie les familles touchées par la violence familiale (ou à l'égard de la partenaire) aux services existants, tout en mettant ces services en relation avec des ressources qui tiennent compte de l'importance des expériences, des valeurs, des perspectives et des préoccupations de la communauté musulmane.

Le projet a permis de mobiliser la communauté pour qu'elle réponde à la violence. La mosquée locale a fourni une aide financière à l'initiative, et les leaders musulmans locaux se sont prononcés contre la violence familiale en incorporant des points de vue canadiens et islamiques. Les efforts de la communauté comprennent des présentations publiques, des sermons les vendredis et des articles sur la violence faite aux femmes et la violence familiale dans les journaux arabes locaux et les bulletins de nouvelles des deux mosquées locales.

Contact : Muslim Family Support Service

Il faut continuer de collaborer de façon créative avec d'autres organismes locaux pour fournir aux membres de la communauté musulmane le soutien approprié et réceptif dans les milieux communautaires et veiller à ce que les femmes et les familles musulmanes ne soient pas isolées.

Mohammed Baobaid, fondateur du Muslim Family Safety Project, London

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